
Toute une époque !
Dans l’article
sur la Neo Geo, nous sommes passés rapidement sur ce jeu,
tout simplement parce qu’il mérite amplement un test personnalisé.
Ceux d’entre vous qui ont commencé dans les salles d’arcade
et attendu patiemment que les consoles et micros vendus au public
puissent faire tourner des jeux s’approchant de ceux nourris en petite
monnaie, se souviennent forcément de l’émotion ressentie
lors de l’annonce de la sortie de la Neo Geo. Avec cette
machine, SNK brisait d’un seul coup un tabou aussi vieux que les jeux
vidéo eux-mêmes. Une console et une ligne de jeux d’arcade
contenant le même hardware, voilà un évènement
qui était à l’époque sans précédent.
Mais si les jeux d’arcade à base de Neo Geo MVS ont
connu un succès probant et incroyablement durable, la console
Neo Geo n’a en revanche jamais vraiment pu s’imposer, en
raison de son prix et de celui de ses jeux. Même si celui-ci
a baissé durant la dernière partie de la carrière
de la console, les première cartouches sorties, vendues à
des prix très élevés, ne sont jamais vraiment
sorties des mémoires. Tous ces problèmes bassement matériels
ont longtemps détourné l’attention du public des jeux
eux-mêmes, dont la qualité était le plus souvent
excellente. Metal Slug se situe au sommet, parmi
les meilleurs titres jamais sortis sur la machine.

Il s’agit d’un jeu d’arcade
dans le grande tradition de ce qui se faisait à la fin des
années 80. Un "Contra-like", comme on aurait pu les
appeler à l’époque, en référence au jeu
Contra de Konami, figurant un héros à
pied capable de tirer dans toutes les directions et affrontant des
tonnes d’ennemis dans un décor à scrolling multi-directionnel.
Metal Slug est l’apogée de ce style de jeu, non par
les innovations qu’il apporte, mais par la qualité très
élevée de sa réalisation, son humour et sa jouabilité
hors du commun.
Le héros du jeu
rappelle un peu Duke Nukem par son look, mais semble se prendre un
peu moins au sérieux puisqu’il a le sourire vissé aux
lèvres en permanence. Ce n’est pourtant pas faute d’évoluer
dans un environnement hostile : des centaines de soldats dont l’origine
n’est pas précise (ils semblent un peu mats de peau et moustachus
: des Cubains peut-être ?) veulent l’empêcher de libérer
de pauvres otages ligotés et paraissant promis à une
mort atroce. Notre héros peut utiliser différentes armes
allant du simple pistolet au fusil lance-flammes en passant par le
fusil-mitrailleur et le lance-roquettes, et se montre capable de tirer
en l’air ou vers le bas lors d’un saut, le tout à une cadence
effrénée. Il peut même lancer des grenades qui
causent d’énormes dégâts chez l’ennemi. Lorsqu’il
est acculé, il sort son couteau et tranche les gorges avec
dextérité dans le plus pur style Shinobi,
ce qui rend assez efficace la tactique couramment désignée
chez les soldats à pied par l’expression "au paquet !".
Lors de certains passages difficiles, un petit tank lui est alloué,
qui donne son nom au jeu. Là, les choses deviennent plus sérieuses
(enfin, façon de parler), le tank en question ayant la même
maniabilité que son pilote : il peut se baisser, et même
sauter ! Ah, si on avait eu ça en 40 ! … heu... hem… excusez
moi… je reprends : le tank a la particularité de ne tirer que
dans la direction où il avance, c’est à dire que lorsque
l’on fait demi-tour, la tourelle pivote en passant par une position
verticale. Voilà qui n’est pas sans ajouter au jeu un aspect
stratégique hautement porteur de situations délicates.
Bon, ne nous étendons
pas sur les différentes phases de jeu, que vous découvrirez
si vous avez l'occasion d'essayer le jeu. De toute façon, les
gens de Nazca n’ont pas cherché l’inédit à tout
prix, mais plutôt la surenchère. Il serait erroné
de mettre Metal Slug dans le lot des jeux de plateformes
qui ont fait les beaux jours des consoles 16-bits. Il n’y a pas ici
de passages secrets dissimulés à tous les recoins d’écrans,
pas de 1ups à collectionner en début de partie, pas
d’ambiance bucolique à la Mr Nutz, et
surtout pas de personnages mignons à l’apparence inoffensive.
On est dans l’action pure et dure, la baston de tous les instants,
le ratatinage primaire du bouton de tir. En revanche, là où
ce jeu fait la différence avec quasiment tous ses prédécesseurs,
c’est par la façon dont il bouge. On pourrait presque parler
de chorégraphie, tant les sensations visuelles procurées
sont instantanément identifiables et renvoient aux meilleurs
jeux d’arcades. À l’écran, c’est un bouillonnement permanent,
une véritable fourmilière, et le fait que le joueur
ne soit jamais perdu, parvenant sans problème à gérer
son héros aux mouvements pourtant assez variés, montre
à quel point tout cela est maîtrisé. Pendant longtemps,
seuls les jeux d’arcade ont offert un tel spectacle et lorsque deux
ou trois personnes se tassaient derrière le joueur pour admirer,
ce n’était pas sans lui procurer une sensation de triomphe
qui valait bien l’argent dilapidé.
Blizzard égalé
On
l’a dit, le principal atout de Metal Slug réside
dans ses graphismes et son animation. L’ensemble s’inscrit dans un
style visuel BD d’une totale cohérence. Les personnages ont
tous un look caricatural plutôt rigolo et les innombrables véhicules
sont tous dans le même style. Tout a visiblement été
crée à la main par des illustrateurs, puis digitalisé.
Pas le moindre polygone en vue, donc. Les décors sont absolument
somptueux, les plus beaux jamais vus dans un jeu de ce style. Il n’y
a pas autant de plans de scrolling que dans certains jeux, mais l’impression
de profondeur est très bien rendue par le travail graphique.
L’animation atteint le même degré de perfection, avec
une profusion de sprites différents pour chaque personnage,
chaque explosion, chaque projectile. Même la fumée s’échappant
des explosions est animée avec un grand souci du détail.
Les ennemis changent d’attitude en fonction des circonstances. Ils
se mettent à paniquer lorsque le héros prend le dessus
au moyen d’une grosse arme mais, si celui-ci est touché et
meurt, se tordent de rire. Leur mort est représentée
d’une façon différente pour chaque arme, mais toujours
à la frontière entre le gore et l’humour. Pour vous
donner un point de repère, l’animation des sprites atteint
le niveau de celle de Diablo,
sans problème. Les ennemis sont grosso-modo les mêmes
tout au long du jeu, mais en revanche les véhicules qu’ils
emploient changent et les boss occupent au minimum la moitié
de l’écran.
La bande sonore est
sans surprise. La musique n’est pas géniale, lourdement inspirée
du thème de Back to the future et très répétitive
d’un niveau à l’autre. De toute façon, elle est couverte
par les explosions. Une voix ponctue l’action en annonçant
l’acquisition des armes, le début et la fin des 6 niveaux ou
la libération des prisonniers, ce qui est encore une constante
des bons vieux jeux d’arcade. Bien sûr la voix bégaie
lorsqu’on libère 4 prisonniers d’un coup, ce qui ajoute encore
au plaisir de la chose.
Quant à la jouabilité
et la difficulté du jeu, il faut encore une fois cadrer le débat.
Il s’agit d’un jeu destiné aux salles d’arcades, c’est à dire que
le but est de provoquer l’insertion de pièces dans le monnayeur tout en
évitant le découragement du joueur. En plus, comme tous les jeux
d’arcade, un menu technique non accessible au joueur à l’origine permet
de régler la difficulté et le nombre de vies (et d’autres paramètres,
comme la fonction gore). Dans l’ensemble, avec les paramètres mis au plus
bas, un joueur expérimenté peut finir le jeu avec un seul crédit
sans trop de difficulté. Pour ce qui est de la version console, 4 crédits,
pas un de plus, sont alloués au joueur, et les réglages précédents
sont inaccessibles.
Metal Slug 2 (1998)

Devant le tonnerre d’applaudissements
provoqué par l’apparition de Metal Slug, une
suite a été aussitôt mise à l’étude,
et la Neo Geo, après des années de spécialisation
dans le jeu de baston en 2d, s’est vue nantie d’une franchise à
succès d’un autre style, ce qui est tout à son honneur.
Metal Slug était déjà, avec
26 Mo de données, le plus gros jeu développé
sur Neo Geo et, on pouvait le supposer, le jeu le plus spectaculaire
pouvant tourner sur cette console. Pour faire mieux, Metal
Slug 2 pèse 44 Mo et parvient, d’une courte tête,
à surpasser son aîné, non pas en améliorant
une réalisation déjà mirifique mais en apportant
son lot de nouveautés. Cette fois, quatre héros sont
disponibles, au choix, celui du premier épisode, plus un compère
et deux jeunes filles, et le jeu introduit la possibilité de
voir le héros dirigé se transformer, qui deviendra une
constante dans les épisodes suivants. Ici, les transformations
se limitent à la momie (dans le niveau 2 seulement, au contact
des ennemis) et l'obésité (dans tout le jeu, en cas
d'ingestion massive des portions de nourriture disséminées
dans les niveaux). Dans les deux cas le gameplay change radicalement,
pour plus de difficulté bien sûr, avec à la clé
une mobilité réduite, l'impossibilité de combattre
au couteau et des armes à la cadence altérée.
Des antidotes aux transformations existent, mais en général
on meurt bien avant de les atteindre...
Dans l’ensemble le jeu se caractérise par sa variété : rien
n’est pareil du début à la fin et un semblant de scénario
se profile en fin de parcours. Chacun des 6 niveaux se passe dans un pays différent,
et l’ambiance change souvent. On passe d’une cité orientale à une
ambiance vietnamienne, des pyramides égyptiennes infestées de momies
purulentes à une station de métro typiquement américaine.
Par ailleurs, aux habituels soldats ennemis, dont le nombre de types différents
est plus élevé, viennent s’ajouter des créatures extra-terrestre
absolument effrayantes, dont les hypothétiques origines humanoïdes
trouvent une explication lors du combat contre le boss final. On note également
dans cet épisode l'accentuation d'une tendance qu'on associera dès
lors à la série : la résistance monstrueuse des boss. Chaque
combat de fin de niveau est un véritable marathon et représente
de ce fait un pic de difficulté.
Les graphismes sont de
la même veine que ceux du premier épisode, mais la bande sonore est
beaucoup plus réussie. Cette fois les musiques, excellentes, changent à
chaque niveau et soulignent l’ambiance graphique, avec une mention spéciale
pour celle de la station de métro qui régale par son ambiance rock
très seventies.
Metal Slug 3 (2000)

Ce troisième
épisode est sorti sur la fin de la carrière de la
Neo Geo, et c’est un jeu plutôt rare que je n’ai pas pu
essayer. Selon les articles trouvés, le jeu est pratiquement
deux fois plus gros que le deuxième épisode, et les
photos d’écrans nous montrent que le style graphique est toujours
le même (pourquoi changerait-il ?).
Voyons ce qu'un
possesseur de Neo Geo pense du jeu. La review par IsKor (postée
sur le forum le 28/03/02)
Le staff
des persos est le même, mais les décors changent du tout
au tout : on commence sur une plage envahie de crabes et d'insectes,
pour arriver dans les entrailles d'un vaisseau alien géant
(en étant passé par une zone envahie de zombies, une
base ennemie, et même un passage dans l'espace !).
La diversité est
au rendez-vous. Il est à noter que si les 5 premiers
niveaux se parcourent assez facilement (les boss sont toujours aussi
beaux), le 6eme est totalement monstrueux. J'ai estimé qu'il
devait être aussi long que les 5 autres mis bout-à-bout
! La grande nouveauté de ce 3eme opus est la possibilité
de choisir son chemin à travers les niveaux. En effet, chaque
niveau propose des embranchements qui mènent tous au boss,
mais diffèrent totalement. Exemple : on débute
dans un désert, puis 3 choix s'offrent à nous : on peut
passer par dessus une sorte de pyramide (on affrontera des plantes
carnivores), passer à l'intérieur (plantes
carnivores puis soldats du Moyen Orient) ou alors en dessous (où
l'on aura à exploser des montagnes de vers de terre !).
Voilà
qui donne un petit avant-goût de la diversité graphique
de MS3. Évidemment, de nouvelles armes et
de nouveaux véhicules sont présents (parmis lesquels
le Slug Mariner et même l'Elephant Slug !) et aussi de nouveaux
ennemis plus retors. En conclusion c'est, pour moi, le meilleur
de la série avec Metal Slug X. Dernier petit détail
amusant : MS3 est truffé de références aux épisodes
précédents, ce qui est assez sympa pour tous ceux ayant
joué aux autres.
Signalons
aussi Metal Slug X, qui se présente comme une sorte
de remix de Metal Slug 2 avec des petits changements
graphiques dans les décors (l'action se passe au coucher du
soleil, et non de jour), une animation plus fluide et un niveau supplémentaire.
Laurent