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Ordinateurs PC et compatibles
(1981 - ?)

 
    

Article écrit en Mai 2001

Histoire : Tous les chemins mènent au PC

PC : Personal Computer. Difficile d’imaginer un nom plus rassembleur, n'évoquant tel quel aucune marque, aucune compagnie, aucun nom en particulier. Les ordinateurs compatibles avec le standard PC sont aujourd’hui les plus répandus sur la planète, et de façon durable, comme s’ils étaient les dépositaires du résultat de 5 millénaires de recherches en matière d'ordinateurs. Si l’on devait résumer en un mot la façon dont les choses en sont arrivées là, ce serait : convergence. Convergence de pensées, de travaux, de développements divers imputables à toutes sortes de gens, venus de tous les pays et travaillant pour toutes sortes de structures privées, publiques ou même militaires. Le PC n’est pas né pas comme ça, un beau jour, dans un garage, un laboratoire ou une salle de réunion. De ce fait, écrire l’historique du PC revient presque à écrire l’historique de l’informatique.

D’un point de vue purement technique, les origines du PC remontent au moins aux années 50, même si on est encore loin à l’époque d’imaginer une utilité personnelle à un ordinateur. C’est à cette époque qu’on constate un changement important dans la recherche informatique (je me permets d’utiliser le mot informatique bien qu’il soit apparu beaucoup plus tard et n'existe qu'en français) : les ordinateurs cessent d’être de plus en plus gros à mesure que leur puissance de calcul augmente. Ce revirement est une des plus grandes révolutions qu’ait connu cette science, et remet totalement en question la façon dont elle va évoluer au cours des décennies suivantes.


1946 : L'ENIAC, premier ordinateur de l'histoire, occupe une salle entière.

Ceux d’entre vous qui ont lu Asimov se souviennent de ses nouvelles de science-fiction écrites dans les années 40 qui décrivent, plusieurs millénaires dans le futur, des ordinateurs grands comme des usines, puis comme des villes. Tous les ordinateurs crées par l’Homme finiraient même par fusionner en un seul, de la taille d'une planète, voire même si gros que l’univers ne serait pas assez étendu pour le contenir. Cette machine, selon les visions d’Asimov, serait capable de concevoir et fabriquer elle-même son successeur. Sa pensée et ses connaissances technologiques seraient supérieures à celles de l’Homme, et elle expédierait son successeur, un millier de fois plus vaste qu’elle, dans l’hyperespace pour résoudre le problème de l'encombrement !

Même si Asimov était un écrivain de génie qui appuyait toujours ses visions sur de solides connaissances scientifiques, ces prévisions ne se sont pas réalisées, et elles n’en prennent pas le chemin, excepté peut-être la notion théorique de fusion de tous les ordinateurs en un seul. Le standard PC va peut-être atteindre le statut d’ordinateur universel, non pas en écrasant tout par sa taille et sa puissance, mais au contraire en devenant plus proche de l’Homme.
 

Le transistor


John Bardeen, William Shockley et Walter Brattain

Voici peut-être ce qu’Asimov n’avait pas anticipé :

Le 23 décembre 1947, une des innovations technologiques les plus importantes du 20e siècle fait son apparition : le transistor, inventé chez Bell Laboratories par John Bardeen (1908-1991), Walter Brattain (1902-1987) et William Shockley (1910-1989), qui obtiendront pour cela le prix Nobel de physique. Bell monopolise l’usage de cette invention jusqu’en 1956, année ou les autres entreprises finissent par y avoir accès, après un procès pour violation de la loi anti-trust qui aura duré près de 7 ans. Le jugement rend gratuite la licence d’utilisation du transistor. Des dizaines de milliers de ces composants sont alors fabriqués dans tous les USA pour remplacer les lampes utilisées jusque là pour amplifier le courant eléctrique, notamment dans les ordinateurs. Les lampes consomment plus d’énergie, sont encombrantes et nécessitent des dispositifs de refroidissement imposants (en plus, elle attirent les insectes par leur chaleur, les fameux "bugs" qui provoquent faux contacts et erreurs de calcul).


C’est ainsi que commence la miniaturisation des appareils électroniques en général, et en particulier des ordinateurs, qui vont  rapidement devenir des mini-ordinateurs. Sans cette invention, on peut penser que les ordinateurs ne seraient jamais devenus des outils assez fiables et rentables pour que le milieu des affaires et l’armée continuent à s’y intéresser, et ils ne seraient peut-être jamais arrivés jusqu’à nous.
 

De nouveaux dieux


1952 : L'Harvard Mark 1, crée avec le concours d'IBM.

Dès leurs débuts, les ordinateurs fascinent le public par leurs capacités de calcul. Dans toutes les universités, les bases militaires et les diverses agences gouvernementales, des laboratoires et des départements utilisant des ordinateurs sont constitués. Le géant américain IBM va alors jouer un rôle prépondérant et devenir le numéro 1 mondial de l’ordinateur.


l'IBM 701 : pas encore de "mulot", mais Ronald Reagan semble très intéressé.

En 1952, l’IBM 701 apparaît, capables d'exécuter 17.000 instructions à la seconde. Il s’agit d’un ordinateur constitué de plusieurs unités pouvant être facilement livrées et montées sur leur lieu d’utilisation, ce qui est une grande innovation, et l’un des premiers effets de la miniaturisation. En 1953, IBM, toujours, introduit l’IBM 650, le premier ordinateur qui va faire l’objet d’une production massive.


L'IBM 650.

En 1959, suite à la généralisation de l’usage du transistor apparaît l’IBM 7090, premier ordinateur entièrement basé sur ce nouveau composant électronique. Puis en 1964, IBM va dépenser un milliard de dollars de recherche qui aboutiront à la ligne System/360, les premiers ordinateurs IBM à être compatibles entre eux (voir article sur les origines de l’émulation). Pour la première fois, l'idée d'un standard est donc évoquée.

   
L'IBM 7090 et l'IBM System / 360

En 1960, l’ordinateur est à son zénith. Toutes les sociétés qui travaillent à son développement engagent des armées de techniciens et d’ingénieurs pour travailler sur de nouveaux systèmes d’exploitation, de nouveaux matériels et de nouveaux logiciels. La capacité des nouvelles machines (travaillant le plus souvent avec des cartes perforées) qui apparaissent dépasse ce que l’on aurait même pu imaginer dix ans plus tôt. Mais avec l’augmentation exponentielle du nombre de données que les nouveaux ordinateurs sont amenés à gérer, le risque d’erreur augmente et même si le mot "bug" est utilisé depuis longtemps déjà, il n’a jamais aussi souvent été entendu prononcer, bien que les cafards en question aient entre temps perdu leur enveloppe charnelle et soient entrés dans la "matrice". On a là un autre aléa de l’histoire de l’informatique que les visionnaires des années 40 n’avaient pas imaginé : la faillibilité matérielle de l’ordinateur, qui diminue à mesure que ses performances augmentent.

Néanmoins, même si l’on commence à considérer l’ordinateur d’un œil plus réaliste, ses prouesses n’en finissent pas d’impressionner. Ainsi, aux USA, en 1961, un ordinateur calcule le nombre Pi jusqu’à la 100.000e décimale. Un autre joue aux échecs et se voit bombardé membre honoraire de la United States Chess Federation. Plus sérieusement, c’est à cette époque que les banques américaines commencent à imprimer les chèques avec de l’encre magnétique afin de les faire traiter par des ordinateurs.
 

Une autre étape

Jusqu’au début des années 70, l’image typique de l’ordinateur n’est plus celle d’une gigantesque machinerie, mais on ne saurait encore l’imaginer autrement qu’enfermé dans une salle climatisée, pendant que dans la pièce d’à côté un opérateur utilise une petite interface de commande. En 1968, le HAL de 2001 l'odyssée de l'espace, représentant pourtant l'ordinateur du futur (avec ses forces et faiblesses), n'échappe pas à ce cliché.


Robert Noyce (1927-1990)

En 1971, la compagnie Intel (fondée par Robert Noyce, co-inventeur du circuit intégré) va introduire un nouveau concept : la miniaturisation des transistors, et leur concentration en un seul composant, qui deviendrait le cerveau de l'ordinateur par lequel tous les calculs transiteraient. On assiste alors à la naissance du microprocesseur, inventé par Marcian Hoff, Stanley Mazor et Federico Faggin. Le premier du genre sera l’Intel 4004 (4-bits, 108 Khz, contenant environ 2000 transistors), qui va permettre dans un premier temps l’apparition des calculatrices de poche programmables, inventées chez Hewlett-Packard.

   
Marcian Hoff, Stanley Mazor, Federico Faggin et leur bébé L'Intel 4004.

Jusque là les ordinateurs ont surtout été utilisés pour gérer des données numériques et faire des calculs. Le texte est surtout l’affaire des téléscripteurs et des photocopieurs, dont Xerox est le leader.


L'Intel 8008

En 1972, Intel lance le 8008 (200 Khz), capable de gérer des données binaires sur 8-bits, ce qui est suffisant pour coder toutes les lettres de l’alphabet. C’est cette même année que Xerox commence à travailler dans son centre de recherche de Palo Alto sur un projet d’ordinateur équipé d’un écran, qui pourrait, grâce à son encombrement (et son prix) réduit, être utilisé dans un bureau pour des tâches conciliant calcul et traitement de texte. Grâce aux stations de travail Xerox Alto, chaque personne, dans une entreprise, pourrait ainsi avoir son propre ordinateur, qui deviendrait une véritable "machine à tout faire". De même, en 1972, Digital Equipment Corporation (DEC), fabricant de mini-ordinateurs dirigé par Kenneth Olsen, met un groupe d’ingénieurs au travail sur un projet similaire, le DEC Datacenter.

  
Le Xerox Alto, pionnier de la souris, et son système d'exploitation.

Ces deux projets, qui n’ont pas eu les répercussions commerciales désirées, seront par la suite abandonnés. Peut-être sont-ils arrivés trop tôt, mais on peut penser que s’ils avaient été menés à bien, l’un d’eux tiendrait peut-être la place qu’occupe le PC aujourd’hui. Le Xerox Alto est même encore plus révolutionnaire que ce que ses géniteurs imaginent, puisqu'il introduit en 1973 (10 ans avant le Mac) l'usage de la souris et de l'interface graphique utilisateur (les commandes principales se font en cliquant sur des commandes à l'écran, et non plus en les tapant au clavier). C’est bien à cette époque que la notion d’"ordinateur personnel" est née. Le micro-processeur était l’élément qui manquait pour que le processus de miniaturisation appliqué aux ordinateurs arrive à maturité et que les mini-ordinateurs, devenant des micro-ordinateurs, puisse toucher un plus large public.

Néanmoins, le reste de l'évolution qui a abouti à la naissance du PC chez IBM n'est pas le fait des grandes compagnies. On le doit plutôt aux diverses réussites de jeunes inventeurs de génie, un peu rebelles, dont les idées sont si larges et audacieuses qu’elles ne trouvent pas leur place dans les grandes structures un peu trop hiérarchisées que sont IBM, Xerox ou DEC.
 

Genese du PC

En 1975, le Rubik’s Cube, inventé par le Hongrois Erno Rubik, vient de manière amusante rappeler à l’Homme la faiblesse des ses capacités intellectuelles. Dans le monde entier des millions d’exemplaires s’en vendent alors que moins d’un joueur sur cent est capable de venir à bout du casse-tête qu’il représente. Une lueur d’espoir apparaît alors, venue de chez MITS (Micro Instrumentation and Telemetry Systems) : l’Altair 8800, un micro-ordinateur basé sur le CPU Intel 8008 et vendu en kit pour un usage de loisir auprès du grand public. Bien que très "spartiate" il obtient un franc succès, probablement grâce à la valorisation qu’il représente pour l’utilisateur un rien bricoleur qui se retrouve capable de monter et d'utiliser un ordinateur, à une époque où l'usage ce genre d'appareil est encore réservé à une certaine élite.


L'Altair 8800.

L’Altair 8800 prouve que l’ordinateur personnel vendu au grand public peut marcher auprès des bidouilleurs qui triturent leur fer à souder dans leur garage. Cette machine ne va pas faire long feu sur le marché, mais on lui doit probablement la naissance d’une des grandes compagnies qui ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire du PC : en 1974, Bill Gates et Paul Allen, deux jeunes surdoués qui ont du mal à concilier leurs études supérieures et leur passion pour les ordinateurs, développent un langage BASIC pour l’Altair dont la vente de la licence à MITS va leur permettre de fonder Microsoft.


Paul Allen et Bill Gates

En 1976, un autre micro-ordinateur est proposé aux amateurs : l’Apple I. Encore une machine qui s’est créée dans des conditions d’amateurisme total, bien loin des laboratoires aseptisés d’IBM ou Xerox. Stephen Wozniak et Steve Jobs, après ce coup de maître, vont devoir vendre une partie de leurs possessions personnelles pour monter Apple Computers. En 1977, il lanceront l’Apple II, un ordinateur pré-assemblé muni d’un moniteur couleur, capable de produire du son et des graphismes en haute résolution.

  
Jobs et Wozniak présentant l'Apple I, et l'Apple II

Pendant ce temps, les grandes compagnies qui ont fait les grandes heures des ordinateurs dans les deux décennies précédentes observent le travail des "petits nouveaux" d’un œil amusé, mais sont encore loin de les prendre au sérieux. Comment une entreprise portant le nom d’un fruit peut-elle faire trembler de tels géants, dont les fondations remontent pour certains au début du siècle ? Pourtant, ils ne sont pas au bout de leurs surprises.


Le Z80.

En 1977, apparaît le Tandy Radio Shack TRS-80 (souvent appelé aux US le "Trash 80"), basé sur le CPU Zilog Z80 qui date déjà de 1975. La même année, Commodore introduit son premier micro-ordinateur, le PET (Personal Electronic Transactor, et le mot pet signifie "animal de compagnie").

  
Le Tandy TRS-80 et le Commodore PET.

Ces machines vont alors dominer le marché de la micro-informatique grand public, s’adressant avant tout à une clientèle de fous d’électroniques en quête d’amusement, mais faisant la nique aux mastodontes de l’industrie qui se retrouvent cantonnés au milieu professionnel, et écartés d’une évolution qu’ils avaient pourtant initiée.


Gary Kildall

A partir de 1980, la plupart des micro-ordinateurs dit "personnels" utilisent le système d’exploitation de Digital Research, le CP/M (Central Program for Microprocessors) développé par Gary Kildall, dont le principal handicap est de ne pas rendre toutes les machines qui l’utilisent compatibles entre elles si elles utilisent des système d’écriture de fichier différents. A la même époque apparaissent le lecteur de disquettes (sur l’Apple II) et le premier tableur, VisiCalc, crée par Dan Bricklin et Bob Frankston, deux inventions qui vont largement contribuer à rendre l’usage d’un micro-ordinateur indispensable dans le milieu professionnel.


Bob Frankston et Dan Bricklin.

Le fossé entre les "monstres" encore fabriqués par les grandes compagnies et les "joujoux" fabriqués par les entreprises dites de "garage" commence alors à se resserrer.

Les micro-processeurs et autres gadgets électroniques sont déjà bien introduits dans les habitudes et les foyers. En dehors des micro-ordinateurs, le magnétoscope quitte les studios de télévision et trouve sa place auprès des téléviseurs familiaux avec l’apparition du VHS, du Betamax (de Sony) et du V-2000 (de Philips), trois standards de cassettes vidéo. Le Walkman, toujours chez Sony, est aussi introduit en ce début de décennie. Les Apple, Tandy et Commodore ont vu juste : l’avenir de la micro-informatique passe par le grand public.

  
Le premier Walkman et une cassette Betamax

En Europe, Clive Sinclair parvient à convaincre une clientèle potentielle jusque là repoussée par le prix des micros en vogue, avec ses ZX-80 et ZX-81 qui utilisent le même CPU que les Commodore PET et Tandy TRS-80, mais équipés de moins de mémoire et vendus à un prix ridicule dans des boîtiers tous petits, peu coûteux, imaginés par des designers très inspirés.

Commodore suit le mouvement avec le VIC-20, un autre ordinateur personnel accessible à tous par son prix et sa facilité d’utilisation.

   
Clive Sinclair, les ZX 80 et 81, et le Commodore VIC-20.
 

L’ordinateur et le jeu vidéo

Il aura fallu un certain temps avant que les jeux vidéo soient admis comme une utilisation acceptable d’un ordinateur. Les premières expériences de jeu vidéo remontent aux années 50, et ont presque toujours été faites sur des ordinateurs (qui commençaient à l’époque à utiliser un écran à la place des bandes perforées), à l’exception de la "télévision ludique" de Ralph Baer qui préfigure, elle, la console de jeux. Néanmoins, ce ne furent là que des expériences faites pour se divertir par des scientifiques, et l’apparition du jeu vidéo en tant que produit commercialisable a du attendre les années 70, avec les travaux parallèles de Nolan Bushnell et de Magnavox. A l’époque, les jeux vidéo ont été présentés au public comme un produit à part entière, et non pas comme un usage possible d’un ordinateur, bien que dès 1976 les consoles de jeux aient contenu une électronique voisine de celui d’un micro-ordinateur. Les grandes compagnies ayant bien autre chose à faire que divertir leurs clients, il aura fallu, une nouvelle fois, attendre l’entrée en scène des jeunes rebelles de la micro-informatique pour que jeu vidéo et ordinateur soient liés dans leur évolution.

L’exemple le plus flagrant est l’Apple I. Steve Wozniak et Steve Jobs, avant de fonder Apple, ont travaillé sur un jeu vidéo, Breakout, en 1976. Jobs était alors employé chez Atari, et avait fait appel au génie de l’électronique qu’était Wozniak pour mettre au point ce jeu d’arcade qu’on lui avait demandé de programmer en un temps record. Wozniak a plus tard confirmé que les travaux réalisés sur ce jeu lui ont par la suite été très utiles lors de la mise au point de l’Apple I. Lorsque l’Apple II est sorti, plus tard, avec ses graphismes en couleurs, de nombreux jeux sont venus étoffer son catalogue de logiciels, et Apple a parfaitement su exploiter l’effet produit par ses jeux en tant que démonstration de la puissance de sa machine. Tandy, Commodore et les autres nouveaux acteurs du marché de la micro-informatique ont suivi l’exemple et ont encouragé le développement de jeux sur leurs machines. On pense notamment au VIC-20 qui est peut-être le premier micro-ordinateur à avoir détourné l’attention des amateurs de jeu vidéo des consoles.

Au début des années 80, alors qu'apparaissent continuellement de nouveaux micros et de nouvelles compagnies, le jeu vidéo est encore la seule utilisation de telles machines qui puisse intéresser tout le monde. L'utilisateur moyen n'a en vérité rien à faire d'un tableur, ou même d'un traitement de texte (les imprimantes ne sont pas encore abordables pour tout le monde), à moins d'être simplement attiré par le plaisir de toucher un peu à la haute technologie. Il y a bien quelques applications pédagogiques à un ordinateur, mais elles ne justifient pas l'investissement. Le jeu vidéo est donc, et pour longtemps encore, l'argument massu pour convaincre le public et la clé de la réussite, d'autant plus qu'il ne nécessite (à l'époque !) pas de stockage de données massif et ne tire donc pas trop vers le haut le prix de vente de l'ordinateur.
 

L’IBM PC

En 1981, IBM est, dans la course à la micro-informatique personnelle, comme les autres géants de l’informatique américaine : àcôté de la plaque, et à des années lumières du grand public. Ses mini-ordinateurs qui équipent encore beaucoup d’entreprises informatiques font figure d’usines à gaz anachroniques. Les choses sont pourtant sur le point de changer. L’année précédente, Big Blue s’est lancé dans un projet du nom de code de Project Chess, un micro-ordinateur développé par une équipe de 12 ingénieurs dirigée par William C.Lowe, et assemblé à Boca Raton, en Floride. Le projet Chess sera finalement rebaptisé IBM PC peu avant sa sortie officielle. La nouvelle va faire grand bruit : IBM s’intéressant à la fabrication de micro-ordinateurs personnels, voilà qui va donner au concept toute la crédibilité nécessaire pour s’imposer dans le milieu professionnel.

Comme on peut l’attendre de la part d’une compagnie aux reins solides, l’IBM PC est, à sa sortie, un produit complet et bien fini. Des développeurs ont été mis dans la confidence depuis suffisamment longtemps pour que la machine dispose d’un parc de logiciels conséquent, et des périphériques sont tout de suite disponibles : imprimantes, moniteurs et cartes d’extension existent, et la liste peut s’allonger grâce à la logique d’ouverture et d’évolutivité qui a été celle d’IBM.

L’IBM PC, vendu environ 1500 $ (ce qui aujourd'hui correspondrait à 20000 f) utilise un CPU Intel 8088 (4,77 Mhz), dispose de 16 Ko de RAM, extensible à 256 Ko, et dispose d’emblée d’un lecteur de disquettes 5’’1/4 (plus un emplacement pour un second). Quant au système d’exploitation, le CP/M est disponible mais c’est le MS-DOS développé entre temps par Microsoft (sur la base du Q-DOS de Tim Paterson, de Seattle Computer Products) qui va rapidement s’imposer, suite à des accords passés entre IBM et Bill Gates dans des conditions un peu obscures : les responsables d'IBM chargés du deal auraient confondu Digital Resarch et Microsoft, contactant le deuxième en pensant s'adresser au premier. L'attitude de Gates face à cette confusion reste un mystère. Certaines rumeurs prétendent qu'il aurait redirigé IBM vers Kildall, d'autres disent qu'il aurait profité de la situation.

  
Adam Osborne et l'Osborne 1.

La même année apparaît le premier micro-ordinateur portable : l’Osborne 1, développé par Adam Osborne, et vendu avec les logiciels WordStar, SuperCalc (un autre tableur), et les langages BASIC et CBASIC. Malgré tous ces atouts, l'entreprise d’Osborne fera faillite deux ans plus tard. 1982, toujours, voit l’apparition du premier disque de type Winchester (pour résumer, cette technologie a conduit les disques dur à ce qu’ils sont aujourd’hui), un autre évènement important dans cette convergence d’innovations qui finira par déboucher sur le PC tel qu’on le perçoit de nos jours.

Maintenant que l’IBM PC est devenu une réalité, les micro-ordinateurs de bureau fleurissent dans les entreprises et les employés reçoivent des formations adaptées. On utilise le PC pour la comptabilité, le courrier, les fiches de paie ou les tableaux de service. L’usage de la disquette fait même entrevoir un monde sans paperasserie, sans ratures, sans blanc correcteur, même si les inévitables dysfonctionnements de ces machines dans le stockage des données modèrent le phénomène. Seule l'armée, premier usager historique des ordinateurs, en reste aux mini-ordinateurs.

Lorsque l’IBM PC est lancé, plus de 100 sociétés fabriquent des ordinateurs qui sont tous incompatibles entre eux. Malgré son retard sur ces fabricants, IBM est toujours un grand nom qui rassure les investisseurs et les développeurs de logiciels. Développer sur IBM PC est déjà perçu comme une garantie de pérennité. Ainsi vont apparaître sur PC des titres comme WordStar, Lotus 1-2-3, Microsoft Word et Word Perfect. Les jeux vidéo, par contre, vont pendant longtemps être inexistants sur PC. Le hardware du standard se prête peu à leur développement, surtout comparé aux Apple II et Commodore VIC-20, et IBM n’a que faire de ces futilités.

En 1981 toujours, Hayes Micromodem lance le premier Modulator/Demodulator (Modem) pour IBM PC. Le Modem a été inventé en 1960 par AT&T (La principale compagnie de téléphone américaine) pour connecter à distance des mini-ordinateurs à des ordinateurs de première génération. Hayes a ensuite produit le premier modem pour micro-ordinateurs en 1979, le Hayes Micromodem 100. Le Modem pour PC (300 bauds) lui permet de se connecter à un autre PC et d’accéder aux deux services en ligne qui sont apparus en 1979, Compuserve et The Source. Ces services fournissent aux utilisateurs l'accès à diverses bases de données.


Compaq portable.

En 1982, Compaq (qui a racheté DEC) lance le premier compatible PC (à 95 %), à savoir le premier PC à n’être pas fabriqué par IBM, qui se trouve en plus être un portable. De micro-ordinateur, le PC devient un standard. C’est aussi cette année que Tandy lance le TRS-80 Model 16, basé sur le CPU Motorola 68000. Le Model 16 coûte 5.000$ et comprend 128 Ko de RAM, un lecteur de disquettes 8 pouces et le système d’exploitation Xenix, dérivé du système Unix apparu au début des années 70.

En Janvier 83, le Time Magazine élit son "Man of the year" qui est… L’IBM PC. D’après le magazine, 80 millions de PC et compatibles devraient être vendus dans le monde d’ici la fin du siècle. Les leaders de cette industrie florissante qu’est la micro-informatique sont Texas Instruments, Tandy, Apple, IBM, Commodore, et Osborne pour les micros portables. Les sociétés qui fabriquaient jusqu’ici des consoles de jeux (Atari, Coleco, Mattel Electronics) se sont lancées dans la fabrication de micro-ordinateurs (Atari 400/800, Coleco Adam, Aquarius), qui, bien que récupérant souvent le hardware et les jeux des consoles en question, ne vont pas trouver leur clientèle, handicapés par l’image de leurs fabricants. Ne parlons pas des extensions visant à transformer les consoles de jeu en micro-ordinateur (notamment l'Intellivision), qui n'ont même pas été lancées sérieusement. Certaines de ces compagnies, qui ont misé gros sur leur reconversion, vont faire faillite (Coleco), laisser tomber les jeux vidéo et la micro (Mattel Electronics), ou ramer des années avant de cotoyer les leaders (Atari), et les consoles de jeux vont connaître une traversée du desert, à l'issue de laquelle émergera la NES de Nintendo, elle aussi pensée pour être convertible en micro-ordinateur, comme l'indique son appellation japonaise Famicom (abrégé de Family Computer).

    
Atari 400 et 800, Coleco Adam et Mattel Aquarius
 

Apple contre-attaque


L'Apple Lisa.

En 1983, Apple va sortir le premier d’une longue série de micro-ordinateurs qui vont montrer la voie à suivre au standard PC sans pour autant s’imposer comme des succès flagrants. Le Lisa, une machine coûteuse munie d’une interface graphique utilisateur (inspirée à Steve Jobs par les travaux de Xerox en la matière), fait forte impression, mais à 10.000$ la promenade, bien peu de volontaires se manifestent.

  
IBM PC XT et IBM PC XT-286, avec le CPU 80286 d'Intel.

IBM de son côté sort cette année le PC XT, équipé d’un disque dur de 10 Mo, de trois slots d’extension, de 128 Ko de RAM et d’un lecteur de disquettes 5’’1/4 de 360 Ko. 10 Mo de stockage, cela paraît à l’époque suffisant pour une vie entière, et on peut considérer le PC comme le pionnier de l'usage du disque dur, même si cela va pendant longtemps le condamner à un prix de vente largement supérieur à celui de ses concurrents.

Chez Apple, après l’échec du Lisa, Steve Jobs (Wozniak est parti entre temps) repense entièrement son cahier des charges, ce qui va aboutir à la sortie du Macintosh, en 1984. Avec son CPU 16-bits Motorola MC 68000 et 128 Ko de RAM, le Mac va, malgré son allergie au disque dur, créer une sorte de catégorie dissidente dans la communauté des utilisateurs de micro-ordinateurs. Il faut dire que son interface graphique utilisateur et sa souris représentent l’avenir de la micro, alors que le PC en est encore au MS-DOS.


Le Macintosh.

Le Mac va, après les échecs successifs du Lisa et de l’Apple III, sauver Apple de la faillite. Avec cette machine, le clavier ne sert plus qu’à taper du texte, les commandes s’exécutant entièrement à la souris. On commence à parler de "convivialité" dans la micro-informatique, une notion qui va devenir par la suite une obsession. Un ordinateur ne doit plus seulement être puissant, il doit aussi être facile à utiliser ("user friendly") et toute opération nouvelle doit pouvoir être exécutée par n'importe qui, sans taper de commande ni compulser un manuel. On est à des lieues de l'élitisme des années 50/60 et des ordinateurs réservés aux scientifiques. Apple n’est pas l’inventeur de l’interface graphique utilisateur utilisant la souris, c’est à Xerox que revient cet honneur. La firme à la pomme n’a fait que rendre accessible cette nouvelle conception de l’ordinateur au plus grand nombre, et jeter les bases de ce qui sera peut-être un jour le système d’exploitation universel.

Apple va par la suite introduire d’autre termes et technologies qui nous sont aujourd’hui familiers : la première imprimante laser (Apple LaserWriter) en 1985, permet l’impression en "qualité courrier", équivalente à celle d’une machine à écrire professionnelle. En 1986 on parle de WYSIWYG (what you see is what you get), à savoir l’affichage à l’écran de ce qui va être imprimé (notamment les polices de caractères) avec son apparence définitive. Et avec le concours d’Adobe (fondé en 1982 par John Warnock et Charles Geschke), l’impression de graphismes en bitmap (pixel par pixel), alors que jusqu’ici seuls des caractères pouvaient être imprimés, devient possible. Le PC de l’époque est encore loin de tout ça.


L'Amiga 1000.

En 1985, c’est Commodore, avec l’Amiga 1000, qui invente d’une certaine manière le multimédia (même si la notion est déjà apparue dans le marketing de Philips concernant le MSX2). Cette machine, qui va pendant un temps contribuer à éclipser totalement le PC, fait très fort avec ses multiples possibilités : multitâche (plusieurs logiciels tournent en même temps), graphismes affichables dans des fenêtres au sein de l’interface graphique utilisateur, capacités sonores s’approchant de celles d’un synthétiseur, et montage vidéo. Sans parler bien sûr des jeux, qui, sur cette machine, atteignent une qualité jamais vue sur un micro-ordinateur. Atari, de son côté, réplique avec l’Atari ST, un micro-ordinateur qui se situe à la fontière entre le Mac et l’Amiga. Aussi fiable et pro que le premier, et aussi fun et ouvert que le deuxième, c’est une réussite magistrale qui remet Atari en selle. La Mac, l’Amiga et le ST, basés tous les trois sur le 68000, inaugurent l’ère des 16-bits, et renvoient Intel au second plan.


L'Atari ST.

De son côté le PC, bien que toujours à la traîne en ce qui concerne les technologies les plus nouvelles, continue à évoluer et reste l’exemple même du micro-ordinateur fiable et rapide (grâce au disque dur) dont la logithèque sera toujours fournie. Intel introduit en 1985 le CPU 80386, qui apporte un surcroît de vitesse d’exécution très appréciable au PC. C’est à partir de là qu’Intel va jouer un rôle de plus en plus prépondérant dans l’évolution du standard, qui mise presque tout sur la vitesse de son CPU. Microsoft, dont le MS-DOS est encore, et pour longtemps, la fondation du système d’exploitation du PC, s’illustre avec des logiciels PC et Mac qui rivalisent d’ingéniosité et de facilité d’utilisation (le meilleur étant certainement MS-Word), avant de fourbir son arme secrète : Windows.


L'IBM AT-386

Bill Gates a tenté par trois fois de vendre son interface graphique utilisateur à IBM, et s’est fait à chaque fois rejeter, avant de décider de le faire éditer par Microsoft. IBM, enfermé dans ses convictions, ne croit pas à l’utilité d’un tel système, même si le Mac en remontre au PC, et beaucoup d’utilisateurs du standard sont attachés à leur vieilles habitudes, tapant les commandes DOS à la vitesse de l’éclair. C'est une erreur qui va faire perdre à Big Blue la main-mise sur son invention, et c'est le début d'une nouvelle ère pour le PC : le système d'exploitation devient l'identité d'un standard, aux dépends du hardware.

Les similitudes entre les moutures successives de Windows et l’OS du Mac (le premier s’inspirant lourdement du second à chaque nouvelle version) sont une des histoires les plus connues de l’histoire de la micro-informatique, et ont enrichi un nombre incalculable d’avocats. Après tout, si Steve Jobs se voulait inspirateur, il a été servi au delà de toute espérance. Autre point notable dans l’évolution du PC, le disque dur, dont la capacité augmente sur la plupart des PC à 20 Mo, le plaçant en tête du marché au niveau du stockage de données (les autres 16-bits en sont encore, à de rares exceptions près, à la disquette 3'1/2 de 720 Ko ou 880 Ko).

Quant à l’Internet, c’est déjà, au début des années 80, une grosse entité avec un millier de sites hébergés, et le modem le plus courant trouvé sur les PC est le SmartModem de Hayes.
 

L’obsolescence

La fin des années 80 marque une période de frustration systématique pour le possesseur de micro-ordinateur. Les compagnies se font une concurrence endiablée, et toute nouveauté se voit, quelques jours après sa sortie, dépassée techniquement par une autre. On sait pourtant que le fana de micro apprécie souvent d’avoir le "dernier ceci", ou le "dernier cela", mais cela lui est devenu totalement impossible. Au centre de cette véritable guerre, Intel et Motorola rivalisent. Motorola, avec le 68030, dont le représentant le plus en vue est le Mac (ST et Amiga sont en perte de vitesse), et Intel avec le i486 SX, dont la première mouture est cadencée à 20 Mhz, et qui donne au PC une vitesse de calcul suffisante pour compenser ses faiblesses graphiques et rivaliser avec les autres 16-bits sur le plan des jeux.

C’est à cette époque qu’un certain Chris Roberts crée un jeu vidéo sur PC édité par Origin : Wing Commander. Utilisant à fond l’atout que représente une installation sur disque dur, et les énormes quantités de données qu’elle permet, ce jeu offre des sensations différentes, impossibles à retrouver dans la ludothèque incroyablement fournie des ST, Amiga, et des consoles qui entre temps ont fait un retour remarqué grâce à Nintendo et Sega.

  
Wing Commander et Chris Roberts.

Malgré des graphismes pixelisés à l’extrême à cause du manque de variétés des modes d’affichage du PC (l'EGA 320x200 ici utilisé est dépassé, et le VGA 640x480 est trop gourmand pour être utilisé dans un jeu d’action), Wing Commander (une simulation de combat spatial en 3d dans un contexte narratif travaillé) propose des animations 3d d’une rapidité impressionnante, une grande durée de jeu et une maniabilité très réaliste grâce à la gestion de joysticks analogiques (à inclinaison modulable). Pour la première fois, le PC se retrouve au premier plan d’une petite révolution dans le domaine du jeu vidéo et les joueurs du monde entier, qui jusqu’à présent ricanaient à la simple évocation du standard crée par IBM, tant les adaptations de jeux ST et Amiga qu’on avait pu observer étaient minables, commencent à réviser leur jugement d'autant que les premières cartes son performantes pour PC apparaissent (notamment les Soundblaster), mettant fin à des années de bruitages atroces sortis du haut-parleur interne de la machine.

A la même époque, le premier lecteur de CD-ROM pour PC fait son apparition, fabriqué par Tandy et vendu 400$. Windows se répand comme une traînée de poudre sur les disques dur des PC du monde entier. Le système de Microsoft, coloré et facile d’utilisation, est très apprécié du public malgré des caprices de fonctionnement et des oublis de conception qui vont devenir une marque de fabrique. IBM sent que le PC est en train de lui échapper. Un ordinateur n’est rien sans un système d’exploitation, et si tous les PC du monde deviennent des stations de travail MS-DOS/MS Windows, plus un logiciel pour PC ne pourra sortir sans que Microsoft n’en tire bénéfice. Pour contrecarrer cette évolution, IBM s’associe avec Apple dans le but d’intégrer le Mac au standard PC, avec le développement du CPU Power PC.


L'Intel Pentium.

En 1993, Intel frappe très fort avec son processeur de 5e génération, le Pentium. Malgré un petit bug boursouflé par les médias et un démarrage tardif, le Pentium va finir, en même temps que l’avènement des jeux vidéo en 3d, la généralisation de l’usage du CD-ROM et l’apparition de cartes graphiques et sonores aux possibilités attrayantes, d’imposer le PC comme l’ordinateur idéal pour le multimédia et le jeu. Apple, de son côté, abandonne définitivement après 17 ans son cheval de bataille légendaire, la gamme Apple (Apple II, Apple III, etc.), et se concentre sur le Mac, sans parvenir à se défaire d’un rôle d’outsider.

Dans le milieu professionnel, les micro-ordinateurs sont devenus omniprésents. Si dans bien des domaines le Mac est encore préféré au PC pour sa fiabilité et sa simplicité d'utilisation supérieures, ce dernier gagne du terrain, mais seulement lorsque des logiciels performants tournant sous DOS lui permettent d’être utilisé. En effet, le système de Microsoft, dans sa version 3, est encore trop instable et ne permet pas de lancer toutes sortes d’applications. Dans ce sens, ce n’est pas un vrai système d’exploitation (en France, à l'aube du 21e siècle, bien des PC apperçus dans des commerces, des services publics ou des bureaux tournent encore sous DOS).

Le surf sur Internet, notamment après l'apparition du World Wide Web qui le rend très "visuel", commence à se pratiquer couramment avec l’apparition de logiciels de navigation simples et performants, comme Netscape, et l’intérêt grandissant pour les chat rooms, la messagerie électronique et les magazines on-line.
 

Le processus est lancé

La suite de l’histoire n’est guère intéressante à raconter. Elle consiste en une succession d’innovations techniques, le plus souvent initiées par le Mac et récupérées par le PC, qui est devenu le standard pour d’innombrables compagnies et développeurs de matériels ou de logiciels. Une course à le puissance bat son plein sur tous les fronts : cartes graphiques, sonores, RAM, disques dur, modem, lecteurs de CD-ROM, de DVD, graveurs, etc, et le mot d'ordre est "toujours plus".

En dehors du Mac ou du PC, la plupart des autres standards ou systèmes ont disparu, ou survivent grâce à un nombre réduit de défenseurs. L’informatique devenant un bien de consommation courante, la qualité n’est plus aujourd’hui synonyme de succès. Le marketing est devenu l’arme absolue pour vendre un produit en dépit de son imperfection, voire de son retard sur la concurrence. Marchant main dans la main avec Intel, Microsoft, la compagnie qui, de toutes, a le mieux maîtrisé ce phénomène, est donc devenu le numéro 1, malgré certaines erreurs flagrantes, notamment un intérêt tardif pour l’Internet et des manœuvres de destruction systématique de toute concurrence qui ont fini par nuire à son image et celle de son patron, et leur ont fait découvrir les affres des tribunaux. Apple, qui est aujourd’hui en quelque sorte soutenu par Microsoft, continue à innover, à sortir des machines magnifiques qui coûtent une fortune et trouvent tout de même leur clientèle, avant de voir des PC identiques et moins cher envahir le marché.


Half-life sur PC : Le jeu vidéo ultime ?

Les jeux vidéo sont plus que jamais d’actualité sur PC, et ont atteint, grâce aux capacités énormes des machines d’aujourd’hui, à la démocratisation des réseaux informatiques (et les ouvertures ludiques incroyables qu’ils permettent), ainsi qu'à la croissance incontrôlable de l’Internet, une sorte d’état de grâce ou plus rien n’est impossible. Etablir une liste des jeux PC les plus marquants serait un exercice fastidieux, tant les prétendants sont nombreux. Il ne faut pas négligler toutefois les consoles qui, grâce à leur prix réduit et la qualité de leurs jeux toujours croissante, sont revenues au premier plan. Du reste, Microsoft s'est lancé dans ce marché à nouveau très porteur, mais où règne une terrible concurrence, avec la Microsoft XBox, une console conçue sur la base de composants pour PC.

Quant à IBM, la compagnie qui a presque tout commencé, elle se retrouve à fabriquer des compatibles PC de luxe, fonctionnant sous Windows, après que toutes ses tentatives pour imposer un système d’exploitation concurrent de Windows ont échoué (notamment l'OS/2 Warp), principalement à cause de carences en marketing. La principale satisfaction d'IBM, au point de vue historique, est que sa solidité financière ait permis au PC de survivre à une époque où il était en retrait sur le marché, en attendant de passer au premier plan et de reprendre à son compte toutes les innovations apparues depuis 20 ans. Si le PC avait été lancé par une entreprise "de garage", il aurait disparu depuis longtemps.


Linus Torvald.

L'autre nouvelle donnée qui pourrait entraîner l'évolution des choses vers des contrées inconnues trouve ses origines, une fois de plus, entre les mains d’un jeune bidouilleur. Il s’agit de Linux, crée par Linus Torvald, inspiré de l’ancêtre Unix, un système d’exploitation gratuit et dont les sources sont ouvertes au public, qui se développe peu à peu, répondant en temps réel aux attentes des utilisateurs puisque ce sont eux même qui le mettent à jour, et qui éblouit par ses performances et sa fiabilité. Linux pourrait être pour Microsoft ce que Microsoft fut pour IBM.


Laurent

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