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NEC PC Engine
1987 - 1994
Très attendue à sa sortie, cette console a connu une brillante destinée, et tient une place de choix dans le coeur des joueurs nostalgiques.
Par Laurent (11 novembre 2013)

Origines

En 1981, le géant de l'électronique NEC (Nippon Electric Company) lance la gamme de micro-ordinateurs PC 8801, fondée sur un CPU 8-bits Z80, qui devient vite très répandue au Japon. Une dizaine de modèles sont produits les 5 premières années. Le PC-88, comme il est généralement appelé, est alors le support de quantités de jeux vidéo que les occidentaux découvrent, dans un premier temps, par le biais de leur conversion sur MSX. Bandai, Sega, Square, Konami, Hal Laboratory ou Enix lui fournissent de nombreux hits, ainsi que Hudson Soft qui signe une quinzaine de titres PC-88 entre 1983 et 1987, dont certains sont des conversions de jeux Nintendo (Ice Climber, Excite Bike, Super Mario Bros Special...).

Publicité pour le NEC PC-8801mkII SR (1985)
Version PC-8801 de Bomberman, d'Hudson Soft.

Hudson Soft est le fruit de deux frères entrepreneurs, Yuji et Hiroshi Kudo, qui fondèrent en 1973 la boutique CQ Hudson à Sapporo, au nord du Japon. Passionnés de trains, ils lui donnèrent le nom d'une célèbre locomotive à vapeur américaine. Après avoir vendu des appareils radiophoniques, des photos d'art, puis à partir de 1975 du matériel informatique, Hudson devient en 1978 un éditeur de logiciels, Hudson Soft Ltd et recrute un programmeur nommé Shinichi Nakamoto, appelé à devenir un grand créateur de jeux vidéo. Son premier succès dans le domaine du jeu vidéo est Bomberman, sur micros 8-bits (entre autres PC-88, MSX et ZX Spectrum sous le titre Eric & The Floaters) en 1983.

Mais l'entreprise, qui s'est agrandie et possède désormais des locaux à Tokyo, s'intéresse aussi au hardware. C'est ainsi qu'en 1984, Hudson développe en collaboration avec Sharp le Family BASIC, kit permettant de transformer la Famicom en ordinateur. Devenu le premier éditeur tiers à obtenir de Nintendo une licence pour créer des jeux sur cette console, Hudson livre également cette année-là une excellente adaptation du concept de Lode Runner, qui obtient un succès fulgurant.

L'année suivante, en 1985, Hudson met au point la Bee Card, produite en série par Mitsubishi. Il s'agit d'une carte-mémoire qu'on insère dans un adaptateur pour le port cartouche des ordinateurs MSX, le but étant de vendre des jeux sur un support peu coûteux (seulement une dizaine de titres l'utiliseront).

Compétitions Hudson Caravan en 1985-86.

À partir de 1985, Hudson organise des concours de jeux vidéo, les Hudson All-Japan Caravan Festival, qui ont lieu en été dans 60 villes japonaises, souvent en plein air. Des enfants s'y affrontent sur les hits Famicom du studio comme le shoot'em up vertical Star Soldier, dans des modes de jeu à scoring en temps limité. Ces événements, qui se poursuivront jusqu'en 1992, rendent Hudson très populaire. L'entreprise, qui est devenu un groupe, a vu son chiffre d'affaires multiplié par 50 en cinq ans et se sent pousser des ailes. Après d'autres succès sur Famicom en 1985 et 86 (Binary Land, Adventure Island...), ses développeurs commencent à se sentir à l'étroit sur ce hardware vieillissant et demandent à leurs collègues ingénieurs d'en concevoir un nouveau, plus performant, dans le but de lancer une console Hudson et, pourquoi pas, doubler Nintendo qui tarde un peu à présenter son éventuelle 16-bits. Un prototype est mis au point, le C62 System.

Mais Hudson n'a pas les reins assez solides pour produire en série une console de jeux, et propose donc à NEC, qui domine le marché de l'informatique au Japon, de prendre en charge la fabrication, la distribution et le marketing de ce qui va devenir la PC Engine.

Lancement japonais réussi

La console sort au Japon en octobre 87. Bien que ne payant pas de mine avec son petit boîtier (un carré d'environ 14 cm de côté), c'est une machine puissante. Avec son processeur graphique 16-bits elle surpasse la Famicom et la Sega Master System en tous points :

- Processeur principal 8-bits HuC6280 cadencé à 7.16Mhz. C'est un dérivé du 6502 qui équipait la NES.
- Processeur graphique 16-bits fondé sur deux unités : le HuC6260 et le HuC270A.
- Résolution maximum : 565x242. Les jeux utilisent diverses résolutions, la plus fréquente étant 256x224. Le tout en 64 couleurs sur 512, avec 64 sprites affichés.
- 8Ko de RAM, 64Ko de VRAM.
- Processeur sonore : HuC6280A doté de 6 voies stéréo.
- Une seule prise pour gamepad. Celui-ci présente une croix directionnelle et deux boutons de tir, comme celui de la NES. Un accessoire, le Turbo Tap, permet de brancher jusqu'à 5 gamepads.
- Sortie vidéo composite RF (antenne).
- Prix : 24.800 yens.

Les jeux de la PC Engine sont stockés sur des cartes mémoires, dérivées des Bee Cards. Appelées HuCards, leur capacité maximale est de 2,44 Mo. C'est aussi la première console à utiliser le support CD-ROM, avec les extensions CD-ROM² (1988) et Super CD-ROM² (1991), qui boostent la mémoire vidéo, changent le BIOS et permettent d'ajouter aux jeux des musiques enregistrées sur des pistes CD Audio, ou des séquences vidéo.

La PC Engine (à droite) se connecte au lecteur CD-ROM² (à gauche) grâce au boîtier fourni, nommé Interface Unit. Celui-ci dispose d'un capot pour que l'ensemble se transporte comme une malette.

La PC Engine est très bien accueillie à sa sortie, menaçant pendant un temps la suprématie de la Famicom. La Mega Drive de Sega n'est pas encore sur le marché, la firme NEC inspire confiance, Hudson Soft cible parfaitement son public, et si les jeux disponibles à la sortie ne sont pas exceptionnels (Shangai, The Kung-Fu,Victory Run), la sortie au printemps 88 de R-Type et R-Type II donne de solides arguments à la console. Ces deux conversions des bornes d'arcade d'Irem sont les plus fidèles de l'époque. Fin 88 arrivent Fantasy Zone et Space Harrier (de Sega), ainsi que Dragon Spirit (de Namco), des jeux d'arcade incroyables que la PC Engine arrive à restituer de manière impressionnante. Dans les Caravan Festivals de Hudson c'est désormais sur la console de NEC que les participants en décousent, et les modes de jeux compétitifs en 2 ou 5 mn sont intégrés à des HuCard comme Super Star Soldier sous la forme de Caravan Stages pour que les joueurs puissent s'entraîner toute l'année.

R-Type et Space Harrier, sur PC Engine.

En 1989, alors que la console n'est toujours disponible qu'au Japon, une cinquantaine de jeux sortent, dont pas mal de titres très populaires : Vigilante, P-47, Pac-Land, Son Son II, Power Golf, Side Arms, Ninja Warriors, Gunhed, Shinobi, PC Genjin (connu par la suite sous les noms Bonk's Adventure et PC-Kid)... La ludothèque de la PC Engine est complète, très ancrée dans la culture japonaise, et éclectique : jeux de plateformes, de course, de réflexion (de Mah-jong notamment), conversions de bornes d'arcade, jeux de combat, shoot'em ups, beat'em ups, simulations sportives, RPG... Certaines licences trustées par Nintendo lui font défaut, mais à ce stade ce n'est pas un problème majeur.

Ys Book I&II et Dragon Slayer: Eiyuu Densetsu.

L'extension CD-ROM² est mise en vente en décembre 88, au prix de 57.300 yens. Plus qu'un simple support de stockage, c'est une mise à jour technique de la console, presque un système à part entière. Quelques jeux d'action sont d'abord édités en CD, comme Altered Beast, mais le CD-ROM² fera surtout de la PC Engine une plateforme de choix pour les RPG et dérivés, avec une bonne centaine de titres édités en cinq ans. Les premiers sont Ys Book I&II et Tengai Makyou Ziria: Haruka naru Jipang, sortis en 1989. Par la suite arriveront Dragon Slayer: Eiyuu Densetsu, Exile, Langrisser: Hikari no Matsuei, Shin Megami Tensei... Beaucoup de fans de RPG japonais old-school se sont musclé les pouces sur un pad de PC Engine, le plus souvent sur des versions non traduites.

Publicité japonaise pour le jeu Fire Pro Wrestling 2nd Bout.

Dérapage aux USA

Été 1989 : presque deux ans après son introduction sur le marché japonais, NEC, encouragé par la reprise du marché des consoles aux USA, procède au lancement américain de la PC Engine. Sur ce territoire, elle portera un nom un peu plus tapageur : TurboGrafx-16 (les HuCards sont rebaptisées Turbochips). Avec sa cohorte de jeux d'origine japonaise, dont la NES a prouvé qu'ils étaient exportables, et ses excellentes performances, son succès semble assuré.

NEC TurboGrafx-16 (USA).

Au même moment, Sega présente la Mega Drive au public américain, pour qui elle s'appellera la Genesis. Au Japon, la 16-bits de Sega (qui est sortie un an après la PC Engine) est victime d'une désaffection étonnante de la part du public. Aux USA, NEC ne voit donc pas la Genesis comme une concurrente sérieuse. Relookée dans un boîtier plus imposant, la TurboGrafx-16 à plus de jeux, elle est prête à accueillir le support CD-ROM et son prix est de 150$, soit 50 de moins que sa concurrente.

Les ventes des deux machines décollent rapidement grâce à une campagne de promotion agressive de part et d'autre. Sega s'appuie sur ses jeux d'arcade, très populaires, et livre la Genesis avec Altered Beast, jugé médiocre aujourd'hui mais qui a l'époque fascine avec ses grands sprites et ses voix digitalisées. La TG-16, quant à elle, est présentée avec Keith Courage in Alpha Zones, platformer sympathique mais guère spectaculaire.

Altered Beast sur Genesis et Keith Courage in Alpha Zones sur PC Engine.

Au bout de quelques mois, il devient évident que les joueurs américains accrochent davantage à la Genesis. On peut avancer trois raisons à cela :

1. L'image technologique : c'est pendant cette période que le nombre de bits du microprocesseur devient, pour la presse spécialisée comme pour le public, une obsession. Et la NEC n'a de 16-bits que son processeur graphique, contrairement à la Genesis qui arbore fièrement un MC68000, processeur qui la met au niveau des Atari ST, Amiga et Macintosh.
2. Le manque de jeux : NEC met un temps regrettable à traduire en anglais certains titres qui ont cartonné au Japon sur sa console. Et l'import ne résout rien car la TurboGrafx-16 n'est pas compatible avec les HuCards japonaises.
3. La concurrence déloyale : certains titres excellents ne peuvent pas être exploités aux US à cause des contrats d'exclusivité que Nintendo a fait signer à leurs développeurs, les obligeant à ne sortir qu'en version NES sur le territoire américain. Hudson Soft, du reste, se retrouve en porte-à-faux : c'est le principal développeur sur PC Engine au Japon, mais aux US les versions NES de ses jeux lui rapportent beaucoup d'argent. Renoncer à celles-ci n'est pas vraiment envisageable.

Le TurboGrafx-CD : cette version du lecteur de CD-ROM adaptée à la TurboGrafx-16 se positionne à l'arrière de la console (avec une base pour poser celle-ci). L'ensemble occupe un volume considérable.

Autre coup fatal porté à la carrière de la TG-16 aux USA : le lancement raté du TurboGrafx-CD, équivalent américain du CD-ROM². Alors qu'au Japon la quasi-totalité des possesseurs de PC Engine en ont un, au point que les sorties sur HuCard se raréfient à partir de 1991 au profit du CD, il est vendu beaucoup trop cher (399$ sans jeu inclus) et se montre difficile à trouver en dehors des grandes villes. De plus, beaucoup de jeux CD-ROM² sont des RPG bourrés de textes, et très peu sont traduits. Ils seront pour ces raisons laissés pour compte, laissant au seul public nippon le plaisir d'y jouer.

En Europe : Sodipeng ou rien

Si NEC a soigneusement préparé l'arrivée de sa console sur le territoire américain, très porteur d'un point de vue financier (rappelons que Nintendo y a vendu la moitié du parc mondial de NES), et symbolique sur le plan de l'histoire de ces deux pays, l'Europe a été totalement négligée alors qu'elle avait un vrai potentiel.

Dans nos contrées, la presse spécialisée évoque dès 1988 et de façon élogieuse cette console révolutionnaire, qu'elle présente comme le premier représentant de la génération 16-bits. Les joueurs sont très excités par les captures d'écran de The Kung Fu avec ces sprites aussi gros que ceux de Sword of Sodan. Mais rien n'y fait : NEC n'envisage pas de commercialiser la PC Engine sur le vieux continent. Pour s'en procurer une, il faut passer par l'import officieux...

Une exception existe à cette règle. Une exception française ! En effet, après avoir été quelques mois en vente dans la boutique parisienne Shoot Again (pour 2350fr), la PC Engine est distribuée en France à partir de début 89, suite à des accords négociés directement avec NEC Japon, par Sodipeng (Société de Distribution de la PC Engine), une branche de Guillemot Informatique dirigée par Laurent Derennes.

Ne bénéficiant d'aucun soutien réel du fabricant, Sodipeng achemine et revend les consoles dans leur version d'origine accompagnées d'un convertisseur de signal vidéo offrant une sortie RGB en 60Hz, luxe très rare sur les autres consoles. Seul le manuel des jeux est traduit (sommairement), pas leur contenu textuel, mais on peut ainsi se procurer la PC Engine dans de grandes enseignes comme la FNAC ou Auchan, avoir potentiellement accès à toutes les HuCard (contrairement aux américains), le tout avec une garantie et un prix correct : environ 1800fr au départ, revu plus tard à 1290fr, puis 999fr, avec ou sans jeu fourni selon les cas. Les jeux, en revanche, sont chers : entre 400 et 550fr.

Publicité pour la vente de produits PC Engine par Sodipeng (juin 1991).

L'importation par Sodipeng, qui s'est poursuivie jusqu'au printemps 93 (date de sa mise en faillite) et concernait aussi bien la PC Engine que ses versions ultérieures, les jeux, les extensions CD-ROM et les accessoires, se limitait au territoire national : voilà pourquoi, aujourd'hui, les sites et forums de retro-gaming occidentaux où la PC Engine est le plus connue et appréciée sont souvent français. Malheureusement, lorsque la console était encore d'actualité, il est évident qu'une si petite société ne pouvait rivaliser avec Nintendo et Sega sur le marketing et la publicité. Aussi, après le lancement européen de la Mega Drive fin 90, puis celui de la Super NES en 92, la communauté de joueurs PC Engine français est restée une niche.

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