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Rocky
Année : 1983
Système : Colecovision
Développeur : Coleco
Éditeur : Coleco
Genre : Action / Sport
Par JPB (02 septembre 2008)

Cannes, 1984. En plein dans la période où je joue comme un dingue avec ma console ColecoVision. Ça fait un petit bout de temps qu’un jeu me tente bien, mais vu qu’il est bien plus cher que les autres, il faut une occasion spéciale pour que je puisse l’acheter.
Et Noël approche : je peux mettre un peu d’argent de côté pour me le payer, mes parents contribueront à l’autre partie.
Ce jeu, on le voit dans le dépliant depuis longtemps : c’est Rocky.
Et sa particularité, en plus d’être super beau, c’est qu’il est fourni avec deux énormes poignées qui remplacent les joysticks traditionnels de la Coleco : les Super Controllers.

Mettant en vedette : les Super Controllers

Avant de parler du jeu proprement dit, faisons le point sur les manettes, parce qu’elles sortent de l’ordinaire.
Sur le principe des différences techniques avec les controllers standard, on trouve 4 boutons de couleurs différentes (appelés « gâchettes ») au lieu de 2, et une molette qui sert d’accélérateur (je ne sais toujours pas exactement à quoi elle sert, je n’ai pu l’utiliser que dans un jeu : Antarctic Adventure). On trouve par contre toujours le clavier numérique et ses 12 touches, en plastique cette fois, sur le dessus des Super Controllers ; un petit cache fourni avec le jeu vient se greffer pour rappeler les différentes commandes.

Les Super Controllers, et la pub qu'on trouvait dans le Tilt.
Cliquez sur l'image pour une version plus grande : 1220x1576, 465 Ko.

Au niveau des différences de design, c’est le jour et la nuit avec les anciennes manettes ! La prise en main est super, on tient très bien l’ensemble par la poignée centrale (derrière laquelle on met un doigt sur chacune des gâchettes), et le champignon rouge sphérique est bien plus agréable à manier que le joystick proprement dit des manettes d’origine. Résultat, en plus de leur petite ressemblance avec un gant de boxe, leur ergonomie excellente leur a valu un succès bien mérité.
Seul petit bémol : elles sont prévues pour être tenues par la main gauche, et pour qu'on dirige le joystick avec la droite (la courbure de la poignée ne laisse pas de doute à ce sujet).

Les Super Controllers seront obligatoires pour un autre jeu sur Coleco : Front Line.

L'œil du tigre

Sorti quelques mois plus tôt, le film Rocky III – l’œil du Tigre raconte le combat entre Rocky Balboa (Sylvester Stallone) et Clubber Lang (Mr T.). Un grand succès, un grand film de la saga Rocky, des morceaux musicaux qui ont fait le tour du monde (le thème de Rocky Gonna Fly Now par Bill Conti, et la chanson Eye of the Tiger du groupe Survivor), bref : le phénomène Rocky est incontournable. Quoi de mieux que de l’utiliser pour faire un super jeu vidéo ?

Les images de la boîte du jeu (je n'avais pas celle-ci, mais la grosse boîte avec les
Super Controllers dedans). Cliquez sur une des images pour une version plus grande.

Et voilà : CBS l’a fait.
Le marketing n’a rien de spectaculaire : de nos jours, le moindre blockbuster se voit traduit en jeu vidéo, souvent de qualité médiocre – justement parce sa base cinématographique a tellement de succès que le jeu se vendra qu’il soit bien ou pas. Je trouve, avec le recul, que la plupart du temps un jeu tiré d’un film est assez moyen (le pire étant, je pense, E.T. sur la console VCS Atari), mais on peut trouver des petites perles (à la même époque, Les Aventuriers de l'Arche Perdue sur la même console). Rocky est donc sorti dans cette même optique : est-ce une daube ou une réussite ?

Une bonne claque (à défaut d'autre chose)

Noël 1984. Je déballe le gros carton (hé oui, les Super Controllers prennent quand même pas mal de place !), je les branche illico à la place des anciens joysticks, je mets la cartouche, et hop : le jeu se lance.
Affichage habituel Made in Coleco, rien de particulier.

Les images de la boîte du jeu (je n'avais pas celle-ci, mais la grosse boîte avec les
Super Controllers dedans). Cliquez sur une des images pour une version plus grande.

Écran suivant : déjà plus de choix de jeu que les traditionnelles options. On peut ainsi incarner Rocky ou Clubber Lang selon 4 niveaux de difficulté, jouer contre un autre humain (en même temps ! chose inconnue jusqu'alors avec les jeux sur Coleco), ou regarder une démo du jeu.
Je choisis le premier niveau pour découvrir le jeu.
Et là, la claque :

Pas de doute : Stallone est bien reconnaissable.

J'avais beau ne pas être un fan de Stallone, l'introduction du jeu m'a tout de suite impressionné (il y a même une reprise façon Coleco de Gonna Fly Now). Mais... et le jeu lui-même ?

Un jeu de boxe comme on n'en fait plus

L'écran suivant met le joueur en place sur le ring. La cloche sonne, annonçant le début du premier round de 60 secondes (selon le niveau de difficulté, il peut y en avoir entre 3 et 15). En haut de l'écran, un panneau affiche le round, un décompte du temps restant dans le round, et on trouve deux indicateurs : celui d'éveil (qui vire du bleu au noir) et celui de fatigue (qui vire du gris au rouge). J'y reviendrai un peu plus tard.

À gauche, Rocky. À droite, Clubber Lang. Au milieu, l'arbitre qui ne reste jamais inactif et se déplace pour bien suivre le match (et accessoirement être toujours visible à l'écran).

Pas de doute : Stallone est bien reconnaissable.

Les deux boxeurs seront toujours de leur côté, impossible d'échanger les places.
Le combat doit commencer : j'incline la manette vers la droite, Rocky se dirige vers Clubber Lang. Les déplacements sont très très lents, c'est assez surprenant d'ailleurs : les deux personnages avancent par petites foulées, à la même vitesse (pour le moment) jusqu'à être en contact...

Pan dans les dents !

Les Super Controllers permettent un plus vaste éventail de possibilités que si on jouait avec les manettes traditionnelles. Ainsi, la gâchette jaune provoque un direct au visage, ce qui fait baisser l'indicateur d'éveil (et à terme entraîne l'inconscience). En appuyant sur la rouge, le boxeur donne un coup au corps de son adversaire, ce qui fait augmenter la fatigue (et à terme ralentit considérablement la vitesse de déplacement). La gâchette mauve sert pour se protéger la tête, et pour finir la bleue fait que le boxeur se protège le corps en se baissant.
Pour info, il est tout à fait possible de jouer à Rocky avec les controllers standards, mais simplement on ne peut pas utiliser les deux mouvements de protection.

Clubber se protège le corps.
Corps à corps entre les boxeurs.

Maintenant que les coups sont connus, il faut se battre.
Étant donné que mon adversaire a exactement les mêmes mouvements que moi, ça va être à celui qui est le plus rapide, le plus puissant, en un mot : le meilleur !

"Merci Stop Hémo !"

Le jeu est bien pensé pendant le combat, ce qui fait qu'on s'amuse toujours. Si les coups pleuvent, on recule en se protégeant le visage (si on se protège le corps on ne peut pas bouger). Si l'adversaire baisse sa garde, on en profite et on lui cogne dessus, au visage de préférence. Et puis hop, on se garde, on attend de voir s'il contre-attaque, et on recommence.
Si les deux boxeurs avancent l'un vers l'autre au contact mais sans cogner, on en vient au corps à corps, et l'arbitre les sépare.

Le but du jeu est bien entendu de gagner aux points (comptés round par round, puis additionnés pour connaître le gagnant). Mais la vraie victoire, c'est le K.O. de l'adversaire. Pour cela, il faut l'envoyer au tapis plusieurs fois, car on se relève toujours de la première chute. Et la meilleure manière pour le K.O. définitif, c'est de bien l'épuiser en le bourrant de coups au corps. Ainsi, sa vitesse diminue, et il est bien plus vulnérable lors de la prochaine inconscience.
Il faut donc gérer l'alternance de coups au visage et au corps pour arriver à cet état de fait.

Rocky à terre, l'arbitre compte.
Mais Rocky n'est pas encore vaincu !

Entre deux rounds (qui durent donc 60 secondes), le joueur peut essuyer ses mains moites (ce dont je ne me prive pas) et regarder le tableau des scores, qui indique qui a mené le round et de combien.
Ensuite, le match reprend. L'indicateur de fatigue est revenu au point de départ, tandis que l'indicateur d'éveil n'est pas entièrement remis à zéro. Nouveau coup de gong, et les deux adversaires recommencent leur ballet. Bien sûr, comme les rounds s'enchaînent, la fatigue augmente et les réactions sont plus lentes. Plus le match dure longtemps, plus le risque d'un K.O. augmente si un des boxeurs s'écroule.

Rocky place un coup à la tête...
... et Clubber s'écroule !

Le premier constat que j'ai de Rocky, c'est qu'il est vraiment sympa !
Mais à force de jouer, je constate une faiblesse du programme.
Les coups ne peuvent porter que si Rocky est au-dessus de Clubber Lang. Ce qui veut dire que, si Rocky se trouve en-dessous, aucun des deux adversaires ne pourra toucher l'autre. Grosse lacune qui gâche un peu le plaisir... Encore que l'ordinateur n'en profite pas vraiment.

ADRIIIEEEEEENNE !

La victoire, comme je le disais plus haut, peut être acquise par les points. Mais il est bien plus agréable de vaincre par le K.O. de l'adversaire! L'arbitre compte les dix secondes, sous les cris de la foule, et comme le vaincu ne se relève pas, il croise les bras... Victoire !

Notez qu'il est bien moins amoché que dans le film.

Que dire sur la réalisation du jeu ?

Graphiquement, c'est très joli, le style est bien trouvé, les deux personnages (et l'arbitre avec son petit nœud papillon) sont parfaitement représentés. Bien sûr il n'y a pas de décor, mais ce n'est pas le but principal.

L'animation du jeu est sommaire, il n'y a que quelques sprites prévus et donc c'est un peu diapo (notamment quand le joueur tombe et se relève), mais les étapes sont bien dessinées, et donc rien ne choque, bien au contraire.

Le son est minimum : la cloche, le murmure ou les cris de la foule, et le bruit des coups. Et bien sûr les petits passages de Gonna Fly Now version Coleco, bien sympas.

Le jeu est finalement très bien réalisé, si on accepte les limitations de déplacement lent et le petit bug de placement des adversaires. Les parties, surtout à deux joueurs humains, sont très agréables. Mais même contre la console, on passe de bons moments. Tenir trois rounds c'est de la gnognotte une fois qu'on a pris le pli, c'est bien plus intéressant de combattre sur 15 rounds !

À l'époque, comme pour Turbo et son volant quelques mois plus tôt, Rocky a été un jeu porteur de la console ColecoVision. Un hit, sans le moindre doute !

Rocky fut testé :
- dans le Tilt n°13 de Juin 1984 (Dossier, 6/6).

Rocky reçut les prix suivants :
- le Tilt d'Or 1985 de la Meilleure simulation de boxe.

JPB
(02 septembre 2008)
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