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SNK Neo Geo
(1989 - 2002)

 


Histoire

A la fin des années 80, les jeux d’arcades sont en perte de vitesse. Aux Etats-Unis, notamment, le succès gigantesque de la NES pousse les joueurs à rester chez eux, et cela se solde par la fermeture de grandes chaînes de salles d’arcade, comme les célèbres Chuck E.Cheese initiées par Nolan Bushnell. Même si techniquement les jeux que propose la console de Nintendo sont loin derrière leurs homologues nourris en petite monnaie, ils représentent une avancée notable au niveau de l’intérêt, de la jouabilité et de la durée de vie (voir articles sur la NES et Legend of Zelda). L’arrivée des micros et des consoles 16-bits va représenter un coup encore plus dur pour le marché du jeu d’arcade. Ces machines rapides, au potentiel ludique supérieur aux 8-bits, ajoutent l’avantage de graphismes et de sons jamais vus ni entendus au plaisir de jouer chez soi, sans limite dans le temps de jeu. C’est dans ce contexte peu favorable que la compagnie SNK va s’attaquer au marché du jeu d’arcade.

SNK (Shin Nihon Kikaku, traduisez "nouveaux projets japonais") est une compagnie de développement de jeux vidéo qui s’est largement illustrée sur NES, notamment avec les très appréciés Baseball Star et Ikari Warrior. La plupart des jeux SNK ont reçu un accueil favorable de la critique et ont bien marché. En 1989, SNK annonce donc la sortie d’une ligne de jeux d’arcade basés sur un système nommé Neo Geo MVS. Beaucoup voient dans ce projet lancé en grandes pompes un fort possible fiasco commercial.

Le système de SNK repose sur l’association inédite et fort bien pensée de deux des microprocesseurs les plus célèbres de l’histoire de l’informatique : Le CPU Motorola 6800 (12 Mhz), 16-bits alors en pleine gloire qui "motorise" les Atari ST, Amiga, Macintosh et Sega Megadrive, et le CPU Zilog Z80 (4 Mhz), l’un des 8-bits les plus vendus au monde et les mieux exploités, que l’on trouve dans une quantité industrielle de machines, à commencer, puisque l’action se passe au Japon, par la lignée des MSX. L’usage de ces deux puces représente un coup double intéressant. Non seulement ils sont performants et peu coûteux, mais en plus leur programmation n’a plus de secret pour personne tant ils ont été mis à toutes les sauces. L’affichage propose une résolution de 320x224 en 4096 couleurs (sur 65536), ce qui, les amateurs de MAME le savent bien, est suffisant pour les jeux d’arcade à base de scrollings et de sprites de l’époque. Le son s’étale sur 16 voies, combinant la synthèse FM et les sons digitalisés. La RAM, par contre, est étonnamment faible, avec 64 Ko.

  
3 Count Bout et Eight Man sur Neo Geo

Les jeux d’arcade SNK MVS ont la particularité de proposer, sur une même borne, 4 jeux différents. Ce n’est pas nouveau, puisque Nintendo en a fait autant avec les Playchoice, ces bornes d’arcade permettant de jouer à des jeux NES à peu de frais, mais les MVS proposent des titres qui n’ont rien à envier aux meilleures bornes d’arcade de l’époque, du moins ceux conçus selon les anciens préceptes (un écran, un joystick et quelques boutons, par opposition aux grosses machines de Sega et Namco qui commencent à apparaître à l'époque). Les MVS vont connaître un succès suffisant pour que SNK fourbisse son arme secrète : la Neo Geo, à savoir une console domestique utilisant le même hardware et les mêmes jeux (à 99 %) que les MVS. Inutile de dire qu’en 1989, c’est du jamais vu. Des jeux d’arcade à la maison, sans la moindre concession graphique, voilà qui a été promis tant de fois sans que l’on ne s’en approche vraiment.

  
Agressors of Dark Combat et Alpha Mission

Le rêve a un prix, hélas. La console sera vendue 650 $ aux USA (4000f environ en France). C’est encore presque acceptable, compte tenu du prix moyen d’un micro ou d’une console 16-bits de l’époque. En revanche le prix des jeux est totalement rédhibitoire : 200$ aux US, et 2000f en France ! (ce montant s’explique notamment par la quantité de RAM incluse dans les cartouches et le fait qu'elles ne soient pas importées officiellement n'arrange rien). La Neo Geo ne s’adresse donc qu’aux fous de jeu vidéo, et encore les plus fortunés d’entre eux. De couleur noire, la console est construite selon les mêmes critères de solidité qu’une machine d’arcade. Elle inaugure un style qui va par la suite faire école, à savoir une sorte de "professionnalisme" du joueur, qui a passé l’âge de s’amuser avec de simples jouets en plastique.

Les joysticks correspondent à ce que les connaisseurs les plus affûtés d’entre vous pourront se remémorer sous le nom de "joyboards". Ils se présentent sous la forme d’une tablette dont les dimensions sont presque les mêmes que celles de la console, sur laquelle ont trouve un petit joystick métallique qui est l’égal de ceux équipant les baraques d’arcade, ainsi que 6 boutons qui pourraient résister à n’importe quel traitement, même une partie d’Hyper Olympics jouée au briquet ! Jamais un joystick ou joypad aussi solide n’a depuis été livré avec une quelconque console. Les cartouches de jeux font aussi forte impression, ce sont les plus grosses jamais fabriquées !

SNK accompagne le lancement de sa console d’une campagne promotionnelle maladroite et adressée en priorité aux plus jeunes (là, on parle surtout des US, car en France, elle ne fait l’objet d’aucune publicité, et on ne la trouve qu’en import dans des boutiques parisiennes). Les spécifications techniques annoncées dans les publicités additionnent en toute tranquillité les codages binaires du 68000 et du Z80, et annoncent que la Neo Geo est une console 24-bits ! Rapidement, jugeant que la meilleure pub pour leur console est faite par les MVS dans les salles d’arcade, SNK laissera tomber toute promotion. Le succès de la Neo Geo, à l’époque de sa sortie est difficile aujourd’hui à évaluer, tant les avis diffèrent. Les fans vous diront qu’elle a très bien marché, et les sceptiques qui n’en ont jamais vu une la décriront comme un bide. A titre personnel, votre serviteur en a eu une en prêt quelque jours chez lui, à l’époque, accompagnée de 5 ou 6 jeux (de quoi s’acheter une voiture !). Il faut admettre que la qualité visuelle des jeux était incroyable, loin devant ce qui était possible sur les autres "68000 inside" de l’époque, y compris mon Amiga chéri.

  
Comparez : Fatal Fury sur Neo Geo, puis sur Super NES.

En 1992, la popularité des Neo Geo MVS en salle d’arcade commence à devenir énorme. Capcom vient de lancer son Street Fighter 2, et casse la baraque. Opportuniste, SNK va se lancer à corps perdu dans ce style de jeu, le baston en 2d, qu’aujourd’hui l’on associe immanquablement à la Neo Geo et son homologue arcade. Le premier titre ainsi développé est Fatal Fury, un succès immédiat malgré la présence des mastodontes SF2 et Mortal Kombat. Les graphismes de ce jeu égalent sans problème ceux de SF2, avec de nombreux petits détails graphiques, comme des changements de météo. Art of Fighting continue la série, avec des personnages énormes et des effets de zoom (la caméra recule quant les deux combattants s’éloignent) qui ajoutent un peu de 3d à l’ensemble. Durant les 5 années qui suivent, la ludothèque de la Neo Geo s’agrandit de nombreux titres. Des jeux légendaires vont même apparaître, comme Puzzle Bobble, Puzzle De Pon, ou Windjammers. Les jeux de combat continuent, bien sûr, avec des titres comme Samurai Shodown et la continuation de la série des Fatal Fury.

Des jeux Neo Geo sont convertis pour la plupart des systèmes en vogue à l’époque, mais sans jamais atteindre la même qualité que les originaux. Conscient que le potentiel commercial de la console n’a peut-être pas été exploité, SNK se met en tête de lui faire attaquer le marché grand public, et de s’attaquer à Sega et Nintendo. Pour ce faire, il est indispensable de réduire le coût des jeux. Celui-ci étant difficilement compressible, en raison de la quantité de ROM contenue dans les cartouches, l’abandon de ce support au profit du CD-ROM s’impose.

  
Ghost Pilots et Mark of The wolves

Comme tous les fabricants de consoles de l’époque, SNK va donc se lancer dans l’étude d’un lecteur de CD-ROM pour Neo Geo qui permettrait, outre la réduction des coûts de fabrication et du prix de vente des jeux (environ 50$), la présence d’accompagnements orchestraux et l’apparition de jeux plus variés et ambitieux (sans parler bien sûr de la possibilité d’utiliser la console comme lecteur de CD Audio, ce qui est toujours appréciable). Le résultat va s’avérer hélas peu concluant. La Neo Geo CD, malgré son potentiel extraordinaire, est encore une fois vendue trop cher (300 $ US, 3000 f en France) et le lecteur de CD-ROM est un simple vitesse. Les craintes signifiées par Nintendo à l’époque du développement de la N64 concernant l’usage du CD-ROM plutôt que de la cartouche trouvent ici une vraie justification. Le plaisir de jouer est littéralement sabordé par les temps de chargement interminables. Il n’est pas rare au démarrage d’un jeu d’avoir à attendre une minute avant que les choses ne commencent, et chaque fin de niveau entraîne une pause de 30 à 40 secondes. De plus le lecteur de CD-ROM se montre très enclin à tomber en panne. Un refrain connu (les possesseurs de Dreamcast sauront de quoi je parle). La Neo Geo CD, cette fois c’est un fait indéniable, est un échec.

  
Metal Slug et Super Baseball 2000

En 1998, soit près de 10 ans après leur sortie, les Neo Geo MVS continuent de hanter les salles d’arcade, faisant finalement de l’opération dans sa globalité une réussite pour SNK. Des jeux comme Metal Slug ou King of Fighters 97 semblent repousser les limites techniques de la machine, même si des ralentissements pendant les phases les plus gourmandes viennent rappeler que derrière tout ça se cachent un 68000 et un Z80, qui commencent à accuser le poids d’un âge respectable. Dans l’histoire des jeux d’arcade, c’est le seul exemple d’un système dont le hardware a pu suivre, sans faire l’objet de modifications notables, 8 ans de l’évolution d’un marché sur lequel les technologies mises en œuvres sont soumises à une terrible loi du plus fort et du "toujours plus".

En 1997, SNK lance l’Hyper Neo Geo 64, une nouvelle version de son système basée sur un processeur RISC 64-bits fait maison, et destiné uniquement aux salles d’arcade. Le système est équipé d’une quantité énorme de RAM et se montre bien entendu capable d’exécuter des jeux 3d. Les titres développés, peu nombreux, sont pour la plupart des versions 3d des hits de SNK : Road's Edge 64, Samurai Shodown 64, Fatal Fury 64 etc..


Road's Edge 64.
 

La Neo Geo Pocket

  

En Octobre 98, SNK lance la Neo Geo Pocket. Encore une console portable qui enfonce totalement la Game Boy sur le plan technique, mais qui ne va pas parvenir à la détrôner. Ses dimensions sont plus imposantes que celles de la Game Boy, 122x74mm, et son écran LCD monochrome peut afficher une résolution de 160x152, avec une qualité irréprochable. Cet écran, bien qu’un peu décevant pour une console portable sortie en 1998, ménage les piles et permet une autonomie de 20 heures, conforme aux axiomes définis par Gunpei Yokoi (voir l’article sur la Game Boy). La console comprend 16Mo de RAM, un CPU 16-bits, une qualité sonore supérieure à celle de la Game Gear, référence en la matière pour les portables, un pad directionnel et deux boutons de tirs, ce dernier point indiquant que SNK n’a toujours pas l’intention de prendre la tête à ses clients avec des jeux complexes.

  
King of Fighters et Neo Cup 98 sur Neo Geo Pocket.

L’animation des jeux est excellente, même si les graphismes donnent plutôt dans le style "cute", enfantin, inspiré des jeux Game Boy. Les classiques de SNK sont tous présents, Baseball Star, King of Fighters, Pocket Tennis etc… et la Neo Geo Pocket propose, si on l’allume sans cartouche insérée, quelques fonctions intéressantes : calendrier, alarme, calcul de décalage horaire etc. Attention, contrairement à la NEC PC Engine GT, la Neo Geo Pocket est une véritable console portable qui possède sa propre ludothèque, et pas une version miniaturisée de sa grande sœur.
 

Les jeux.

Il existe environ 150 jeux pour Neo Geo, dont au moins le tiers sont des jeux de combat en 2d. Le système étant dévolu initialement aux salles d’arcade, c’est surtout dans le domaine de l’action pure que l’on se situe ici. Néanmoins les RPG ne sont pas totalement absent de la liste.

Quelques titres importants

Art of Fighting

  
Art of Fighting et Art of Fighting 3.

Un classique de la baston. C’est l’un des titres qui ont donné à la Neo Geo son statut de reine du genre. A noter qu’il existe deux suites tout aussi recommandables.

Blazing Star

Un bon vieux shoot’em’up horizontal comme on n’en fait plus de nos jours. Superbes graphismes et action non stop.

Baseball Stars

Le meilleur jeu vidéo de base-ball à l’époque de sa sortie. Il s’agit d’un des premiers titres sortis sur Neo Geo, et même si les graphismes ne sont pas au top de ce que la machine est capable d’offrir, le fun procuré par ce jeu est indéniable.

King of Fighters 97

Le troisième épisode de la série de jeux de baston sur Neo Geo la plus populaire. L’un des meilleurs dans le genre.

Magician Lord

Un jeu qui a fait du bruit à sa sortie en 1990. Les graphismes ne sont pas au top, mais l’intérêt de ce jeu d’action/plate-forme est indéniable.

NAM 1975

Un gros hit en salle d’arcade, et sur tous les systèmes 16-bits. Derrière ce titre solennel se cache un shoot’em’up en simili-3d furieux qui vous met, seul ou avec un autre joueur, face à toute l’armée viet-cong, sauf que cette fois elle semble avoir hérité de toute l’artillerie lourde que les Américains ont utilisé pendant le fameux conflit.

Samurai Shodown 4

Une série de 4 jeux de combat très populaire, aux graphismes magnifiques.

Samurai Spirit RPG

Rare exemple de RPG sur Neo Geo, Samurai Spirit n’a rien à envier à ce qui se fait de mieux dans le genre. Seul problème, la lenteur du lecteur de CD-ROM nuit beaucoup au plaisir ressenti.

Super Sidekicks 2

Un jeu de foot. Les simulations sportives sont un autre point fort de la Neo Geo. Bien entendu, les sensations de jeu sont celles d’un jeu d’arcade, et pas d’une simulation précise et réaliste.
 

L’émulation

La Neo Geo est une des machines les plus intéressantes pour le fana d’émulation. Tout d’abord, les jeux, sans être gigantesques à télécharger, procurent des sensations très sympa et sont très constants dans la qualité. Par ailleurs, l’émulation Neo Geo peut être abordée de deux façons : l’émulation de jeux d’arcade, ou l’émulation de la console. Dans le premier cas, le projet MAME se consacre depuis pas mal de temps déjà à l’ajout dans son impressionnante liste de jeux émulés des titres pour Neo Geo MVS. Deuxièmement, NeoRage, l’émulateur Neo Geo (console) le plus en vue, donne de très bons résultats, sans qu’il y ait besoin d’un PC monstrueux pour faire tourner les jeux à bonne vitesse. On ne saurait donc trop vous recommander de tenter l’expérience (et si Metal Slug 1 et 2 vous rebutent par leur tailles exceptionnellement élevée, sachez que passer à côté serait une totale hérésie).
 

Conclusion

Il est peu probable que SNK lance un jour une autre console grand public. La Neo Geo ne fait pas vraiment partie des plus gros succès de l’histoire, ce qui n’est pas seulement du au manque d’expérience de la compagnie. Si on voulait noircir le tableau, on pourrait même dire que son principal atout (l’arcade à la maison) s’est retourné contre elle. La plupart des détracteurs de la Neo Geo lui reprochent le peu d’intérêt de ses jeux. En fait, ceux-ci sont pour la plupart dévolus à être exploités aussi bien en salle d’arcade qu’à la maison, et les critères créatifs des jeux d’arcade ne s’adaptent pas toujours à une pratique longue et assidue d’un jeu. De l’action, des parties courtes, des jeux qui se terminent inévitablement avec des "continue" à l’infini, des scénarios inexistants : ces jeux sont faits pour faire une incursion rapide dans la vie du joueur, et trouvent toute leur raison d’être dans un contexte bien spécifique qui n’a rien à voir avec ce qu’apporte une console. Tout video game maniac connaît le frisson qui parcourt l’échine, dans une salle d’arcade, à la vue d’un alignement de jeux de bastons qui sont tous si semblables qu’on aurait même peine à dire lesquels sont en plusieurs exemplaires. Par contre, dans une collection de cartouches chèrement payées, une telle répétitivité peut être difficile à tolérer.

C'est finalement aujourd'hui, au travers de son émulation sur PC que la Neo Geo trouve une tardive mais superbe revanche, grâce au rendu étonnant des jeux que permettent NeoRage et MAME. Par ailleurs, il faut savoir qu'il est possible de trouver d'occasion des bornes MVS et leurs jeux pour un prix raisonnable, pour peu que l'on se donne la peine de les chercher. Les amateurs de la chose constituent une communauté très active et animent de nombreux forums sur le net.


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aurent