Année
: 1983 Systèmes : CBS ColecoVision Éditeur : Coleco Support : cartouche
Cannes,
1984. En plein dans la période où je joue comme
un dingue avec ma console ColecoVision. Ça fait
un petit bout de temps qu’un jeu me tente bien, mais vu
qu’il est bien plus cher que les autres, il faut une occasion
spéciale pour que je puisse l’acheter. Et
Noël approche : je peux mettre un peu d’argent de
côté pour me le payer, mes parents contribueront
à l’autre partie.
Ce
jeu, on le voit dans le dépliant depuis longtemps : c’est
Rocky. Et sa particularité, en plus
d’être super beau, c’est qu’il est fourni
avec deux énormes poignées qui remplacent les
joysticks traditionnels de la Coleco : les Super Controllers.
Mettant
en vedette : les Super Controllers
Avant
de parler du jeu proprement dit, faisons le point sur les manettes,
parce qu’elles sortent de l’ordinaire.
Sur
le principe des différences techniques avec les controllers
standard, on trouve 4 boutons de couleurs différentes
(appelés « gâchettes ») au lieu de
2, et une molette qui sert d’accélérateur
(je ne sais toujours pas exactement à quoi elle sert,
je n’ai pu l’utiliser que dans un jeu : Antarctic
Adventure). On trouve par contre toujours le clavier
numérique et ses 12 touches, en plastique cette fois,
sur le dessus des Super Controllers ; un petit cache fourni
avec le jeu vient se greffer pour rappeler les différentes
commandes.
Les
Super Controllers, et la pub qu'on trouvait dans Tilt (cliquez sur l'image pour
une version plus grande : 1220x1576, 465 Ko).
Au
niveau des différences de design, c’est le jour
et la nuit avec les anciennes manettes ! La prise en main est
super, on tient très bien l’ensemble par la poignée
centrale (derrière laquelle on met un doigt sur chacune
des gâchettes), et le champignon rouge sphérique
est bien plus agréable à manier que le joystick
proprement dit des manettes d’origine. Résultat,
en plus de leur petite ressemblance avec un gant de boxe, leur
ergonomie excellente leur a valu un succès bien mérité.
Seul
petit bémol : elles sont prévues pour être
tenues par la main gauche, et pour qu'on dirige le joystick
avec la droite (la courbure de la poignée ne laisse pas
de doute à ce sujet).
Les
Super Controllers seront obligatoires pour un autre jeu sur Coleco : Front Line.
L'œil
du tigre
Sorti
quelques mois plus tôt, le film Rocky
III –L’œil du Tigre raconte
le combat entre Rocky Balboa (Sylvester Stallone) et Clubber
Lang (Mr T.). Un grand succès, un grand film de la saga
Rocky, des morceaux musicaux qui ont fait le tour du monde (le
thème de Rocky Gonna Fly Now par Bill Conti,
et la chanson Eye of the Tiger du groupe Survivor),
bref : le phénomène Rocky est incontournable.
Quoi de mieux que de l’utiliser pour faire un super jeu
vidéo ?
Les
images de la boîte du jeu (je n'avais pas celle-ci,
mais la grosse boîte avec les Super Controllers dedans). Cliquez sur une des images
pour une version plus grande.
Et
voilà : CBS l’a fait.
Le
marketing n’a rien de spectaculaire : de nos jours, le
moindre blockbuster se voit traduit en jeu vidéo, souvent
de qualité médiocre – justement parce sa
base cinématographique a tellement de succès que
le jeu se vendra qu’il soit bien ou pas. Je trouve, avec
le recul, que la plupart du temps un jeu tiré d’un
film est assez moyen (le pire étant, je pense,
E.T. sur la console VCS Atari), mais on peut
trouver des petites perles (à la même époque,
Les Aventuriers de l'Arche Perdue sur la même
console). Rocky est donc sorti dans cette même
optique : est-ce une daube ou une réussite ?
Une
bonne claque (à défaut d'autre chose)
Noël
1984. Je déballe le gros carton (hé oui, les Super
Controllers prennent quand même pas mal de place !), je
les branche illico à la place des anciens joysticks,
je mets la cartouche, et hop : le jeu se lance.
Affichage
habituel Made in Coleco, rien de particulier.
L'intro
habituelle des jeux ColecoVision,
et les options bien plus fournies que d'habitude.
Écran
suivant : déjà plus de choix de jeu que les traditionnelles
options. On peut ainsi incarner Rocky ou Clubber Lang selon
4 niveaux de difficulté, jouer contre un autre humain
(en même temps ! chose inconnue jusqu'alors avec les jeux
sur Coleco), ou regarder une démo du jeu.
Je
choisis le premier niveau pour découvrir le jeu.
Et
là, la claque :
Pas
de doute : Stallone est bien reconnaissable.
J'avais
beau ne pas être un fan de Stallone, l'introduction du
jeu m'a tout de suite impressionné (il y a même
une reprise façon Coleco de Gonna Fly Now).
Mais... et le jeu lui-même ?
Un
jeu de boxe comme on n'en fait plus
L'écran
suivant met le joueur en place sur le ring. La cloche sonne,
annonçant le début du premier round de 60 secondes
(selon le niveau de difficulté, il peut y en avoir entre
3 et 15). En haut de l'écran, un panneau affiche le round,
un décompte du temps restant dans le round, et on trouve
deux indicateurs : celui d'éveil (qui vire du bleu au
noir) et celui de fatigue (qui vire du gris au rouge). J'y reviendrai
un peu plus tard.
À
gauche, Rocky. À droite, Clubber Lang. Au milieu, l'arbitre
qui ne reste jamais inactif et se déplace pour bien suivre
le match (et accessoirement être toujours visible à
l'écran).
Le
début du match.
Les
deux boxeurs seront toujours de leur côté, impossible
d'échanger les places.
Le
combat doit commencer : j'incline la manette vers la droite,
Rocky se dirige vers Clubber Lang. Les déplacements sont
très très lents, c'est assez surprenant d'ailleurs
: les deux personnages avancent par petites foulées,
à la même vitesse (pour le moment) jusqu'à
être en contact...
Pan
dans les dents !
Les
Super Controllers permettent un plus vaste éventail de
possibilités que si on jouait avec les manettes traditionnelles.
Ainsi, la gâchette jaune provoque un direct au visage,
ce qui fait baisser l'indicateur d'éveil (et à
terme entraîne l'inconscience). En appuyant sur la rouge,
le boxeur donne un coup au corps de son adversaire, ce qui fait
augmenter la fatigue (et à terme ralentit considérablement
la vitesse de déplacement). La gâchette mauve sert
pour se protéger la tête, et pour finir la bleue
fait que le boxeur se protège le corps en se baissant.
Pour
info, il est tout à fait possible de jouer à Rocky
avec les controllers standards, mais simplement on ne peut pas
utiliser les deux mouvements de protection.
Clubber
se protège le corps.
Corps
à corps entre les boxeurs.
Maintenant
que les coups sont connus, il faut se battre.
Étant
donné que mon adversaire a exactement les mêmes
mouvements que moi, ça va être à celui qui
est le plus rapide, le plus puissant, en un mot : le meilleur
!
« Merci
Stop Hémo ! »
Le
jeu est bien pensé pendant le combat, ce qui fait qu'on
s'amuse toujours. Si les coups pleuvent, on recule en se protégeant
le visage (si on se protège le corps on ne peut pas bouger).
Si l'adversaire baisse sa garde, on en profite et on lui cogne
dessus, au visage de préférence. Et puis hop,
on se garde, on attend de voir s'il contre-attaque, et on recommence.
Si
les deux boxeurs avancent l'un vers l'autre au contact mais
sans cogner, on en vient au corps à corps, et l'arbitre
les sépare.
Le
but du jeu est bien entendu de gagner aux points (comptés
round par round, puis additionnés pour connaître
le gagnant). Mais la vraie victoire, c'est le K.O. de l'adversaire.
Pour cela, il faut l'envoyer au tapis plusieurs fois, car on
se relève toujours de la première chute. Et la
meilleure manière pour le K.O. définitif, c'est
de bien l'épuiser en le bourrant de coups au corps. Ainsi,
sa vitesse diminue, et il est bien plus vulnérable lors
de la prochaine inconscience.
Il
faut donc gérer l'alternance de coups au visage et au
corps pour arriver à cet état de fait.
Rocky
à terre, l'arbitre compte.
Mais
Rocky n'est pas encore vaincu !
Entre
deux rounds (qui durent donc 60 secondes), le joueur peut essuyer
ses mains moites (ce dont je ne me prive pas) et regarder le
tableau des scores, qui indique qui a mené le round et
de combien.
Ensuite,
le match reprend. L'indicateur de fatigue est revenu au point
de départ, tandis que l'indicateur d'éveil n'est
pas entièrement remis à zéro. Nouveau coup
de gong, et les deux adversaires recommencent leur ballet. Bien
sûr, comme les rounds s'enchaînent, la fatigue augmente
et les réactions sont plus lentes. Plus le match dure
longtemps, plus le risque d'un K.O. augmente si un des boxeurs
s'écroule.
Rocky
place un coup à la tête...
...
et Clubber s'écroule !
Le
premier constat que j'ai de Rocky, c'est qu'il
est vraiment sympa !
Mais
à force de jouer, je constate une faiblesse du programme.
Les
coups ne peuvent porter que si Rocky est au-dessus de Clubber
Lang. Ce qui veut dire que, si Rocky se trouve en-dessous, aucun
des deux adversaires ne pourra toucher l'autre. Grosse lacune
qui gâche un peu le plaisir... Encore que l'ordinateur
n'en profite pas vraiment.
ADRIIIEEEEEENNE
!
La
victoire, comme je le disais plus haut, peut être acquise
par les points. Mais il est bien plus agréable de vaincre
par le K.O. de l'adversaire ! L'arbitre compte les dix secondes,
sous les cris de la foule, et comme le vaincu ne se relève
pas, il croise les bras... Victoire !
Notez
qu'il est bien moins amoché que dans le film.
Que
dire sur la réalisation du jeu ?
Graphiquement,
c'est très joli, le style est bien trouvé, les
deux personnages (et l'arbitre avec son petit nœud papillon)
sont parfaitement représentés. Bien sûr
il n'y a pas de décor, mais ce n'est pas le but principal.
L'animation
du jeu est sommaire, il n'y a que quelques sprites prévus
et donc c'est un peu diapo (notamment quand le joueur tombe
et se relève), mais les étapes sont bien dessinées,
et donc rien ne choque, bien au contraire.
Le
son est minimum : la cloche, le murmure ou les cris de la foule,
et le bruit des coups. Et bien sûr les petits passages
de Gonna Fly Now version Coleco, bien sympas.
Le
jeu est finalement très bien réalisé, si
on accepte les limitations de déplacement lent et le
petit bug de placement des adversaires. Les parties, surtout
à deux joueurs humains, sont très agréables.
Mais même contre la console, on passe de bons moments.
Tenir trois rounds c'est de la gnognotte une fois qu'on a pris
le pli, c'est bien plus intéressant de combattre sur
15 rounds !
À
l'époque, comme pour Turbo
et son volant quelques mois plus tôt, Rocky
a été un jeu porteur de la console ColecoVision.
Un hit, sans le moindre doute !
Rocky
fut testé :
- dans le Tilt n°16 d'Octobre 1984 (Tubes, 5/6).
Rocky
reçut les prix suivants :
- le Tilt d’Or 1985 de la Meilleure
Simulation de boxe.