Note
: je vais reprendre certaines des infos déjà écrites par Laurent dans
son article sur la Coleco... vu qu'il parle
lui aussi de l'Adam ! Donc ne vous étonnez pas si, par exemple, certains
chiffres vous rappellent quelque chose.
Par ailleurs, si vous cliquez sur la plupart des images de cette page,
vous ouvrirez une nouvelle fenêtre dans laquelle se trouvera une grande
version bien plus lisible.
L'Adam
prend vie : l'évolution des informations.
La
console ColecoVision, sortie en 1982 aux USA, est un véritable
succès grâce à ses performances graphiques et sonores. Au sujet d'un
ordinateur qui se baserait sur cette console, l'info filtre dès l'été
1983 au Consumer Electronics Show
de Chicago : 34 millions de dollars sont injectés pour son développement.
On sait également qu'il sera proposé en tant que version autonome,
ou en tant que module d'extension #3 pour la ColecoVision.
Du coup, en France, l'info est disponible dès le lancement de la console,
au cours de ce même été 1983 : sur les quelques dépliants américains
traduits, avec les photos des cartouches américaines et des images
un peu trafiquées (oui, j'insiste : les images d'écran des jeux sont
des dessins qui n'ont parfois rien à voir avec l'écran réel), on voit
un joli clavier transparent dessiné devant la console. Bref, au début
du moins, pas la moindre info valable. Même pas de nom. Le néant.
Évidemment,
on a cependant droit au discours habituel : l'ordinateur familial
est donc prévu pour "l'informatique à domicile" : programmation, "programmes
de formation à usage familial", bref le dépliant insiste sur les aspects
bénéfiques d'avoir un ordinateur chez soi ; à l'époque, il fallait
à tout prix montrer que les ordinateurs pouvaient servir à tout, y
compris les calculs matheux, les recettes de cuisine, le budget...
Chacun devait y trouver son compte, c'était le crédo de base.
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Le
premier dépliant publicitaire pour l'Adam.
Contrairement aux autres pages de ce dépliant où c'est la
console qui est transparente pour montrer le module additionnel,
ici c'est le clavier qui est transparent parce qu'il n'est
pas encore conçu... Vous imaginez un clavier de 32 touches
vous ?
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Quelques
semaines plus tard, avant Noël en tout cas, on obtient les nouveaux
dépliants, ceux qui tiennent dans la main et qui sont repliés un nombre
incalculable de fois. Dans ces brochures, tout est scrupuleusement
indiqué : la console elle-même bien entendu, chacun des jeux (avec
les images réelles correspondantes et un petit texte explicatif),
et les cinq modules d'extension.
Là
au moins, il y a une vraie photo de l'ordinateur (encore qu'il y ait
une petite incohérence, vous verrez ça sur la légende de l'image ci-dessous),
et on apprend son nom : Adam. On obtient de plus quelques infos
techniques de base, qui permettent de situer la machine parmi les
autres, car à l'époque, des ordinateurs, il y en a 40 différents sur
le marché ! On apprend ainsi que l'Adam a 80 Ko de mémoire,
un clavier de 75 touches au toucher professionnel (heureusement que
ce ne sont pas des touches gomme, quelle horreur pour bosser !), un
lecteur de cassettes, et une imprimante à marguerite. Trois programmes
sont fournis : un traitement de textes, un BASIC, et le jeu Super
Buck Rogers. C'est plus qu'alléchant ! Le prix n'est
pas indiqué, mais nul doute qu'il sera assez élevé.
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Le
second dépliant publicitaire pour l'Adam.
Si vous regardez bien la photo de l'Adam, le boîtier blanc
du lecteur de cassettes est en fait un module autonome,
qui n'a pas besoin de la console derrière lui. En effet,
on voit la trappe de la cartouche sur le dessus, à l'avant-droit,
et il est plus large que la console.
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Enfin,
au début de l'année 1984, les choses avancent concrètement : un nouveau
dépliant spécifique Adam est disponible dans les magasins,
et là on sait TOUT ce qu'il y a dans le ventre de la bête. Si vous
vous posez des questions sur les composants de la bête, regardez dans
le tableau bleu : tout est indiqué.
Cette
fois, on insiste sur les capacités de la machine, en décrivant spécifiquement
et de façon très détaillée chacun des éléments qui composent l'Adam.
Clavier, lecteur de cassettes, imprimante, logiciels et documentation
fournis, tout y passe dans le menu. Et pas d'histoires dans cette
publicité : les infos sont exactes, les photos bien nettes, le tableau
technique très complet : celui qui est intéressé par l'Adam
aura réellement tout ce qu'il faut pour se décider, et franchir le
pas.
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LE
dépliant spécial Adam. Il s'agit ici du module d'extension
#3 pour la console Coleco : remarquez que le lecteur
de cassettes, cette fois, est aussi large que la console,
et qu'il n'y a pas de trappe pour la cartouche sur le dessus
;
juste le bouton pour le Reset. |
Mais
jusqu'ici, tout n'était que publicité... et rien n'est plus subjectif
qu'une publicité, surtout faite par le constructeur de la machine,
vous ne me direz pas le contraire. Il faut un avis sérieux pour se
faire une idée précise de ce que vaut vraiment la bête. Le voici enfin
publié dans le Tilt n°13
de juin 1984, l’Adam y est dévoilé.
L'achat
de l'Adam : premières impressions avant la mise en route
Le
test de l'Adam dans le Tilt
achève de me convaincre, les caractéristiques de la machine me font
baver : il me le faut ! Un ordinateur qui fait traitement de textes,
avec une imprimante intégrée, et un basic cloné sur celui d’Apple,
que demande le peuple ? Eh
bien, un prix moins cher. Pratiquement 8500 F à l’époque sans
la console, ça fait bigrement réfléchir. En tout cas, pas question
d’avoir une machine à ce prix. Mes parents ne sont pas fous,
et même moi je l’avoue, je ne suis pas fou non plus.
À
Cannes, au cours de l'année 1984, je deviens copain avec un gars qui
habite dans ma résidence, et surprise ! qui a déjà acheté l’Adam.
Alors forcément, je m’intéresse, et je peux regarder un peu
mieux la bête. Deux constatations s’imposent immédiatement à
moi : la première, c’est hyper-méga-géant. La deuxième : qu’est-ce
que ça prend comme place ! L’ensemble tient tout juste sur un
gros bureau (oui, parce que les moniteurs, ça n’existe pas à
l’époque, il faut donc bien utiliser une télé en plus.) J'en
rêve. Mais c'est impossible : c'est encore trop cher malgré une baisse
de tarif (environ 7000 F vers la fin de l'année).
Et
puis, au début de l'année 1985, c'est le choc : pas assez de ventes
aux USA notamment (100 000 exemplaires en plus des pré-commandes),
une énorme perte financière de 258 millions de dollars que les ventes
du jeu Cabbage Patch Kids, un hit, n'arrivent pas
à combler : Coleco se sépare de tout ce qui touche de près ou de loin
à la ColecoVision et à l'Adam. Et du coup, les tarifs
s’effondrent. C’est le moment de foncer.
Pourquoi acheter une machine sur le déclin ?
Parce que de toute façon, les capacités sont au top pour l'époque,
et un bon traitement de textes comme ça, ça ne se trouvera pas sous
le sabot d’un cheval avant longtemps.
Donc, pour 3000 F (avec l'aide de mes parents), j’achète la
bête chez A.M.I.E. à Nice.
Et là les ennuis commencent.
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Une
publicité pour l'Adam dans le Tilt de novembre/décembre
1984. Le prix a déjà chuté.
|
Tout
d’abord, je mets plus d’un mois à enfin obtenir un Adam
qui fonctionne. Au grand dam de mon pauvre père qui, tous les samedi
matins, doit m’emmener à Nice pour échanger l’ordinateur.
Je revois encore la tronche d’un des vendeurs, dans ce petit
magasin d’un grand centre commercial, qui nous voyait arriver…
Il allait au fond du magasin, revenait en poussant une énorme boîte
et nous disait : « essayez donc celui-là ». Nous, on lui rendait l’ancienne
et on repartait chez nous à Cannes. Et là, ça ne marchait pas non
plus. À chaque fois, c’était une autre panne, je ne me souviens
d’ailleurs plus de ce que j’ai eu comme déboires, mais
une chose est claire : ça ne fonctionnait jamais correctement. Voire
pas du tout…
Ensuite, à force de faire des essais, ma pauvre console Coleco
finit par rendre l’âme. Le vendeur m’a plus tard refourgué
une des siennes, pas neuve, mais bon, elle fonctionnait quand même.
Du coup, au bout de nombreux allers-retours, je me retrouve enfin
avec une console moche et un Adam neuf, qui fonctionnent correctement.
C'est la joie. Surtout pour mon père, enfin libéré de ces trajets
pénibles. J'en profite pour le remercier de sa patience et de sa disponibilité,
il a vraiment été génial. En tout cas, la raison des pannes n'a jamais
été trouvée (et personne n'a vraiment cherché d'ailleurs). De toute
façon, vu la situation de Coleco, il est trop tard pour se plaindre,
vu qu'il n'y a plus de support ! J'ai encore eu de la chance que la
boutique ait suffisamment de machines en stock...
On
ne peut pas dire que jusqu'ici, j'ai été emballé par l'Adam
! Mais il est maintenant temps de regarder ce que la bête a dans le
ventre.
Le
déballage et l'installation des composants
Premier choc : le poids. Trimbaler tout l’ordinateur, dans son
gros carton avec poignée, c’est lourd. Pensez donc : il y a
l’imprimante, l’unité centrale et son lecteur de cassettes
ultra rapide, le clavier, plus les documentations et les cassettes...
tout ça prend de la place et pèse son poids. D’ailleurs, il
faut féliciter la qualité du carton employé : malgré tous les déménagements
successifs, la poignée n'a lâché qu'en 2007.
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 |
Le
carton (sur un lit deux places pour que vous vous fassiez
une idée de la taille), fermé pour que vous puissiez voir
l'apparence avec la poussière, et ouvert avec l'emplacement
des composants : le petit boîtier de cassette audio posé
au milieu du carton est un autre indicateur des dimensions
de l'ensemble...
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Deuxième
choc : l’installation. Comme je le disais plus haut, prévoir
un bureau vide et spacieux n’est pas du luxe, sachant que l’unité
centrale vient se greffer devant la console elle-même, ce qui augmente
encore la surface utilisée. N’oublions pas la télé pour pouvoir
travailler, dans mon cas elle était assez volumineuse (un petit écran,
mais une grosse télé autour).
Troisième
choc : les instructions de démarrage. Décidément, ce matériel est
assez à part. Imaginez que, une fois tout branché, la mise en route
se fait à l’arrière de l’imprimante : c’est déroutant
la première fois… Et puis, on précise bien de ne pas laisser
de cassette dans le lecteur lorsqu’on démarre. La réponse à
cette énigme viendra plus tard : il y a paraît-il un tel champ magnétique
généré à l’allumage de l’Adam, que les cassettes
pourraient tout bonnement être démagnétisées si on les laisse dans
le lecteur… Info ou intox ? En tout cas je n'ai jamais eu de
mauvaises surprises ce ce côté-là. Cette info est indiquée dans le
Wikipedia anglais sur l'Adam
(http://en.wikipedia.org/wiki/Coleco_Adam,
merci à Kimuji), voici ce qui est dit à ce sujet (j'ai traduit) :
Adam
génère une telle énergie électromagnétique au démarrage,
que cela pourrait effacer le contenu de tous les supports
amovibles laissés dans le lecteur ou posés à côté. Pire,
certains des manuels de Coleco demandaient à l'utilisateur
de mettre la cassette dans le lecteur avant de mettre l'ordinateur
en marche ; vraisemblablement ceux-ci ont été imprimés avant
que le problème ait été connu. |
Je
n'ai jamais laissé de cassette dans le lecteur quand j'allumais l'Adam...
Par contre il faut savoir que pour lancer le jeu ou le basic, il faut
mettre la cassette dans le lecteur et faire un reset de l'ensemble...
Je ne sais pas si ça génère le même champ magnétique qu'au démarrage
proprement dit, en tout cas aucune de mes cassettes n'a été effacée.
Aujourd'hui, plus de vingt ans après les avoir achetées, elles sont
toujours lisibles et les données sont toujours accessibles.
D’autres
surprises (plus ou moins bonnes) viennent peu à peu pimenter mon existence.
Par exemple, le fait que le clavier (très agréable à utiliser, il
faut le préciser) soit QWERTY à l'origine, ce qui bien sûr pose certains
problèmes : pour le BASIC en anglais, rien à redire, mais le traitement
de texte est lui en français et en AZERTY. Heureusement, des caches
autocollants sont prévus pour toutes les touches qui changent entre
les deux langues, et permettent de voir les deux possibilités. Indispensable.
Seulement, malgré tous mes efforts, je n’ai jamais réussi à
les coller tous correctement, et souvent dans le feu de l’action
de la frappe, je décollais certains d’entre eux…
En tout cas, si vous rencontrez un gars qui passe sans problèmes du
clavier QWERTY à l’AZERTY : soit il a bossé aux USA ou en Angleterre,
soit il a eu un Adam dans le temps ! ;-)
 |
 |
Et
voilà : tout est sorti, branché, relié, et ça prend de la
place. Et encore, la télé n'est pas sur la table.
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Bon,
une fois que tout est sorti, que les éléments sont reliés entre eux,
il faut passer à la suite.
Le
démarrage et le mode "machine à écrire"
Quand
on démarre l’Adam, c’est tout un monde qui prend
vie.
Le
contact à l’arrière de l’imprimante initialise tout l’ensemble.
La première chose qu’on entend, c’est le chariot de l’imprimante
qui se repositionne, bruyamment ; puis si on a mis le son de la télé,
un petit "ding dong" vient annoncer que le mode "machine à écrire"
est prêt. Wikipedia insiste
sur ce point et considère à juste titre que c'est un des problèmes
de l'Adam :
Puisque Coleco a pris la décision peu commune d'utiliser
l'imprimante pour fournir le courant à tout le système Adam,
si l'imprimante fonctionnait mal, tout le système ne fonctionnait
plus. |
C'est
vrai : l'interrupteur est derrière l'imprimante, donc si l'imprimante
était HS le reste ne démarrait plus. Le copain qui avait l'Adam
à Cannes en a fait la triste expérience : un de ses caniches a fait
pipi dans l'imprimante. Résultat : Adam foutu. Je ne sais pas
ce qu'il est advenu du caniche.
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L'écran
du traitement de textes.
|
Donc,
le mode "machine à écrire" permet d'imprimer directement sur l'imprimante,
comme si on se trouvait sur une machine à écrire électronique. Pour
basculer en mode "traitement de textes", il faut appuyer sur la touche
"Retour/TT". Il est ensuite impossible de rebasculer en mode "machine
à écrire" sans faire un reset de l'ensemble. Ceci aussi est décrit
comme un point noir par Wikipedia,
mais encore aujourd'hui, je n'ai pas encore compris quel est l'intérêt
d'un mode aussi rigide quand on a un traitement de texte aussi performant
(surtout à l'époque) disponible en appuyant sur une seule touche.
Je n'ai dû utiliser la machine à écrire qu'une fois : en découvrant
l'Adam.
Le
traitement de textes
L’écran
affiche une image qui rappelle le chariot de l’imprimante :
le texte se tape en blanc sur fond noir sur deux rangées (car il faut
savoir que l’écran est 40 colonnes tandis que l’imprimante
est 80 colonnes, il faut un peu de temps pour s’y faire) puis
passe en noir sur fond bleu, comme sur une feuille de papier, une
fois qu’on passe à la ligne suivante. Visuellement, l’effet
est tout à fait convaincant, on comprend parfaitement ce qui se passe.
Ensuite,
il faut commencer à taper quelque chose sur le clavier. Heureusement,
comme je l'ai déjà dit, celui-ci est de bien meilleure qualité que
certains de l’époque, comme les premiers Oric
ou les TO7 : les touches
sont de vraies touches, mécaniques, et pas en gomme ou en sensitif
pénibles.
 |
 |
Deux
vues du clavier de l'Adam, avec ses autocollants sur les
touches qui changent entre les claviers AZERTY et QWERTY,
tous deux indispensables pour utiliser pleinement l'ordinateur.
La couleur jaune (blanche à l'origine) est due au vieillissement
du plastique : ce n'est pas de la fumée de cigarette qui
est en cause...
|
Comme,
par défaut, c’est le traitement de texte qui démarre (enfin
à une touche près), on se retrouve vite en train d’écrire des
trucs sans suite, et on en arrive vite à écrire tout court : les 6
touches de fonctions deviennent vite indispensables, une fois qu’on
sait comment les utiliser. Ainsi de suite, sans forcer, on se retrouve
en train d’utiliser le traitement de textes le plus performant
de l’année 1984. Le fameux "insérer" cher à Stephen King dans
une de ses nouvelles prend toute sa valeur. L’écran indique
la moindre information utile. Le seul aspect délaissé est la correction
orthographique, ce qui n’est pas une vraie lacune, quand on
voit les limites de celle de Word
aujourd’hui.
Les
sauvegardes se font sur des cassettes tout ce qu’il y a de plus
banal. En fait, on peut utiliser des cassettes audio du commerce,
il faut "simplement" percer deux trous à l’arrière pour la fixation
dans le lecteur. Une interface très marrante, comme si on regardait
de vraies fiches cartonnées, permet d’enregistrer ses documents.
Encore une fois, tout a été pensé pour que les actions soient les
plus faciles à accomplir.
Pendant
qu'on parle du lecteur de cassettes, Wikipedia
annonce un fait que je ne connaissais pas :
Les
envois de départ aux clients ont connu un taux élevé de
lecteurs de cassettes défectueux, certains indiquent jusqu'à
50%. L'éjection d'une cassette tandis qu'elle tournait
détruisait habituellement le lecteur, car il y avait aucun
mécanisme de verrouillage et car la cassette (basée sur
une cassette audio standard) tournait extrêmement rapidement.
|
Je
pense avoir eu une version améliorée alors, parce que sur ma machine,
il est impossible d'ouvrir le compartiment cassette pendant qu'elle
tourne. En tout cas, il faut être crétin pour le faire, et vu le boucan
que fait la cassette en tournant à droite ou à gauche, il est impossible
de se tromper en pensant que le traitement est fini. Autre remarque
de Wikipedia :
Les
lecteurs de cassettes de l'Adam, bien que plus rapides
et d'une capacité plus élevée que les lecteurs de cassettes
audio utilisés pour les ordinateurs concurrents, étaient
moins fiables et quand même moins rapides que les lecteurs
de disquettes. Coleco a par la suite intégré une lecteur
de disques 5¼ de 160K.
|
Possible... Les lecteurs de disquettes étaient encore rares et très
chers à l'époque. En tout cas la plupart des micros utilisaient les
cassettes audio de magnétophone, et un lecteur type magnétophone également
: il fallait lire la cassette (en appuyant sur la touche PLAY) et
appuyer sur STOP au bon moment... L'Adam offrait des performances
de lecture tout de même bien meilleures. Je n'ai jamais vu d'Adam
avec lecteur de disquettes, ni avec le modem (deux extensions annoncées
au départ). Pour la fiabilité : je l'ai déjà fait remarquer plus haut,
mes cassettes sont toujours parfaitement utilisables, et elles ont
tourné, croyez-moi !
J'ai
tapé une quantité incommensurable de trucs avec ce traitement de textes.
L’imprimante, elle, apportait une grande qualité et de gros
inconvénients. Qualité ? Une imprimante à marguerite, ça donne une
frappe superbe, loin des premières 9 aiguilles qui fleurissaient à
l’époque. Inconvénient majeur : un bruit !! Une vraie mitraillette.
Il est hors de question de rester dans la pièce pendant l’impression
! Et l’autre inconvénient, c’est l’impossibilité
d’imprimer des images. Mais l’un dans l’autre, c’est
quand même du beau matériel.
Et
pendant qu'on parle de l'imprimante, apprenez qu'avec l'Adam
étaient livrées non pas une, mais deux marguerites : la première pour
le traitement de textes (avec les caractères français comprenant les
accents) et la seconde pour les listings du SmartBASIC (avec les caractères
anglais). Il fallait placer la bonne en fonction des besoins d'impression,
on le faisait soi-même : heureusement c'était très facile d'accès.
Le
SmartBASIC
Vient
le moment où il faut essayer de se lancer dans la programmation. Pour
cela, une manipulation est obligatoire : faire un reset de l’Adam,
avec la cassette du SmartBASIC insérée dans le lecteur. Là, c’est
la surprise. Le lecteur semble lire en vitesse rapide, ralentir, repartir,
sans arrêt, aller dans un sens, puis dans l’autre… Bref,
on est bien loin des lecteurs de cassette de l’époque. Tout
est rapide, automatique, et il faut bien le dire, un peu bruyant.
 |
 |
| Le
lecteur de cassettes, ouvert, avec l'emplacement pour pouvoir
en intégrer un second plus tard. On voit le bouton Reset au
premier plan, sur le boîtier.
|
L'imprimante
à marguerite, une frappe superbe mais un boucan d'enfer. J'avais
rajouté en Dymo, à l'avant, qu'il ne fallait pas laisser les
cassettes trop près d'elle.
|
Mais
la cassette finit par s’arrêter, et on se retrouve devant un
écran noir, le titre SmartBASIC est inscrit en haut, et une simple
invite en bas vous informe que tout est prêt. Il faut essayer. N’importe
quoi. Et ne pas oublier qu'on a basculé sur un clavier QWERTY.
"Bonjour"
renvoie immédiatement un message d’erreur. Rhalala, c’est
pas ça, je recommence.
"Print
Bonjour" affiche "Bonjour" à l’écran. Le pied !
De
fil en aiguille, je me mets à programmer en BASIC. J’avais été
très intéressé par le fait que le BASIC de l’Adam soit
compatible Applesoft, vu la quantité de programmes qui tournaient
sous ce langage (merci Hebdogiciel !). Peine perdue, en fait les instructions
sont similaires, mais les programmes pour Applesoft ne tournent pas
sous SmartBASIC. C’est la plus grosse déception que j’ai
eue jusque là.
Mes
programmes ne seront jamais vraiment fantastiques. J’ai toujours
eu la trouille de taper dans les PEEK et les POKE, alors je n’ai
jamais fait d’animations. Je me contentais de faire des images
(une galère ce truc, sans fonction de remplissage, il fallait faire
des boucles pour remplir ligne par ligne !) ou des questionnaires
simples. Le plus gros truc que j’ai fait, c’était un jeu
d’aventure dans le style du Mystère de Kikekankoi
paru à l’époque sur Oric.
Mêmes genres de graphismes, interface ultra simplifiée, mais rigolo
une ou deux fois. Tant qu’on n’est pas mort.
Encore
une fois, les sauvegardes se font sur les mêmes cassettes. Je crois
qu’il y en avait une ou deux livrées avec l’Adam,
et j’avais acheté les autres. Au moins 3 je me rappelle…
Wikipedia
trouve que le BASIC en cassette, non chargé en mémoire, est un autre
point noir de l'Adam :
| À
la différence d'autres ordinateurs personnels de l'époque,
Adam n'avait pas son langage BASIC stocké de manière permanente
dans la ROM. Au lieu de cela, il comportait un traitement
de texte intégré, SmartWriter, aussi bien que le noyau du
système d'exploitation (EOS) et le système d'exploitation
de 8K OS-7 ColecoVision. Le SmartBASIC était livré sur une
cassette de type audio au format Digital Data Pack. |
Effectivement,
on l'a vu : au lancement de l'Adam, c'est la machine à écrire
qui démarre. C'est un choix curieux mais pas si stupide, personnellement
j'étais bien content de pouvoir arriver sur le traitement de textes,
sans avoir à le charger au préalable.
Le
jeu, c'est quand même important !
Autre
grande innovation, les jeux pour Adam bénéficient de la RAM
supplémentaire du micro, à la place de celle de la console. Jeu livré
avec l’ordinateur : Super
Buck Rogers Planet of Zoom. Je connaissais bien ce jeu,
j’y jouais comme un fou en arcade, et je marquais mes initiales
loin devant les meilleurs. La version Adam est bien plus jolie
que celle sur console, et comporte au moins le double de stages. Elle
est loin de l’arcade, mais il ne faut pas être difficile.
Chose
amusante, il est possible d'enregistrer ses scores, qui sont sauvegardés
sur la cassette, et d'imprimer le tableau des 10 meilleurs joueurs
!
 |
 |
| La
frappe de l'imprimante. Rien à redire sur la qualité. Le chariot
imprimait dans les deux sens.
|
Une
vue d'une des deux marguerites utilisées par l'imprimante
de l'Adam, celle pour le Smart Basic.
|
D’autres
jeux sortent par la suite, principalement des adaptations améliorées
de titres parus auparavant sur cartouche (Donkey
Kong, Donkey Kong Jr., Zaxxon...)
avec le préfixe "Super", pour bien préciser que c’est la version
cassette. Je ne les ai hélas jamais vus tourner, mais contrairement
aux deux Donkey Kong
version Coleco en cartouche, qui ne comportent que
3 des 4 tableaux de la version arcade, les jeux sur cassette Adam
contiennent bien TOUS les tableaux originaux.
Hélas,
de nombreux programmes annoncés spécialement pour l'Adam ne
verront jamais le jour. Le dernier que j’ai vu passer, c’était
Dragon's Lair,
mais je n’y ai joué que quelques parties chez le gars dont je
vous parlais plus haut, avant que son Adam ne rende l’âme
suite à la bonne idée de son caniche.
En
dehors de ça, on peut évidemment faire tourner toutes les cartouches
de la Coleco. Pour ça, il faut tout éteindre, brancher la cartouche
à l'emplacement habituel sur la console, et rallumer l'Adam.
Rien de particulier à ce stade. Les modules additionnels, qui se branchaient
à l'avant de la console, se branchent désormais sur le côté du lecteur
de disquettes (puisque c'est ledit lecteur qui se branche à l'avant
de la console).
Conclusion
La Coleco
? Une super console qui enfonçait tout ce qui se faisait au moment
de sa sortie.
L'Adam
? Une machine de très bonne qualité pour l’époque. Un traitement
de texte fantastique, un BASIC assez moyen, et quelques jeux d’enfer
: voilà résumé de ce qu’apportait l’Adam au fou
qui arrivait à s’en payer un. Honnêtement, je ne regrette pas
du tout cet achat, j’ai appris à écrire au clavier et à rentrer
dans le monde de la programmation. Cet ordinateur, ainsi que le film
Tron,
m’a sans le moindre doute entraîné vers l’informatique,
ce monde dans lequel je travaille aujourd’hui.
 |
L'Adam,
tel qu'il était montré dans le Tilt n°6 de juillet/août
83 : une photo venant directement du CES de Chicago.
L'ordinateur n'est pas encore finalisé, notamment le lecteur
de cassettes.
|
Et
vous savez le plus beau ? Tout ce petit monde fonctionnait encore
parfaitement en 2007... On a tout rebranché lors du dernier déménagement
(c'est là que j'ai pris les photos que vous avez pu voir), et croyez-le
ou non, j'ai retrouvé tous les textes que j'avais écrits, et tous
les programmes que j'avais réalisés, encore sauvegardés sur les cassettes...
et la joie d'entendre l'imprimante mitrailler comme avant ! Un grand
moment de nostalgie et de rigolade !
JPB