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Adam
Parcours narré d'un point de vue aussi personnel et subjectif qu'affectueux de ce micro-ordinateur de Coleco tué dans l'œuf par ses problèmes matériels originels.
Par JPB (29 décembre 2008)

Note de l'auteur : je vais reprendre certaines des infos déjà écrites par Laurent dans son article sur la Coleco... vu qu'il parle lui aussi de l'Adam ! Par ailleurs, si vous cliquez sur la plupart des photos ou images de cette page, vous en ouvrirez une version plus grande dans une nouvelle fenêtre.

L'Adam prend vie : l'évolution des informations.

La console ColecoVision, sortie en 1982 aux USA, est un véritable succès grâce à ses performances graphiques et sonores. Au sujet d'un ordinateur qui se baserait sur cette console, l'info filtre dès l'été 1983 au Consumer Electronics Show de Chicago : 34 millions de dollars sont injectés pour son développement. On sait également qu'il sera proposé en tant que version autonome, ou en tant que module d'extension #3 pour la ColecoVision.
Du coup, en France, l'info est disponible dès le lancement de la console, au cours de ce même été 1983 : sur les quelques dépliants américains traduits, avec les photos des cartouches américaines et des images un peu trafiquées (oui, j'insiste : les images d'écran des jeux sont des dessins qui n'ont parfois rien à voir avec l'écran réel), on voit un joli clavier transparent dessiné devant la console. Bref, au début du moins, pas la moindre info valable. Même pas de nom. Le néant.

Évidemment, on a cependant droit au discours habituel : l'ordinateur familial est donc prévu pour "l'informatique à domicile" : programmation, "programmes de formation à usage familial", bref le dépliant insiste sur les aspects bénéfiques d'avoir un ordinateur chez soi ; à l'époque, il fallait à tout prix montrer que les ordinateurs pouvaient servir à tout, y compris les calculs matheux, les recettes de cuisine, le budget... Chacun devait y trouver son compte, c'était le crédo de base.

Le premier dépliant publicitaire pour l'Adam. Contrairement aux autres pages de ce dépliant où c'est la console qui est transparente pour montrer le module additionnel, ici c'est le clavier qui est transparent parce qu'il n'est pas encore conçu... Vous imaginez un clavier de 32 touches vous ?

Quelques semaines plus tard, avant Noël en tout cas, on obtient les nouveaux dépliants, ceux qui tiennent dans la main et qui sont repliés un nombre incalculable de fois. Dans ces brochures, tout est scrupuleusement indiqué : la console elle-même bien entendu, chacun des jeux (avec les images réelles correspondantes et un petit texte explicatif), et les cinq modules d'extension. Le dépliant complet est visible sur la page de la Coleco.

Là au moins, il y a une vraie photo de l'ordinateur (encore qu'il y ait une petite incohérence, vous verrez ça sur la légende de l'image ci-dessous), et on apprend son nom : Adam. On obtient de plus quelques infos techniques de base, qui permettent de situer la machine parmi les autres, car à l'époque, des ordinateurs, il y en a 40 différents sur le marché ! On apprend ainsi que l'Adam a 80 Ko de mémoire, un clavier de 75 touches au toucher professionnel (heureusement que ce ne sont pas des touches gomme, quelle horreur pour bosser !), un lecteur de cassettes, et une imprimante à marguerite. Trois programmes sont fournis : un traitement de textes intégré, un BASIC, et le jeu Super Buck Rogers. C'est plus qu'alléchant ! Le prix n'est pas indiqué, mais nul doute qu'il sera assez élevé.

Le second dépliant publicitaire pour l'Adam. Si vous regardez bien la photo de l'Adam, le boîtier blanc du lecteur de cassettes est en fait un module autonome, qui n'a pas besoin de la console derrière lui. En effet, on voit la trappe de la cartouche sur le dessus, à l'avant-droit, et il est plus large que la console.

Enfin, au début de l'année 1984, les choses avancent concrètement : un nouveau dépliant spécifique Adam est disponible dans les magasins, et là on sait TOUT ce qu'il y a dans le ventre de la bête. Si vous vous posez des questions sur les composants de la bête, regardez dans le tableau bleu : tout est indiqué.

Cette fois, on insiste sur les capacités de la machine, en décrivant spécifiquement et de façon très détaillée chacun des éléments qui composent l'Adam. Clavier, lecteur de cassettes, imprimante, logiciels et documentation fournis, tout y passe. Et pas d'histoires dans cette publicité : les infos sont exactes, les photos bien nettes, le tableau technique très complet : celui qui est intéressé par l'Adam aura réellement tout ce qu'il faut pour se décider, et franchir le pas.

LE dépliant spécial Adam. Il s'agit ici du module d'extension #3 pour la console Coleco : remarquez que le lecteur de cassettes, cette fois, est aussi large que la console, et qu'il n'y a pas de trappe pour la cartouche sur le dessus ; juste le bouton pour le Reset.

Mais jusqu'ici, tout n'était que publicité... et rien n'est plus subjectif qu'une publicité, surtout faite par le constructeur de la machine, vous ne me direz pas le contraire. Il faut un avis sérieux pour se faire une idée précise de ce que vaut vraiment la bête. Le voici enfin publié dans le Tilt n°13 de juin 1984, l'Adam y est dévoilé.

Le test dans le Tilt n° 13, et une des premières annonces de magasins pour acheter l'Adam : 9 700 F tout compris, avec la console !

L'achat de l'Adam : premières impressions avant la mise en route

Le test de l'Adam dans le Tilt achève de me convaincre, les caractéristiques de la machine me font baver : il me le faut ! Un ordinateur qui fait traitement de textes, avec une imprimante intégrée, et un basic cloné sur celui d'Apple, que demande le peuple ? Eh bien, un prix moins cher. Pratiquement 8 500 F à l'époque sans la console, ça fait bigrement réfléchir. En tout cas, pas question d'avoir une machine à ce prix. Mes parents ne sont pas fous, et même moi je l'avoue, je ne suis pas fou non plus.

À Cannes, au cours de l'année 1984, je deviens copain avec un gars qui habite dans ma résidence, et surprise ! qui a déjà acheté l'Adam. Alors forcément, je m'intéresse, et je peux regarder un peu mieux la bête. Deux constatations s'imposent immédiatement à moi : la première, c'est hyper-méga-géant. La deuxième : qu'est-ce que ça prend comme place ! L'ensemble tient tout juste sur un gros bureau (oui, parce que les moniteurs à écran plat, ça n'existe pas à l'époque : il faut donc bien utiliser une télé en plus.) J'en rêve ! Mais c'est impossible : c'est encore trop cher malgré une baisse de tarif (environ 7 000 F vers la fin de l'année).

Et puis, au début de l'année 1985, c'est le choc : pas assez de ventes aux USA notamment (100 000 exemplaires en plus des pré-commandes), une énorme perte financière de 258 millions de dollars que les ventes du jeu Cabbage Patch Kids, un hit, n'arrivent pas à combler : Coleco se sépare de tout ce qui touche de près ou de loin à la ColecoVision et à l'Adam. Et du coup, les tarifs s'effondrent. C'est le moment de foncer.
Pourquoi acheter une machine sur le déclin ?
Parce que de toute façon, les capacités sont au top pour l'époque, et un bon traitement de textes comme ça, ça ne se trouvera pas sous le sabot d'un cheval avant longtemps.
Donc, pour 3 000 F (avec l'aide de mes parents), j'achète la bête chez A.M.I.E. à Nice. Et là les ennuis commencent.

Une publicité pour l'Adam dans le Tilt de novembre/décembre 1984. Le prix a déjà chuté.

Tout d'abord, je mets plus d'un mois à enfin obtenir un Adam qui fonctionne. Au grand dam de mon pauvre père qui, tous les samedi matins, doit m'emmener à Nice pour échanger l'ordinateur. Je revois encore la tronche d'un des vendeurs, dans ce petit magasin d'un grand centre commercial, qui nous voyait arriver... Il allait au fond du magasin, revenait en poussant une énorme boîte et nous disait : « Essayez donc celui-là ! ». Nous, on lui rendait l'ancienne et on repartait chez nous à Cannes. Et là, ça ne marchait pas non plus. À chaque fois, c'était une autre panne, je ne me souviens d'ailleurs plus de ce que j'ai eu comme déboires, mais une chose est claire : ça ne fonctionnait jamais correctement. Voire pas du tout...

Ensuite, à force de faire des essais, ma pauvre console Coleco finit par rendre l'âme. Le vendeur m'a plus tard refourgué une des siennes, pas neuve, mais bon, elle fonctionnait quand même. Du coup, au bout de nombreux allers-retours, je me retrouve enfin avec une ColecoVision moche et un Adam neuf, qui fonctionnent correctement. C'est la joie - surtout pour mon père, enfin libéré de ces trajets pénibles. J'en profite pour le remercier de sa patience et de sa disponibilité, il a vraiment été génial ! En tout cas, la raison des pannes n'a jamais été trouvée (et personne n'a vraiment cherché d'ailleurs). De toute façon, vu la situation de Coleco, il était trop tard pour se plaindre, vu qu'il n'y avait plus de support ! J'ai encore eu de la chance que la boutique ait suffisamment de machines en stock...

On ne peut pas dire que jusqu'ici, j'ai été emballé par l'Adam ! Mais il est maintenant temps de regarder ce que la bête a dans le ventre.

Le déballage et l'installation des composants

Premier choc : le poids. Trimbaler tout l'ordinateur, dans son gros carton avec poignée, c'est lourd. Pensez donc : il y a l'imprimante, l'unité centrale et son lecteur de cassettes ultra rapide, le clavier, plus les documentations et les cassettes... tout ça prend de la place et pèse son poids. D'ailleurs, il faut féliciter la qualité du carton employé : malgré tous les déménagements successifs, la poignée n'a lâché qu'en 2007.

Le carton, fermé pour que vous puissiez voir le look, et ouvert avec l'emplacement des composants : le petit boîtier de cassette audio posé au milieu du carton est un indicateur des dimensions de l'ensemble...

Deuxième choc : l'installation. Comme je le disais plus haut, prévoir un bureau vide et spacieux n'est pas du luxe, sachant que l'unité centrale vient se greffer devant la console elle-même, ce qui augmente encore la surface utilisée. N'oublions pas la télé pour pouvoir travailler, dans mon cas elle était assez volumineuse (un petit écran, mais une grosse télé autour).

Troisième choc : les instructions de démarrage. Décidément, ce matériel est assez à part. Imaginez que, une fois tout branché, la mise en route se fait à l'arrière de l'imprimante : c'est déroutant la première fois... Et puis, on précise bien de ne pas laisser de cassette dans le lecteur lorsqu'on démarre. La réponse à cette énigme viendra plus tard : il y a paraît-il un tel champ magnétique généré à l'allumage de l'Adam, que les cassettes pourraient tout bonnement être démagnétisées si on les laisse dans le lecteur... Info ou intox ? En tout cas je n'ai jamais eu de mauvaises surprises ce ce côté-là. Cette info est indiquée dans le Wikipedia anglais sur l'Adam (http://en.wikipedia.org/wiki/Coleco_Adam, merci à Kimuji), voici ce qui est dit à ce sujet (j'ai traduit) :

Adam génère une telle énergie électromagnétique au démarrage, que cela pourrait effacer le contenu de tous les supports amovibles laissés dans le lecteur ou posés à côté. Pire, certains des manuels de Coleco demandaient à l'utilisateur de mettre la cassette dans le lecteur avant de mettre l'ordinateur en marche ; vraisemblablement ceux-ci ont été imprimés avant que le problème ait été connu.
On place d'abord la Coleco sur la plaque fournie, elle se bloque avec des clips en plastique. Ensuite, on glisse l'unité centrale de l'Adam pour qu'il y ait fixation avec la trappe d'extension de la console.

Je n'ai jamais laissé de cassette dans le lecteur quand j'allumais l'Adam... Par contre il faut savoir que pour lancer le jeu ou le SmartBASIC, il faut mettre la cassette dans le lecteur et faire un reset de l'ensemble... Je ne sais pas si ça génère le même champ magnétique qu'au démarrage proprement dit, en tout cas aucune de mes cassettes n'a été effacée. Aujourd'hui, plus de vingt ans après les avoir achetées, elles sont toujours lisibles et les données sont toujours accessibles.

D'autres surprises (plus ou moins bonnes) viennent peu à peu pimenter mon existence. Par exemple, le fait que le clavier (très agréable à utiliser, il faut le préciser) soit QWERTY à l'origine, ce qui bien sûr pose certains problèmes : pour le BASIC en anglais, rien à redire, mais le traitement de texte est lui en français et en AZERTY. Heureusement, des caches autocollants sont prévus pour toutes les touches qui changent entre les deux langues, et permettent de voir les deux possibilités. Indispensable. Seulement, malgré tous mes efforts, je n'ai jamais réussi à les coller tous correctement, et souvent dans le feu de l'action de la frappe, je décollais certains d'entre eux...
En tout cas, si vous rencontrez un gars qui passe sans problèmes du clavier QWERTY à l'AZERTY : soit il a bossé aux USA ou en Angleterre, soit il a eu un Adam dans le temps ! ;-)

Et voilà : tout est sorti, branché, relié, et ça prend de la place. Et encore, la télé n'est pas sur la table.

Bon, une fois que tout est sorti, que les éléments sont reliés entre eux, il faut passer à la suite.

Le démarrage et le mode "machine à écrire"

Quand on démarre l'Adam, c'est tout un monde qui prend vie.
Le contact à l'arrière de l'imprimante initialise tout l'ensemble. La première chose qu'on entend, c'est le chariot de l'imprimante qui se repositionne, bruyamment ; puis si on a mis le son de la télé, un petit "ding dong" vient annoncer que le mode "machine à écrire" est prêt. Wikipedia insiste sur ce point et considère à juste titre que c'est un des problèmes de l'Adam :

Puisque Coleco a pris la décision peu commune d'utiliser l'imprimante pour fournir le courant à tout le système Adam, si l'imprimante fonctionnait mal, tout le système ne fonctionnait plus.

C'est vrai : l'interrupteur est derrière l'imprimante, donc si l'imprimante était HS le reste ne démarrait plus. Le copain qui avait l'Adam à Cannes en a fait la triste expérience : un de ses caniches a fait pipi dans l'imprimante. Résultat : Adam foutu. Je ne sais pas ce qu'il est advenu du caniche.

L'imprimante, de face et de dos avec le bouton rouge ON/OFF.

Donc, le mode "machine à écrire" permet d'imprimer directement sur l'imprimante, comme si on se trouvait sur une machine à écrire électronique. Pour basculer en mode "traitement de textes", il faut appuyer sur la touche "Retour/TT". Il est ensuite impossible de rebasculer en mode "machine à écrire" sans faire un reset de l'ensemble. Ceci aussi est décrit comme un point noir par Wikipedia, mais encore aujourd'hui, je n'ai toujours pas compris quel est l'intérêt d'un mode aussi rigide quand on a un traitement de texte aussi performant (surtout à l'époque) disponible en appuyant sur une seule touche. Je n'ai dû utiliser la machine à écrire qu'une fois : en découvrant l'Adam.

Le traitement de textes

L'écran affiche une image qui rappelle le chariot de l'imprimante : le texte se tape en blanc sur fond noir sur deux rangées (car il faut savoir que l'écran est 40 colonnes tandis que l'imprimante est 80 colonnes, il faut un peu de temps pour s'y faire) puis passe en noir sur fond bleu, comme sur une feuille de papier, une fois qu'on passe à la ligne suivante. Visuellement, l'effet est tout à fait convaincant, on comprend parfaitement ce qui se passe.
Ensuite, il faut commencer à taper quelque chose sur le clavier. Heureusement, comme je l'ai déjà dit, celui-ci est de bien meilleure qualité que certains de l'époque, comme les premiers Oric ou les TO7 : les touches sont de vraies touches, mécaniques, et pas en gomme ou en sensitif pénibles.

Deux vues du clavier de l'Adam, avec ses autocollants sur les touches qui changent entre les claviers AZERTY et QWERTY, tous deux indispensables pour utiliser pleinement l'ordinateur. La couleur jaune (blanche à l'origine) est due au vieillissement du plastique : ce n'est pas de la fumée de cigarette qui est en cause...

Comme, par défaut, c'est le traitement de texte qui démarre (enfin à une touche près), on se retrouve vite en train d'écrire des trucs sans suite, et on en arrive vite à écrire tout court : les 6 touches de fonctions deviennent vite indispensables, une fois qu'on sait comment les utiliser. Ainsi de suite, sans forcer, on se retrouve en train d'utiliser le traitement de textes le plus performant de l'année 1984. Le fameux "insérer" cher à Stephen King dans une de ses nouvelles prend toute sa valeur. L'écran indique la moindre information utile. Le seul aspect délaissé est la correction orthographique, ce qui n'est pas une vraie lacune, quand on voit les limites de celle de Word aujourd'hui.

L'écran du traitement de textes, en émulation version américaine.

Les sauvegardes se font sur des cassettes tout ce qu'il y a de plus banal. En fait, on peut utiliser des cassettes audio du commerce, il faut "simplement" percer deux trous à l'arrière pour la fixation dans le lecteur (de toute façon, s'il n'y a pas les trous, on ne peut pas les insérer correctement). Une interface très marrante, comme si on regardait de vraies fiches cartonnées, permet d'enregistrer et de charger ses documents. Encore une fois, tout a été pensé pour que les actions soient les plus faciles à accomplir.

Pendant qu'on parle du lecteur de cassettes, Wikipedia annonce un fait que je ne connaissais pas :

Les envois de départ aux clients ont connu un taux élevé de lecteurs de cassettes défectueux, certains indiquent jusqu'à 50%. L'éjection d'une cassette tandis qu'elle tournait détruisait habituellement le lecteur, car il n'y avait aucun mécanisme de verrouillage et car la cassette (basée sur une cassette audio standard) tournait extrêmement rapidement.
Deux photos de la télévision, qui affiche le traitement de textes de mon Adam (version française). À gauche, l'écran de travail par défaut. À droite, l'écran de catalogues, pour charger un fichier depuis une cassette.

Je pense avoir eu une version améliorée alors, parce que sur ma machine, il est impossible d'ouvrir le compartiment cassette pendant qu'elle tourne. En tout cas, il faut être crétin pour le faire, et vu le boucan que fait la cassette en tournant à droite ou à gauche, il est impossible de se tromper en pensant que le traitement est fini. Autre remarque de Wikipedia :

Les lecteurs de cassettes de l'Adam, bien que plus rapides et d'une capacité plus élevée que les lecteurs de cassettes audio utilisés pour les ordinateurs concurrents, étaient moins fiables et quand même moins rapides que les lecteurs de disquettes. Coleco a par la suite intégré une lecteur de disques 5¼ de 160K.

Possible... Les lecteurs de disquettes étaient encore rares et très chers à l'époque. En tout cas la plupart des micros utilisaient les cassettes audio de magnétophone, et un lecteur type magnétophone également : il fallait lire la cassette (en appuyant sur la touche PLAY) et appuyer sur STOP au bon moment... L'Adam offrait des performances de lecture tout de même bien meilleures. Je n'ai jamais vu d'Adam avec lecteur de disquettes, ni avec le modem (deux extensions annoncées au départ). Pour la fiabilité : je l'ai déjà fait remarquer plus haut, mes cassettes sont toujours parfaitement utilisables, et elles ont tourné, croyez-moi !

Les deux cassettes fournies avec l'Adam : le SmartBasic, et Super Buck Rogers. Sur l'image de droite, on voit bien les deux trous percés en haut dans le plastique, de chaque côté de la cassette.

J'ai tapé une quantité incommensurable de trucs avec ce traitement de textes. L'imprimante, elle, apportait une grande qualité et de gros inconvénients. Qualité ? Une imprimante à marguerite, ça donne une frappe superbe, loin des premières 9 aiguilles qui fleurissaient à l'époque. Inconvénient majeur : un bruit !! Une vraie mitraillette. Il est hors de question de rester dans la pièce pendant l'impression ! Et l'autre inconvénient, c'est l'impossibilité d'imprimer des images. Mais l'un dans l'autre, c'est quand même du beau matériel.

Et pendant qu'on parle de l'imprimante, apprenez qu'avec l'Adam étaient livrées non pas une, mais deux marguerites : la première pour le traitement de textes (avec les caractères français comprenant les accents) et la seconde pour les listings du SmartBASIC (avec les caractères anglais). Il fallait placer la bonne en fonction des besoins d'impression, on le faisait soi-même : heureusement c'était très facile d'accès.

Le SmartBASIC

Vient le moment où il faut essayer de se lancer dans la programmation. Pour cela, une manipulation est obligatoire : faire un reset de l'Adam, avec la cassette du SmartBASIC insérée dans le lecteur. Là, c'est la surprise. Le lecteur semble lire en vitesse rapide, ralentir, repartir, sans arrêt, aller dans un sens, puis dans l'autre... Bref, on est bien loin des lecteurs de cassette de l'époque. Tout est rapide, automatique, et il faut bien le dire, un peu bruyant.

Le lecteur de cassettes, ouvert, avec l'emplacement pour pouvoir en intégrer un second plus tard.
L'imprimante à marguerite, une frappe superbe mais un boucan d'enfer. J'avais rajouté en Dymo, à l'avant, qu'il ne fallait pas laisser les cassettes trop près d'elle.

Mais la cassette finit par s'arrêter, et on se retrouve devant un écran noir, le titre SmartBASIC est inscrit en haut, et une simple invite en bas vous informe que tout est prêt. Il faut essayer. N'importe quoi. Et ne pas oublier qu'on a basculé sur un clavier QWERTY.
"Bonjour" renvoie immédiatement un message d'erreur. Rhalala, c'est pas ça, je recommence.
"Print Bonjour" affiche "Bonjour" à l'écran. Le pied !

De fil en aiguille, je me mets à programmer en BASIC. J'avais été très intéressé par le fait que le BASIC de l'Adam soit compatible Applesoft, vu la quantité de programmes qui tournaient sous ce langage (merci Hebdogiciel !). Peine perdue, en fait les instructions sont similaires, mais les programmes pour Applesoft ne tournent pas sous SmartBASIC. C'est la plus grosse déception que j'ai eue jusque là.

Mes programmes ne seront jamais vraiment fantastiques. J'ai toujours eu la trouille de taper dans les PEEK et les POKE, alors je n'ai jamais fait d'animations. Je me contentais de faire des images (une galère ce truc, sans fonction de remplissage, il fallait faire des boucles pour remplir ligne par ligne !) ou des questionnaires simples. Le plus gros truc que j'ai fait, c'était un jeu d'aventure dans le style du Mystère de Kikekankoi paru à l'époque sur Oric. Mêmes genres de graphismes, interface ultra simplifiée, mais rigolo une ou deux fois. Tant qu'on n'est pas mort.

Les entrailles de l'unité centrale et de l'imprimante.

Encore une fois, les sauvegardes se font sur les mêmes cassettes. Je crois qu'il y en avait une ou deux livrées avec l'Adam, et j'avais acheté les autres. Au moins 3 je me rappelle...

Wikipedia trouve que le BASIC en cassette, non chargé en mémoire, est un autre point noir de l'Adam :

À la différence d'autres ordinateurs personnels de l'époque, Adam n'avait pas son langage BASIC stocké de manière permanente dans la ROM. Au lieu de cela, il comportait un traitement de texte intégré, SmartWriter, aussi bien que le noyau du système d'exploitation (EOS) et le système d'exploitation de 8K OS-7 ColecoVision. Le SmartBASIC était livré sur une cassette de type audio au format Digital Data Pack.

Effectivement, on l'a vu : au lancement de l'Adam, c'est la machine à écrire qui démarre. C'est un choix curieux mais pas si stupide, personnellement j'étais bien content de pouvoir arriver sur le traitement de textes, sans avoir à le charger au préalable.

Le jeu, c'est quand même important !

Autre grande innovation, les jeux pour Adam bénéficient de la RAM supplémentaire du micro, à la place de celle de la console. Jeu livré avec l'ordinateur : Super Buck Rogers Planet of Zoom. Je connaissais bien ce jeu, j'y jouais comme un fou en arcade, et je marquais mes initiales loin devant les meilleurs. La version Adam est bien plus jolie que celle sur console, et comporte au moins le double de stages. Elle est loin de l'arcade, mais il ne faut pas être difficile.
Chose amusante, il est possible d'enregistrer ses scores, qui sont sauvegardés sur la cassette, et d'imprimer le tableau des 10 meilleurs joueurs !

La frappe de l'imprimante : rien à redire sur la qualité. Le chariot imprime dans les deux sens.
Une vue d'une des deux marguerites utilisées par l'imprimante de l'Adam, celle pour le Smart Basic.

D'autres jeux sortent par la suite, principalement des adaptations améliorées de titres parus auparavant sur cartouche (Donkey Kong, Donkey Kong Jr., Zaxxon...) avec le préfixe "Super", pour bien préciser que c'est la version cassette. Je ne les ai hélas jamais vus tourner, mais contrairement aux deux Donkey Kong version Coleco en cartouche, qui ne comportent que 3 des 4 tableaux de la version arcade, les jeux sur cassette Adam contiennent bien TOUS les tableaux originaux.

Hélas, de nombreux programmes annoncés spécialement pour l'Adam ne verront jamais le jour. Le dernier que j'ai vu passer, c'était Dragon's Lair, mais je n'y ai joué que quelques parties chez le gars dont je vous parlais plus haut, avant que son Adam ne rende l'âme suite à la bonne idée de son caniche.

En dehors de ça, on peut évidemment faire tourner toutes les cartouches de la Coleco. Pour cela, il faut tout éteindre, brancher la cartouche à l'emplacement habituel sur la console, et rallumer l'Adam. Rien de particulier à ce stade. Les modules additionnels, qui se branchaient à l'avant de la console, se branchent désormais sur le côté du lecteur de cassettes (puisque c'est ledit lecteur qui se branche à l'avant de la console).

Conclusion

La Coleco ? Une super console qui enfonçait tout ce qui se faisait au moment de sa sortie.

L'Adam ? Une machine de très bonne qualité pour l'époque. Un traitement de texte fantastique, un BASIC assez moyen, et quelques jeux d'enfer : voilà résumé de ce qu'apportait l'Adam au fou qui arrivait à s'en payer un. Honnêtement, je ne regrette pas du tout cet achat, j'ai appris à écrire au clavier et à rentrer dans le monde de la programmation. Cet ordinateur, ainsi que le film Tron, m'a sans le moindre doute entraîné vers l'informatique, ce monde dans lequel je travaille aujourd'hui.

L'Adam, tel qu'il était montré dans le Tilt n°6 de juillet/août 83 : une photo venant directement du CES de Chicago. L'ordinateur n'est pas encore finalisé, notamment le lecteur de cassettes.

Et vous savez le plus beau ? Tout ce petit monde fonctionnait encore parfaitement en 2007... On a tout rebranché lors du dernier déménagement, et croyez-le ou non, j'ai retrouvé tous les textes que j'avais écrits, et tous les programmes que j'avais réalisés, encore sauvegardés sur les cassettes... et la joie d'entendre l'imprimante mitrailler comme avant ! Un grand moment de nostalgie et de rigolade !

D'ailleurs, je ne résiste pas au plaisir de vous faire en faire profiter.
Voici le lien vers une vidéo Youtube que j'ai faite, qui vous permettra de voir une petite vidéo de 20 minutes, où vous pourrez profiter de tout ce qui faisait le charme de l'Adam.

JPB
(29 décembre 2008)
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