Année
: 1984 Systèmes : CBS ColecoVision Éditeur : CBS / E.R.Burroughs Support : cartouche
Si
je vous demande de trouver le point commun entre ces noms :
Pitfall!,
Jungle King (ou Jungle Hunt,
c’est selon), vous me direz ?
Ils mettent en scène un personnage dans la jungle ? Bonne
réponse.
Ils font penser à Tarzan ? Excellent, c’est la
réponse que j’attendais. Rappelez-vous que dans
Pitfall!,
le héros pousse le cri de Tarzan (enfin, sur VCS
Atari, le cri est un peu heu, dénaturé, mais
on arrive à le reconnaître).
Ainsi,
des jeux s’étaient inspirés de Tarzan auparavant.
Cependant, il faut attendre 1984 pour que le personnage d’Edgar
Rice Burroughs entre en scène pour de bon dans le monde
des jeux vidéo. Problèmes de droits ? Peut-être...
La
boîte (USA).
Bref,
Tarzan débarque. Et pas sur n’importe quel support
: sur la Coleco. Dépaysement garanti ? On va
voir ça ensemble si vous le voulez bien.
OOOOIIIOOOIIIOOOOOOOOO
!! (cri de Tarzan)
Le
jeu se présente de façon standard : une suite
d’écran fixes dans lequel vous allez diriger le
seigneur de la jungle en personne. Le joystick de la console
sert à le déplacer dans toutes les directions,
le bouton gauche permet de sauter, le droit sert à boxer
un ennemi. Et pour l'entendre pousser son fameux cri, il faut
appuyer sur une des touches numérotées.
Au
début, quelque part dans la jungle.
Notez le score et la barre de vie en haut (je ne les montrerai
plus).
Qu’est
ce qui vous attend ? Vos amis, les grands singes, ont été
capturés. C’est pas la première fois d’ailleurs,
mais là le sort semble se liguer contre vous. Car cette
fois-ci, non seulement des chasseurs s’y mettent, mais
une vieille idole maléfique semble s’être
réveillée au fin fond de la jungle, et ses adorateurs
sont de la partie. Ils ont eux aussi mis la griffe sur vos amis
qui sont promis à un sort terrible…
Mais heureusement, vous êtes là, vous le seigneur
de la jungle, et vous allez tout arranger.
Ennemis
méchants mais Tarzan plus fort !
Vous
pensez bien que tout n’est pas rose dans la jungle. De
vieilles rivalités ont toujours cours. Certains animaux
qui ont déjà eu des démêlés
avec Tarzan en profitent pour lui mettre des bâtons dans
les roues. Trois d'entre eux peuvent être présents
à chaque écran.
Tarzan
voyage dans la jungle, à l'affût des dangers.
Bolgani,
c'est le gorille noir. Tout en muscles mais heureusement pas
très malin. Ce qu'il aime, c'est se précipiter
droit sur Tarzan et lui balancer un énorme pain dans
la tronche en grognant. Mais Tarzan, lui aussi, peut lui décrocher
un de ses directs dont il a le secret. Celui qui se fait boxer
par l'autre se retrouve étourdi, incapable de bouger
pendant quelques secondes. Si c'est Tarzan qui est touché,
il perd de l'énergie ; au contraire, si le gorille est
assommé, Tarzan récupère un peu de vie.
L'astuce c'est de boxer Bolgani pour récupérer
toute votre énergie, puis de le laisser en plan, parce
que c'est vrai, quoi, vous n'avez pas que ça à
faire !
Bolgani est tellement obnubilé par Tarzan qu'il peut
se jeter dans un piège. C'est toujours marrant de se
débarrasser de lui comme ça.
Gimla
est le crocodile présent dans les cours d'eau. Il nage
sans but, paresseusement, jusqu'à ce que Tarzan se mouille
les pieds et le reste. Alors, tel un missile, il fonce sur sa
proie et ouvre la gueule quand il arrive tout contre. Tarzan
ne peut pas lutter contre lui dans l'eau : Gimla le mord, Tarzan
perd de l'énergie et coule à pic. Heureusement,
il ne reste pas inanimé longtemps : reprenant conscience,
il crache l'eau de ses poumons et se met à nager comme
un forcené vers le rivage.
Il existe deux manières de se débarrasser de Gimla.
La première c'est la plus facile (si le crocodile se
rapproche suffisamment du rivage, il met souvent de la mauvaise
volonté) : lui sauter dessus. Le crocodile disparaît
alors dans une gerbe d'éclaboussures. La deuxième,
c'est après avoir été mordu par lui, de
réapparaître au même endroit. Ça arrive
mais c'est plus rare.
Histah,
c'est le serpent. Fourbe jusqu'au bout des écailles,
il se tapit dans la végétation, ne laissant apparaître
que ses deux yeux jaunâtres. Quand Tarzan passe près
de lui, il se détend comme un ressort et le mord. Tarzan
perd alors de l'énergie et est incapable de faire quoi
que ce soit pendant quelques instants pendant lesquels le vil
reptile rampe partout d'allégresse. Mais Tarzan peut
le mettre hors d'état de nuire en lui sautant dessus,
soit à l'avance en repérant ses yeux, soit une
fois que le serpent s'est dévoilé. Le timing est
assez délicat.
Les
yeux d'Histah brillent en bas à gauche, Bolgani
se prend un direct de Tarzan...
et Gimla nage paresseusement dans l'eau.
Des
pièges sont cachés un peu partout. Si Tarzan tombe
dans l'un d'eux, il perd un peu d'énergie, mais ça
ne va pas plus loin. Disons qu'ils ne sont pas très dangereux,
mais qu'ils sont pénibles.
Moi
Tarzan, toi Cheetah ?
Non,
ce n’est pas la guenon présente dans les films
avec Johnny Weissmuller qui vous accompagne au bout de quelques
écrans, mais le petit singe N’Kima. Au début
du jeu, vous êtes seul, car votre petit compagnon a lui
aussi été capturé par des chasseurs : il
est enfermé dans une cage tout en haut d'un mât,
au milieu de leur camp. Quand vous le trouvez, vous devez le
libérer de sa cage : quand vous aurez réussi à
affronter les humains armés de fusils, quand vous aurez
réussi à éviter les pièges cachés
autour du mât, quand vous aurez réussi à
grimper tout en haut et à forcer la cage, alors oui,
N’Kima vous suivra au péril de sa vie.
Tarzan
sauve N'Kima d'un terrible sort... et se défoule
sur le chasseur !
Enfin,
il ne peut pas lui arriver grand chose, c’est vrai : il
reste simplement au-dessous ou au-dessus de vous, vers le milieu
de l'écran, et ne vous quitte pas des yeux. N'kima est
bien utile lors de vos pérégrinations dans la
jungle : il est capable de vous prévenir quand vous vous
rapprochez d'un danger. Un piège, un serpent embusqué,
et aussitôt N'Kima s'arrête, lève les bras
et se met à pousser des cris stridents !
Cependant,
il existe une chose que N’Kima aime plus que Tarzan :
les bananes. C'est pour ça que je vous disais qu'il ne
vous quitte pas des yeux. Si par exemple, vous voyagez lestement
de liane en liane en haut de l'écran, et qu'il s'y trouve
des bananes, N'Kima qui vous regarde au-dessus de lui, se précipitera
droit sur elles et vous laissera vous débrouiller sans
lui. Pour éviter cette trahison il aurait fallu que vous
passiez sur le sol, N'Kima vous aurait regardé (en-dessous
de lui) et du coup n'aurait pas vu les bananes !
Bien évidemment, le principe inverse est aussi valable...
Vous pouvez toujours changer d'itinéraire... sauf quand
vous êtes au sol et qu'il n'y a pas moyen de remonter
à un arbre...
Des
bananes en haut...
...
ou en bas... Tarzan les évite.
Que
N'Kima accompagne Tarzan ou pas, n'a au final pas d'incidence
sur la mission et le jeu. Simplement, comme je le disais plus
haut, le petit singe est une bonne aide pour repérer
les pièges sournois.
Tarzan
fâché ! Idole lui prendre la tête !
À
trois occasions pendant son parcours, Tarzan aura la joie de
délivrer ses amis les grands singes. Une fois, il en
sauvera un qui est prisonnier d'un camp de chasseurs, tout comme
l'était N'Kima quelque temps plus tôt. Les deux
autres fois, il libèrera deux grands singes enfermés
dans des cages, suspendues au-dessus d'un petit étang,
et gardées par des fidèles de l'idole maléfique.
Ces adorateurs ont le même aspect que Bolgani, mais sont
de couleur claire.
Tarzan,
je le sais d'expérience, 'faut pas le gonfler : voir
les adorateurs de l'idole martyriser ses amis le met en rogne,
je vous raconte pas ! Il saute d'un bond sur la première
cage, colle un uppercut au premier ennemi - ce qui le fait basculer
dans l'étang - puis casse la serrure de la cage pour
que le grand singe puisse s'enfuir. Immédiatement, l'adrénaline
courant encore dans ses veines, il fait subir le même
sort au second adorateur (l'envoyant d'abord dans l'eau puis
dans le ventre de Gimla), libère son second compagnon,
et reprend la route vers l'idole qui commence sérieusement
à le courir.
Quoi
? Ça pas se passer comme ça !
Toi
prendre ça dans ta tronche !
Mais
ce n'est que du menu fretin. Au bout du parcours, au cœur
de la jungle, l'idole de pierre se dresse et rayonne de malfaisance.
Cinq degrés de pierre grise depuis le sol, avec des colonnes
brisées de chaque côté. Les quatre premiers
niveaux contiennent chacun une prison dans laquelle se morfond
un des grands singes... Et tout en haut, dominant ses adorateurs
et ses prisonniers, l'idole elle-même, masque de pierre
aux traits à la fois indifférents et maléfiques.
Tarzan
va devoir procéder par ordre. Tout d'abord, libérer
tous ses compagnons et en profiter pour mettre des raclées
aux adorateurs. Dès le sauvetage du premier grand singe,
l'idole se met à lancer des boules de feu depuis ses
yeux : Tarzan doit les éviter à tout prix. Et
il doit arriver à grimper ou descendre tous les niveaux
pour sauver tous ses amis.
L'idole
va lancer une boule de feu.
Là,
elle crache de la lave.
Une
fois que tous les grands singes se sont échappés,
l'idole manifeste sa colère en crachant de la lave par
la bouche... comme par hasard juste en face du seul accès
que Tarzan peut emprunter. Heureusement, elle s'arrête
quelques secondes entre deux coulées, et Tarzan doit
mettre à profit ce court laps de temps pour gravir le
dernier niveau. Une fois à l'abri de la lave, devant
la tête de l'idole, il n'a plus qu'à lancer son
fameux cri pour que la tête s'enfonce et disparaisse,
vaincue par le seigneur de la jungle.
Tarzan
être super jeu ! Mais tarzan avoir vieilli !
Et
on recommence, mais ça, je pense que vous vous en doutiez.
Que
dire au niveau technique ? Que comme d'habitude, visuellement
le jeu assure. Les décors sont composés de blocs
(arbres, rivières, lianes, buissons...) placés
différemment, ce qui fait qu'on les reconnaît bien
individuellement mais que leur assemblage présente parfois
de bonnes surprises. Selon la difficulté du jeu, il y
a plus ou moins d'écrans à traverser en tout (je
crois me rappeler qu'on en a une douzaine au niveau 1 et au
moins le double au niveau 4). Je me souviens d'avoir vu des
passages remplis d'eau sur trois écrans de suite, c'était
vraiment joli.
On ne sait pas quelle sera la configuration de l'écran
qui suit, à part bien sûr les écrans intermédiaires
avec les chasseurs et les adorateurs (on va les appeler boss
intermédiaires) qui sont standardisés. Cette grande
variété des décors, ainsi que les couleurs
parfaitement choisies, font que Tarzan est
une réussite graphique.
L'animation
des sprites est fluide, sans bugs particuliers. Des petits détails
sont bienvenus, comme l'eau éclaboussée derrière
Tarzan qui nage... Les mouvements des personnages sont bien
faits, sans qu'il y ait de quoi crier au génie, mais
Tarzan qui court n'a pas la démarche d'Obélix,
et donc de ce côté-là c'est réussi.
Et se balancer de liane en liane est un vrai plaisir !
Ah oui, un petit bug d'animation : quand Tarzan est à
l'écran des chasseurs, et que ceux-ci tirent au fusil,
il arrive fréquemment que la balle passe au-dessus de
lui mais qu'il soit touché quand même...
Tarzan
pousse son cri. L'idole disparaît.
Les
sons : la musique est sympa, mais vite lassante. Il y a trois
thèmes : les décors standards, les écrans
de boss intermédiaires, et l'écran de l'idole.
On peut heureusement couper la musique, et ne laisser que les
bruitages.
Ceux-ci sont très simples, mais les actions (taper, plonger...)
elles aussi sont simples.
La
jouabilité de Tarzan est excellente,
on s'amuse à parcourir les écrans et à
mettre des torgnoles au gorille.
Moins
répétitif que d'autres jeux de la même époque
(les Schtroumpfs
par exemple), on pouvait réellement passer des heures
à se balader dans la jungle mystérieuse sans se
lasser. On se prenait au jeu quand N'Kima voyageait avec Tarzan,
et que soudain on apercevait des bananes... trop tard, le petit
singe était déjà parti ! Quelle peste ce
bestiau !
Malgré
la qualité de sa réalisation et l'intérêt
du jeu, le succès de Tarzan fut difficile
à quantifier. De nos jours, on peut encore y prendre
plaisir le temps de quelques parties, mais sans plus, l'évolution
des technologies et des gens a fait son œuvre.... Rendez-vous
compte, ce jeu a déjà vingt ans... On faisait
de belles choses, il y a vingt ans... Mais ça ne nous
rajeunit pas !
Tarzan
fut testé :
- dans le Tilt n°16 d'Octobre 1984 (Tubes, 5/6).