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Les
flyers de Taito et de Midway. Cliquez sur l'un d'eux pour
une version plus grande
(merci au site Arcade Flyer Archive !) |
En matière
de jeu vidéo, les Américains n'ont pas forcément
tout inventé. Nous ne nous étendrons pas sur le
principe de Space Invaders, sorti en 1978,
que tout le monde connaît. À la seule vision d'une
image du jeu, on comprend tout. C'est avec lui que le jeu de
tir devient un genre à part entière, que l'on
nommera par la suite "shoot'em up" en Occident et
"shooting game" au Japon. Parmi les règles
qu'introduit Space Invaders concernant la conception
d'un tel jeu, on retiendra particulièrement le fait de
miser, pour intéresser et motiver le joueur, sur la hiérarchisation
des ennemis et la gestion du rythme, plutôt que sur la
maîtrise des commandes de jeu, qui sont donc volontairement
simplifiées : deux boutons pour déplacer le vaisseau
- qui seront ensuite remplacées par un joystick - et
un troisième pour tirer, voilà une interface bien
plus simple que ce que les jeux d'arcade des seventies - très
portés sur les commandes de type "simulation"
différentes pour chaque jeu - ont en général
proposé.
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Space
Invaders est l'œuvre
d'un jeune ingénieur employé par Taito, Tomohiro
Nishikado. La légende dit que Space Invaders
lui aurait été inspiré par un rêve
: la veille de Noël, des enfants, sur un parking de supermarché,
attendent les yeux vers le ciel que le père Noël
arrive. Soudain, des extra-terrestres venus de Vénus
descendent et commencent à bombarder notre bonne vieille
Terre. Les enfants ouvrent le capot des voitures garées
sur le parking et en transforment les batteries en canons à
électrons pour repousser l'invasion... Bon, l'histoire
est bien entendue totalement fausse, alors soyons sérieux
: tout comme Pac-Man un peu plus tard, Space
Invaders est distribué par Taito au Japon et
Midway aux USA, et connaît à sa sortie un triomphe
mondial. En 1980, la licence est achetée par Atari, qui
fournit pendant un temps le jeu avec sa console, l'Atari
VCS. La encore, Space Invaders casse
la baraque.
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La borne
d'arcade originale est basée sur un processeur 8080 d'Intel
(le premier jeu ainsi conçu était Gun
Fight, précédent succès de Taito,
qui avait aussi été le premier jeu d'arcade japonais
diffusé en Occident), un hardware sonore analogique et
un affichage en noir et blanc, colorisé et enrichi artificiellement
par un cellophane (ou "artwork") collé sur
la vitre qui est placée devant l'écran, une pratique
très courante avant que les jeux d'arcade accèdent
à la couleur.
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Du fait
de son accessibilité au joueur débutant, Space
Invaders est le premier jeu d'arcade à avoir
été exploité en dehors des seules salles
de jeu. On le trouve à l'époque dans les supermarchés,
les restaurants de pizzas, les fast-foods, et même les
casinos dans une version équipée d'un système
qui récompense les meilleurs scores en crachant des pièces
de monnaies. Le phénomène est d'une telle ampleur
que beaucoup taxent le jeu de subversion et y voient un danger
pour la santé mentale des enfants, polémique récurrente
à partir de cette période. Dans la ville (très
chrétienne) de Mesquite, Texas, une association porte
même l'affaire devant la Cour Suprème et parvient
à faire interdire le jeu dans toute la commune.
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Rendu
de Space Invaders sur la borne d'arcade, avec le cache
en couleurs.
L'émulateur MAME permet d'afficher ce type de artwork
sur tous les jeux d'arcade émulés qui en
utilisaient. |
Au Japon,
le jeu est si populaire à sa sortie qu'il entraîne
une rupture des stocks de pièces de 100 yens, et de nombreuses
salles d'arcade s'ouvrent sur la seule demande du hit de Taito.
On raconte d'autres histoires, moins drôles et plus difficilement
vérifiables, sur Space Invaders, comme
ces cas de délinquance juvénile provoquée
par la passion de ce jeu : enfants volant leurs parents, ou
dévalisant des personnes âgées pour nourrir
la borne d'arcade en menue monnaie...
Space
Invaders a été suivi de plusieurs séquelles,
comme Space Invaders Part II, Space
Invaders Deluxe, Super Space Invaders 91,
jusqu'en 99 avec la version Activision, nouveau propriétaire
de la licence. Peu après sa sortie, des très nombreux
clones du jeu comprenant le mot "Invaders" dans leur
titre sortent, la plupart japonais. Il faudra attendre la sortie
d'Asteroids,
d'Atari, en 1979, pour qu'un jeu de tir important propose enfin
un concept neuf et ose se démarquer du hit de Taito.
Peu après sort Galaxian,
de Namco qui, lui, reprend le gameplay de Space Invaders
mais y introduit suffisamment d'idées pour qu'on puisse
parler d'évolution d'un genre. On voit alors une époque
ou les éditeurs américains et japonais font encore
jeu égal sur le marché mondial de l'arcade, et
font avancer les choses, chacun à sa façon. L'article
de David sur la série Gradius vous
donnera plus de détails sur cette période dite
"classique" et l'évolution ultérieure
des shoot'em up.
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Les
commandes originales de Space Invaders : impossible de
faire plus clair, et le joueur, rassuré, tente
sa chance. |
D'un
point de vue artistique, Space Invaders est
aussi considéré comme le jeu vidéo séminal
par excellence, le premier peut-être dont l'apparence
des protagonistes - les aliens principalement - se soit imprimée
dans l'inconscient collectif. Chaque fois qu'une œuvre
d'art fait référence au jeu vidéo, chaque
fois que quelqu'un essaie de dresser le bilan de leur évolution
graphique, on les retrouve. Et ils ont figuré sur des
millions de t-shirts... Plus le temps passe et plus ils s'imposent
comme un symbole, sans pour autant avoir jamais - contrairement
à Pac-Man ou Mario - été développés,
en tant que personnages, ailleurs que dans le jeu vidéo
qui les a vus naître. En ce sens, l'importance de Space
Invaders est inestimable.
Laurent