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Amiga CD32
Telle une Xbox avant la lettre, la CD32 représente la conversion en console de l'ordinateur le plus réputé de son époque.
Par Marc G. (15 décembre 2003)

Des machines à boutons sans boutons

Monument de la micro-informatique de loisir, voire même de l'informatique tout court, Commodore est aujourd'hui un nom pratiquement oublié de tous. Et pourtant, il fut un temps ou cette marque, créée en 1955, était synonyme de succès et de ventes phénoménales : Vic 20, C64, et Amiga 500, pour ne reprendre que les plus connus, sont autant d'ordinateurs qui ont su marquer une génération d'utilisateurs. En revanche, ce que l'on connaît peut être un peu moins, c'est le passé "consoleux" de ce fabricant. Tout commence en septembre 1990 avec la commercialisation, en Grande Bretagne uniquement, d'une machine répondant au doux patronyme de C64 GS (pour Game System). La bête est en fait un simple Commodore 64 (technologie de 1982) dépourvue de clavier et ayant comme principal objectif l'occupation du marché face à la menace représentée par Amstrad et sa fameuse, ou fumeuse, GX-4000.

Pour son C64 déguisé (à gauche), Commodore a oublié un détail : nous sommes en 1990. Le fabricant US tente alors de concurrencer Philips et son CDi : sous des allures de machine multimédia, le CDTV, clone d'Amiga 500 que la photo ci-dessus (droite) montre avec ses accessoires, rejoindra rapidement son aîné dans le caveau familial.

Inutile de vous préciser que ce revenant va précipitamment allonger la longue liste des systèmes mort-nés. Loin d'être découragé par ce flop, la société se penche alors sur la conception d'un nouveau produit. Elle accouche d'un système révolutionnaire, selon ses dires, et met en vente courant 1991, le CDTV (pour Commodore Dynamic Total Vision). Architecturée sur la base de l'Amiga 500, l'appareil copie le concept du célèbre standard hollandais, le CDi. Un prix exorbitant et une absence gênante de logiciels marquants le dirigeront tout droit vers la casse. En cette année 1992, la stratégie inadaptée de la firme envers sa gamme de micro-ordinateurs combinée à la concurrence exacerbée des consoles et autres PC précipitent les comptes de la société dans le rouge. Néanmoins, la commercialisation récente de l'Amiga 1200 semble redonner une lueur d'espoir au célèbre manufacturier américain...

Copier/coller

Ces deux expériences malheureuses laissent cependant entrevoir la stratégie de Commodore en ce qui concerne les consoles ou autres engins multimachins : on récupère la technologie développée pour les micros en se contentant ensuite de recarrosser le tout pour lui donner un look plus adapté au secteur visé. C'est tout naturellement sur cet axiome des plus primitifs qu'est envisagé le prochain système orienté jeu vidéo de la marque. L'avantage de ce principe, outre son faible coût, est sa rapidité de mise en oeuvre. Démonstration : l'idée de remplacer le CDTV par une machine 32-bits germe durant l'été 1992. La société contacte alors les principaux développeurs britanniques du support Amiga. Le dialogue de cette table ronde peut se résumer en quelques phrases :
- "Nous proposons cette technologie (Amiga 1200), que désirez-vous ?"
Les studios de développement sont unanimes :, "Ce sera une console 32-bits basée sur le CD-ROM. Son prix correspondra à celui des 16-bits aujourd'hui".

L'Amiga CDC (pour CD Console) est une représentation, lancée en février 1993 par le magazine Amiga Format, de ce que devrait être une éventuelle console Commodore. Les spécifications souhaitées sont alors les suivantes : microprocesseur 68020, chipset AGA et 2 Mo de RAM en standard. Coïncidence, fuites ou prémonition ?

Les spécifications du projet sont établies en septembre et le développement débute en octobre. En 1993, tout s'accélère. La fin du mois de février voit l'envoi de 15 prototypes aux développeurs, les premières rumeurs au sujet de l'existence d'une console de jeux Commodore commençant en mai. On y apprend que le CD-Amiga, tel est alors son nom, est basé sur un microprocesseur 68EC020 (comme l'Amiga 1200) et que son prix serait inférieur à 2000f/300€. Ces bruits de couloirs sont confirmés le mois suivant, la commercialisation mondiale de l'appareil étant prévue pour septembre 1993...

De la présentation...

L'Amiga CD 32 est enfin dévoilée lors d'une conférence de presse durant l'été 1993. Ses caractéristiques techniques sont, comme prévu, identiques à celle de l'Amiga 1200 : microprocesseur Motorola 68EC020 32-bits cadencé à 14 Mhz, jeu de co-processeurs AGA (Advanced Graphics Architecture) épaulé par 2 co-processeurs accélérateurs. Palette de 16,8 millions de couleurs dont 256.000 affichables simultanément pour une résolution maximale de 1280X512 en mode multisynchro.

Présentation de la première, selon Commodore, console 32 bits : les démos sont impressionnantes et laissent augurer du meilleur pour l'avenir.

Son lecteur CD-ROM débite 300Ko/s (2x). Ses capacités mémoires sont de 2 Mo de RAM, 1Mo de ROM dans lequel est stocké l'AmigaDOS 3.1 et 1 Ko de RAM flash. Le son est bien entendu stéréo qualité CD (44,1 kHz) sur 4 voies. Côté entrées/sorties, la bête se trouve être bien pourvue : 2 ports pad, connecteurs pour module FMV et auxiliaire, les classiques S-Vidéo, prise antenne, casque et stéréo RCA. Les programmes conçus pour le CDTV, les CD Audio, CD Photo, CD+G et, évidemment, standard Amiga CD 32 sont pris en charge par le système. Un poids de 1,44 Kg et des dimensions de 21,2 X 31,1 X 8,1 cm viennent clôturer la partie technique. Avec cette console, la firme américaine compte s'emparer de parts de marchés comprise entre 7 et 10%...

Pour les techniciens en herbe : le circuit imprimé inférieur et ses 3 principaux co-processeurs.
Détail de l'Amiga CD32 : malgré le positionnement console affiché par son constructeur, le système semble vouloir tâter du multimédia.
Voici les divers écrans de l'interface : accueil, CD Audio, paramétrage de la langue et verrouillage des sauvegardes éventuelles.
Robocod (James Pond II), Pinball Fantasies, Zool et Oscar représentent le fer de lance ludique du système. Les prix souhaités par Commodore s'échelonnent entre 250F/37,5€ et 350f/52,5€. A noter que les royalties sont nettement inférieures à celle de la concurrence, la marque n'interférant aucunement dans le processus de développement et la fabrication du software.

...à la mise au pilon

La commercialisation mondiale prévue à l'origine laisse finalement place à une sortie uniquement européenne. La raison ? L'entreprise, en régression depuis quelques années déjà, n'a tout simplement plus les fonds nécessaires pour assurer un tel lancement. L'approvisionnement des linéaires du vieux continent commence donc dès le mois d'août 93, la mise en vente du système, accompagné de 2 jeux (Oscar et Diggers), étant prévue pour le 15 septembre à un prix de 2490f/375€. A cette époque, Commodore, quatrième constructeur mondial, est relativement bien représenté dans les médias : campagne télé, affichage, évènements sportifs, magazines dédiés...

Magazines dédiés, spots télés, sponsoring d'évènements sportifs, d'équipes de foot... Commodore est une marque bien implantée dans les esprits européens. Pour l'anecdote, la firme ira jusqu'à afficher, en face du bureau londonien de Sega, le slogan "il faudra attendre longtemps pour que Sega fasse aussi bien que la CD 32". Excellent.

La machine s'empare donc de la première position sur son segment, le Mega-CD de Sega et le CDI, ses principaux concurrents du moment, se voyant inexorablement distancer par la console US. Malheureusement, le marché console européen, après avoir culminé en 1992, est maintenant en pleine décrue : les ventes de l'année 1993 se révèlent inférieur aux prévisions d'environ 40%. L'entreprise, déjà fragilisée par des perte de 350 millions de dollars subie ces 2 dernières années, ne peut guère continuer plus longtemps. Les filiales ferment les unes après les autres : Suède, Belgique, France... Le couperet tombe le 29 avril 1994 lors de l'annonce de la faillite de Commodore. On peut alors croire que le marché de l'Amiga CD32 va s'effondrer d'un seul bloc, mais il n'en sera rien. Un vent d'espoir prodigué par le plus puissant de ses importateurs vient prolonger l'existence du système...

Il y a une (courte) vie après la mort

Il faut en effet savoir que, contrairement à ses concurrents, Commodore délègue la commercialisation de ses produits dans certains à entreprises "indépendantes'. La plus dynamique d'entre elles, Commodore Angleterre, continue donc d'écouler les stocks de CD32 avec un certain dynamisme. Rien d'étonnant à cela, l'Amiga ayant toujours bénéficié d'une excellente représentation outre-Manche. Dans le même ordre d'idée, les jeux et autres périphériques continuent à être commercialisés de manières régulières. Certes, aucune publicité ne vient soutenir les produits mais les amateurs de cette machine pourront encore s'approvisionner durant de long mois. L'échéance de Noël 94 vient malheureusement mettre fin au bonheur de ce joyeux petit monde : malgré de nombreuses rumeurs de rachats, personne ne fait redémarrer les usines. Les stocks n'étant pas éternels, l'Amiga CD32 est enterrée définitivement à la fin du premier trimestre 1995.

Les 3 premiers packs, qui ne vous sont certainement pas inconnus, ont été commercialisés par la maison mère. Ils comprennent les jeux Oscar et Diggers pour le premier, complété par Wing Commander et Dangerous Street pour le second. Le troisième comprend les jeux du second auxquels viennent s'ajouter Microcosm et Chaos Engine. Le dernier pack, commercialisé par Commodore Angleterre pour liquider les stocks, est le meilleur de tous : Oscar, Diggers, Cannon Fodder, Liberation, Microcosm, Projet X et Ultimate Body Blows. Un excellent panel de la logithèque de l'Amiga CD32.
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