Console Panasonic 3DO FZ-10
Un standard de consoles
La guerre des 32-bits et du CD-ROM a fait beaucoup de victimes, parmi lesquelles on trouve la 3DO, système
fabuleusement prometteur dont l'échec est regrettable.
L'homme qui a voulu la 3DO s'appelle Trip Hawkins,
fondateur d'Electronic Arts, un des plus grand noms de la création de jeux vidéo depuis
le début des années 80. William M. "Trip" Hawkins est aussi le créateur de licences
vidéo-ludiques extrêmement célèbres telles que Might & Magic, John Madden
Football ou Army Men. Homme charismatique et soucieux de son apparence, le magazine américain People
(qui a donné son nom à ce genre de presse) l'a même classé en 1995 dans les
50 plus beaux gosses du monde (jugez sur la photo). Mais en dépit de ce look très en décalage
avec celui de ses collègues programmeurs, Hawkins est un authentique passionné de jeux vidéo
et un développeur talentueux.
Trip Hawkins.
En 1993, il quitte Electronic Arts, qui est devenu
EA Games et s'est considérablement développé, pour fonder 3DO ("Three Dimensional
Objects"), qui est plus qu'une entreprise : un concept. Son but est de créer la technologie d'une
console 32-bits révolutionnaire (pour changer !) et d'en vendre la licence à divers fabricants,
imposant ainsi un standard (pour chang…). "Ce sera le système le plus stimulant pour l'esprit
humain depuis l'invention de l'imprimerie !". La technologie 3DO est conçue sur le papier par
Dave Needle et RJ Mical, qui ont fait partie autrefois des équipes de développement de l'Amiga
et de l'Atari Lynx, et New Technology Group réalise les premiers prototypes.
Les premiers à signer pour la licence
sont Matsushita et Goldstar, suivis de Samsung, AT&T et Toshiba. Comme actionnaires de la compagnie,
on trouve aussi EA, Kleiner Perkins Caufield & Byers, Time Warner, MCA et New Technology Group. Une
liste impressionnante ! Panasonic et Goldstar vont chacun produire des consoles 3DO au look différent,
mais totalement compatibles. On est pas loin du MSX , dont l'idée est adaptée ici au marché
des consoles.
La 3DO FZ-1 Panasonic.
La première 3DO à être commercialisée
est la Panasonic FZ-1, en Avril 1993, suivie de la Panasonic FZ-10 et de la Goldstar 3DO. Des rumeurs
feront ensuite état du développement d'une 3DO par Sanyo et AT&T, mais seul un prototype
en sera montré au Winter CES fin 1993. Finalement, elle ne sortira qu'au Japon, et à très
peu d'exemplaires, dont la plupart présenteront un défaut de fabrication entrainant une
grande fragilité du chariot à CD.
La 3DO Sanyo, très rare.
Extérieurement, les 3DO sont probablement,
à leur sortie, les plus belles consoles jamais fabriquées. Noires, de forme très
design, elles se rapprochent des appareils hi-fi les plus classieux. A l'intérieur, on trouve un
patchwork de ce qui se fait de mieux en 1993 : Le CPU est un 32-bits ARM60 RISC cadencé à
12,5 Mhz, fabriqué par Advanced RISC Machine. Le processeur graphique, cadencé à
25 Mhz, peut afficher une résolution maximum de 640x480 en 16 millions de couleurs, et gère
certains effets 3d. Côté son, on trouve 16 voies en qualité CD, avec en plus un effet
Dolby Surround. La console est équipée de 2 Mo de RAM, d'un Mo de RAM vidéo, d'1
Mo de ROM, et d'une barrette de 32 Ko alimentée par batterie pour les sauvegardes de jeux. Le lecteur
de CD est un double vitesse.
Toutes les 3DO sont équipées d'un unique port joystick, ceux fournis étant eux-mêmes
équipés d'un port pour être branchés en série, permettant à un
maximum de huit personnes de jouer simultanément. Le joystick 3DO standard est un gamepad doté
de 5 boutons d'action - dont deux sur les tranches - et de deux boutons de fonction. On a souvent reproché
à Nintendo de jouer petit bras avec le hardware de ses consoles, mais c'est oublier que celles-ci
ont toujours été commercialisées à un prix ultra serré. On a ici une
politique inverse, mais la facture fait mal : 700$ en moyenne comme prix de lancement, voilà le
principal handicap que la 3DO ne parviendra jamais à surmonter.
La 3DO Goldstar.
Le système 3DO va très vite, après
sa sortie fin 93, profiter des services de nombreux fabricants de périphériques, dont la
création la plus notable restera le Flight Stick analogique de CH Productions, qui améliore
grandement la maniabilité des simulmation de vol. Panasonic propose aussi un très bon pad
à six boutons, lancé en même temps que le jeu Street Fighter 2 Turbo, ainsi qu'un
adaptateur pour le pad de la Super Nintendo permettant d'en brancher 5 en même temps.
Le système 3DO ne va rester sur le marché
que deux ans, de 1993 à 1995, durant lesquels une grande variété de jeux sortiront
aux Etats-Unis et au Japon. Beaucoup ont vraiment cru au succès du système, et la variété
des styles de jeux proposés n'a rien à envier à ce que proposeront les 32-bits les
plus populaires. La pléthore de logiciels pour 3DO ne s'arrête pas aux jeux puisqu'on y trouve
aussi des titres éducatifs, des CD-ROM encyclopédiques, et même des CD-ROM pornos
(ce qui n'est pas péché). Cette grande variété s'explique par le fait que
la compagnie 3DO n'exerce un contrôle que sur le hardware, et pas sur les logiciels qui sont quasiment
libres de droits. Cette attitude va permettre l'apparition de daubes gluantes, mais aussi de petites perles.
Le problème est qu'elle va, en fait, rendre la carrière de la 3DO totalement ingérable
et précipiter son extinction.
Après 1 an de commercialisation, les ventes des divers modèles n'atteignent pas les chiffres
voulus, et Trip Hawkins sent qu'il est temps de quitter le navire. Il vend ses parts de la société
à Matsushita et décide de se concentrer sur 3DO Studios, la branche développement
de jeux de la compagnie, retournant à ce qu'il sait le mieux faire. Ironie du sort, cela va entraîner
l'apparition des meilleurs jeux pour 3DO alors que le système est sur le point de disparaître.
Un projet d'implémentation d'un modem, appelé VoiceSpan, dans les futures 3DO sera envisagé,
puis abandonné.
La 3DO est la première console de l'histoire
à proposer en nombre de véritables jeux 3d, il ne faut pas l'oublier (à part les
timides tentatives de Nintendo avec le SuperFX sur certains jeux SuperNES), et il n'est pas abusif de
dire qu'elle préfigure les consoles en vogue aujourd'hui. Hélas, elle a subi durement la
concurrence du raz-de-marée Playstation, et personne n'oserait prétendre que le système
3DO est aussi puissant que cette dernière ou que la Saturn, apparues peu après. Le système
3DO a été abandonné en 1995 dans l'indifférence générale, et
les projets annoncés d'un système 64-bits successeur, le 3DO M2, n'aboutiront à rien,
sinon à décourager les derniers acheteurs potentiels d'investir dans une 3DO.
Les jeux 3DO
Les jeux 3DO sont, répétons le, très nombreux
et souvent très bon. Hélas, peu d'entre eux exploitent vraiment pleinement les possibilités
de la console d'en mettre plein la vue, et ceux le faisant sont sortis alors que le système était
déjà condamné à disparaître. Voici quelques uns des titres produits,
en piochant dans le bon et le mauvais.
Star Control 2
En dépit de graphismes pauvres, beaucoup
de fans de la 3DO considèrent Star Control 2 comme un des meilleurs jeux sortis sur le système.
Le jeu offre de nombreuses heures de pur plaisir de jeu et de phases de dialogues passionnantes avec divers
aliens, alors que le joueur parcourt la galaxie avec pour mission de sauver la Terre. Les connaisseurs
à la mémoire affûtée et aux idées larges reconnaîtront là
le principe de jeu introduit par Philippe Ulrich et son Arche du Capitaine Blood de la grande époque
des 16-bits.
Twisted, The Game Show

Il existe peu d'équivalents à ce jeu sur d'autres systèmes
de l'époque. Il s'agit d'un jeu télévisé absurde, ponctué de gags,
de pauses publicitaires et des traditionnelles questions de culture générale, dans une ambiance
surréaliste. Le jeu idéal pour une soirée entre amis.
Battlesports

Crée par Cyclone Studios, ce jeu propose une sorte de match en 3d
de hockey ultra-violent en hovercraft, à un contre un. Il s'agit simplement d'attraper la balle
et de la lancer dans les buts de l'adversaire. L'action est rapide, et les graphismes excellents. Les
hovercrafts peuvent être améliorés au moyen de power-ups.
Road Rash

Titre bien connu des fous de consoles, ce jeu trouve ici sa meilleure version.
Course de motos en ville rapide et très fun, Road Rash introduit le côté politiquement
incorrect qui a plus tard été poussé à l'extrême avec des titres comme
Carmageddon. La version 3DO est beaucoup plus rapide jouable que la version Playstation, profitons de
l'occasion pour le clamer haut et fort.
FIFA International Soccer

Encore une franchise amenée à rapporter énormément
d'argent. On est loin des actuels FIFA, mais le jeu utilise les capacités multi-joueur de la 3DO
et atteint un bon niveau dans le gameplay, les graphismes et l'animation.
Shadow : War of Succession

Un clone de Mortal Kombat. Le pire des jeux de baston jamais réalisés
: un exemple des faux-pas ludiques imputables à la politique d'édition libre sur 3DO.
Rise of the Robots

Rappelez-vous, en 1994, ce fut l'évènement le plus attendu
sur PC. Un jeu de baston comparable à Killer Instinct, mais avec des
robots sublimement animés en 3d. Au final, le jeu est superbe, mais n'offre aucun intérêt
ludique. La version 3DO est supérieure à la version PC en 320x200 sur tous les points (note
: pour un jeu de combat correct sur les PC de l'époque, mieux vaut se rabattre sur One
Must Fall 2097).
Tetsujin

Un jeu en vue subjective pour 3DO, première console à pouvoir
en proposer de corrects (encore que la version 3DO de Doom fut complètement ratée).
Le joueur se voit réincarné en robot, après qu'un savant
fou ait implanté son cerveau dans une carcasse métallique. Le but du jeu est de le retrouver
et de comprendre ce qu'il s'est réellement passé. Le jeu n'est pas très bien réalisé,
mais le scénario, que le joueur découvre au fur et à mesure des niveaux, est superbe.
Ultraman Powered
Un jeu de baston en 2d d'origine Japonaise plutôt réussi, qui a le handicap d'obliger le
joueur à incarner exclusivement Ultraman, alors qu'il y a une pléthore de personnages différents.
Conclusion
Après la disparition commerciale du standard, la 3DO Company est devenu un simple éditeur
de jeux PC, exploitant avec une insistance un peu exagérée les trouvailles ludiques passées
de son fondateur, comme l'excellent Army Men. Vendre des consoles est autre chose que vendre des jeux
ou des accessoires, on en a ici une nouvelle preuve, après le fiasco de la console
Konix. La 3DO est peu présente sur le net, surtout à cause de 3DO Company qui semble
tout faire pour que le public l'oublie, la mentionnant à peine dans son site officiel.
Quant à l'émulation 3DO, elle est
encore aux abonnés absents. Un projet est en cours de développement, nommé 3DOpen,
mais le manque de documentation sur le hardware de la bête rend très difficile le travail
des pros de l'émulation, et pour l'instant, aucun jeu ne tourne.
Laurent