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Coca-Cola Kid
Année : 1994
Système : Game Gear
Développeur : Aspect
Éditeur : Sega
Genre : Plate-forme
Par Sebinjapan (20 février 2012)

On se retrouve après une page de publicité ...

La publicité dans les jeux vidéo, ce n'est pas nouveau. Elle s'est manifestée bien des fois sous des formes diverses : une marque qui apparaît au détour d'un décor dans un jeu lambda, ou bien un soft dont le concept est fondé autour de la promotion d'un produit. Il y a aussi des jeux "normaux" qui sont récupérés et modifiés graphiquement pour servir de support publicitaire.

On peut ainsi citer parmi les plus connus le sympathique Zool sur Amiga avec ses sucette Chupa Chups dans le décor. Autres exemples de "placement-produit" dans un jeu vidéo : les biscuits Penguin dans la version UK de Robocod ou encore les biscuits apéritifs Quavers dans Pushover. Il s'agit là d'exemples de jeux qui accueillent une marque sans que celle-ci soit pour autant au coeur du concept de ce dernier.
Dans cette seconde catégorie, et à l'autre bout du monde, il y l'obscur Motoko-chan no Wonder Kitchen ce jeu Super Famicom offert en cadeau aux acheteurs de la mayonnaise de la marque Ajinomoto, et qui est conçu pour faire l'apologie du produit en question. Plus près de nous mais non moins exotique, citons le jeu danois Guldkorn Expressen dans lequel on joue au petit train avec des céréales.

Et puis ça prend parfois des proportions étonnantes avec par exemple The Mission, un jeu Playstation adapté d'une publicité pour des chaussures de sport Nike ! En parlant de chaussures de sport, Adidas avait également prêté son nom au formidable Beach Volley sur micro-ordinateurs 16-bits ... mais pas partout, certaines versions s'appelant Ocean Beach Volley, et d'autres Adidas Beach Volley.
Enfin, vous vous souvenez certainement de l'incursion de la chaîne de fast-food Mc Donald dans deux jeux de plateforme sympathiques : Mc Donald Land et Global Gladiators.

Quelques exemples de jeux intégrant à des degrés divers de la publicité : Zool sur Amiga, Motoko chan no Wonder Kitchen sur Super Famicom, The Mission sur Playstation et Mc Donald Land sur Amiga.

Parfois, même de grandes stars vidéo-ludiques parfaitement établies se mettent au service de la publicité. Ainsi Mario a-t-il vu l'une de ses plus célèbres aventures modifiée afin de servir de vitrine à l'émission de radio japonaise "All Night Nippon", où l'on pouvait entendre entre autres le fameux Takeshi Kitano. Des caricatures des animateurs viennent en effet remplacer certains ennemis dans cette version très rare de Super Mario Bros, appelée All Night Nippon All Star Super Mario Bros.

À gauche le niveau 1-2 de Super Mario Bros, et à droite ce même niveau dans All Night Nippon All Star Super Mario Bros, une cartouche publicitaire sponsorisée par une célèbre émission de radio japonaise.

Au moins aussi connue partout sur la planète que Nintendo ou Mc Donald, la marque Coca-Cola s'est également lancée dans le jeu vidéo en association avec Sega. Malheureusement, le fruit de ce mariage n'a pas dépassé les frontières du Japon, et c'est là une grande injustice pour les collectionneurs et fans occidentaux des deux marques.
C'est ainsi que naquit une édition spéciale de la console portable de Sega, la Game Gear, qui était vendue accompagnée d'un jeu de plateforme étonnant et méconnu dans nos contrées : Coca-Cola Kid.

Cette sensation s'appelle Coca-Cola Kid.

Que faites-vous habituellement lorsque votre enseignante se fait enlever sous vos yeux par un dangereux psychopate ? Vous profitez d'un jour de vacances inespéré et allez boire des bières au troquet avec vos camarades ? Moi aussi. Mais pas le Coca-Cola Kid. Déjà parce qu'il ne boit pas de bière, le Coca-Cola Kid, hein ! Et surtout parce que c'est un brave garçon qui défend les valeurs de l'école et ne compte pas laisser le mal impuni ! Et sa prof est quand même sacrément mignonne, ça doit jouer aussi ...

Deux images tirées de l'intro du jeu.

Voici ainsi le préambule de ce jeu de plateforme typique de l'école japonaise sur 8 et 16-bits. Le Coca-Cola Kid, c'est vous qui l'incarnez, et c'est son destin qui se trouve entre vos mains. Ou du moins qui se trouve dans la Game Gear qui se trouve entre vos mains. Il faudra donc guider le jeune héros à casquette jusqu'à la fin de chaque niveau avant la fin du temps imparti. Le jeu est en fait découpé en plusieurs zones, elles-mêmes divisées en 3 niveaux : deux niveaux classiques et un 3ème qui constitue un affrontement contre un boss. Le modèle Shinobi en somme. Les endroits à traverser sont des environnements urbains, le type de décors que j'aime personnellement beaucoup retrouver dans un jeu de plateforme et qu'on ne rencontre finalement pas tant que ça (parmi ceux qui sont réussis, la série de Hammerin Harry et le sympathique Soccer Kid me viennent à l'esprit).

Quand les bulles lui montent à la tête, le CC Kid se met à escalader les cabines téléphoniques.
Baston en plein centre-ville.

Le Coca-Cola Kid a quelques points communs avec JPP ... Vous vous souvenez de JPP dans les Guignols ? Ce sympathique footballeur qui sifflait les bouteilles de "Cacolac" et était fan de films de kung-fu ? Bin le CC Kid, c'est pareil : en plus de picoler des litres de sa boisson préférée, qui se trouve dans le jeu sous forme de bonus gonflant le score et redonnant de l'énergie, il est aussi accro aux arts martiaux. C'est en tout cas ce qu'on est en droit de penser en le voyant frapper ses ennemis avec un superbe coup de pied circulaire sauté que ne désapprouverait pas Chuck Norris. Et ce n'est pas son seul recours face aux délinquants, boxeurs corrompus et autres ninjas qui se dressent sur sa route. Il peut également effectuer une glissade (bas + bouton de saut) et concentrer son énergie intérieure (sans aucun doute le fruit d'une remontée de bulles dans son estomac ...) et se précipiter sur ses ennemis en étant entouré d'un halo de lumière (bas + bouton d'attaque à maintenir appuyé). À noter que cette seconde attaque voit le le héros se déplacer droit devant lui à vive allure pendant plusieurs secondes, c'est un peu l'équivalent du spin-dash de Sonic (ce qui n'est pas innocent comme nous le verrons plus tard). Attention cependant à ne pas tomber dans un trou sans fond ! Enfin, un bonus spécifique, souvent bien caché, donne accès à une arme de jet : un frisbee qui permet de se débarrasser facilement de certains ennemis qu'il peut être dangereux d'approcher de trop près.

Tacle glissé dans les tibias du ninja !
En maintenant "bas + attaque", on se précipite en avant entouré d'un halo de lumière. Bien pratique pour casser les murs et découvrir des passages secrets.

En plus de ces attaques explosives, notre héros fait également preuve d'une grande agilité. Il peut sauter et s'abaisser bien sûr, mais également s'accrocher à certains éléments de décor pour les escalader, et glisser le long des murs ou s'appuyer sur ces derniers pour sauter dans la direction opposée, et ainsi effectuer des "wall-jump" à la manière de Megaman X. Il peut également monter et descendre des escaliers, mais avouez que c'est déjà nettement impressionnant, moi aussi je peux le faire, quoique ça peut devenir délicat si j'ai bu autre chose que du coca ...

Le héros glisse le long du mur et se prépare pour un "wall-jump".
Le distributeur de fin de zones pour s'acheter des vies en plus ou un frisbee.

Le level-design de Coca-Cola Kid n'est pas d'une originalité folle mais il est tout à fait efficace. Plusieurs chemins sont possibles pour arriver au bout d'un niveau, disposés de façon à exploiter la "verticalité" de l'architecture des lieux. Comme dans Sonic. D'ailleurs, certains niveaux laissent le choix au joueur entre courir le plus vite possible vers son but, ou bien s'attarder en hauteur ou dans les sous-sols en quête de précieux bonus comme de l'énergie (des canettes de coca), des points, des vies supplémentaires, le précieux frisbee ou bien des pièces de monnaie. Ces dernières s'accumulent et permettent à la fin de chaque zone d'acheter des items dans un distributeur. Il y a des "continue" pour continuer sa partie si jamais on perd toutes ses vies, de l'énergie qui s'ajoute aux 3 barres dont dispose le héros au début du jeu (on peut donc se faire toucher 3 fois avant de perdre une vie par défaut), et enfin un frisbee. Mais attention, on perd ce dernier au premier contact avec un ennemi.

Comme dans tout bon jeu de plateforme proposant un mimimum d'exploration, des passages secrets sont présents. D'ailleurs Sega a eu la main lourde de ce côté-là : il y a autant de passages secrets dans Coca-Cola Kid que de calories dans la boisson du même nom. C'est quasiment un mur sur deux qui est destructible et qui mène à une zone disposant d'encore plus de chemins cachés !

En vous laissant tomber dans ce "trou", qui se révèle suite à une plateforme qui s'est écroulée, vous parviendrez à des zones secrètes.
Une virée en skateboard qui va filer à 100 à l'heure.

Et comme tout bon héros de jeu de plateforme portant une casquette, le CC Kid dispose également d'un skateboard ! Comme dans Adventure Island/Takahashi Meijin! Oui, je cite la "copie" Takahashi Meijin, et non l'original Wonderboy car ce dernier ne porte pas de casquette ... Mais lui il mange 5 fruits et légumes par jour (enfin, surtout des fruits) au lieu de s'empiffrer de soda calorique. Ce qui lui permet d'exposer sans honte son corps d'athlète alors que le CC Kid doit cacher son obésité naissance sous ses fringues de d'jeuns ! Si si.
Mais je m'égare ... Le skateboard donc, il se trouve à certains endroits des niveaux et permet de se déplacer encore plus vite et d'éliminer certains ennemis. En revanche, on le perd si on est touché ou que l'on heurte une partie du décor. Entre nous, cette addition ne sert pas à grand chose. Mais quand on est ado, qu'on boit du coca et qu'on porte une casquette à l'envers, on se doit d'avoir un skateboard, non mais !

Les niveaux :

La première zone est "Downtown" avec ses boxeurs en slip, ses sosies de Karnov qui peuvent se rendre invisibles et son boss qui est un gros costaud mal rasé.
La seconde zone est "Central Park" avec de jolis décors et l'introduction de nouveaux ennemis qu'on va retrouver dans tous les autres niveaux, comme les punks électriques. Le boss est un karateka qui se déplace sur des getta à roulettes !
Dans la troisième zone, "The Ruins", on trouve moulte passages secrets mais aussi des barbus planqués sous des bouches d'égout qui jettent des bombes ! Le boss est une sorte de magicien qui se transforme en carapace de tortue tournante, façon Bowser !
La quatrième zone, "Steel Factory" dispose d'un level-design très intéressant avec des tonnes de pièges et des passages difficiles à négocier ou il faut utiliser l'attaque en courant pour gagner de la vitesse puis enchainer sur un saut pour passer certains obstacles. Le boss est un chevalier médiéval, oui on se demande ce qu'il fait là.
C'est la fête dans la cinquième zone, nommée "Disco" des projecteurs stroboscopiques et des bars bien louches ou on se fait agresser en commandant un verre ! Il faudra maitriser parfaitement la technique du double-saut pour progresser ici.

Et votre hérisson bleu là, qu'est-ce qu'on lui sert ?

Beau et jouable, Coca-Cola Kid est un sympathique jeu de plateforme qui peut s'afficher sans honte aux côtés des autres bons titres du genre produits par Sega pour sa portable pilovore boulimique. Et ce n'est pas un hasard puisqu'on doit ce jeu à Aspect, le développeur qui a assuré la réalisation de quasiment tous les Sonic dédiés à la Game Gear et à la Master System (sauf le premier), et à qui on doit les très sympathiques Sonic Chaos et Tails Adventures.

On apprécie particulièrement dans ce jeu les multiples possibilités dont dispose le héros, exécutables sans le moindre soucis avec les 2 boutons dont dispose la console grâce à une maniabilité sans faille.
Ce qui ne veut pas dire que le jeu est sans défaut. Ainsi certains joueurs le trouveront sans doute un peu trop facile. Surtout si vous parvenez à trouver un maximum de pièces de monnaie pour augmenter rapidement votre nombre de barres de vie maximal. Bon, en même temps le jeu ne dispose d'aucun système de sauvegarde, donc il valait mieux ne pas rendre sa difficulté insurmontable.
Et puis je dois bien vous avouez que je n'ai jamais réussi à passer le deuxième niveau de la 5ème zone (Disco), ne parvenant jamais à trouver la sortie ! Si vous savez comment faire, venez témoigner sur notre forum !

Écran d'introduction d'un niveau et de fin d'une zone avec le boss vaincu qui se lamente ...

Coca-Cola Kid est un de ces titres qui justifient l'existence de l'émulation. C'est un jeu relativement rare, inconnu hors des frontières nippones, tournant sur une machine que même les plus hardcores des rétrogamers peinent à utiliser alors qu'on y joue bien mieux, et surtout plus longtemps, sur n'importe quelle machine portable capable de reproduire la 8-bits de Sega, et enfin c'est un jeu qui porte une licence rendant sa réédition officielle sur une plateforme de jeu moderne assez compliquée je pense. Bref, si votre machine de jeu portable de prédilection peut émuler la Game Gear, ne vous privez pas de ce petit plaisir.

Quelques petits trivias avant de se quitter ...

Tout d'abord sachez que le film The Coca-Cola Kid n'a absolument rien à voir avec le jeu du même nom ici présent, si ce n'est qu'il met lui aussi la marque de soda en scène dans cette comédie romantique réalisée en Australie.

Ensuite, vous serez peut-être surpris d'apprendre qu'il existe un autre jeu vidéo commandé par Coca-Cola, sorti sur Atari 2600 en 1983. Réalisé par Atari, il s'agit d'une modification de la cartouche de Space Invaders. Ici on ne tire plus sur des envahisseurs venus de l'espace mais sur les lettres formant le nom du concurrent historique : Pepsi ! Le jeu se nomme donc Pepsi Invaders et a été distribué en très petites quantités au sein même de l'entreprise Coca-Cola.

Un autre Coca-Cola Kid : pas besoin de casquette à l'envers et de skateboard pour emballer les filles ...
Pepsi Invaders sur Atari 2600 : un jeu commandé par Coca pour tirer sur Pepsi !

Et justement, si vous êtes plutôt Pepsi, restez avec nous, car Grospixels aborde le cas des jeux dédiés à l'éternel ennemi de Coca, notamment avec l'inénarrable Pepsiman...

Enfin, signalons que la marque Coca-Cola apparaît dans de nombreux autres jeux vidéo sans en être pour autant le point central. Parmi les plus insolites et à la fois représentatifs de ce placement produit, citons sur Super FamicomDolucky no Kusayakyu, un jeu de baseball mettant en scène des animaux dont les équipes sont toutes sponsorisées par des marques du groupe Coca. On y retrouve ainsi d'autres boissons comme Sprite, Fanta ou Minute Maid.

De la jaquette à n'importe quel écran de sélection, ce jeu de baseball édité par Imagineer et développé par Zoom est blindé de publicités en rapport avec Coca-Cola.

Merci aux dénommés Filler et Maxim de www.smspower.org pour avoir développé un patch qui traduit tous les textes du jeu (à l'origine en japonais) en langue anglaise.

Sebinjapan
(20 février 2012)
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