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Masô Kishin the Lord of Elemental
Année : 1996
Système : SNES
Développeur : Winky Soft
Éditeur : Banpresto
Genre : Tactical-RPG
Par LVD (04 novembre 2013)

MASÔ KISHIN ~ THE LORD OF ELEMENTAL

Si je devais choisir le jeu qui m'a le plus marqué parmi tous ceux qui me sont passés entre les mains depuis que j'ai touché une manette pour la première fois, c'est-à-dire depuis une bonne vingtaine d'années, ce serait assurément celui-là. Je n'ai pas dit que je le considérais comme le jeu le plus réussi à ce jour (de manière plus objective, Final Fantasy VI, Super Mario Bros, et The Legend of Zelda me semblent devoir rester à jamais indétrônables), je n'ai pas dit non plus que c'était celui sur lequel j'avais passé le plus d'heures ou celui qui m'avait procuré le plus de plaisir (dans ce cas-là, la série des Street Fighter tient le haut du pavé). Non, c'est quelque chose de plus subtil que cela.

Que recherche un joueur dans un jeu vidéo ? Il existe certes un grand nombre de réponses différentes, variant en fonction des individus, de leur caractère, et de leurs goûts personnels, mais je pense qu'on peut les catégoriser selon trois raisons majeures :

  • Le plaisir de jouer, dans un sens très large (cela comprend par exemple aussi le fait de s'éclater à plusieurs sur un Mario Kart ou un Bomberman),
  • L'immersion dans un univers fictif et/ou l'évasion du réel,
  • Véhiculer des émotions, ce qui est pour moi le but de l'art. Bien sûr, ce n'est pas parce qu'il y a émotions qu'il y a forcément art, mais je considère que l'art transmet obligatoirement des émotions ; néanmoins ceci est un autre débat...

Masô Kishin est un de ces trop rares jeux qui réussit à réunir avec brio ces trois principes simultanément. Tout d'abord, et afin d'éviter les jeux de mots foireux, une précision phonétique s'impose : il faut prononcer Masso Kishine, et non pas maso comme dans masochiste :) De plus, le jeu est souvent cité sur les sites occidentaux comme se nommant The Lord of Elemental, ce qui est inexact, LOE n'étant que le sous-titre du jeu, à l'instar de Street Fighter II: The World Warrior (mais je ne connais personne qui dise « tiens, on se fait une partie de The World Warrior ? »). En fait, le titre complet exact du soft est Super Robot Taisen Gaiden - Masô Kishin The Lord of Elemental (ouf !) Je m'abstiendrai de le contracter en MK, qui pour 99% des gens, moi y compris, évoque immédiatement à l'esprit Mortal Kombat :) Pour la petite info, on pourrait traduire (lourdement) Masô Kishin par Armures Magiques Divines, mais ne nous prenons pas la tête avec ce genre de détails, considérez seulement que Masô Kishin est le nom donné aux types de robots principaux du jeu.

Jolies images, non ?

Masô Kishin avait déjà été abordé dans le dossier sur Super Robot Taisen, mais il s'agit cette fois d'un article beaucoup plus complet, car comme on dit chez Loréal, il le vaut bien !

Enfin, et croyez-bien que je suis le premier à le regretter pour ceux qui n'ont pas la chance de maîtriser la langue de Kobo Abe (à propos, la lecture de La femme des sables est vivement conseillée), le soft n'existe qu'en version japonaise, et il n'existe quasiment aucune traduction. Quasiment, car on trouve toutefois un patch en anglais pour émulateurs qui traduit une partie des menus et les dialogues jusqu'à la première mission, malheureusement le projet à été abandonné depuis plusieurs années déjà et, à ma connaissance, il n'en existe aucun autre en ce sens. Il n'empêche que si la compréhension de la langue n'est pas indispensable (pour peu qu'on arrive à se repérer dans les menus), même si Masô Kishin reste un excellent jeu de stratégie, on perdra hélas ce qui en fait un jeu si exceptionnel...

Voilà qui devrait satisfaire les joueurs des deux sexes :)

UN PEU D'HISTOIRE

Masô Kishin est sorti le 22 mars 1996 (un Vendredi, vers 10 heures du matin :) ), édité par Banpresto mais développé par Winky Soft (quelques infos sur ces deux sociétés dans le dossier SRW) et appartient à la dernière génération de jeux Super Famicom. Enfin, je dis dernière mais rappelons que pas moins de 178 jeux ont encore vu le jour sur cette console cette année-là, malgré la présence sur le marché de la Playstation et de la Saturn depuis déjà pas loin de 2 ans, et la sortie de la N64 la même année ! Pour info, sachez qu'en 1997, la 16-bits de Nintendo accueillait encore 37 nouveaux jeux, puis 17 en 1998, encore 16 en 1999, et enfin 4 en l'an 2000 ! La cartouche atteint les 32 MB, ce qui en fait un des plus gros jeux de la SFC. Cependant, la machine arrivait en bout de course, du point de vue du marché s'entend. Car comme nous le savons tous, c'est en fin de vie d'une console, au moment où les programmeurs savent le mieux la dominer (mmh oui, domine-moi...), qu'on trouve les plus beaux jeux. Et elle en avait encore beaucoup à donner... En 1996, sur la même console, les autres jeux marquants furent Super Mario RPG,Donkey Kong Country 3, Street Fighter Zero 2 (qui passe inaperçu à cause des versions 32-bits) et le fabuleux Bahamut Lagoon. Et là, ô transition habile, nous remarquons que Bahamut Lagoon appartient au même genre que Masô Kishin, à savoir le Simulation-RPG. Je mets tout de suite les choses au point : un Simulation-RPG et un Tactical-RPG, c'est rigoureusement la même chose. Il n'y a que l'appellation qui change en fonction du pays. On emploie S-RPG au Japon, et T-RPG en Occident. J'avoue d'ailleurs ne rigoureusement rien comprendre au pourquoi du comment, les deux étant en anglais...

Le S-RPG donc, est un genre relativement récent (moins que le Survival Horror évidemment...) Allez, un petit quiz : quel fut le tout premier S-RPG de l'histoire ? Réfléchissez un peu et quand vous penserez avoir trouvé, passez à la phrase suivante.

De nombreuses personnes, et de nombreux sites sur le Net qualifient Shining Forcede Sega sur Megadrive en 1992 de tout premier S-RPG. Pourtant c'est faux. Il est toutefois exact qu'il s'agit du premier sorti en Occident. Mais le véritable précurseur du genre, on le doit à l'éternel rival de la firme au hérisson bleu (enfin, à cette époque), à savoir Nintendo et son Fire Emblem sur Famicom en 1990 ! Mais alors que la série était extrêmement populaire dans l'archipel depuis une quinzaine d'années (Fire Emblem fait partie des grosses licences de la firme, à l'instar de Mario ou Zelda), aucun des épisodes sortis jusque-là n'avait été traduit officiellement et il faudra attendre Juillet 2004 pour la voir débarquer en France, sur GBA. De plus en plus de S-RPG ont atteint l'Europe ces dernières années, et on ne peut que s'en réjouir ! En règle générale, on trouve deux types de S-RPG : heroic-fantasy, où on peut citer Ogre Battle, Langrisser, Final Fantasy Tactics, voire Dragon Knight 4 que j'affectionne beaucoup, et futuriste avec des robots comme Front Mission, et bien évidemment la série des Super Robot Taisen, dont le premier volet est d'ailleurs un des tout premiers S-RPG (1991, soit un an avant Shining Force ! Ce dernier n'est donc, au mieux, que le 3ème S-RPG de l'histoire).

Le tout premier Fire Emblem (qui a mal vieilli, quand même...), et Langrisser.
Deux images de Shining Force.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers à ce genre de jeu, expliquons brièvement de quoi il relève. Grosso modo, il s'agit d'un wargame avec des apports de RPG (japonais). Le jeu consiste en une succession de cartes sur lesquelles vous allez devoir gérer les différents éléments d'une armée et livrer bataille face aux troupes contrôlées par la console (dans un jeu comme Super Robot Taisen, certaines cartes vont même jusqu'à proposer un troisième camp, lui aussi dirigé par le computer, mais qui pourra se révéler allié ou ennemi selon les cas). Il faut savoir jouer avec le décor, par exemple vos personnages, dont le déplacement est limité pour chaque round, ralentiront en forêt, mais seront également plus difficiles à atteindre, alors qu'en plaine ils seront bien plus exposés aux attaques ennemies, mais aussi plus rapides. Les missions prennent souvent fin après l'anéantissement du dernier adversaire, mais parfois aussi après avoir rempli certaines conditions. L'aspect RPG consiste principalement en deux choses : les personnages gagnent de l'expérience et grimpent de niveau au fil des combats, peuvent être équipés et se servir de magies ; par ailleurs, contrairement à un wargame classique, tous vos personnages sont clairement identifiés (avec un nom, un visage, une histoire personnelle). Le scénario tient normalement un rôle important dans tout S-RPG qui se respecte, alors qu'un wargame se focalise essentiellement sur le côté stratégique du jeu, avec des soldats lambda inconnus de tous. De ce fait, si bien sûr les phases de jeu sont les plus importantes du soft (on trouve néanmoins parfois des exceptions, comme Rayblade sur Playstation, où les cartes passent au second plan), les séquences de dialogue entre (et parfois pendant) les missions sont souvent relativement longues, et permettent de faire avancer l'histoire et de développer les relations entre les personnages. À ce sujet, un certain nombre de softs du genre (mais pas Masô Kishin) sont assez réalistes dans le sens où lorsqu'un personnage meurt sur le champ de bataille, il est effectivement définitivement mort et disparaît du jeu. On peut parfois le ressusciter avec une potion ou un sort approprié, mais ou bien le nombre de rounds est limité, ou alors si la mission se termine avant, c'est trop tard...

Masô Kishin étant un hors-série de Super Robot Taisen, il en reprend l'idée (géniale) de base, à savoir que vous devez gérer ET les robots ET les pilotes. Ce sont ces derniers qui augmentent de niveau, tandis que les machines bénéficient d'upgrades (blindage, déplacement, force d'attaque, etc.) effectuées grâce à l'argent gagné lors des missions. En simplifié, quand vous détruisez un ennemi, les points d'XP vont au pilote, et l'argent au mecha (je sais, c'est pas super-crédible mais c'est comme ça :) ) Il convient donc avant tout de s'occuper des personnages. On peut prendre une comparaison très simple : entre quelqu'un qui n'a jamais tenu un volant de sa vie à bord d'une Ferrari et un champion de Formule 1 dans une 2CV, qui parviendra au meilleur résultat ?

Ogre Battle et Dragon Knight IV (version SFC).
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