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Shining Force 3
Année : 1998
Système : Saturn
Développeur : Sega
Éditeur : Sega
Genre : RPG
Par Corentin M. (20 février 2004)

Ultime étage de la fusée Saturn condamnée à s’écraser, Shining Force III vient clore en 1998 la dernière rafale de jeux de la machine blessée avec force et magnificence, achevant de faire de la 32-bits de Sega un martyre du jeu vidéo. Eh non, la formule n’est pas trop forte, tant les derniers jeux de cette machine ne peuvent que pousser à l’hallucination. Et à l’incompréhension. Mais l’heure n’est plus aux pleurs, et, cinq ans après, il est temps de rendre hommage à cet inaltérable mastodonte du tactical-RPG qu’est Shining Force III. Trilogie dans la trilogie, après les deux premiers opus sortis sur Megadrive, Shining Force III est un jeu-fleuve étalé sur trois disques pour autant de scénarios et de héros, représentant pas moins de 250 heures de combats, d’aventure, de dialogues, de recherche, de rencontres, de magie et d’émerveillement.

Scénario 1

Le monde moyennageux et merveilleux de Shining Force III traverse une période de crise. Les membres de la secte de Bulzome mettent le feu aux poudres entre la République et l’Empire. Ils veulent réveiller Bulzome le Vandal, créature réputée invulnérable. Ne prenant pas la menace au sérieux, la République et l’Empire glissent vers un conflit dévastateur qui sera conté durant les deux premiers disques. Le troisième disque sera lui entièrement consacré à la guerre avérée contre la secte de Bulzome.

Scénario 1

Chaque scénario propose au joueur d’incarner un héros forcément classieux qui sera amené à se construire une équipe de combattants tous plus charismatiques les uns que les autres. Le jeu se découpe très classiquement entre des phases de recherche, de dialogues et d’amélioration de l’équipement et des phases de combats au tour par tour. Si cette structure des plus classiques ne constitue pas le point fort du jeu, c’est son degré de finition, qui confine à l’obsession, qui tient le joueur en haleine pendant des dizaines et des dizaines d’heures de jeu. Le système de combat est en effet merveilleusement bien géré. Les items et sorts de magie sont tous plus utiles et magnifiques que les autres, et l’importance de la stratégie est primordiale. Cela aboutit à des scènes guerrières incroyablement excitantes, d’une ampleur souvent stupéfiante, aussi bien au-niveau de la taille des armées que des enjeux scénaristiques.

Scénario 2

Cette ampleur n’efface toutefois pas l’individu qui ne se retrouve jamais noyé dans une impersonnelle masse guerrière, les développeurs ayant trouvé le juste équilibre entre intimité et énormité. Ainsi chacun de nos combattants peut s’affirmer individuellement dans un conflit pourtant très important. Les équipiers de notre héros peuvent ainsi posséder une réelle personnalité et il est possible de suivre de très près leur progression. Comme dans tout bon Tactical-RPG, cet aspect est vraiment capital, tant un combattant délaissé se verra relegué au rang de vase de décoration si le joueur ne prend pas soin de booster son XP. Surtout que Shining Force III fait à ce niveau dans la plus pure démesure en proposant un potentiel de progression franchement hallucinant, renforçant encore le charisme des guerriers qui apprennent sans cesse de nouveaux coups tous plus classieux les uns que les autres et voient de fait leur puissance brute décuplée. Le joueur se construit ainsi une véritable armée surboostée. Jusqu’au drame.

Scénario 2

Car les deux premiers scénarios se déroulant simultanément, leurs chemins se croisent souvent afin de renforcer les possibilités d’intéractivité (il est notamment possible de « débloquer » de nouveaux guerriers vraiment surpuissants qu’il serait dommage de ne pas compter dans ses rangs) mais aussi et surtout afin de renforcer les liens et l’impact émotionnel. Celui-ci sera porté à son paroxysme lorsque, emporté dans la tourmente des évènements, les deux équipes que le joueur aura eu tant à cœur de conduire jusqu’à la victoire supposée finale, devront s’affronter dans un anthologique et tragique combat forcément fratricide. L’issue est scriptée. Une des équipes est irrémédiablement vouée à l’emporter. Le choc est rude, brutal. Le joueur refuse de se battre. Pourtant, il le faut. Et malheur au joueur qui aura mieux joué avec l’équipe qui doit s’incliner : la difficulté du combat risque alors d’être extrème, portant alors l’ambigüité de la guerre à son paroxysme : le joueur sera tout autant exaspéré par l’échec que fier de la tenue et de la dignité de son « adversaire » adoré.

Scénario 3
Heureusement la relève est assurée. C’est Julian, l’électron-libre qui aura lutté aux-côtés des deux équipes sus-citées avec une prestance le poussant à la démence, qui reprend le flambeau sur ce champ de bataille dévasté. Ce personnage forcément adoré qui avait disparu, emporté par sa fougue et son aveugle désir de vengeance, reprend donc du service et s’insinue immédiatement dans le cœur du joueur qui, dépité, voudra tout reconstruire et retrouver. Un formidable coup de fouet scénaristique au gameplay. Julian va ainsi s’élancer vers le combat final, la conclusion en forme d’apothéose contre une armée d’une puissance proprement inimaginable, aidé des deux précédents héros finalement réconciliés après s’être décimés, pour un ultime triple combat simultané d’une intensité démesurée dans des montagnes enneigées et dans l’antre du vil Bulzome – une véritable scène d’anthologie. Surtout que la qualité technique atteint sans doute les plus hautes sphères de ce qui a jamais été fait sur Saturn. Et même sur 32-bits tout court. Car marre des commentaires de l’époque de certains magasines irrespectueux qui se plaisaient à dire « C’est magnifique... pour de la Saturn ». Une attitude détestable et puérile que l’on espère définitivement dépassée, même s’il faut avouer que la PlayStation, ayant été optimisée plus longtemps (jusqu’à la fin 1999), a effectivement pu afficher des graphismes d’une meilleure qualité. Mais je m’égare... Tout dans Shining Force III transpire la beauté.

Scénario 3

Des époustouflantes cinématiques d’ouvertures rhytmée par de somptueuses orchestrations à la qualité de la modélisation des décors, en passant par les textures, d’une finesse réellement impressionnante, et surtout par les zooms sur les combats, lancés à chaque action, qui font très forte impression (véritable déluge suffocant de polygones, de couleurs et d’effets spéciaux associé à un design beau à se damner), Shining Force III dévaste tout sur son passage. Les invocations de Thanatos et Phoenix par exemple resteront ainsi à jamais gravées sur les rétines du joueur stupéfié. Tout comme cette formidable aventure restera gravée dans l’histoire du Tactical-RPG.

Corentin M.
(20 février 2004)
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