Par
Tonton Ben (Septembre
2004)
En 1993, le milieu de la baston
en arcade connaît une effervescence sans précédent.
Alors que Capcom caracole avec son Street
Fighter II Turbo, et que Midway crée
l’évènement avec Mortal
Kombat, SNK, qui n’arrive pas à
s’imposer sur le marché malgré
un Fatal Fury 2 excellent et un
Art of Fighting
très impressionnant, surprend tout ce petit
monde en débarquant avec un titre exceptionnel
: Samurai Shodown.
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Samurai Shodown (Samurai
Spirits)
Année : 7 juillet 1993
Systèmes : NeoGeo / SNES / Megadrive
/ Mega CD / Game Gear / Game Boy / PSX
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| Une
belle présentation qui annonce la
couleur. |
Qu'attend-on pour appuyer sur le bouton
Start ?
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Samurai
Shodown relate les aventures de douze guerriers
dans le Japon médiéval, face à
la menace du sorcier Shiro Amakusa qui pèse
sur l’archipel, en provoquant catastrophes,
maladies, et conflits armés. Nous avons ici
affaire à un jeu de baston classique en un
contre un sur deux rounds gagnants, dont les combats
se font à l’arme blanche, une première
dans le milieu. La jouabilité se fonde totalement
sur les quatre boutons de la NeoGeo : deux pour
les attaques de lame, deux pour les coups de pieds
; leur combinaison donne de chaque côté
un coup fort, ce qui nous fait en tout six attaques
de base possible en position haute, et donc six
de plus en position basse. Caractéristique
intéressante, plus les coups sont puissants,
plus ils sont lents. On assiste donc à des
combats mâtinés de stratégie,
où les bourrins sont très vite sanctionnés
en contre-attaque.
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L'écran de sélection, déjà
bien fourni. |
Ah,
la belle Charlotte... |
Côté
graphismes et technique, le jeu reprend et améliore
le moteur employé pour Art
of Fighting, avec ses zooms géants,
tout en réduisant légèrement
la taille des sprites, afin de mieux exploiter les
sauts, de grande amplitude. La présence d’un
assistant de Kabuki qui valide les coups assignés
grâce à ses fanions apporte encore
un peu plus à l’ambiance et à
décors déjà très animés.
L’interaction avec l’environnement du
jeu est riche, avec des éléments de
décoration à détruire, à
la Street Fighter
II, mais aussi grâce à
la présence d’un personnage qui délivre
régulièrement pièces d’or,
nourriture et bombes, histoire d’ajouter un
peu de piment aux combats. Autre innovation, il
arrive fréquemment qu’un duel de résistance
survienne entre les deux combattants, suite à
deux coups équivalents simultanés
: celui qui matraque le plus fort ses boutons désarme
l’autre, et prend un avantage certain.
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Les coups font souvent gicler le sang. |
Puppy,
le meilleur ami de Galford ! |
Un
travail tout particulier a été apporté
aux mélodies qui donnent une atmosphère
musicale sublime, grâce à des thèmes
tantôts pesant sur l’ambiance lourde
des affrontements, tantôts entraînants
et mémorables à la première
écoute. Les voix et les bruitages sont criants
de vérité, les armes s’entrechoquent,
les personnages expriment leur rage, le rendu est
saisissant. Si quelques pointes d’humour sont
saisissables, Samurai Shodown est
un titre sérieux, où les protagonistes
se battent jusqu’à la mort : sur ce
point, seule la version japonaise affiche le sang
dans sa couleur d’origine. Les vaincus finissent
régulièrement enroulés dans
des nattes de roseau ; selon le type de coup fatal
porté, le combat peut finir dans un bain
de sang. Ce n’est pas Mortal Kombat,
SNK sait rester propre, mais la scène reste
explicite.
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| Les
bonus stages, très à la mode
à l'époque. |
Duel
de résistance ! |
La
force de ce jeu ne réside pas seulement dans
ses qualités techniques, qui sont pourtant
issues de la quintessence du savoir-faire des p’tits
gars de chez SNK, mais elle provient également
de la sélection des personnages, incroyablement
riche. Et pour cause, Samurai Spirits
met en scène des héros qui sont pour
la quasi-intégralité inspirés
de mythes et légendes japonaises ; même
si de notre côté de la planète,
le contexte nous est inconnu, l’identification
du joueur aux personnages est très facile,
tant SNK a soigné les profils. La présentation
qui suit des protagonistes permettra de mieux cerner
des liens entre le jeu et la culture japonaise,
des liens pas forcément évidents pour
nous, Européens.
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| En
plus, Amakusa se gausse des déboires
d’Hanzo… |
Nakoruru, grâce à soin aigle,
est trop rapide pour Earthquake. |
Haohmaru
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Héros
charismatique de la série, Haohmaru
est directement inspiré de Miyamoto
Musashi (1584-1645), un ronin, comprenez ici
un samouraï sans maître, qui parcourait
la contrée afin de tester ses aptitudes
au combat. Musashi est un des personnages
les plus connus des légendes japonaises,
constituant l’archétype classique
du samouraï. Il a été réputé
pour avoir affronté et battu le plus
grand nombre d’adversaires, et a fini
sa vie en écrivant un code d’honneur,
le ‘livre des cinq cercles’.
Haohmaru se détache quelque peu de
son modèle par son attitude railleuse
et irrespectueuse ; sans parler de fort son
penchant pour le saké. De plus, Musashi
se battait avec deux épées à
la fois, technique qu’il avait inventée. |
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| Utagawa
Kuniyoshi (1798-1861) : Tôto ryûkô
sanjûroku kaiseki Mukôjima :
Miyamoto Musashi (1852 , peinture sur bois
(ôban) représentant le fameux
Miyamoto Musashi. |
Tachibana
Ukyo
Le
combattant tuberculeux est tiré d’après
Sasaki Kojiro Genryu (1572-1612), le rival
de Musashi. Celui-ci, expert du combat avec
sa très longue épée,
a été finalement terrassé
par Musashi au terme d’un combat sur
l’île de Genryu, qui gardera son
nom. D’après la légende,
le combat fut très court, mais l’attente
de Genryu très longue, puisque Musashi
joua la carte de la pression psychologique
en apparaissant très en retard au rendez-vous.
C’est pour ça que le décor
d’Ukyo est à peu près
le même que celui d’Haohmaru,
mais de nuit.
Tachibana Ukyo se détache tout de même
un peu du portrait original de Genryu : il
est moins arrogant, et surtout, il est malade.
Sa technique de combat semble être emprunté
d’un autre combattant légendaire
: Zaitochi. Tachibana est le nom d’une
variété de mandarine. |
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| Une
statue à l’effigie de Sasaki
Kojiro Genryu, visible dans le parc Kikko,
à Iwakuni (près de Hiroshima). |
Hattori
Hanzo
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Hattori
Hanzo (1541-1596) a également réellement
existé, puisqu’il fut le ninja
le plus réputé de la province
d’Iga, se spécialisant dans l’attaque
nocturne de forts ennemis. Lorsque Ieyasu
Tokugawa accueillera plus tard les clans ninja
comme ses alliés, Hanzo se battra pour
la réunification du Japon.
Les cinéphiles auront déjà
entendu ce nom dans un excellent flim : Kill
Bill Volume 1.
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| La
sépulture du ninja Hattori Hanzo,
à Tokyo. |
Yagyu
Jubei
La
famille Yagyu fut une lignée renommée
de Samouraï : Yagyu Muneyoshi était
un samouraï réputé pour
son habileté au maniement de l’épée
; son fils, Yagyu Munenori, est devenu le
maître d’armes des shoguns Tokugawa
; et le fils de ce dernier, Yagyu Jubei Mitsuyoshi
(1606-1644), aurait eu pour rôle de
réaliser des missions secrètes
pour le compte du shogun et même de
l’Empereur, d’où sa réputation
de samouraï-ninja. |
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| Sonny
Chiba, qui a plusieurs fois immortalisé
Yagyu Jubei (à gauche, dans Yagyu
Conspiracy, 1978) à la télévision
japonaise… et qui a également
souvent joué le rôle d’Hattori
Hanzo (à droite, dans Kage no Gundan
II, 1981)… jusqu’à le
reprendre dans Kill Bill Volume 1 ! |
Wan
fu
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Wan
fu consisterait en un mélange de deux
guerriers chinois : le premier, Wang Ts-bin
Wu, était un dissident de la dynastie
des Ch'ing et se battant pour les opprimés,
ce qui lui vaudra le surnom de Da Dao Wang
Wu (Wang Wu le grand cimeterre) ; le second
était le fondateur de la dynastie Chou,
King Wu Wang (1100 avant J.C.), un roi aspirant
à la réunification de la Chine,
et cité par Confucius comme étant
un monarque puissant et vertueux.
Dans Samurai Shodown II,
Wan fu troque son cimeterre pour un pilier
de pierre. C’est tellement plus pratique,
un pilier. |
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| Représentation
antique de la dynastie Ch’ing. |
Senryo
Kyoshiro
Senryo
Kyoshiro est un joueur de Kabuki, art théâtral
traditionnel japonais, qui à l’inverse
du No, est composé de chorégraphies
et de musiques vivantes et énergiques.
Senryo signifie ‘mille (sen) ryo’
(ancienne monnaie japonaise), soit le surnom
donné à un acteur suffisamment
talentueux pour gagner mille ryo par jour.
Le costume de Kyoshiro représente le
lion.
Le Kabuki n’est pas un art martial,
même si le naginata peut y être
utilisé comme accessoire ; dans Samurai
Shodown, Kyoshiro conjugue ses talents
d’acteur et ceux de guerrier ; c’est
un artiste complet. |
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| Deux
actrices de Kabuki, en costume de lion. |
Une
autre scène de Kabuki. |
Charlotte
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Peut-être
le personnage de la série que nous
autres, petits français, devrions connaître
le mieux, même si sa représentation
diffère quelque peu de celle que nous
connaissons. Car Charlotte n’est ni
plus ni moins que Lady Oscar ! Charlotte est
en effet inspirée de Oscar Francois
de Jarjayes, la jeune aristocrate qui manie
l’épée et revêt
des habits de garçon, et qui prendra
le commandement de la garde de Versailles,
d’après le manga crée
en 1972 par Riyoko Ikeda, La Rose de Versailles. |
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| Couverture
d’une OST de Lady Oscar. |
Nakoruru
Bien
qu’elle ne soit fondée sur qui
que ce soit, Nakoruru porte la tenue traditionnelle
Ainu, tout comme sa famille. Les Ainu vouent
une adoration à la nature, et croient
que tout élément de la nature
est une création ou une manifestation
des esprits Kamui. Nakoruru finira par devenir
elle-même un esprit de la nature. L’aigle
qui l’accompagne s’appelle Mamahaha.
Nakoruru est tout simplement le personnage
le plus populaire de la série Samurai
Shodown ; elle possède son
propre animé et son propre jeu d’aventure
sur Pécé et Dreamcast, sans
compter ses nombreuses apparitions. |
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| Danse
traditionnelle Ainu. |
Shiranui
Gen-an
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Gen-an
est un Bakemono, une espèce de gobelin
japonais, sans lien particulier avec un quelconque
personnage de la mythologie japonaise ; ce
n’est ni un tengu, ni un oni.
Il n’a non plus aucun lien de parenté
avec Shiranui Mai, de Fatal
Fury… |
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| Représentation
classique d’un bakemono. |
Earthquake
Earthquake
est un bandit texan. Ne me demandez pas ce
qu’il fait dans ce jeu, je n’en
sais rien. Ceci dit, son design rappelle quelque
peu Heart, de l’animé culte ‘Ken
le survivant’.
Son sprite monumental, couplé aux effets
puissants de zoom du jeu, a mis sa claque
visuelle dans les salles de jeu, et a contribué
à la réputation de Samurai
Shodown. |
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| Heart,
tiré de l’animé Ken
le Survivant. |
Galford
D. Weiler
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Ce
ninja blond de San Fransisco n’est lui
non plus rattaché à aucune référence
; il semble être présent, comme
pour le cas d’Earthquake, afin de représenter
le nouveau continent, et peut-être séduire
les joueurs occidentaux. A moins qu’il
ne s’agisse d’une référence
à Shadow
Dancer, la suite de Shinobi,
le hit de Sega ?
En proposant des personnages épaulés
par des animaux, Samurai Shodown
continue dans l’innovation créative. |
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| Panneau
de décoration de la borne d’arcade
Shadow Dancer (1989). |
Tam-Tam
Tam-Tam
est un mélange de plusieurs cultures
tribales : si le jeu affirme qu’il est
inca, le dieu Quetzacoatl qu’il est
sensé vénérer est aztèque
; de plus, les incas ne connaissaient pas
le métal ; enfin, il ressemble plus
à un guerrier maori. Manifestement,
chez SNK, on est plus fort en histoire japonaise
qu’en culture sud-américaine.
Enfin, Tan-Tam se retrouve inclus dans le
jeu afin de représenter, lui aussi,
une certaine diversité de jeu.
Pour la petite histoire, Tam-Tam est possédé
par le masque qu’il porte ; un peu à
la façon du flim ‘The Mask’,
sorti après le jeu. |
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| Cérémonie
inca traditionnelle. |
Démonstration
du fameux Haka maori. |
Shiro
Amakusa
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Également
connu sous le nom de Masuda Shiro Tokisada,
Shiro Amakusa (1622-1638) fut le jeune leader
chrétien d’une rébellion
paysanne de la région de Shimbara contre
l’autorité des Tokugawa. La rébellion
fut sauvagement écrasée, et
le corps d’Amakusa n’a jamais
été retrouvé. Aujourd’hui
encore, une île de l’archipel
nippon porte son nom, où l’on
peut y admirer, entre autres, un imposant
monument à son effigie.
Amakusa est revenu à la vie à
la suite d’un pacte avec le démon
Ambrosia ; il prépare alors sa vengeance
sur le shogun et sa famille responsables de
sa mort. |
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Vue de la statue d’Amakusa, sur l’île
du même nom, au Sud du Japon. Elle
fait quinze mètres de haut. |
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