
Raconter l'histoire de l'Atari ST, c'est raconter l'histoire du renouveau
d'Atari.
Début 1984, Jack Tramiel, patron de Commodore,
quitte la compagnie qu'il a fondé 29 ans plus tôt. Pour se changer les idées, il se
lance dans un grand voyage autour du monde, mais le travail lui manque vite. Il rentre aux USA et fonde
une nouvelle entreprise, TTL (Tramiel Technology Limited). Quelques anciens collègues de Commodore
le suivent et tous se lancent dans la création d'un nouvel ordinateur. Parmi eux, on trouve David
Harris, Mel Stevens, John Feagans, Greg Pratt, Tony Tokaï, Ira Valinsky ainsi que Shiraz Shivji et
ses ingénieurs. Au même moment, Warner s'apprête à revendre Atari qui lui coûte
de l'argent. Beaucoup d'argent... (2 milions de dollar par jour, si vous voulez vraiment savoir le montant).
Quel meilleur acheteur trouver que celui qui avait entamé la guerre des prix informatique ?
Steve Ross, de Warner, contacte Jack, et le 2 Juillet 84, le contrat est
signé. TTL et Warner deviennent actionnaire l'un de l'autre, et Atari appartient désormais
à TTL. Sam Tramiel, le fils aîné de Jack, est nommé PDG d'Atari. Pour redresser
l'entreprise les Tramiel (dont la devise est "business is war") allègent le personnel,
ferment des usines, et se livrent à leur exercice favori : casser les prix. On raconte que lors
d'une visite de Leonard Tramiel (Frère de Sam) et John Feagans dans un laboratoire de développement
de la société situé à Milpitas, un haut-parleur annonça dans toutes
les salles "attention, le commando est là".

Les Tramiels
En moins d'un mois, l'entreprise passe de 5000
à 1500 employés, mais ce n'est pas tout : les Tramiel veulent lui donner une nouvelle dynamique
et rien de mieux pour cela que d'attaquer le marché naissant des ordinateurs à microprocesseur
16-bits. Initialement il est question d'utiliser le CPU National 32032, mais National n'est pas en mesure
de livrer les unitées demandées à temps, et Atari se tourne vers Motorola et son
68000 qui équipe déjà l'Amiga, que Jack Tramiel connaît bien. Le but est d'introduire
en force Atari dans une génération d'ordinateurs complètement nouvelle.
L'interface graphique utilisateur choisie pour
cet ordinateur qui s'appellera Atari ST (ST comme "Sixteen-Thirty two" car il s'agit en fait
d'une architecture 16/32-bits) est le GEM de Digital Research, développé à l'origine
pour le PC avant d'être supplanté par le duo DOS/Windows. Le système d'exploitation
est baptisé TOS ("The Operating System", pour narguer le concurrent Microsoft) et implémenté
dans les 192 Ko de ROM (ce qui est beaucoup pour l'époque). L'Atari ST est présenté
pour la première fois au Winter Consumer Electronics Show (WCES) en janvier 1985, a Las Vegas.
A sa sortie et durant les années suivantes
L'Atari ST connaît un grand succès, notamment grace à son interface MIDI équipée
en série qui en fait l'ordinateur de home-studio par excellence (des musiciens comme Fat Boy Slim,
Mike Oldfield et Jean-Michel Jarre l'ont abondamment utilisé). C'est sur Atari ST qu'est developpé
Pro 24, rebaptisé par la suite Cubase, célébrissime logiciel d'enregistrement multi-piste
MIDI/Audio. Idem pour la série LogicPro. Même aujourd'hui, alors que le ST est mort et enterré
depuis longtemps, nombreux sont les musiciens qui l'utilisent encore, notamment grâce à son
prix modique en occasion, sa fiabilité exemplaire (Tramiel avait raison de se moquer de Microsoft)
et sa logithèque énorme. L'Atari ST fut aussi une grande machine de jeux, bien qu'en ce
domaine devancé par l'Amiga en terme de graphismes et de son, grace au fait que les programmeurs
le préféraient à son concurrent. Plus stable, plus simple, jamais il ne sera oublié
des éditeurs et sa ludothèque est au final la même que celle de son concurrent, à
quelques titres près.


Maupiti Islands et Operation Wolf : deux exemples de jeux remarquablement réalisés sur Atari
ST
Autres domaines ou l'Atari ST brilla : la bureautique et la programmation,
avec des suites logicielles très performantes comme Calamus et Page Sream pour la mise en page,
WordPerfect, Le Rédacteur et WordWriter pour le traitement de texte, Neochrome, Degas Elite, Deluxe
Paint et NeoPaint pour la création graphique, et toute une gamme de langages de programmation (Modula
2, Pascal, Prolog, LISP, Logo...), autant d'applications qui furent largement utilisés par les
professionels. Au milieu des années 90 furent même développés par une communauté
d'amateurs des navigateurs Web et serveurs FTP.


Vue du GEM sur un écran couleur, et Calamus sur un écran monochrome en 640x480.
Ayant été avec mon frère utilisateurs assidus de l'Atari ST, je peux vous dire que
c'est une machine formidable, polyvalente, très fiable et solide (plus encore que l'Amiga 500 qui
était déjà très costaud), et simple à utiliser. Par exemple l'utilisateur
de ST ne changeait jamais de clavier ni de souris durant toute la vie de sa machine. Un plantage lui était
une chose quasiment inconnue. Impensable de nos jours.


Atari Mega ST et Atari TT
Après le succès de la première mouture du ST, l'Atari
ST 520, muni de 512 Ko de RAM et d'un lecteur de disquette de 360 ko, des améliorations apparurent
avec le ST 1024, puis les séries STF et STE :
- Changement du lecteur de disquette pour un 720
Ko sur la série STF.
- Passage à 1024 Ko de RAM pour le 1040 ST.
- Sortie de l'Atari STE (E pour enhanced), avec de meilleure possibilité sonores dues au processeur
sonore BLiTTER (rarement exploitées hélas) et une palette de couleurs portée à
4096.
- Sortie des Atari Mega ST 2, 3, et 4 avec une RAM pouvant aller jusqu'a 4 Mo, présenté
avec une unité centrale séparée du clavier et un disque dur.
- Sortie des Atari Mega STE, correspondant aux Mega ST mais avec un processeur tournant à 16MHz
au lieu de 8.
- Sortie en 89 de l'Atari TT, une station de travail sous Unix dédiée à la P.A.O,
destinée à concurrencer le Macintosh (ce sera un échec, mais la machine est très
estimée de ses utilisateurs).
- Sortie fin 89 de l'Atari Stacy, une version portable de l'Atari ST, doté de 4Mo de RAM et d'un
disque dur. Son autonomie sur batterie ne dépasse pas 15mn (!). C'est encore un échec.
- Sortie fin 91 de l'Atari ST Book (Europe uniquement). Cette deuxième tentative de ST portable
ne dispose pas de disque dur ni de lecteur de disquette : les données sont stockées sur
une mémoire flash de 1Mo dans le cas d'une utilisation nomade transitoire, et le reste du temps
l'utilisateur est supposé se brancher sur des périphériques parallèles disposant
de leur propre alimentation. L'écran LCD à une seule couleur n'est pas rétro-éclairé.
Mais l'autonomie est bonne (5h environ) est c'est le micro portable le plus léger et élégant
de son temps, ce qui lui vaudra un certain succès, principalement auprès de musiciens. Aujourd'hui
c'est une pièce de collection très rare du fait de sa diffusion limitée.
- Sortie fin 91 du Falcon, dernière mouture destinée avant tout à la musique, beaucoup
plus puissant qu'un PC de l'époque, capable de faire de l'enregistrement direct-to-disk à
50 Khz et doté de modes graphiques exceptionnels (768x480 en 32.000 couleurs).

Atari Falcon et Atari Stacy

Atari ST Book
L'histoire du ST et de sa descendance
s'est terminée avec l'arrêt de la production du Falcon en 1994. Les difficultés financières
alors rencontrées alors par Atari, qui aligne les échecs (Lynx, Jaguar) ont déjà
provoqué plusieurs reports de sortie pour cette machine révolutionnaire, et lorsqu'elle
est enfin arrivée il était trop tard, le PC et le Mac ayant définitivement pris les
commandes du le marché de la micro-informatique. Atari finira par faire faillite et devenir un
simple nom que diverses sociétés se disputent pour s'en approprier l'image, mais aujourd'hui
personne n'oublie son rôle déterminant dans l'évolution de la micro-informatique grand
public.
Laurent