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Le
look "bois" de la VCS. Merci au site MO5.com. |
Atari
entre dans le monde des consoles de jeu en 1975, lorsque le premier
prototype de Stella est développé par Steve
Mayer et Ron Milner de Cyan Engineering (une compagnie à laquelle
Atari fait parfois appel en tant que consultant). Un autre prototype
plus performant sera ensuite développé par Joe DeCuir,
toujours chez Cyan, assisté de Jay
Miner (futur papa de l'Amiga),
puis encore revu au laboratoire Atari de Los Gatos. Rebaptisée
VCS (Video Computer System), cette console arrive dans les
boutiques pour Noël 1977. Elle est vendue avec le jeu Combat,
programmé par une partie des développeurs de Stella,
à savoir Larry Kaplan, Larry Wagner et Joe DeCuir. Combat
est à l'origine prévu pour être intégré
en ROM dans la console, mais finira par être vendu en cartouche.
La
console, mue par un microprocesseur Motorola 6507 à 1,19 Mhz,
est vendue 249,95$. Neuf cartouches sont lancées en même
temps. En raison du prix élevé des composants électroniques
à l'époque, Atari fait peu de marge sur la vente des
consoles, mais se rattrape sur les cartouches qui sont fabriquées
pour presque rien et vendues environ 40$ chacune. (Cette optique commerciale
est devenue depuis un standard sur le marché des consoles de
jeu, mais elle n'était pas volontaire dans le cas d'Atari et
de la VCS, c'est plutôt Nintendo qui en est le pionnier).
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Combat,
le premier jeu VCS. |
Pendant
les deux premières années de sa carrière, la
VCS a du mal à trouver son créneau sur le marché.
Atari perd des millions de dollars, entraînant dans sa chute
l'action de la Warner, dont l'entreprise fait alors partie. De gros
problèmes de production en chaîne se présentent,
certains composants sous-traités étant défectueux,
et l'ambiance zen très décontractée qui règne
à la direction d'Atari, instaurée en grande partie par
Nolan Bushnell, commence à irriter fortement le patron de la
Warner, Steve Ross. Sous pression du haut commandement, Bushnell démissionne
en 1978, et l'atmosphère de la compagnie change du tout au
tout. Les tenues pour le moins cool font place au costume-cravate,
voire à la blouse blanche dans les labos de développement,
et les heures d'arrivée et de départ des employés
sont maintenant surveillées. L'heure est au redressement. En
1978, grâce à une injection substantielle de cash de
la part de la Warner, Atari fabrique 800.000 unités VCS,
un stock plutôt optimiste.
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1978,
Nolan Bushnell quitte Atari
sans regret. |
Steve
Ross. |
Entre
1979 et 1980, 12 nouveaux jeux VCS sont lancés, mais
l'événement le plus important de cette période
pour Atari est la signature, pour la première fois, d'une licence
de conversion d'un jeu d'arcade. Space
Invaders, à l'origine lancé par les Japonais
de Taito et vendu aux USA par Midway pour
la version arcade, devient le bonus imparable de la VCS et
fait enfin décoller les ventes. Les gens n'attendaient que
cela, apparemment, pour acheter la console. La cartouche propose 112
modes de jeu différents (Atari n'hésite pas à
annoncer sur l'emballage "112 jeux pour VCS", ce qui est
pour le moins abusif), dont certains mettent le joueur face à
des aliens invisibles, des bunkers mouvants, ou permettent de jouer
à deux simultanément.
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Space
Invaders sur VCS. Une très bonne conversion. |
Le
jeu rapportera en tout près de 100 millions de dollars à
Atari, qui ne versera à l'auteur de la conversion, Rick Mauer,
que 11.000 $. Mauer n'a depuis jamais plus travaillé pour Atari...
Les deux années qui suivent, l'Atari VCS domine totalement
le marché des consoles de jeu. Son seul rival sérieux
est l'Intellivision
de Mattel. Plus de 25 millions de VCS sont vendues, rapportant
au total près de 5 milliards de dollars à Atari. Un
record.
Atari
est aussi un des premiers fabricants de jeux, au sens large du terme,
à passer outre la saisonnalité de ce marché.
Avec la VCS, c'est toute l'année que les jeunes américains
attendent des nouveaux jeux, et pas seulement pour Noël ou Thanks-giving.
Les magasins spécialisés dans les jouets, dopés
par les sorties incessantes de jeux VCS, en profitent pour
faire du chiffre sur tous leurs articles. Une brèche est ouverte,
qui ne se refermera jamais vraiment (la désaffection rencontrée
par Atari par la suite ne faisant qu'ouvrir le marché à
Nintendo qui prendra bien vite la relève). 120 millions de
cartouches au total seront vendues, et 55 consoles compatibles avec
les jeux Atari seront commercialisées par d'autre marques.
Atari, qui en 1978 était un boulet au pied de la Warner, se
retrouve en 1983 responsable de la moitié de ses profits.
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Phoenix
et Berzerk, deux autres bonnes conversions, sorties à
l'apogée de la VCS. |
En
dehors des jeux, l'Atari VCS est une plate-forme de développement
très prisée des créateurs d'accessoires et d'extensions
diverses visant à la transformer peu ou prou en micro-ordinateur.
Hélas, la plupart de ces modules resteront à l'état
de projet, à commencer par le kit My First Computer prévu
par Atari. Seul le Compumate (clavier + lecteur de cassettes), de
Spectravideo connaîtra les honneurs d'une commercialisation
en 1983, alors que la console est déjà en fin de carrière.
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Le
kit Spectravideo qui transforme la VCS
en micro-ordinateur. |
De
toutes les initiatives engendrées par le succès de la
VCS, la plus innovante et originale est celle de la compagnie Control
Video Corporation (CVC), avec son service Gameline. Ce service est
l'idée d'un visionnaire nommé William F.Von Meister,
patron de CVC, qui à déjà à son actif
l'invention de The Source, le premier service commercial on-line de
l'histoire, en 1979. Son idée est de proposer de jouer à
des jeux pour VCS en connexion par ligne téléphonique
au moyen d'un modem 1200 bauds et d'un programme de connexion stocké
sur une cartouche VCS standard. La cartouche et le modem sont vendus
49,95$, à peine plus cher qu'un jeu normal, auquel il faut
ajouter un abonnement de 15$ (paiement unique). Ensuite, le temps
de jeu est facturé 1 $ l'heure, quelque soit le jeu. Cela permet
de jouer sans cesse à des jeux différents pour un coût
attractif, et en plus le système s'avère fonctionner
plutôt bien d'un point de vue technique. CVC prévoit
même de proposer ultérieurement un service de courrier
électronique, de gestion de compte bancaire à distance
et un serveur de news. Hélas, le projet sera saboté
par d'innombrables problèmes de licences et de droits (notamment
avec Atari) qui empêcheront le service d'inclure les titres
majeurs du catalogue VCS, et Gameline sera rapidement fermé.
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Le
modem pour jouer sur Gameline. |
Cet
échec de CVC entraîne le départ de Von Meister,
qui parvient malgré son départ à imposer l'intégration
de ses amis Marc Seriff et Steve Case. En 1985, CVC change de nom
et s'appelle devient Quantum Computer Services. (QCS). QCS fera à
son tour faillite, et de ses cendres naîtra, monté par
des anciens de CVC, une compagnie nommée America On Line, qui
semble s'être souvenu des idées de Von Meister (bien
que celui-ci, mort d'un cancer en 1995 à l'âge de 53
ans, n'en ait guère profité). Ca, c'était pour
la petite histoire. Revenons à la VCS... En 1982, la VCS entame
la dernière partie de sa carrière. Atari tente de prolonger
celle-ci en compensant l'obsolescence technique flagrante de son produit
par un travail sur le design et l'emballage. Des systèmes de
contrôle de jeux sans fil ou par reconnaissance vocale sont
mis à l'étude, mais aucun ne dépasse le stade
de prototype.
C'est
en 1982 que la VCS est rebaptisée 2600, en
même temps que Pac-Man
remplace Space Invaders
en tant que jeu intégré. La console Colecovision est
arrivée sur le marché, et commence à faire de
l'ombre à la 2600. Il est temps d'agir vite, et la conversion
de Pac Man est visiblement bâclée pour cause de calendrier
de sortie. La version VCS du petit céphalopode jaune, qui est
en train d'envahir les esprits de la planète entière,
est un désastre. Mal réalisée (le programmeur
Tod Frye ne disposait que de 2Ko !), laide, elle ne respecte même
pas le minimum de fidélité à la version arcade,
Pac-Man s'y avérant incapable de tourner la tête vers
la haut ou le bas (il reste constamment en position horizontale, même
lors de déplacement verticaux). Menacé par la supériorité
technique indéniable du produit de Coleco, Atari se rattrape
avec la 5200, mais celle-ci arrive trop tard et ne connaît qu'une
distribution confidentielle.
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L'Atari
2600 de JPB (photo prise en 2011). Deux changements cosmétiques
avec la VCS : d'une part, finie l'imitation bois en façade
; et d'autre part, les deux leviers de difficulté pour
chaque joueur sont remplacés par des petits boutons à
l'arrière de la console (mais cette configuration a été
aussi vue sur des VCS).
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Un
autre phénomène fait du tort à la VCS
: les éditeurs tiers, apparus avec cette console. Si le premier
d'entre eux, Activision, réalise des jeux exceptionnels qui
dépassent souvent ce que développe Atari en interne
(H.E.R.O, Pitfall!, Starmaster,
Enduro...), d'autres, moins
scrupuleux, tâchent de surfer sur le succès de la console
pour faire du profit à court terme. Et Atari ne fait rien pour
les décourager, soucieux de pouvoir dire que sa console possède
la plus grosse ludothèque du monde. Un grand nombre de mauvais
jeux, vendus plus ou moins cher, vont ainsi s'accumuler dans le catalogue
VCS, au point de devenir difficiles à discerner des
productions valables. Quelques loupés regrettables de la part
d'Atari vont même noircir le tableau, notamment le tristement
célèbre E.T..
Lors du lancement de la NES
en 1983, Nintendo retiendra la leçon, se garantissant un contrôle
total sur les jeux produits par des éditeurs tiers, afin d'éviter
toute dérive.
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H.E.R.O
et Pitfall! |
Son
vieillissement technique (qui arrive notamment en Europe 5 ans après
la conception de son hardware), ajouté à cette qualité
en dent de scie des jeux vont peu à peu donner à la
VCS l'image d'une console dont l'acheteur ne doit pas craindre
de se faire posséder de temps en temps. Nombreux sont ses anciens
possesseurs qui peuvent témoigner de très mauvaises
surprises en lançant pour la première fois un jeu...
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E.T.
: injouable. |
L'horrible
conversion de Pac Man. |
Lorsqu'à
l'été 1984, Jack Tramiel, ex-patron de Commodore arrive
chez Atari, une de ses première actions est de remodeler la
2600 en petit format, et de la vendre 50$ sous le nom de
2600 Junior. Cette bonne idée donnera un sursis à
la VCS, qui sera produite jusqu'en 1991, établissant
un record de longévité, pour un système de jeu
domestique, encore invaincu.
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La
VCS Jr, dernier avatar voulu par Jack Tramiel. |
La
contribution de l'Atari VCS à l'histoire du jeu vidéo
ne doit pas être sous-estimée, même si aujourd'hui
on peut jeter un œil méprisant aux graphismes cubiques hideux
qu'elle nous a d'une certaine manière imposés pendant
longtemps comme un standard, alors que la concurrence proposait mieux.
C'est
à la VCS que l'on doit l'éclosion de talents
de la création de jeux vidéo, comme notamment David
Crane, Allan Miller, Bob Whitehead et Larry Kaplan qui, lassés
du manque de reconnaissance chez Atari, partiront former Activision.
Les limitations de la machine ont dans un sens forcé ces génies
à se dépasser pour aller au delà du son et de
l'image, et créer des concepts de jeux nouveaux et passionnants.
Aujourd'hui, la création et le succès d'un jeu vidéo
ne sont qu'affaire de surenchère de spectacle, de 3D, de technologie,
voire tout simplement d'argent (les coûts de développement,
d'ampleur hollywoodienne, et l'argent de l'utilisateur qui change
de carte vidéo à chaque nouveau hit sur PC
ou achète régulièrement une nouvelle console).
À l'époque de la VCS il en était autrement,
et le fossé entre créateurs et businessmen était
encore large.
Et
puis j'en avais une, moi, de VCS, et je m'éclatais bien avec.
Laurent
Ajout
de JPB (juillet 2011)
J'ai
déniché dans mes souvenirs un vieux catalogue de jeux
pour la console Atari 2600. Il manque 3 pages et certaines illustrations,
parce que je m'en étais servi dans des fiches (je les avais
découpées). Cependant, les 3 pages concernent le sommaire
du catalogue, et les quelques images manquantes ne sont pas très
problématiques. Voici donc ce catalogue, si vous cliquez sur
chaque image vous en aurez une version plus grande :
Par
ailleurs, j'ai déniché quelques vieilles pubs qu'on
trouvait dans les Tilt de l'époque. Les premières
vendent un seul jeu, puis les publicités sont systématiquement
conçues pour présenter deux jeux avec un thème
commun. Vous y verrez aussi une pub pour Enduro,
quelques jeux Activision, et quelques hits de Parker. Là aussi,
si vous cliquez sur une des images, vous accèderez à
une version plus grande.
JPB