Le shoot'em up est un genre qui a énormément
évolué au fil des ans. Depuis Space Invaders, qui mena à des softs comme Galaga ou Centipède, ou encore avec Defender qui inaugura la
voie du shoot à scrolling, c'est grâce à des séries désormais célèbres telles
que R-Type et Gradius que le genre finit par trouver son
canevas 2D le plus répandu. L'évolution du concept a plus tard donné naissance à des sous-genres,
tels que le manic représenté par DoDonPachi notamment. Mais au milieu de tous ces classiques,
on trouve aussi une quantité non négligeable de shoot'em up pas forcément très ambitieux ou novateurs,
qui ne surent donc pas marquer leur époque de façon durable, et qui sombrèrent petit à petit dans
un oubli pas toujours mérité. Le jeu que nous allons aujourd'hui extirper de la poussière, Solar Striker,
est de ceux-là.

Nous sommes en l'an 2159 et la Terre fait
face à sa plus grande menace, puisque des extra-terrestres sont sur le point de l'attaquer. Le prototype « Solar
Striker », un vaisseau de combat hyper évolué, devient alors le dernier espoir de l'humanité... et
c'est évidemment vous qui le pilotez ! Prenant les devants, vous voila largué en pleine zone hostile avec pour
mission d'attaquer le QG de l'ennemi, et hop bonne chance débrouillez-vous pour sauver le monde. Bon vous l'aurez compris,
le scénario est, une fois n'est pas coutume, un simple prétexte pour dézinguer tout ce qui bouge. Mais
en demande-t-on vraiment plus à un shooter ?


Le jeu est des plus classiques. Il se constitue
de six niveaux à scrolling vertical durant lesquels il va falloir éradiquer les nombreuses vagues d'ennemis
qui affluent. On peut noter lorsque le vaisseau s'approche des bords latéraux de l'écran, que le jeu génère
un très léger effet de scrolling d'une poignée de pixels à droite ou à gauche, ce qui dynamise
visuellement beaucoup l'ensemble. Attention d'ailleurs à ce qu'aucun ennemi temporairement masqué par ce décalage
n'échappe à votre vigilance et vous prenne à revers ! Comme souvent avec ce style de shoot, vous ne pouvez
avoir que trois tirs simultanés à l'écran, et il faut donc attendre qu'un tir touche un ennemi ou disparaisse
de l'écran pour pouvoir faire feu à nouveau. Cette limitation est ici parfaitement bien gérée
: les tirs sont assez rapides pour que ce ne soit jamais frustrant (l'impossibilité de mitrailler dure quelques dixièmes
de secondes à tout casser), et suffisamment lents pour inciter le joueur à se positionner de plus en plus près
du haut de l'écran. Se placer plus haut permet de tirer en continu, mais c'est aussi un danger potentiel dans la mesure
où l'on se retrouve bien plus près des vagues d'adversaires. Toutefois une bonne connaissance des niveaux permet
d'anticiper le déroulement du jeu et de détruire les vaisseaux hostiles très vite, parfois même
alors qu'ils sont encore à peine visibles à l'écran.
  
Quelques images du premier niveau. Rien de très difficile ici. Le 1er boss, bien que résistant, ne fait
que s'agiter en haut de l'écran tout en lançant quelques boulettes rapides mais relativement faciles à
éviter (attention toutefois à ne pas perdre une vie bêtement). |
Chaque niveau se conclut par un boss. Beaucoup
plus dangereux et résistants, et nécessitant bien plus de réflexes que durant le reste du jeu. Il n'y
a toutefois pas vraiment de stratégie à appliquer pour les vaincre, leur comportement restant au bout du compte
assez simple. Une petite astuce cependant : on peut souvent trouver un endroit où le danger est moindre. D'ailleurs,
pour les débutants en shoot qui aimeraient aller un peu plus loin que le premier niveau mais peinent à battre
le boss, sachez que si vous placez votre vaisseau tout en haut à droite de l'écran, votre ennemi ne pourra pas
vous atteindre. Il ne vous reste plus qu'à patienter jusqu'à ce qu'il parte. C'est évidemment plus long
que de le détruire à la régulière, et ça rapporte moins de points. En outre cette technique
très « petits bras » ne fonctionne que contre le boss du niveau 1 (eh oui, faut pas rêver).
Solar Striker, dans la logique de sa simplicité
d'accès, propose un système d'évolution d'armes très basique. Régulièrement, vous
pourrez voir descendre une capsule au centre de l'écran avec un « P » (comme power) affiché dessus.
Attrapez-la et la puissance de votre tir augmentera. En accumulant les capsules, vous passerez aussi automatiquement du tir
simple au tir double, puis triple, jusqu'à un assez dévastateur « méga double tir » (nb: certains
tirs nécessitent plusieurs capsules avant d'évoluer). En outre, si vous perdez une vie, vous ne redescendez
pas immédiatement au tir de base, mais simplement au tir inférieur (par exemple, si vous perdez une vie tout
en ayant le triple-tir, vous rétrogradez au double). Cela contribue à ne pas rendre les choses trop infernales
en cas d'une petite erreur de pilotage. En contrepartie de ce système simple et permissif, vous n'avez bien entendu
aucune barre de vie, ni de super pouvoir vous permettant de tout détruire si la situation vous échappe... Pour
finir, sachez que vous gagnerez une vie tous les 50.000 points.
   
Les niveaux suivants (ici 2 et 3) se compliquent. Adversaires plus rapides, plus nombreux, plus agressifs... Les boss,
en toute logique, deviennent eux aussi plus dangereux mais ceux des trois premiers niveaux demeurent tout de même plutôt
faciles à éliminer, en particulier avec les tirs les plus puissants, qui mettront à mal leur résistance. |
Mais n'allez pas croire que les choses vont
être faciles pour autant. Si les 3 premiers niveaux sont relativement faciles à apprendre et à maîtriser,
c'est surtout pour vous permettre d'affronter la suite avec quelques vies d'avance et un armement conséquent. Ainsi,
les premiers boss se révèleront moins dangereux que les boss intermédiaires des niveaux suivants. De
même, le nombre d'adversaires, ainsi que leur vitesse et la cadence de leur tirs, tout cela va augmenter. Le boss du
quatrième niveau est d'ailleurs extrêmement difficile (ah j'en ai perdu des vies, face à lui !), votre
seule vraie chance de vous en sortir sans trop de dégats est de trouver un endroit proche de son point faible pour
tirer le plus vite possible (la fameuse limite des 3 tirs maxi à l'écran), car sinon, avec les projectiles qui
fusent partout, c'est l'anarchie à l'écran ! Le boss du niveau 5 est lui aussi corsé... du moins jusqu'à
ce qu'on trouve une autre astuce, certes peu héroïque, mais carrément salvatrice : en vous plaçant
tout près de lui dans une zone précise, aucun de ses projectiles ne peut vous atteindre. Sa taille et sa résistance
deviennent alors totalement anecdotiques !
Amis scoreurs, sachez que les stages 5 et
6 sont d'ailleurs l'occasion de se refaire une santé et des points : durant ces niveaux, de très rapides boules
enflammées traversent parfois l'écran verticalement. Elles semblent a priori indestructibles et l'on se contente
généralement de les éviter comme on peut. En réalité, avec le tir le plus puissant et en
vous plaçant tout en bas de l'écran, vous devriez avoir juste le temps de les détruire. Ce type d'ennemi
rapporte 5.000 points ! De quoi booster votre score, et accessoirement gagner des vies supplémentaires à ne
plus savoir qu'en faire...
Ce secret du jeu fut d'ailleurs à l'origine
d'une anecdote personnelle : durant l'été 1992, j'étais en vacances en Bretagne avec mon cousin
et entre deux aller-retours à la plage, au cinéma, et autres joyeusetés, le Game
Boy faisait tourner pour notre plus grand plaisir quelques jeux emportés pour l'occasion, parmi lesquels Solar
Striker. Mon cousin, cette semaine-là, explosa le score du jeu, au point que je pris une photo de la console afin de
l'envoyer à un magazine dont le nom m'échappe, qui récompensait les scores élevés de ses
lecteurs par un billet de cinquante francs (une fortune!). Les vacances continuèrent, tout en pensant au jeu qu'on
allait pouvoir s'acheter avec la récompense, et même aux autres jeux que l'on pourrait tenter de scorer en parallèle
pour toucher à nouveau le jackpot... Malheureusement, le modèle de GB de l'époque n'était pas
rétro-éclairé et la photo, développée 15 jours plus tard, ne montra qu'une belle console
dont l'écran était si sombre qu'il semblait éteint. Nos carrières de pro-gamers prirent ainsi
fin avant même d'avoir commencé...
   
À partir du stage 4, ça devient franchement coton. Le 4ème boss notamment, est une véritable plaie,
les boulettes fusent en permanence dans tous les sens ! En outre on note au fil des niveaux l'apparition de sous-boss. |
S'il n'a pas vraiment su rester dans les mémoires
des joueurs au regard de l'évolution du genre durant les années suivantes, Solar Striker peut au moins se démarquer
d'un point de vue historique. Initialement sorti en janvier 1990 au Japon, donc durant la première année d'existence
du Game Boy, on peut techniquement le considérer comme représentatif de la première vague de productions
de ce légendaire 8 bits (d'autant qu'il fera parti du line-up européen de la console) : des jeux souvents simples,
au gameplay épuré mais néanmoins efficace, qui vieilliront graphiquement assez mal lorsque des jeux plus
conséquents débarqueront par la suite, mais qui restent agréables à jouer et donnent même
rétrospectivement une certaine fraîcheur au Game Boy, alternative au ton sérieux de certaines productions
sans pour autant trop tomber dans le cute-game. C'est la génération des Tetris,
Batman, Alleway, Super Mario Land 1, Ballon Kid, Kwirk voire même Radar Mission
ou Amazing Spiderman, autant de jeux qui ont contribué au succès du Game Boy.
En outre, à l'image de certains des
jeux précédemment cités comme Alleway et Super Mario Land, Solar Striker est développé
par Nintendo Research & Development 1 (alias R&D1), la plus ancienne branche de développement de Big
N, dont l'équipe initiale était chapeautée par le célèbre Gunpei Yokoi.
R&D1 est en effet à l'origine de la console Game Boy, rendant ses premiers titres développés sur
cette machine assez symboliques. Ce studio est par ailleurs derrière d'autres jeux à succès telles que
Metroid, Kid Icarus ou encore Wario Land. Terminons en signalant que Solar
Striker, qui fait donc partie du catalogue assez prestigieux de R&D1, à aussi la singularité d'être
le seul shoot'em up à scrolling (dans le sens classique du terme) a avoir été développé
par Nintendo.
   
La dernière ligne doite, avec le 6ème niveau. Le combat final ne devrait pas être trop difficile
si vous restez concentré sur les tirs ennemis qui proviennent des bords de l'écran. À droite, les deux seules
fins possibles : la victoire totale, ou le game over fatidique. |
Pour quiconque ne l'a pas connu « à
l'époque », Solar Striker semblera sûrement un peu trop simpliste aujourd'hui. Pourtant l'essence du shooter est là : une difficulté idéale (hormis un ou deux passages un peu délicats comme certains boss),
des graphismes jamais brouillons, des thèmes musicaux entrainants, et surtout une marge de progression constante. À
chaque partie, on perd moins de vie et on va un peu plus loin que la fois précédente, on conserve donc ses armes
plus longtemps, etc. Une fois maîtrisé, le jeu n'est pas très long à terminer d'une traite
(une vingtaine de minutes environ), ce qui justifie au passage l'absence de password ou de sauvegarde. Bref, Solar Striker garantit au joueur une réelle accessibilité, ce que certains shooters plus récents ont peut-être
un peu oublié en se spécialisant trop. Notez cependant que les joueurs les plus téméraires pourront,
après le générique de fin du jeu, appuyer sur la touche select pour recommencer l'aventure en mode Hard.
Comme on peut s'en douter, la difficulté monte d'un cran, avec des ennemis qui tirent plus vite et plus souvent.
Jean-Christian Verdez