Le 1er site francophone, consacré à l'histoire des jeux vidéo
Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
Email Flux RSS Facebook Twitter
news
articles
dossiers
bonus
forum
liens
lexique
redaction
Quiz
Pepsiman

Date de Sortie : 1999
Systèmes : Playstation
Développeur : KID
Editeur : KID
Supports : CD-ROM
 


Les Guerres du Cola

David contre Goliath, Jules César contre Vercingétorix, ST contre Amiga... Voici quelques uns des grands duels de l'histoire qui ont défini notre civilisation. Parmi ces affrontements dont la férocité résonne encore dans notre monde contemporain, il en est un qui a fait couler, non pas beaucoup de sang, ni même beaucoup d'encre, mais beaucoup de soda : Pepsi contre Coca !

Et bien que je ne sois consommateur ni de l'un ni de l'autre, ça ne m'a pas empêché de choisir mon camp : ce sera Pepsi.
Oui Pepsi car pour moi ce dernier incarne l'Amérique des années 80 et des années 90, cette Amérique qui a accompagné mon enfance et mon adolescence, là ou Coca renvoie plutot aux sixties et aux années 70 dans mon esprit. Ouais, et puis Coca c'est la boisson de « monsieur tout-le-monde », celle que je voyais toujours servie en masse dans les bars ou j'allais traîner (pour jouer aux flippers et aux bornes de jeu, je vous rassure !). Alors que les rebelles et les mecs cool, ils boivent du Pepsi. Vous ne me croyez pas ? C'est pourtant la boisson préférée de mon idôle de jeunesse, de mon « role-model » : Marty Mc Fly !

En effet, le célèbre héros de la trilogie Retour vers le Futur ne jure que par cette boisson. Et il n'est pas le seul : plus tard, l'homme le plus classe du monde en boira aussi. Non, pas celui que vous croyez, l'autre : Wayne Campbell, héros de Wayne's World !

Marty Mc Fly et Wayne Campbell : deux mecs cools qui boivent du Pepsi !

Ce placement produit au sein de quelques films fort populaires auprès de la jeunesse témoigne de la grande habilité du département marketing de Pepsi. Une habileté qu'on retrouve dans les fameuses publicités comparatives entre les deux grandes marques de soda : des spots de quelques secondes, souvent hilarants, et qui font mouche à tous les coups ! Par exemple celle-ci a fait le tour du monde.

Pepsi sait donc se mettre en valeur au cinéma et à la télévision et, à l'écoute de tout ce qui plaît aux nouvelles générations, Pepsi ne pouvait pas ignorer très longtemps le monde des jeux vidéo. D'autant que son concurrent direct s'y intéresse également, comme vous pouvez le lire ici. Coca a fait un jeu ? Pfff, OK, Pepsi va en faire trois ...

Le Choix de la Nouvelle Génération

Pepsi réalise en fait assez tôt deux incursions dans notre média préféré, mais ces premières tentatives sont très timides.

Le premier jeu à porter à bout de bras les couleurs de la marque s'appelle The Pepsi Challenge: Mad Mix Game. Réalisé en 1988 par les Espagnols de Topo Soft et édité par US Gold, ce titre est à la base un soft qui n'a AUCUN rapport avec la marque de Soda. Pour une raison obscure, Pepsi décidera de faire réaliser quelques toutes petites modifications (l'apparition du logo à l'écran, et c'est à peu près tout), d'ajouter « The Pepsi Challenge » devant le titre original du jeu, et de faire distribuer cette version spéciale sur certains marchés, comme le Royaume-Uni.

Le méconnu mais très amusant The Pepsi Challenge: Mad Mix Game sur Commodore 64 et Atari ST (dernière image en bas à droite).

Et si on en profitait pour jeter un oeil sur le jeu en question ? Il s'agit en fait d'un clone de Pacman se déroulant dans une série de grands labyrinthes qui se dévoilent selon un scrolling multidirectionnel, et qui enrichit grandement la formule originale de Namco avec des emprunts à d'autres titres du genre, comme Mouse Trap mais aussi des idées originales. Car s'il s'agit ici aussi de gober toutes les pastilles présentes tout en évitant les fantômes, de nombreux éléments viennent complexifier le concept. Citons les portails qu'on ne peut franchir que dans un sens, les pastilles spéciales qui transforment en différents types de prédateurs (seul le gros hippopotame peut vaincre certains ennemis), les fantômes spéciaux qui viennent salir les pastilles à ramasser, qui nécessitent là aussi de trouver une transformation adéquate pour les nettoyer, ou encore des sections avec des rails transformant le héros en un vaisseau spacial limité à des déplacement latéraux, mais qui peut alors tirer sur ses ennemis !

Ce titre efficace, mais totalement obscur (sauf en Espagne peut-être ?) est sorti sur Commodore 64, Amstrad CPC, ZX Spectrum, MSX, PC, et Atari ST.

Pour son deuxième jeu, Pepsi a dû se rendre compte que Coca-Cola était déjà sponsor de toutes les principales manifestations sportives de renommée mondiale. Ils décident alors de créer leur propre événement international virtuel, et on se retrouve avec une abomination nommée Pepsi: All Over The World. On doit cette horreur au développeur Ego Software et à l'éditeur Delta Konzept, tous deux basés en Allemagne. Sorti en 1991 sur Amiga uniquement, le soft s'inspire du concept de World Games, le hit d'Epyx, avec des épreuves issues de la culture de plusieurs pays... enfin en théorie. On se retrouve en fait avec 5 mini-jeux aussi basiques qu'un Game and Watch, le fun en moins. Et pour le côté culturel, vous repasserez... Ainsi il s'agira en Alaska de récupérer des gouttes de pétrole tombant de pipelines avec un ouvrier qu'on déplace latéralement. Quelle drôle d'idée d'avoir choisi un tel « pays » et une représentation pareille ! Le niveau remonte (le niveau culturel, mais pas ludique) avec l'Irlande, où il faudra attraper des saumons qui sautent d'un cours d'eau. Attention les yeux, le Japon fait très fort puisqu'on dirige une jeune femme en pseudo kimono moche qui doit rattraper des services à thé en porcelaine arrivant sur des tapis roulants sortant d'un temple devant le mont Fuji. Il nous reste enfin l'Égypte et son clone de Frogger où il faut traverser la rivière en sautant sur des crocodiles et des hippopotames (deuxième jeu Pepsi mettant en scènes des hippos, ça ne peut pas être un hasard !) et l'Australie qui semble mettre en scène une course de kangourous (que je n'ai pas pu essayer, cette partie du jeu ayant planté, me privant d'une occasion de perdre 5 minutes de ma vie à tester une nouvelle horreur vidéo-ludique).

Pepsi: All Over the World et ses épreuves insipides, ici en Alaska, en Irlande, au Japon et en Egypte. Merci au site Lemon Amiga pour les screenshots.

Dans tous les cas, ces mini-jeux sont mal réalisés, et leur intérêt est proche du zéro. La mise en scène est totalement absente, mais la marque Pepsi est bien présente avec des logos, bouteilles et autres distributeurs de boissons disposés dans le décor.

En bref, malgré les qualités de Mad Mix Game, nous avons affaire à deux jeux pas vraiment inoubliables... C'est à croire que, finalement, les marketeux de chez Pepsi ne sont pas si « dans le coup » que ça. S'ils s'offrent les services de Michael Jackson du côté du monde de la musique, ils ne semblent pas prendre au sérieux le monde des jeux vidéo.

Pour provoquer un véritable impact auprès des amateurs de joypads et de joysticks, il va falloir qu'un super-héros vole au secours de la marque. À moi Pepsiman !


Pepsiman et KID

Vous allez me demander : « Qui est Pepsiman ? ».

Non ? Bon, je vais quand même vous le dire. Il s'agit d'un super-héros mis en scène dans une campagne de publicité diffusée au Japon. On y voit donc un grand costaud revêtu d'une armure moulante argentée aux couleurs de la marque venir en aide à diverses personnes qui désespèrent de pouvoir se désaltérer avec leur boisson préférée. Pepsiman arrive habituellement en courant à grandes enjambées et les spots se terminent toujours par un gag qui met notre héros dans une situation embarassante. Il lui arrive ainsi de se prendre un gadin en tentant de passer par une fenêtre qu'il a oublié d'ouvrir. Ou encore, une glissade héroïque en snowboard le mène à une chute vertigineuse qui le voit finir sa mission sur un brancard. Voici d'ailleurs un best of de ses mésaventures !

Sachez enfin que le personnage fut semble-t-il créé par l'auteur de comics Travis Charest, bien connu pour la série Wild C.A.T.s.

C'est donc ce héros charismatique que Pepsi va faire entrer dans le « Hall of Fame » vidéo-ludique. Et plutôt deux fois qu'une. Car d'abord, le monsieur s'incruste dans l'adaptation Saturn japonaise du jeu d'arcade de SEGA, Fighting Vipers. Il est en effet présent en tant que personnage caché. Ensuite, et surtout, il est le principal protagoniste du jeu dont cet article va bientôt vous parler (si si, promis juré). Un jeu développé par une société appelée KID à propos de laquelle il me faut absolument dire quelques mots...

Lors de ses premières apparitions, Pepsiman porte ces couleurs.
Sur Saturn et uniquement au Japon, Pepsiman s'invite en tant que personnage caché dans Fighting Vipers.

En 1999, le développeur nippon KID (Kindle Imagine Develop) va transposer la série de vignettes publicitaires de Pepsiman en un jeu vidéo d'action qui en reprend les caractéristiques principales : la course, les gags, et bien entendu la mise en valeur du produit.
KID est un développeur dont la carrière se découpe clairement en deux parties.

Pendant les années 90, cette société rassemble quelques programmeurs de talent fans de jeux d'action qui offrent à la NES/Famicom de Nintendo quelques shoot-them-ups de qualité. Notre bonne vieille Europe a ainsi eu droit aux excellents Isolated Warrior et Burai Fighter, mais est passée à côté d'un des titres les plus impressionnants de la machine techniquement parlant, le fameux Recca (ou Summer Carnival 92: Recca).

Les petites merveilles de KID sur NES/Famicom : Isolated Warrior et Burai Fighter (en haut), ainsi que Recca (en bas).

Si ces développeurs avaient continué sur cette lancée, peut-être auraient-ils produit ensuite des jeux d'action encore plus impressionants et auraient atteint l'aura internationnale d'un Treasure ? Mais pourtant, changement de cap total pendant les années 2000. Les graphistes et les scénaristes prennent la place des codeurs de génie, et KID se retrouve à produire quasi-exclusivement des jeux d'aventure de type « visual novel » ou « digital comics » mettant en scène de jolies jeunes filles. Leur série la plus connue au sein de ce genre, Memories Off, compte une quinzaine d'épisodes sortis sur d'innombrables supports (particulièrement PS2 et PSP), mais au Japon uniquement.

Adieu les vaisseaux et les mechas, bonjour les minettes en bikini : le nouveau visage de KID avec Memories Off.

Il faut noter enfin, car c'est pertinent ici, que Pepsiman n'est pas la seule incursion de KID dans le monde du jeu publicitaire. Sorti 5 ans plus tôt, le très étrange UFO Kamen Yakisoban: Ketoraa no Kuroi Inbou fut commercialisé sur Super Famicom. Le pitch ? Eh bien il s'agit de l'adaptation d'une série de spots publicitaires mettant en scène un super-héros ! Comme Pepsiman donc. Sauf qu'ici le produit mis en valeur est UFO, une marque de nouilles sautées, tandis que le jeu est d'un autre style puisqu'il s'agit d'un bon vieux beat them all des familles à la Double Dragon !

Avec un OVNI comme UFO Kamen Yakisoban sur son CV, KID prouve qu'il est le développeur idéal pour mettre en scène Pepsiman !

Résumons : nous avons donc un développeur de talent ayant déjà produit des hits aimés de tous, disposant d'une expérience dans l'adaptation de super-héros barrés de pubs japonaises déjantées, et qui se lance dans une transposition des aventures d'un livreur de soda gaffeur baraqué comme un catcheur...

Si ça ne vous donne pas envie de cliquer sur la page suivante pour découvrir le jeu en question, je ne sais plus quoi faire !

 
 
PAGE 01