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Gravity Crash
Année : 2009
Système : Playstation 3 ...
Développeur : Just Add Water
Éditeur : Sony Computer Entertainment
Genre : Shooter
Par Jean-Christian Verdez (31 mai 2010)

On dénombre une grande quantité de sous-catégories dans le shoot'em up. Du shoot traditionnel à scrolling (initié entre autres par Defender, puis démocratisé par une quantité astronomique de productions, comme par exemple Gradius, R-Type ou Thunder Force) au run'n gun (Metal Slug) en passant par le rail shooter (Rez), le manic shooter (DoDonPachi), le tube shooter (Tempest) j'en passe et des meilleures. Il existe parmi tous ces jeux un genre assez peu représenté, celui du shoot à inertie.

Les prémices du genre se retrouvent dans des productions telles que Asteroids et Lunar Lander. Le premier impose une grande inertie dans les déplacements, tandis que le second simule le concept de gravité. En guise d'évolution de ces deux softs, on voit apparaître Gravitar peu après, toujours sur borne d'arcade. Ce jeu donnera lui-même naissance à une sorte d'adaptation non-officielle, Thrust sur Commodore 64. Parallèlement, sur ZX Spectrum nait Jetpac qu'on ne présente plus. Thrust et Jetpac se téléscopent en 1990 pour donner naissance à Solar Jetman sur NES, petit chef d'oeuvre du shoot à inertie avec, en plus des affrontements d'ennemis divers, une grosse dose d'exploration et un système de récupération d'objets divers et variés (bonus, argent, armes secondaires, bouclier, etc). On peut aussi noter l'existence de l'excellent quoique franchement difficile Sub-Terrania sur Megadrive... puis par la suite, si l'on excepte quelques productions indépendantes réussies mais à la diffusion inévitablement confidentielle, c'est plus ou moins le néant. Fin 2009, Gravity Crash sort sur Playstation 3.

Dans Gravity Crash, vous êtes aux commande d'un petit vaisseau explorant les planètes de plusieurs systèmes solaires, afin de collecter des gemmes précieuces (dont la rareté est définie par la couleur et le nombre de points qu'elles rapportent) tout en affrontant si nécessaire des groupes plus ou moins dangereux de pirates hostiles. Chaque planète propose des objectifs différents, tel que « collecter un nombre précis de gemmes bleues », ou « détruire toutes les bases ennemies », etc. Libre à vous de vous contenter des missions obligatoires, ou bien d'explorer plus avant l'environnement afin de trouver d'autres trésors, et donc de gagner plus de points. Une fois la mission principale effectuée, un vortex s'ouvre à un endroit précis de la carte. Il suffit alors de le traverser pour passer au niveau suivant.

Perdu dans l'espace

Tout l'intérêt du gameplay réside, donc, dans l'inertie des déplacements et dans la force de gravité qui vous attire inexorablement vers le bas. Il vous faudra, à l'aide d'un unique propulseur situé à l'arrière du vaisseau, prévoir (ou à défaut corriger) votre trajectoire en permanence afin d'éviter ennemis et éléments du décor. Car au moindre choc, vous êtes détruit. Comme si cela ne suffisait pas, votre réserve de carburant est limitée. Si la jauge de fuel tombe à zéro, c'est la panne assurée et il ne vous reste plus qu'à regarder le vaisseau s'écraser misérablement...

Heureusement, tout n'est pas si sombre au royaume de Gravity Crash. Tout d'abord, les niveaux sont parsemés de cristaux d'énergie. Tirez dessus pour les faire voler en éclats, puis foncez sur les fragments en suspension afin de refaire le plein de carburant (notez qu'il est parfois plus judicieux de laisser des cristaux intacts si vous n'en avez pas un besoin immédiat, pour revenir les chercher plus tard). Ensuite, côté armement vous bénéficiez d'un tir simple illimité. En cherchant bien dans chaque recoin du jeu, il est possible de trouver des améliorations temporaires octroyant des tirs plus dévastateurs (doubles, triple, à plusieurs directions simultanées, etc.). En outre, vous pourrez faire usage en dernier recours de smart bombs très puissantes, à raison de trois bombes fournies en début de partie, auxquelles s'ajoutent celles que vous pourrez éventuellement ramasser en chemin. En cas de danger, vous pouvez enfin activer un bouclier protecteur, qui vous rend invulnérable aux chocs (le vaisseau rebondira contre les obstacles).

Notez d'ailleurs qu'en début de partie, le jeu vous propose d'effectuer certains réglages afin de personnaliser votre stratégie. Il faudra ainsi déterminer le type de smart bomb parmi trois au choix, chaque type ayant des effets différents (arcs électriques touchant tout ennemi présent à l'écran, par exemple). De même, le bouclier peut être automatique ou manuel. Un bouclier automatique s'active instantanément en cas de choc ou de tir ennemi, tandis qu'en manuel, il vous faut appuyer sur un bouton pour enclencher le bouclier. La contrepartie, c'est que cette protection salvatrice a elle aussi une jauge d'énergie limitée. En mode auto, des cristaux d'énergie sont nécessaires pour recharger le bouclier, alors qu'en manuel, la jauge se remplit toute seule doucement au fil du temps. Si le mode manuel paraît donc plus dangereux (il ne faut pas se laisser surprendre par un tir ennemi ou la topographie accidentée des planètes) il permet à terme un usage bien plus intensif du bouclier. Pour terminer, vous avez le choix entre deux modes de tir : le premier ne vous permet de tirer que dans la direction du vaisseau, tandis que le deuxième reprend le principe de Robotron 2084 ou plus récemment de Geometry Wars ou Super Stardust HD, avec un stick pour tourner le vaisseau, et l'autre pour orienter le tir dans la direction de son choix.

Action ou Exploration ? Les deux, mon capitaine.

Deux modes de jeu sont à votre disposition :

- Tout d'abord le mode Campagne, dans lequel vous explorez systèmes et planètes dans un ordre précis, les planètes se dévérouillant au fur et à mesure que vous terminez les précédentes. Dans ce mode, les continus sont infinis (seul votre score est remis à zéro lorsque vous perdez votre dernière vie). Notez d'ailleurs que si vous choisissez de ne pas continuer, il vous faudra alors reprendre le mode campagne depuis le début. C'est un peu le principal défaut de Gravity Crash : face à un passage dfficile, on peut perdre autant de vie qu'on veut pour parvenir à ses fins. Or si l'on tombe dans la facilité et que l'on abuse des continus, le soft perd grandement en intérêt puisqu'on peut alors foncer bêtement vers les ennuis sans discernement. Paradoxalement, un joueur suffisamment motivé pour recommencer sa partie à zéro sitôt trop de continus utilisés, risque de vite se décourager face à un jeu qui se rélève de plus en plus difficile dans sa seconde moitié, et qui mine de rien est assez long...

- Le mode Planète est une alternative intéressante. Il vous propose de revisiter les niveaux déjà dévérouillés en Campagne, sauf que cette fois vous ne faites qu'une planète à la fois, et vous n'avez que vos 3 vies de base pour les terminer. Aucun continu ne vous sera accordé en cas d'échec, mais vous pourrez néanmoins refaire le niveau depuis le début aussi souvent que vous le voudrez. C'est sans doute le niveau de difficulté idéal, ni trop facile ni trop décourageant, d'autant qu'il permet de s'entraîner et d'apprendre les différents objectifs et autres secrets de chaque planète. Bien entendu, l'idéal est de s'imposer de terminer les premières planètes du jeu en une seule vie. Et livre à vous de tenter ensuite le « one credit » en mode Campagne afin d'exploser votre meilleur score.

Deux screenshots de la version PSP. Les graphismes vectoriels sont parfaitement adaptés à l'écran de cette console portable

Indépendamment de ces deux modes de jeu, Gravity Crash permet deux approches différentes : l'exploration, et la vitesse. En mode planète, un récapitulatif de chaque niveau visité vous indique le temps mis pour trouver la sortie, ainsi qu'un temps de référence à battre. Finir un niveau très rapidement vous procure un bonus de points, mais exige généralement d'aller à l'essentiel le plus vite possible. Parallèlement, chaque niveau comporte un certain nombre de gemmes de couleurs - et donc de valeur - différentes, et de membres d'équipage alliés à sauver. À leur propos, il faut se poser doucement sur une surface plane à côté d'eux à la manière de Lunar Lander (le jeu effectue même un léger zoom avant pour l'atterrisage), puis les laisser rejoindre votre embarcation (clin d'oeil cette fois à Choplifter) avant de redécoller. Comptez aussi sur un noeud de raccordement à activer, et enfin un artéfact archéologique caché à récupérer. Tout ceci vous rapporte des points, et la découverte de tous les artéfacts d'un système solaire déverouille même une planète secrète supplémentaire dans le système en question. Bref, il y a de quoi faire concernant l'aspect exploration !

À noter que des trophées playstation sont à gagner suivant le nombre total de gemmes, artefacts, etc. que vous aurez récupéré au total, ainsi que pour un certain nombre de niveaux terminés en-dessous du temps de référence. Le but est donc de vous inciter à tenter plusieurs fois chaque planète, selon les deux approches.

« Jouez, Créez, Partagez »

Un autre gros point fort de Gravity Crash, c'est la présence d'un éditeur de niveaux. Il est important de préciser que les développeurs eux-mêmes ont utilisé l'éditeur fourni avec le jeu pour créer tous les niveaux du mode solo ! Les joueurs inspirés ont donc à leur disposition le meilleur outil possible pour inventer des planètes supplémentaires dans Gravity Crash. L'éditeur est simple d'utilisation puisqu'il suffit de créer le décor en superposant des formes simples, puis d'ajouter des ennemis. On peut aussi « programmer » des événements, comme par exemple l'activation d'une porte si un certain nombre d'éléments ont été détruits.

L'éditeur de niveau permet d'ajouter des objectifs de mission en quelques clics.

Tout se fait très simplement et rapidement, à la manette, et l'intérêt du résultat ne dépendra que de l'inspiration de l'utilisateur. Vous pouvez ensuite ajouter quelques personnalisations, comme la couleur générale du décor, la présence de pluie, le degré de la force de gravité, et le thème musical qui accompagnera le joueur... Enfin, le Playstation Network vous permet de partager vos créations, et de télécharger celle des autres joueurs du monde entier. Tout ceci rend le nombre de niveaux disponibles virtuellement immense.

Son et lumière

Pour finir, signalons que les musiques sont signées Cold SToRAGE, alias Tim Wright, déjà connu pour des bandes sons de différents jeux parmi lesquels Awesome, Microcosm, Shadow of the Beast II & III, Aquaventura, la célèbre intro d'Agony, et les premiers WipeOut... Les thèmes de Gravity Crash sont rythmés d'un petit côté électro-rétro très agréable et qui correspond à la perfection aux graphismes du jeu. Notez que vous pouvez acheter cette OST, baptisée Gravity Crash Anthems, sur le site officiel de son compositeur. Et vous pouvez même l'écouter en intégralité (en streaming). Encore une initiative qu'on ne peut que saluer.

Quant aux graphismes, c'est le vectoriel (déjà remis au goût du jour par des productions récentes comme Geometry Wars) qui domine, inscrivant Gravity Crash en bonne place dans la vague « Retro Evolved » qui a frappé les systèmes de téléchargement XBLA et PSN avec des jeux comme Bionic Commando Rearmed, Pacman CE, Jetpac Refuelled, Alien Zombie Death, et bien d'autres... Le résultat est clair et confère ce mélange de retrogaming et de modernité particulièrement agréable.

Bilan, Gravity Crash n'est pas un jeu des plus faciles, mais sa réalisation soignée en fait un digne descendant de Gravitar et consors, ainsi qu'un incontournable de la plate-forme de téléchargement virtuelle de la gamme Playstation. Les développeurs de Just Add Water nous proposent un soft excellent, qui rend hommage avec luxe à des joyaux des années 80 appartenant à un genre vidéoludique que l'on a un peu trop vite oublié. Et ça, qu'on se le dise, c'est bien !

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