À
l'époque de la suprématie d'Atari et de sa console
VCS, et alors que Mattel, avec
son Intellivision, fait de
la résistance, la console Colecovision se présente
comme une alternative intéressante et de qualité.
Aujourd'hui, elle fait irrémédiablement partie
du passé, mais un petit historique n'est pas inintéressant.
La
Connecticut Leather Company, alias Coleco Industries fut fondée
en 1932 à Hartford, Connecticut, par un immigrant Russe
nommé Maurice Greenberg. Au départ, ce n'est qu'une
petite fabrique de chaussures en cuir, mais à partir
des années 50, Coleco se reconvertit dans la fabrication
de matériaux plastiques et laisse tomber le cuir, ayant
atteint un capital de 1 million de dollars. A la fin des années
60, la compagnie est devenue le numéro 1 des fabricants
de piscines hors-sol en plastique, mais connaît des difficultés
financières, et passe très près de la faillite
dans les années 70 après quelques tentatives infructueuses
dans le domaine des véhicules tout-terrains.
En 1976, Coleco fait une première
apparition sur le marché du jeu vidéo en produisant
un clone de la console Pong sous le label Telstar
qui lui apporte de jolis bénéfices. Neuf autres
variantes du jeu seront fabriquées jusqu'en 1978. Après
l'apparition de l'Atari VCS, il n'y a plus d'avenir
pour les consoles qui n'acceptent pas de cartouches de jeux,
et Telstar périclite.
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| Une
des consoles Telstar. |
Le
président de Coleco, Arnold Greenberg, charge alors le
département de recherche et développement de créer
une console dite de troisième génération
(la première étant les consoles type Pong
et la deuxième les consoles à cartouches), qui
s'imposerait comme un nouveau standard en matière de
performances graphiques et d'évolutivité. L'arme
de marketing principale de cette console doit être le
jeu inclus dans le package, et Greenberg a des vues sur Donkey
Kong, le hit de Nintendo.
Coleco envoie un exécutif au Japon pour en négocier
les droits, qui sont obtenus pour 250.000 dollars. C'est une
somme plutôt élevée pour l'époque,
mais Atari et Mattel sont aussi sur
les rangs. Plus tard, en 1982, Universal attaquera Coleco et
Nintendo pour l'utilisation du nom "Kong", dont il sont propriétaires
des droits depuis le film King Kong, et pendant quelque temps,
Coleco leur versera 3% de leurs recettes sur le jeu Donkey
Kong.
La
console Coleco, appelée ColecoVision,
qui doit être livrée avec la cartouche Donkey
Kong est basée sur un microprocesseur Z-80A
(8 bits) cadencé à 3,58 Mhz, 8 Ko de RAM et 16
Ko de RAM vidéo, ce qui permet une résolution
de 256x192 en 16 couleurs. Elle peut afficher 32 sprites en
même temps, ce qui est du jamais vu dans le domaine du
jeu vidéo domestique. Le processeur sonore 3 canaux tient
aussi bien la route.
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| Donkey
Kong sur Colecovision. |
La
Colecovision est commercialisée à l'été
1982, au prix de 199$. Elle se présente sous la forme
d'une grosse boîte noire peu gracieuse accompagnée
de deux contrôleurs de jeu inspirés de ceux de
l'Intellivision, c'est à dire munis de 12 boutons
dont les fonctions sont indiquées par un plastique que
l'on pose sur le contrôleur, différent pour chaque
jeu. Ces contrôleurs sont par ailleurs munis d'une sorte
de joystick plat qui se manipule avec le pouce. La partie la
plus prometteuse de la machine est le large slot de façade
prévu pour insérer de multiples extensions que
Coleco prévoit de développer. En dehors de Donkey
Kong, 12 autres jeux sont en vente. A l'instar d'Atari,
Coleco mise sur l'achat de licences pour adapter sur sa console
les jeux d'arcades les plus en vue du moment. Les premiers titres
ainsi adaptés sur Colecovision seront Lady
Bug, Space Panic,
Mouse Trap, Venture,
Space Fury et Zaxxon.
Même si ces conversions ne sont pas parfaites, elle représentent
un grand pas vers la possibilité de jouer à de
tels jeux chez soi, dans des conditions proches de celles d'une
salle d'arcade.
La
Colecovision fait un peu figure d'arbitre dans la guerre
qui oppose Atari à Mattel. Elle coûte environ 100$
de plus que l'Atari VCS, mais 35$ de moins que l'Intellivision,
et obtient un succès franc et rapide, avec 550.000 machines
vendues les premiers mois. À Noël 1982, un million
de Colecovision ont trouvé acquéreur
aux USA, ainsi que 8 millions de cartouches. L'action de Coleco
explose à Wall Street, passant de 6$ 7/8 à 36
¾ en moins d'un an. La raison d'un tel succès
est la capacité de la Colecovision à
reproduire des jeux d'arcades à la maison. Il faut savoir
qu'à l'époque, le simple fait de jouer à
un jeu vidéo sur son écran de télévision
est déjà incroyable, et les joueurs ne sont pas
trop exigeants. Des noms tels qu'Asteroids,
Frogger,
Moon Patrol
ou Pac Man
font rêver, et peu importe la qualité réelle
du jeu. C'est pourquoi l'Atari VCS a été
un succès en dépit du rendu souvent catastrophique
des conversions d'arcade qu'elle a connu. La Colecovision
apporte plus de rêve encore, et une impression de qualité.
Cette fois, il semble vraiment possible de profiter de graphismes
fins, détaillés. Le jeu vidéo domestique
n'est peut-être plus synonyme de graphismes cubiques et
de son indigent.
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L'évolutivité
de la Colecovision faisant partie des promesses de
Coleco, le constructeur tient parole et lance en 1982 deux extensions
hardware. La première, un adaptateur qui permet d'utiliser
les cartouches pour VCS Atari, est proposé à
60$. 150.000 exemplaires seront vendus. Bien entendu, Atari
n'a jamais donné son accord pour la diffusion d'un tel
produit, et attaque Coleco, réclamant 350 millions de
dollars de dommages. Coleco invoque la loi anti-trust, et contre
attaque, demandant 550 millions ! Finalement, le conflit se
règlera par le versement de royalties de Coleco à
Atari. Un adaptateur Coleco pour les cartouches Intellivision
est aussi prévu, mais ne verra jamais le jour.
La deuxième extension est le Driving Controller, un volant
pour jeux de courses de voiture, équipé d'une
pédale, et livré avec le jeu Turbo,
vendu 55$. Le volant se branche dans la trape d'extension de
la console, tandis que le joystick branché dans la prise
1 sert de levier de vitesses.
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| Le
module pour jeux VCS et le Driving Controller.
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En
1983, la Colecovision est au top du marché du
jeu vidéo. Elle se vend à 1,5 millions d'unité
par an, passant brièvement devant la VCS 2600,
l'Intellivision, et surtout la nouvelle 5200 Supersystem
d'Atari. Même en Europe, où elle est distribuée
par CBS Electronics, elle attire la curiosité. 29 jeux
développés spécifiquement pour Coleco sont
disponibles, auxquels vient s'ajouter tout le catalogue Atari
grâce à l'adaptateur. Cela permet à la Colecovision
d'avoir la ludothèque la plus étendue du marché.
Après ce succès, Coleco décide que la suite
logique est la création d'un micro-ordinateur. Tout d'abord,
une nouvelle extension de la Colecovision est annoncée,
le Super Game Module, qui ajoute de la mémoire vive et
permet de jouer à de nouvelles versions de certains titres,
cette fois sans aucune différence de graphismes avec
les versions arcade.
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Exemples
de bons jeux sur Colecovision : Schtroumpfs
et Tarzan.
Des personnages reconnaissables, des décors qui
remplissent totalement l'écran... De tels graphismes
rendirent fous de jalousie les possesseurs de VCS, et
même d'Intellivision. |
Ensuite,
Coleco investit 34 millions de dollars dans le développement
du micro-ordinateur ADAM, que l'on peut acheter soit
en tant que tel, soit sous la forme d'un module d'extension
pour Colecovision. Le hardware de l'ADAM est
basé sur un Z-80, avec 64 Ko de RAM et 32 Ko de ROM (extensible
à 144 Ko). Il est équipé de trois slots
internes, d'un bus d'extension pour divers périphériques,
et pour la version ADAM complète, d'un module
permettant de jouer aux jeux Colecovision, livré
avec deux contrôleurs de jeux (un article spécifique
est disponible ici).
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L'ADAM.
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Les
deux versions de l'ADAM incluent un clavier professionnel,
un lecteur de cassettes qui peut lire des données compressées,
et la possibilité d'en brancher un deuxième. Une
monstrueuse imprimante à marguerite est aussi incluse,
qui fait en même temps office d'alimentation externe (ce
qui signifie que sans elle l'ADAM ne peut fonctionner
!). Peu après la sortie de la machine, un lecteur de
disquettes 5'' ¼ et un modem 300 bauds seront disponibles.
Fin 1983, juste avant la sortie officielle prévue pour
Noël, Coleco compte déjà 400.000 pré-commandes
pour l'ADAM, qui est vendu par correspondance au prix
de 600$ pour la version complète, et 400 $ pour le module
Colecovision (en France, l'ADAM coûte
environ 7800 francs, et du fait de sa parenté avec la
Colecovision on ne le trouve que dans les magasins
de jouets). Hélas, si les premiers mois de commercialisation
voient un certain effet de curiosité l'emporter, l'ADAM
tombe rapidement dans l'indifférence, et les ventes ne
dépasseront pas 100.000 exemplaires en dehors des pré-commandes.
L'ADAM est bourré de bugs logiciels, et provoque
un tel champ magnétique lors de sa mise en route que
toute cassette oubliée dans le lecteur se voit rendue
inutilisable ! 60 % des modèles vendus sont retournés
en garantie.
En
1984, alors que le marché du jeu vidéo domestique
est mourrant, la division électronique de Coleco accuse
258 millions de dollars de pertes. Le prix de l'ADAM
est baissé à 300$, mais rien n'y fait. C'est un
bide cinglant.
L'ADAM
et la Colecovision, ainsi que tous leurs produits dérivés,
sont abandonnés par Coleco début 1985. La société
Telegames en rachète les droits, et met en vente par
correspondance les stocks restants pour 40 $ la pièce,
avec un nouveau look et des joypads inspirés de ceux
de la Nintendo NES, sous le nom de Personal Arcade.
Les entrepôts où sont stockées les Personal
Arcade seront dévastés par une tornade en
1994.
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La
console Personal Arcade. |
Quant
à Coleco, la société fait finalement faillite
en 1988, après plus de 50 ans d'activité. Au total,
ce sont 6 millions de consoles vendues et 190 cartouches éditées
que Coleco peut mettre à l'actif de la Colecovision.
Une belle carrière, sabotée par l'effondrement
de tout un marché, celui des consoles de jeux après
l'abandon des VCS 2600 et 5200 par Atari.
Aujourd'hui, il reste les émulateurs pour nous rappeler
ce bon vieux temps, ainsi bien sûr que les conventions
retro-gaming, où la Coleco est systématiquement
présente du fait de ses ventes très correctes
sur vieux Continent entre 1983 et 1985.
Laurent
Ajout
de JPB (mars 2009)
La
première brochure publicitaire que j'ai trouvée
à l'époque. Images des cartouches américaines,
captures d'écran en fait redessinées (regardez
le screenshot pour Les
Schtroumpfs, rien à voir avec l'image réelle
du jeu !), pas de photo de l'ordinateur Adam
:
Voici
maintenant la brochure définitive, qu'on dénichait
dans tous les magasins qui vendaient la Coleco. Screenshots
réels cette fois, et on voit à quoi ressemble
l'Adam ! La
dernière rangée correspond au catalogue "spécial
nouveautés 1984" :
Le
test de la console dans le Tilt n° 5 de mai/juin 1983 :
Deux
des 3 pubs qu'on voyait dans les magazines, celles de Zaxxon
et de Turbo (manquent les
Schtroumpfs, introuvable, il faudrait retrouver
un vieux Pif Gadget mais lequel ?)
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JPB