Les Guerres
du Cola
David contre Goliath, Jules César contre Vercingétorix,
ST contre Amiga... Voici quelques uns des grands duels de l'histoire
qui ont défini notre civilisation. Parmi ces affrontements
dont la férocité résonne encore dans notre monde
contemporain, il en est un qui a fait couler, non pas beaucoup de
sang, ni même beaucoup d'encre, mais beaucoup de soda : Pepsi
contre Coca !
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Et bien que je ne sois consommateur ni de l'un ni de l'autre, ça
ne m'a pas empêché de choisir mon camp : ce sera Pepsi.
Oui Pepsi car pour moi ce dernier incarne l'Amérique des années
80 et des années 90, cette Amérique qui a accompagné
mon enfance et mon adolescence, là ou Coca renvoie plutot aux
sixties et aux années 70 dans mon esprit. Ouais, et puis Coca
c'est la boisson de « monsieur tout-le-monde », celle
que je voyais toujours servie en masse dans les bars ou j'allais traîner
(pour jouer aux flippers et aux bornes de jeu, je vous rassure !).
Alors que les rebelles et les mecs cool, ils boivent du Pepsi. Vous
ne me croyez pas ? C'est pourtant la boisson préférée
de mon idôle de jeunesse, de mon « role-model »
: Marty Mc Fly !
En effet, le célèbre héros de la trilogie Retour
vers le Futur ne jure que par cette boisson. Et il n'est pas
le seul : plus tard, l'homme le plus classe du monde en boira aussi.
Non, pas celui que vous croyez, l'autre : Wayne Campbell, héros
de Wayne's World !
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Marty
Mc Fly et Wayne Campbell : deux mecs cools qui boivent du Pepsi
! |
Ce placement produit au sein de quelques films fort populaires auprès
de la jeunesse témoigne de la grande habilité du département
marketing de Pepsi. Une habileté qu'on retrouve dans
les fameuses publicités comparatives entre les deux grandes
marques de soda : des spots de quelques secondes, souvent
hilarants, et qui font mouche à tous les coups ! Par exemple
celle-ci a fait
le tour du monde.
Pepsi sait donc se mettre en valeur au cinéma et à la
télévision et, à l'écoute de tout ce qui
plaît aux nouvelles générations, Pepsi ne pouvait
pas ignorer très longtemps le monde des jeux vidéo.
D'autant que son concurrent direct s'y intéresse également,
comme vous pouvez le lire ici. Coca a fait
un jeu ? Pfff, OK, Pepsi va en faire trois ...
Le
Choix de la Nouvelle Génération
Pepsi réalise en fait assez tôt deux incursions dans
notre média préféré, mais ces premières
tentatives sont très timides.
Le premier jeu à porter à bout de bras les couleurs
de la marque s'appelle The Pepsi Challenge: Mad Mix Game.
Réalisé en 1988 par les Espagnols de Topo Soft et édité
par US Gold, ce titre est à la base un soft qui n'a
AUCUN rapport avec la marque de Soda. Pour une raison obscure, Pepsi
décidera de faire réaliser quelques toutes petites modifications
(l'apparition du logo à l'écran, et c'est à peu
près tout), d'ajouter « The Pepsi Challenge » devant
le titre original du jeu, et de faire distribuer cette version spéciale
sur certains marchés, comme le Royaume-Uni.
Et si on en profitait pour jeter un oeil sur le jeu en question ?
Il s'agit en fait d'un clone de Pacman
se déroulant dans une série de grands labyrinthes qui
se dévoilent selon un scrolling multidirectionnel, et qui enrichit
grandement la formule originale de Namco avec des emprunts à
d'autres titres du genre, comme Mouse
Trap mais aussi des idées originales. Car s'il
s'agit ici aussi de gober toutes les pastilles présentes tout
en évitant les fantômes, de nombreux éléments
viennent complexifier le concept. Citons les portails qu'on ne peut
franchir que dans un sens, les pastilles spéciales qui transforment
en différents types de prédateurs (seul le gros hippopotame
peut vaincre certains ennemis), les fantômes spéciaux
qui viennent salir les pastilles à ramasser, qui nécessitent
là aussi de trouver une transformation adéquate pour
les nettoyer, ou encore des sections avec des rails transformant le
héros en un vaisseau spacial limité à des déplacement
latéraux, mais qui peut alors tirer sur ses ennemis !
Ce titre efficace, mais totalement obscur (sauf en Espagne peut-être
?) est sorti sur Commodore 64, Amstrad
CPC, ZX Spectrum,
MSX, PC, et
Atari ST.
Pour son deuxième jeu, Pepsi a dû se rendre compte que
Coca-Cola était déjà sponsor de toutes les principales
manifestations sportives de renommée mondiale. Ils décident
alors de créer leur propre événement international
virtuel, et on se retrouve avec une abomination nommée Pepsi:
All Over The World. On doit cette horreur au développeur
Ego Software et à l'éditeur Delta Konzept, tous deux
basés en Allemagne. Sorti en 1991 sur Amiga
uniquement, le soft s'inspire du concept de World
Games, le hit d'Epyx, avec des épreuves issues de
la culture de plusieurs pays... enfin en théorie. On se retrouve
en fait avec 5 mini-jeux aussi basiques qu'un Game and Watch,
le fun en moins. Et pour le côté culturel, vous repasserez...
Ainsi il s'agira en Alaska de récupérer des gouttes
de pétrole tombant de pipelines avec un ouvrier qu'on déplace
latéralement. Quelle drôle d'idée d'avoir choisi
un tel « pays » et une représentation pareille
! Le niveau remonte (le niveau culturel, mais pas ludique) avec l'Irlande,
où il faudra attraper des saumons qui sautent d'un cours d'eau.
Attention les yeux, le Japon fait très fort puisqu'on dirige
une jeune femme en pseudo kimono moche qui doit rattraper des services
à thé en porcelaine arrivant sur des tapis roulants
sortant d'un temple devant le mont Fuji. Il nous reste enfin l'Égypte
et son clone de Frogger
où il faut traverser la rivière en sautant sur des crocodiles
et des hippopotames (deuxième jeu Pepsi mettant en scènes
des hippos, ça ne peut pas être un hasard !)
et l'Australie qui semble mettre en scène une course de kangourous
(que je n'ai pas pu essayer, cette partie du jeu ayant planté,
me privant d'une occasion de perdre 5 minutes de ma vie à tester
une nouvelle horreur vidéo-ludique).
Dans tous les cas, ces mini-jeux sont mal réalisés,
et leur intérêt est proche du zéro. La mise en
scène est totalement absente, mais la marque Pepsi est bien
présente avec des logos, bouteilles et autres distributeurs
de boissons disposés dans le décor.
En
bref, malgré les qualités de Mad Mix Game,
nous avons affaire à deux jeux pas vraiment inoubliables...
C'est à croire que, finalement, les marketeux de chez
Pepsi ne sont pas si « dans le coup » que ça. S'ils
s'offrent les services de Michael Jackson du côté du
monde de la musique, ils ne semblent pas prendre au sérieux
le monde des jeux vidéo.
Pour provoquer un véritable impact auprès des amateurs
de joypads et de joysticks, il va falloir qu'un super-héros
vole au secours de la marque. À moi Pepsiman !
Pepsiman
et KID
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Vous
allez me demander : « Qui est Pepsiman ? ».
Non ? Bon, je vais quand même vous le dire. Il s'agit d'un super-héros
mis en scène dans une campagne de publicité diffusée
au Japon. On y voit donc un grand costaud revêtu d'une armure
moulante argentée aux couleurs de la marque venir en aide à
diverses personnes qui désespèrent de pouvoir se désaltérer
avec leur boisson préférée. Pepsiman arrive habituellement
en courant à grandes enjambées et les spots se terminent
toujours par un gag qui met notre héros dans une situation
embarassante. Il lui arrive ainsi de se prendre un gadin en tentant
de passer par une fenêtre qu'il a oublié d'ouvrir. Ou
encore, une glissade héroïque en snowboard le mène
à une chute vertigineuse qui le voit finir sa mission sur un
brancard. Voici d'ailleurs un best
of de ses mésaventures !
Sachez enfin que le personnage fut semble-t-il créé
par l'auteur de comics Travis Charest, bien connu pour la série
Wild C.A.T.s.
C'est donc ce héros charismatique que Pepsi va faire entrer
dans le « Hall of Fame » vidéo-ludique. Et plutôt
deux fois qu'une. Car d'abord, le monsieur s'incruste dans l'adaptation
Saturn japonaise du jeu d'arcade
de SEGA, Fighting Vipers. Il est en effet présent
en tant que personnage caché. Ensuite, et surtout, il est le
principal protagoniste du jeu dont cet article va bientôt vous
parler (si si, promis juré). Un jeu développé
par une société appelée KID
à propos de laquelle il me faut absolument dire quelques mots...
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Lors
de ses premières apparitions, Pepsiman porte ces couleurs. |
Sur
Saturn et uniquement au Japon, Pepsiman s'invite en tant que
personnage caché dans Fighting Vipers. |
En 1999, le développeur nippon KID (Kindle
Imagine Develop) va transposer la série de vignettes publicitaires
de Pepsiman en un jeu vidéo d'action qui en reprend les caractéristiques
principales : la course, les gags, et bien entendu la mise en valeur
du produit.
KID est un développeur dont la carrière se découpe
clairement en deux parties.
Pendant les années 90, cette société rassemble
quelques programmeurs de talent fans de jeux d'action qui offrent
à la NES/Famicom
de Nintendo quelques shoot-them-ups de qualité. Notre
bonne vieille Europe a ainsi eu droit aux excellents Isolated
Warrior et Burai Fighter, mais est passée
à côté d'un des titres les plus impressionnants
de la machine techniquement parlant, le fameux Recca
(ou Summer Carnival 92: Recca).
Si ces développeurs avaient continué sur cette lancée,
peut-être auraient-ils produit ensuite des jeux d'action encore
plus impressionants et auraient atteint l'aura internationnale d'un
Treasure ? Mais pourtant, changement de cap total
pendant les années 2000. Les graphistes et les scénaristes
prennent la place des codeurs de génie, et KID se retrouve
à produire quasi-exclusivement des jeux d'aventure de type
« visual novel » ou « digital comics » mettant en
scène de jolies jeunes filles. Leur série la plus connue
au sein de ce genre, Memories Off, compte une quinzaine
d'épisodes sortis sur d'innombrables supports (particulièrement
PS2 et PSP), mais au Japon uniquement.
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Adieu
les vaisseaux et les mechas, bonjour les minettes en bikini
: le nouveau visage de KID avec Memories Off. |
Il faut noter enfin, car c'est pertinent ici, que Pepsiman
n'est pas la seule incursion de KID dans le monde du jeu publicitaire.
Sorti 5 ans plus tôt, le très étrange UFO
Kamen Yakisoban: Ketoraa no Kuroi Inbou fut commercialisé
sur Super Famicom. Le pitch
? Eh bien il s'agit de l'adaptation d'une série de spots
publicitaires mettant en scène un super-héros ! Comme
Pepsiman donc. Sauf qu'ici le produit mis en valeur est UFO,
une marque de nouilles sautées, tandis que le jeu est d'un
autre style puisqu'il s'agit d'un bon vieux beat them all
des familles à la Double Dragon
!
Résumons : nous avons donc un développeur de talent
ayant déjà produit des hits aimés de
tous, disposant d'une expérience dans l'adaptation de super-héros
barrés de pubs japonaises déjantées, et qui se
lance dans une transposition des aventures d'un livreur de soda gaffeur
baraqué comme un catcheur...
Si ça ne vous donne pas envie de cliquer sur la page suivante
pour découvrir le jeu en question, je ne sais plus quoi faire
!