Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
MSX
Avant le PC, une tentative de standardisation de la micro sous la forme d'un 8-bits d'une qualité exceptionnelle, berceau des meilleurs jeux Japonais.
Par Laurent (15 novembre 2000)
Kazuhiko Nishi.

L'histoire commence en 1983 : le marché de la micro-informatique grand-public est saturé par la profusion de systèmes différents et totalement incompatibles entre eux. En-dehors de quelques irréductibles, tout le monde réclame à grand cris une standardisation.

Peu de gens savent alors que des compagnies japonaises travaillent depuis les années 70 (avant IBM, même) à un standard micro-informatique, notamment ASCII, Sony et Matsuchita (filiale de Panasonic). C'est le 1er avril 1983 qu'un ingénieur d'ASCII, Kazuhiko Nishi, âgé de 26 ans, présente les données techniques du standard, baptisé MSX.

Bill Gates, alors en pleine ascension, sent le moment venu de passer à l'attaque mais bien qu'ayant lancé avec succès le système d'exploitation DOS, il ne sent pas encore le PC capable de séduire une majorité d'utilisateurs et préfère se tourner vers le MSX. La signification du sigle MSX est mystérieuse, certaines rumeurs prétendent que cela vient de Matsuchita Sony X, et d'autres disent que c'est l'abréviation de Microsoft Extend, mais la première version semble la plus plausible.

Le standard est lancé fin 83, et d'emblée une vingtaine d'importants fabricants japonais (Sony en tête, mais aussi Spectravideo, Sanyo, Yamaha, Mitsubishi, JVC, GoldStar, Toshiba, Yashica...) et un européen, Philips, signent pour fabriquer des ordinateurs compatibles.

Toshiba HX-10. Sanyo PHC-28L.

Le MSX repose sur le fameux CPU Zilog Z80 cadencé à 3.5 Mhz, un processeur sonore Yamaha PSG 3 voies performant (surtout comparé à ce que peut faire un PC sans carte son), une résolution d'écran de 256x192 en 16 couleurs, un clavier mécanique et une RAM allant de 16 à 64 Ko selon les modèles. Plus tard, le standard aura droit à quelques nouveautés technologiques étonnantes comme les puces SCC (de Konami) insérées dans les cartouches de jeux, qui ajoutent 5 voies sonores aux 3 du PSG, une interface synthé FM-PAC nommée MSX-Music pour les musiciens, et même un lecteur de Laserdiscs vidéo, chose rarissime dans les années 80, possible avec le modèle Palcom PX-7 de chez Pioneer (des jeux utilisant le support sortirent, proposant des séquences filmées ou animées).

Canon V-20. Pioneer Palcom PX-7.

Après un démarrage timide, le MSX s'installe sur le marché et devient peu à peu un succès d'ampleur mondiale, sans pour autant atteindre les objectifs de ses créateurs : triomphe au Japon, au Brésil (ou un modèle de MSX est produit, le Gradiente Expert), en URSS, en Espagne, dans le Bénélux et en Allemagne, succès beaucoup plus modéré en Angleterre et en France. Par contre, aux USA c'est le bide et Microsoft quittera rapidement le navire.

En France, le MSX est sabordé par une commercialisation bâclée (très peu d'importateurs, des prix exagérés, aucune info sur les produits, aucune coordination entre les différents acteurs du lancement, des modèles peu puissants vendus plus cher que d'autres mieux équipés, des claviers pas toujours en AZERTY etc.) et par un accueil déplorable de la presse spécialisée qui -sur la base de critères pécunaires principalement- ne jure que par Amstrad. On se souvient des articles méprisants dans SVM, de la mauvaise foi de Tilt qui présentait systématiquement les versions MSX des jeux comme moins bonnes techniquement que les versions C64 ou CPC, parfois en dépit de la vérité, et des articles incendiaires d'Hebdogiciel qui en avait après Microsoft et Philips. Heureusement, des magazines dédiés (l'éphémère Standard MSX et l'hilarant MicrosMSX avec ses articles tapageurs) permettront aux adeptes de profiter d'excellents listings de jeux en BASIC Microsoft et d'informations en provenance du Japon plus ou moins vérifiées (sans oublier les listings pour Acorn BBC, fréquents dans Hebdogiciel et très faciles à convertir pour MSX puisque les deux machines ont quasiment le même BASIC).

Kyocera Yashica YC-64 (source : http://www.mapetitecollection.com).

En fin de carrière, le MSX est soldé à 500F la machine et connaît un regain d'activité dans nos contrées (on parle alors de 25.000 utilisateurs), grâce notamment à deux boutiques parisiennes, Maubert Electronic (qui importe de fabuleux jeux japonais en cartouche, principalement développés par Konami et Hal Labs) et MSX Video Center qui lance un magazine dédié (et très promotionnel), MSX News, plus tard rebaptisé Micro News. Incroyable tout de même de savoir qu'un système informatique ne doit son salut dans un pays de 55 millions d'habitants qu'à deux boutiques...

Deux modèles de MSX2 parmi les plus populaires : le Sony HB-F700P (issu de la série HitBit) et le Philips VG 8235. Le premier est cher (environ 5000F à sa sortie) mais dispose de 256Ko de RAM, d'une souris en série et d'une offre logicielle supérieure, le second est abordable (compter 3000F en 1986) et plus dépouillé (128Ko de RAM, clavier un peu cheap, pas de moniteur) mais suffit à lancer les jeux MSX 2, qui resteront prioritaires pour les joueurs, alors que cette seconde mouture du standard se destinait à un large choix d'applications grâce à son lecteur de disquette et son système d'exploitation MSX-DOS calqué sur le DOS de Microsoft.

Le MSX est revu et corrigé en 1985 : c'est la naissance du MSX 2, toujours basé sur un Z80 pour être compatible avec son prédécesseur, muni de 128 ou 256 Ko de RAM, affichant des résolution de 512x212 en 16 couleurs ou 256x212 en 256 couleurs, ce qui permet de réaliser de très jolis jeux. Mais le Z80 n'est qu'un 8-bits, et les 16-bits sont déjà là (Atari ST et Amiga). Le MSX 2 se retrouve vite laissé pour compte, seulement suivi par Philips et Sony, laissant surtout derrière lui une série d'excellents jeux. Une autre génération, le MSX 2+, voit le jour en 1987, améliorant le son (9 voies stéréo) et les graphismes en affichant du 256x212 en 19268 couleurs, mais elle ne passe pas les limites du Japon. Seuls Sony, Panasonic et Sanyo produiront des MSX 2+, et aucun logiciel spécifique ne sortira (certains jeux MSX et MSX 2 sont toutefois plus beaux sur un MSX 2+ grâce à la détection de fonctions hardware).

Exemples de MSX 2+ : Panasonic FS-A1FX et Sanyo WAVY PHC-35J.

Par la suite, après l'abandon du standard par les dernières marques japonaises, Panasonic assume seul la suite des opérations, avec la dernière incarnation du standard, le MSX Turbo-R, qui adjoint au Z80 un CPU R800 (16-bits) et un processeur graphique V9978 conçu par Yamaha et ASCII. Seulement 3 modèles de MSX Turbo-R seront produits, le FS-A1-ST, le FS-A1-GT et le FS-A1-XT, tous compatibles MSX mais qui ne sortiront qu'au Japon (en France on en verra certains chez MSX Video Center, avant que la boutique ne ferme), après quoi Panasonic préfèrera se rallier au standard de consoles 3DO.

Signalons pour finir que le Sharp X68000 ne descend pas du MSX, contrairement à ce que certains peuvent penser, le fait que Sharp ait produit un MSX de première génération (le HotBit HB2000, fabriqué au Brésil pour le marché local) et la méconnaissance du X68000 par les Occidentaux entretenant la confusion.

Panasonic FS-A1ST (MSX Turbo-R). Les deux autres modèles ont sensiblement la même apparence.

Les Jeux

Aleste et King's Valley 2.

On l'a dit, la majeure partie des bons jeux MSX sont d'origine japonaise, et beaucoup d'entre eux sont des coups d'essai qui se sont ensuite épanouis sur Nintendo NES. En tête de liste des pourvoyeurs de jeux de qualité figure Konami, particulièrement inspiré sur le standard, mais des sociétés comme HAL Laboratories, Hudson Soft, T&E Soft ou même Namco ont aussi crée de vraies merveilles. Voir les articles sur Penguin Adventure, King Kong 2, Usas, Knightmare, King's Valley 2 et Maze of Galious.

Rollerball, simulation de flipper d'une qualité sans équivalent sur 8-bits, et Eggerland Mystery (ancêtre des Adventures of Lolo sur NES) sont les meilleurs titres que Hal Labs ait produit sur MSX.

En Europe, le MSX a aussi intéressé des éditeurs comme Ultimate ou Ocean, avec de nombreuses conversions des standards 8-bits britanniques de l'époque, légèrement revues à la baisse graphiquement mais toujours jouables (et largement supérieures aux versions Spectrum des mêmes jeux). Une société hollandaise s'est aussi spécialisée dans le standard : Aackosoft (aussi connue sous les noms Bytebusters et Methodic Solutions), que les possesseurs de MSX connaissent bien pour ses nombreuses exclusivités, de mauvais jeux pour la plupart, emballés dans de jolis boîtiers promettant des choses inouïes.

D'autres jeux, plus rares, mais souvent très bons, arrivèrent d'Espagne, non traduits, ce qui ne manquait pas de régaler le lycéen que j'étais ! (je pouvais faire le mariole en les traduisant, certains étant des jeux d'aventures textuels, alors qu'aujourd'hui j'ai tout perdu de mon espagnol par manque de pratique... snif...). On se souvient notamment de Perry Mason - El Caso del Asesinato en el Mandarin, édité par Idealogic sur MSX 2, et inspiré des romans policiers mettant en vedette le célèbre avocat.

Nemesis et Penguin Adventure, deux gros hits de Konami sur MSX.

Tous les jeux japonais étaient stockés sur cartouches, les jeux européens étant, eux, sur cassettes, puis sur disquettes avec le passage au MSX 2.

Perry Mason - El Caso del Asesinato en el Mandarin (MSX2, 1986) : un jeu très rare que seul le piratage, très répandu sur MSX comme sur tous les 8-bits, a permis à quelques français de découvrir.
Des titres MSX2 comme Hydlide et Ys prouvent que c'est sur MSX que le RPG à la japonaise a pris son essor. Hydlide, sorti en 1985, est même antérieur à Legend of Zelda et Final Fantasy sur NES.

Conclusion

De nos jours, le MSX fait partie d'un passé obscur pour certains, inoubliables pour d'autres (comme votre serviteur), mais n'a jamais vraiment cessé de vivre, grâce à de petites sociétés commercialisant régulièrement de nouveaux hardwares et extensions. Dans certains pays, en particulier le Brésil, le standard est même réellement resté d'actualité. Il faut aussi savoir que sur MSX des séries comme Castlevania, Metal Gear, Bomberman, Ys ou Gradius ont été jouables bien avant la sortie européenne de la NES, et que des classiques comme Galaga, Pac-Man ou Arkanoïd furent adaptés à la perfection, ce qui n'était pas forcément le cas sur C64, Amstrad CPC ou Spectrum.

Grâce à Internet et aux émulateurs, des centaines de jeux et d'applications continuent de procurer du plaisir aux ex-fans. Si vous en êtes un ou désirez simplement en savoir plus, voici quelques liens indispensables (même s'il existe bien d'autres sites) :
- MSX Café (http://www.msxcafe.com): un site français proposant d'excellents articles et un forum très sympa.
- Passion MSX (http://www.passionmsx.org) : autre site français, connu pour sa section téléchargement très riche (on y trouve les scans de tous les magazines français d'époque, page par page !) et son émission de radio. Vous y trouverez aussi beaucoup de roms pour vos émulateurs.
- The Ultimate MSX FAQ (http://www.faq.msxnet.org) : une base de données monstrueuse sur le MSX, en anglais. Toutes les infos techniques, historiques sur le standard sont là, avec des tonnes de photos (dont une partie ont été utilisées pour illustrer cet article)
- MSX Resource Center Foundation (http://www.msx.org) : ce site (en anglais) est titulaire du nom de domaine MSX, ce qui en fait une adresse très fréquentée.

Laurent
(15 novembre 2000)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Merci à J-War pour son aide.
- Si le sujet vous a intéressé, nous vous suggérons les articles suivants -

Gradius - La série

King's Valley I & II

Penguin Adventure