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Bakushou Yoshimoto no Shinkigeki
Année : 1994
Système : PC Engine
Développeur : Hudson Soft/Red
Éditeur : Hudson Soft
Genre : Action
Par Sebinjapan (17 juin 2013)

PC Engine : la plus japonaise des consoles nippones.

La NEC PC Engine est une console qui a une place de choix dans le coeur des rétrogamers francophones and francophiles. Son immense succès auprès d'une certaine catégorie de joueurs s'explique bien entendu par ses fantastiques jeux d'action, shmups déments et adaptations d'arcade fort honorables, mais aussi par la présence au sein de sa ludothèque de softs affichant un style graphique "manga", style qui déferlera bientôt en force sur notre marché des produits culturels, mais qui est encore rare parmi nos productions vidéoludiques en ces temps reculés où la machine est distribuée chez nous, d'abord par les voies de l'import grâce à des boutiques comme Shoot Again puis de manière plus officielle par le biais de la société Sodipeng.

Cette pub Sodipeng m'aura fait rêver. Notez l'emploi d'une imagerie typiquement japonaise avec le "yokai" qu'on croirait issu de Lamu à gauche et la jeune fille sexy en maillot de bain échappée d'un manga pour ado. Rien à voir avec les pubs des autres machines.

Se démarquent alors d'autant plus facilement des jeux aux graphismes mignons et rigolos comme par exemple le fameux Kato Chan & Ken Chan qui déclenchera l'hilarité parmi les rédactions des magazines qui le testeront. Un autre représentant de l'humour graphique typiquement japonais sur cette console restera malheureusement confidentiel dans nos contrées, du fait de sa sortie tardive et de son sujet très spécifique. Il s'agit du jeu dont nous allons parler aujourd'hui : Bakushou Yoshimoto no Shinkigeki.

Kato Chan & Ken Chan, ou l'art de se défendre de l'attaque d'un molosse en lui pétant au museau.

Yoshimoto : l'humour d'Osaka

Et quand on parle d'humour au Japon, on pense immédiatement à Yoshimoto. À l'origine troupe de théâtre comique modeste fondée en 1912, l'entreprise Yoshimoto Kougyou est désormais devenue un véritable empire médiatique avec moult productions audiovisuelles et une présence quasi-constante sur les écrans de télévision nippons. Employant plus de 800 comiques, l'entreprise est restée fidèle à ses racines : la ville d'Osaka. Ainsi de nombreux sketches sont issus de la culture locale et les comédiens emploient régulièrement des expressions tirées du dialecte de la région.
Son influence est telle que de nombreux gags d'abord exclusifs aux spectacles de Yoshimoto font désormais partie de l'humour japonais dans son ensemble, de la même manière qu'on définit souvent l'humour anglais par l'influence excercée par les Monty Pythons.

Ainsi, vous êtes très certainement familiers avec ces personnages de dessin animés nippons qui chutent brusquement lorsque l'un d'eux sort une réplique totalement absurde ou inattendue. De Ranma 1/2 à Love Hina en passant par "Le Collège Fou Fou Fou", c'est le point d'exclamation qui ponctue de nombreux gags. Cela provient de Yoshimoto, et ce n'est qu'un exemple parmi de nombreux autres.

Le Collège Fou Fou Fou : au premier plan, un personnage chute lourdement suite aux pitreries exercées par ses camarades ...
Yoshimoto : un gag absurde entraîne la chute de la plupart des acteurs présents sur scène.

Que le spectacle commence !

En 1994, Hudson Soft s'associe avec Yoshimoto pour fournir cette hilarité aux possesseurs de PC Engine munis de l'extension Super CD-Rom sous la forme d'un jeu de plateforme. Le travail est confié à RED Company, pas des manchots puisqu'on leur doit déjà les séries PC Kid et Tengai Makyou sur la même machine. Autant dire que le projet est pris au sérieux et ne sera pas un simple "shovelware" destiné à surfer sur la popularité de la fameuse troupe de théâtre originaire d'Osaka.

Les acteurs de Yoshimoto présents dans le jeu sont présentés dans l'introduction. Tous sont venus enregistrer les voix digitalisées utilisées par leur avatar numérique. Ici Kanpei Hazama et Charlie Hama.

Le résultat est donc un jeu de plateforme fort honorable, certes classique dans ses mécaniques de jeu et son game-design (à l'exception des mini-jeux déjantés qui font office de combat contre les boss), mais qui se distingue surtout par ses qualités graphiques et sonores, ainsi que par son fan-service et son humour bien entendu. Et c'est ce qui en fait un soft vraiment attachant, qu'on parcourt de bout en bout le sourire aux lèvres, même si le casting nous est inconnu à nous autres occidentaux, et qu'on ne comprend pas ce que racontent les personnages par le biais de très nombreuses voix digitalisées (en japonais, évidemment). En effet, regardez-moi un peu ces tronches :

Les tronches ...

Le jeu est incroyable sur ce point là. Manifestement, le support CD n'a pas seulement servi à accueillir les voix et musiques d'excellente qualité : sa formidable capacité de stockage a également été mise à profit pour nous servir un nombre incalculable d'animations comiques pour les sprites qui servent d'avatars aux acteurs de Yoshimoto. Pendant les cut-scenes ou le jeu lui-même, vous en verrez des grimaces, vol planés, glissades et autres chutes au milieu de scènes de bagarres ou de courses frénétiques. La même animation se répètera rarement deux fois, et de plus tous les sprites, même celui du héros, changent à chaque niveau.

Bienvenue chez les Osakajins

Voyons un peu plus en détails le jeu lui même. L'introduction nous présente les acteurs les plus connus employés par Yoshimoto au moment de la sortie du jeu. Tous se retrouveront dans le soft, dans des situations diverses inspirées pour la plupart de spectacles bien connus des Japonais. Certaines scènes ainsi que l'écran de fin de chaque niveau nous montrent une audience assistant au déroulement du jeu, nous rappelant que toute l'histoire est en fait une pièce de théâtre made in Yoshimoto, sorte de méga-show auquel le joueur est convié. Il n'y a pas vraiment de scénario, juste une succession de gags divers servant d'excuse à l'introduction de situations variées.

Intro du jeu : scène de baston dans une rue célèbre d'Osaka.
Ecran de fin du second niveau : au théâtre ce soir, une journée ordinaire au Japon médiéval ...

Puis on entame ce qui, de prime abord, semble être un jeu de plateformes des plus classique. Le héros, incarné par l'acteur Kanpei Hazama, se déplace de gauche à droite et peut sauter sur la tête des "ennemis" ou sur divers éléments de décor pour éviter des obstacles et dangers tels que des chiens féroces lancés à ses trousses. Ici, pas d'arme ni attaque autre que le saut, ni de course, ni autre gimmick de gameplay. Peu de bonus cachés et d'exploration, même si quelques rares embranchements existent.
Ce qui distingue d'emblée le jeu en revanche, en plus de ses évidentes qualités techniques, c'est son ambiance. Le premier niveau se passe ainsi dans les rues d'Osaka qu'on reconnaît grâce à quelques références touristiques bien connues comme le restaurant au crabe géant ou la tour Tsutenkyaku. Et puis l'action rebondit sans cesse au rythme de mini-séquences étranges et burlesques comme une course-poursuite entre le héros transformé en cambrioleur et un policier furieux, ou un petit tour de manège dans le roller-coaster du parc d'attraction Festival Gate (qui n'existe plus à l'heure où j'écris ces lignes).

En arrière plan, le "Glico Man", un des symboles d'Osaka. Tiens, je ne me souvenais pas qu'il portait un tutu ...
De la plateforme ultra classique mais efficace. Ici une grotte avec puits de lave et chauves-souris dans le second niveau.

Et puis, les fameux mini-jeux ne tardent pas à pointer leur nez également. Introduits par de petits sketches que seuls les plus japanophiles d'entre nous parviendront à comprendre, ils surviennent en milieu et fin de niveau. Tout d'abord il s'agira d'une séquence de danse endiablée ou le joueur devra reproduire les actions indiquées à l'écran.
Puis, plus original, on aura droit à un formidable duel de "lancé d'okonomiyaki dans la tronche". Quoi ? Alors l'okonomiyaki est une délicieuse spécialité culinaire locale, sorte de crêpe salée à base de choux (faites moi confiance, ça n'a pas l'air comme ça, mais c'est super bon, la sauce fait passer le goût des trucs bizarres qu'il y a en dessous !). Quant au mini-jeu lui même, il consiste en un affrontement à "pierre-feuille-ciseaux" (jankenpon), à faire suivre immédiatement par une pression sur le bouton I pour lancer une crêpe à la figure de son adversaire si on a gagné l'affrontement, ou une pression sur le bouton II pour se protéger du lancer de l'adversaire en cas de défaite. Ne vous trompez pas, ça va très vite !

Premier mini-jeu : Dance Dance Revolution à la sauce Yoshimoto.
Et en parlant de sauce, prends donc ce délicieux okonomiyaki dans tes lunettes !

Ce genre d'épreuves déjantées, vous y aurez donc droit régulièrement au long des 6 niveaux du jeu. Je ne vous dévoile pas les autres, ce serait criminel de vous les spoiler. Sachez seulement que, hélas, l'une d'elle (et une seule heureusement) nécéssitera de déchiffrer rapidement un texte en japonais et sera difficile à passer sans l'aide d'un émulateur et de "save-sates".

Chaque niveau dispose d'une thématique, parfois relativement originale comme ce niveau se déroulant dans le Japon médiéval, et faisant de fait beaucoup penser aux Ganbare Goemon de Konami, et parfois bien connue au sein du genre plateforme comme l'inévitable niveau de la glace.

Petit florilège :

Quelques grands moments du jeu. Je n'ai pu résister à la tentation de vous dévoiler deux autres mini-jeux : un "whack a mole" et un clone de Penguin Wars.

Comme je le laissais entendre plus haut, vous ne trouverez aucune réelle trouvaille de level-design dans Bakushou Yoshimoto. La recette utilisée ici est classique (mais efficace) en dehors de son habillage extravagant. De plus, le niveau de difficulté est très bas, rendant l'expérience plutôt courte et risquant de laisser sur leur faim les fans du genre. Mais qu'importe, aussi court soit-il, le moment que vous passerez sur ce jeu sera des plus agréables, l'ennui ne pointant jamais son nez grâce à la variété des décors, des ennemis et à tous ces éléments bizarroïdes qui font de ce jeu un OVNI vidéoludique réjouissant !

On se quitte sur un prout ... ah oui, au cas ou vous ne vous en seriez pas encore rendu compte, l'humour d'Osaka n'est pas forcément le plus subtil du monde !
Sebinjapan
(17 juin 2013)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
La photo du spectacle de Yoshimoto provient de cette page.
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