Par Rainmaker (octobre 2008)
Attention
ce dossier contient des images assez explicites. Bien sûr ça reste
un jeu vidéo mais si vous êtes assez sensibles, ou tout simplement
jeune, veuillez éviter de regarder les images ^^
Introduction
: la saga Mortal Kombat


Ed Boon et John Tobias, créateurs de la série Mortal Kombat
Tout
commence en 1992, suite au raz de marée Street Fighter
2. De nombreux éditeurs, sentant le bon filon, décident de créer
leur clone du hit de CAPCOM. Tous ne connaîtront pas le succès mais
dans ce lot de jeux de combat, Mortal Kombat (MK), créé par Ed Boon
et John Tobias pour Midway, fait une apparition remarquée. Certainement
parce que Midway a développé son jeu avec une approche très
différentes de celle de SFII : les personnages sont digitalisés,
la violence omniprésente et surtout le jeu propose les désormais
célèbre fatalités. MK est un jeu qui a souvent provoqué
la polémique, mais au-delà du fait de l'aimer ou non, force est
de constater qu'il est un des derniers dinosaures de l'âge d'or de l'arcade
qui continue d'exister à ce jour.

MK
un jeu "réaliste" ?
Midway
a tout de suite voulu se démarquer de la concurrence. Il faut dire que
pour se faire une place au soleil il fallait miser sur quelque chose de vraiment
original. Et pour cela les développeurs ont choisi la violence et le réalisme !
Attention, certains esprits chagrins vont s'étonner de me voir qualifier
de réaliste un jeu où l'on peut lancer des boules de feu, mais laissez-moi
vous expliquer ce que j'entends par "réaliste". Tout d'abord parlons de
l'aspect graphique du jeu. A la place de personnages dessinés, ici nous
avons des acteurs digitalisés. C'est-à-dire que l'on a pris de vraies
personnes qu'on a photographiées pour créer les divers sprites du
jeu. Cet aspect, pour certains, donne un coté plus adulte au jeu et se
démarque totalement du style manga. Mais bon, on est dans un jeu vidéo
et ce genre de considération n'a pas sa place ici. D'ailleurs il est amusant
de relire certains tests d'époque qui considèrent MK supérieur
à SF2 sur son seul aspect graphique jugé plus adulte !
Qui
dit combat dit blessures et parfois mort. C'est en cela que le jeu est plus fidèle
à la réalité que ses contemporains. Evidemment, je n'ai jamais
réussi à arracher une colonne vertébrale à mains nues,
mais il est bon de rappeler qu'un combat ne se finit pas toujours dans la joie
et la bonne humeur. Un combat c'est violent, sanglant et ça peut même
se révéler mortel (ne faites pas ça chez vous ...).


De
même, le jeu pourrait presque passer pour un RPG tant l'univers et les personnages
sont riches. Ceci tend à crédibiliser l'ensemble et le rendre plus
vivant. On n'est pas face à de pauvres clampins qui se retrouvent
pour se bagarrer, mais des gens avec des motivations et objectifs différents.
Chaque personnage a ses affinités/rivalités avec les autres, mais
en plus chacun a un alignement : bon, méchant ou neutre. La dure réalité
de la vie est ainsi reflétée : le monde n'est pas tout rose !
La storyline du jeu dans son ensemble est elle aussi assez conséquente.
Bien évidemment, cela n'apparaît pas dans les premiers épisodes,
d'autant que pour bien des joueurs les scenarii dans les jeux de baston ne servent
à rien. Néanmoins, je vous conseille de vous y attarder car elle
est vraiment intéressante et étirée dans le temps (plusieurs
millions d'années). Certains passages de l'histoire ont du être re-écrits
au fur et à mesure des épisodes, mais heureusement on n'atteint
pas dans ce domaine l'ampleur du massacre perpétré sur la saga des
Street Fighter.
Le
gameplay
Toujours
dans le souci de se différencier de Street Fighter, Mortal
Kombat propose un système de jeu atypique puisque la
garde n'est accessible que par un bouton. Il vous faudra donc
oublier vos réflexes sf-iens, mais ce n'est pas si pénalisant
que ça à la longue, sinon d'autres jeux comme
Virtua Fighter n'auraient pas repris ce principe :) De
même les coups spéciaux se font, pour la plupart,
sans qu'il y ait besoin d'effectuer de ¼ ou ½
cercles ni mêmes de charges. On tapote le stick dans deux
directions assez vite pour sortir un coup. Au fur et à
mesures des versions, d'autres boutons sont apparus/disparus,
comme le bouton Run du 3 ou celui pour swapper les styles de
combat dans l'épisode Deadly Alliance.
Le seul reproche que l'on pourrait faire aux MK en 2d est la trop faible différenciation,
au niveau coups, des personnages. En gros tous se jouent de la même manière,
seuls les fatalités et coups spéciaux diffèrent. En même
temps cela garantit de ne pas en favoriser certains, mais bon du coup on se demande
pourquoi choisir un personnage plutôt qu'un autre en dehors de son look.
Ce défaut sera partiellement gommé dans MK3 avec des combinaisons
différentes pour les combos, mais on est loin d'atteindre la richesse d'un
SFII. La solution sera partiellement trouvée avec l'avènement de
la 3D : en effet depuis Deadly Alliance, chaque personnage s'est vu attribuer
3 styles de combat. En général 2 à mains nues et un à
l'arme blanche. Les coups spéciaux sont toujours présents mais dans
la pratique cet ajout de styles n'apporte pas grand-chose : on peut sortir des
combos déments en enchaînant les changement de styles, mais la plupart
du temps on se cantonne à celui où les combos sortent assez simplement.
L'ajout de breakers dans l'épisode Deception est une bénédiction
car cela évite de devenir spectateur comme dans la plupart des jeux de
baston (comment ça KoF ?). Malheureusement ils
sont en nombre limité (3).
En réalité, MK n'a jamais vraiment été un précurseur
en matière de gameplay, mis à part pour la garde assignée
à un bouton. Midway s'est contenté de reprendre les innovations
à la mode, combos, runs, 3d et les adapter à sa sauce. Même
le changement de style est repris de Street Fighter Alpha, plus précisément
du personnage Gen. Néanmoins, MK a enrichi le principe et l'a surtout appliqué
à tous ses personnages. Quand on joue à MK, ce n'est pas forcément
pour son système de jeu plutôt basique, c'est surtout pour les petits
à-côtés, l'ambiance, et surtout sa violence grand-guignolesque.


La violence
Comme
je l'ai dit un peu plus haut, dans Mortal Kombat tout combattant finit par mourir
un jour. Mais cela arrive bien plus souvent qu'on ne le croit puisque Midway,
outre le sang qui gicle abondamment à chaque coup de pied ou poing porté,
a intégré dans son jeu le célèbre système des
fatalités. Concrètement, à la fin du 2e round
gagnant, l'adversaire vaincu, au lieu de s'étaler dans un magnifique ralenti
que n'aurait pas renié John Woo, est à votre merci. Et c'est là,
que les aspects les plus sadiques de l'humain refont surface. Comme dans les jeux
du cirque, le joueur se voit proposer un choix cornélien : épargner
son adversaire, ou alors le charcuter pour que chacun comprenne qui est le plus
fort, ce de différentes manières.
En vrac, vous pourrez :
- Arracher le coeur de votre adversaire. Celui ci continuera d'ailleurs à
battre quelques instants.
- Le congeler avant de l'exploser en morceau.
- Lui arracher des membres ou extraire sa colonne vertébrale.
- Le brûler.
- Le déchiqueter.
- L'envoyer dans le décor pour s'y faire trucider de différentes
façons.
... et d'autres
joyeusetés dans le genre (chaque épisode de MK est livré
avec son lot de fatalités originales)
Les
épisodes postérieurs à MK1 proposeront
des alternatives plus "pacifiques" comme les babalities (transformer
l'adversaire en bébé), les animalities (en animal)
ou les friendship (le vainqueur fait un petit sketch comique
au lieu d'achever son adversaire), mais le jeu reste tout de
même violent. Alors qu'à la même époque
Mario courait dans son univers où
tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, jouer
à MK fut un vrai choc. Rappelons qu'en ces temps révolus,
les jeux vidéo ne faisaient l'objet de quasiment aucune
censure et que l'accès au salle d'arcade n'était
pas réglementé comme aujourd'hui (interdiction
au - de 16 ans pas toujours respectée), et pour un gamin,
voir un homme se faire découper dans un jeu n'était
pas courant. Cette violence s'est un peu atténuée
avec le passage à la 3D. Exit les acteurs réels,
on joue avec des assemblages de polygones, et arracher un pavé
choque moins qu'une tête dont le modèle est plutôt
fidèle à l'original.


L'Univers MK
Même
si cela ne semble pas évident dans les 2 premiers épisodes,
l'univers de MK est plus riche que dans la moyenne des jeux
de baston. Il faut dire qu'au fil d'une dizaine de titres, la
saga a mis en valeur plus de 80 personnages principaux et beaucoup
plus de secondaires. Car c'est un peu ça qui fait la
force de cet univers, un nombre assez impressionnant de belligérants
venant de mondes, voire de dimensions totalement différents.
On est bien loin du schéma classique du héros
karatéka parcourant la Terre pour tabasser tous les gros
méchants qui lui tombent sous la main, MK lorgne d'avantage
vers la science fiction. On sort du cadre terrien pour parcourir
différents mondes, tous régis par des règles
et philosophies différentes.
a.
Les mondes
La
galaxie MK est composée de 6 royaumes principaux, ainsi que de quelques
mondes annexes qui sont plus anecdotiques. Cet univers comporte de nombreuses
divinités : mineures, protectrices de royaume, mais aussi et surtout
les Elder Gods (dieux anciens). Ces derniers règnent sur l'univers dans
sa totalité mais n'interfèrent pas avec les affaires de chacun des
mondes. Ils n'ont imposé qu'une seule règle, celle du Mortal Kombat,
qui est la suivante : les invasions de royaumes sont interdites sauf si un des
mondes l'emporte 10 fois de suite contre un autre royaume lors d'un tournoi MK.
Attention, cette règle ne signifie pas que le perdant sera forcément
soumis. La guerre sera autorisée et à chacun de se défendre
ensuite. Pour plus de détails sur les différents royaumes, rendez-vous
sur la page associée (voir le sommaire au bas de cette page).
b.
Le casting
Avoir
un monde aussi diversifié a forcement un impact sur le casting. On s'éloigne
des "classiques" pour se diriger vers des personnages souvent atypiques. Bien
évidemment la plupart des protagonistes sont humains, ou plutôt humanoïdes,
mais on y rencontre aussi divers monstres et démons. Chacun a ses motivations
et des ennemis personnels, en fonction des tensions entre royaumes. Contrairement
aux séries de l'époque, MK est blindé de salauds en tous
genres et autres brutes sanguinaires. Mais bon, c'est la vie, tout le monde ne
peut pas être copain avec tout le monde... La saga verra d'ailleurs son
casting beaucoup évoluer au fur et à mesure des épisodes
car de nombreux héros vont mourir, ressusciter, puis re-mourir, et re-ressusciter...
L'autre
spécificité de Mortal Kombat, et bien souvent une des choses qu'on
lui reproche, est l'omniprésence des ninjas dans ses personnages. Midway
étant une société américaine, l'image du ninja façon
MK est bien loin de celle du folklore asiatique : ici il se téléporte,
lance des armes, dispose de nombreux pouvoirs magiques et aime s'habiller en couleurs
vives... On a souvent tendance à dire que les ninjas de MK ne sont que
des clones. Ce n'est pas forcement faux, mais comme Street Fighter II avec Ryu
et Ken, chacun d'eux s'est différencié au fil des épisodes.
Comme
chaque jeu de baston de l'époque, Mortal Kombat contient
son lot de références à des acteurs ou
sportifs de l'époque. Jean-Claude Vandamme est le plus
bel exemple mais il y a aussi d'autres clins d'oeils beaucoup
plus subtils. Pour plus de détails, voir le trivia (via
le sommaire).

Une série
qui a su évoluer avec son temps
Commencée
il y a bientôt 16 ans, il fallait bien que la série
évolue. Malheureusement, on regrette le coté "puriste"
des débuts qui a progressivement laissé place
à un jeu plutôt grand-public. Attention, je ne
sous-entend pas que l'on peut mettre les Mortal Kombat entre
toutes les mains, mais plutôt que ces jeux, avec le temps,
ont fini par faire tout comme leurs petits camarades. J'en veux
pour preuve l'apparition des combos, du passage à la
3D, des combos breakers.... Tout un tas d'éléments
repris ou adaptés d'autres jeux. Au final, la série
perd un peu de sa spécificité. Les jeux de combat
récents ne sont pas mauvais, loin de là, mais
comparé à la flopée qui sort tous les ans,
MK n'a plus ce petit plus qui fait la différence. C'est
surtout l'abandon de l'arcade au profit de titres développés
sur consoles qui a eu pour conséquence de voir la série
passer d'un style assez pointu et radical à une sorte
de fourre-tout. A chaque nouvel épisode 3D viennent se
greffer plusieurs minis jeux qui, même si la plupart se
révèlent assez fun, laissent la désagréable
impression de faire office de cache misère, ou d'argument
de vente supplémentaire si vous préférez.
Le paroxysme sera atteint dans l'épisode Deception avec
un monumental mode Konquest qui éclipse totalement le
mode Arcade. Un comble quand on sait que ce dernier a toujours
été le gros morceau des MK, à tel point
que même MK Shaolin Monk en intègre un !
Les
esprits chagrins diront que cette quasi déchéance
est due au départ d'une partie de la team fondatrice
et du passage au tout 3D, mais bon, honnêtement, la série
aurait-elle survécu si longtemps sans ces changements ?
Même l'ennemi de toujours, Street Fighter, accuse de très
longues périodes sans nouvel opus (9 ans entre SFIII
Third Strike et SFIV). Seul KOF continue à faire de la
résistance en restant fidèle à sa formule
originale, mais pour combien de temps encore ? Si j'osais,
je dirais que la saga MK est le reflet de ce qui se passe dans
le monde du jeu vidéo : l'arcade est désertée
peu à peu et les jeux sont de plus en plus calibrés
pour un public large, pas forcément passionné.
Du coup l'originalité n'est pas forcément récompensée...
Ne noircissons pas trop le tableau tout de même car les
MK sont toujours plaisants à jouer, et à chaque
nouvel opus on est loin du navet. Cela dit, j'aimerais bien
savoir dans quelle(s) direction(s) iront à l'avenir les
développeurs.
Si
on se concentre sur les seuls jeux vidéo estampillés
Mortal Kombat, la série a connu quelques épisodes
annexes (spin off). Plus axés aventure/plate-forme que
baston, ils sont anecdotiques pour la plupart, mais n'ayant
pu en tester certains je ne me permettrai pas de porter un jugement
définitif. Seul Shaolin Monks semble tirer son épingle
du jeu en offrant un jeu davantage axé sur le cote aventure/beat'em
all. Et comme les jeux vidéo ne meurent jamais, si vous
voulez (re)découvrir ces titres secondaires sans forcement
vous prendre la tête avec un émulateur, sachez
qu'ils sont disponibles sous plusieurs formats : compilations
ou même TV pad.


Bilan
Evidemment,
la série Mortal Kombat n'a pas que des fans. Certains
lui reprocheront les faibles possibilités de son gameplay
ou sa violence gratuite. Peut être sont-ce aussi ses origines
américaines qui gênent les puristes. Toujours est-il
que cette saga fait partie du paysage vidéo-ludique et
a tout de même contribué à faire les beaux
jours des joueurs en arcade. Sur consoles, plusieurs ratages sont
tout de même à signaler, en particulier Special
Forces et Mythology, qui ont un peu terni l'image de la série,
mais la reprise amorcée depuis Deadly Alliance (qualité
comme succès commercial) est significative et appréciable,
d'autant qu'avec les progrès des consoles actuelles,
la 3D s'affine et les personnages deviennent progressivement
aussi réalistes qu'au temps de la 2D... J'espère
que vous apprécierez ce dossier car cette série
mérite que l'on s'y attarde un peu. Au-delà de
l'intérêt des jeux, j'ai tenté de rendre
hommage a un des derniers survivants de l'arcade qui tienne
encore le devant de la scène.
Après cette présentation générale, rendez-vous sur
les pages ci-dessous pour un historique détaillé de la série
Mortal Kombat :
- Partie
1 : la saga 2D
- Partie 2 : le passage à la 3D
- Partie 3 : les spin off
- Partie 4 : l'histoire de Mortal Kombat
- Partie 5 : les royaumes dans Mortal Kombat
- Partie 6 : film et dérivés
- Partie 7 : les trivias
- Partie 8 : les successeurs
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