Acorn est un nom qui fleure bon le passé,
et les errances du marché de la micro-informatique des années 80. Leurs ordinateurs n’ont
pas apporté grand chose à l’évolution des jeux vidéo, c’est ce que l’on pourrait
penser au premier abord. Pourtant, en fouillant les archives de l’histoire de la compagnie, on tombe sur
des noms familiers….
L’histoire d’Acorn en
bref
Herman Hauser et Chris Curry
En décembre 1978, les britanniques Herman
Hauser et Chris Curry fondent la compagnie Acorn, qui se spécialise dans un premier temps dans
les jeux électroniques. Il sont rejoints par Roger Wilson, un étudiant de Cambridge, qui
leur propose de s’essayer à la micro-informatique. Un projet de micro-ordinateur vendu en kit est
lancé. La machine est commercialisée en 1979, mais ne connaît pas le succès
escompté, trop complexe à monter pour l’utilisateur, et inabordable dans sa programmation.
Début 1981, Acorn lance l’Atom, vendu 120£ en kit et 170£ monté. Cette fois,
la machine est plutôt bien accueillie et apporte à la compagnie ses premiers bénéfices.
L’heure est venue pour Acorn de passer à la vitesse supérieure. Hauser obtient un prêt
auprès d’une banque anglaise de 5000 £, somme qui est plus tard révisée à
10000 £.
Publicité pour l'Acorn Atom
Pendant ce temps, la BBC (British Broadcasting
Corporation, à savoir la télé et la radio d’outre manche) cherche une entreprise
susceptible de développer un micro-ordinateur répondant à ses spécifications,
en vue du tournage d’une série intitulée "The Computer Program". Beaucoup de grands
noms de la micro britannique sont intéressés, parmi lesquels Sinclair et NewBrain, dont
les propositions sont rejetées. Acorn propose alors à la BBC un modèle nommé
Proton, dont le prototype n’est mis en état de fonctionner qu’à quelques jours de sa démonstration
aux responsables de la chaîne. Le Proton va au delà des désirs de la BBC, et
le contrat est signé. Le nouveau micro-ordinateur Acorn est tout naturellement rebaptisé
Acorn BBC. Sa sortie est prévu pour Décembre 1981, mais de nouveaux problèmes financiers
pour Acorn vont le retarder jusqu’à l’été 82.
L'Acorn BBC
L’Acorn BBC a un look austère, moins attractif
que les produits concurrents en provenance de chez Sinclair. Son seul signe distinctif est le logo de
la série télévisée qui apparaît à droite du clavier. Malgré
ce petit handicap, les ventes de la machine vont rapidement atteindre 1,5 millions d’exemplaires, alors
qu’Acorn en avait au départ prévu environ 12000. Deux
versions du BBC sont disponibles : Le Model A (c’est à dire le Proton), équipé de
16 Ko de RAM, vendu 299£, et le Model B muni de 32 Ko de RAM et vendu 399 £. Si
le Model A s’adresse au grand public, le B, grâce à son port Econet, se vend surtout auprès
des écoles pour des applications réseau.
Le BBC est un ordinateur évolutif et plein
de possibilités. Par exemple, on peut y monter un second CPU sur une socket prévue, dont
Acorn dépose avec fierté le brevet sous le nom de Tube. Bill Gates, toujours à l’affût
d’un système pouvant s’imposer comme un standard mondial (le MSX ne sortira que l’année
suivante), propose à Acorn le MS-DOS comme système d’exploitation, mais se voit éconduit,
la compagnie préférant développer son propre OS orienté vers les réseaux
Econet. L e prix élevé du BBC pousse Acorn, en 1983,
à sortir l’Electron, une machine plus abordable. Il s’agit d’un BBC dépourvu de ports d’extension
et de certains modes graphiques. L’Electron ne connaît pas le succès escompté. On
lui reproche notamment la lenteur de son affichage, due au chip graphique bon marché utilisé
en vue de réduire le prix de vente. Néanmoins, ce successeur du BBC n’a pas à rougir
trop de la comparaison avec le Commodore 64.
L'Acorn Electron
A partir de fin 1983, Acorn, dont la trésorerie
repose entièrement sur le BBC, va connaître de sérieuses difficultés financières,
et c’est le dos au mur que la société lance un nouvel ordinateur, le BBC B. Surpassant
le BBC grâce à son BASIC amélioré, ses 128 Ko de RAM et ses graphismes supérieurs,
le BBC B repose sur la technologie RISC, ce qui en fait une machine d’avenir, mais dont le développement
est horriblement coûteux. Ne pouvant plus suivre le rythme,
Acorn se voit racheté par Olivetti, qui devient propriétaire de 80% des parts de la compagnies
et des stocks.
L'Archimedes
On est en 1987, et l’Atari ST et le Commodore
Amiga font un carton. Acorn se lance dans le développement d'un micro-ordinateur 32-bits : l’Archimedes,
qui sort en Août. L’Archimedes est à l’époque
de sa sortie le micro-ordinateur le plus puissant du marché, avec son microprocesseur RISC nommé
ARM2, dont le développement a coûté encore une fois une fortune à Acorn. Hélas,
comme beaucoup de systèmes, l’Archimedes va souffrir d’un manque cruel de logiciels. Les développeurs
se sont focalisés sur le "tiercé MC 68000" : ST, Amiga, et Mac, et même
le PC fait de la figuration sur le marché.
L’Archimedes A3000, sorti en Mai 1989, constitue
le sommet de la gamme Archimedes. Pendant quelques temps encore, Acorn va améliorer sa gamme, notamment
au niveau de son système d’exploitation, avant de changer de registre en 1994 avec le RiscPC, un
standard visant à concurrencer le Mac et le PC, basé sur le système RiscOS.
Le RiscOS
Le RiscPC est une machine tournée vers
le marché grand public, dont la principale qualité est l’évolutivité, grâce
à des emplacements permettant de lui ajouter des extensions apellées "slices"
(littéralement des tranches augmentant l’épaisseur de l’unité centrale ) ce qui le
différencie d’emblée de l’Archimedes dans sa conception.
Le RiscPC et ses slices.
En 1991, Acorn sort son premier portable, le
A4, qui se montre plus performant qu’un 486-50 Mhz, summum du PC de l’époque. Le A4 est équipé
de 2 Mo de RAM, d’un moniteur 9 pouces et son autonomie est de 3 heures.
L'Acorn A4
En 1995, Acorn sort deux autres ordinateurs,
le RiscPC 600 et le RiscPC 700, machines très puissantes, puis le A7000, ultime RiscPC qui est
une version simplifiée du RiscPC 700. A l’automne 98, Acorn
annonce son retrait du marché des micro-ordinateurs pour se concentrer sur l’Internet, et change
de nom pour s’appeler Element 14.
Les ordinateurs Acorn : hardware et jeux
L'Acorn Atom
Spécifications techniques :
- CPU 8-bit 6502 à 1 Mhz
- 2 Ko de RAM, extensible à 32 Ko
- Graphismes en couleur jusqu’à une résolution de 256x192
- Basic résident
- Sauvegardes de données sur cassettes
Quelques jeux furent développés
pour Atom. Il s’agit le plus souvent de conversions de jeux d’arcade. Des rumeurs prétendent que
le légendaire jeu Elite aurait été programmé en premier lieu sur Atom.
Voir article sur Elite
Un clone de Pac Man sur Atom
Emulation :
Il existe un émulateur d’Atom sous DOS,
Atom Acorn Emulator, crée par Wouter Ras.
L'Acorn BBC et l'Electron
Spécifications techniques :
- Model A : 16 Ko de RAM, Model B : 32 Ko de
RAM
- CPU 6502 à 2 Mhz (6205A à 1,79 Mhz pour l’Electron)
- 8 couleurs
- Son sur 4 voies
- Basic BBC résident
Chuckie Egg et Killer Gorilla (remake de Donkey Kong) sur BBC
Boîtier d'un jeu BBC
Acorn Archimedes
Spécifiations
techniques :
Archimedes A305
:
- 512 Ko de RAM, extensible à 4 Mo.
- CPU Acorn ARM2 à 8 Mhz.
- 256 couleurs.
- Lecteur de disquettes (pas de disque dur adaptable).
- Reconnaissable à ses touches de fonctions rouges.
Autres modèles
:
- Archimedes A310
Identique au A305, avec 1 Mo de RAM.
- Archimedes A410
Identique au A310, avec en plus un disque dur.
- Archimedes A440
Identique au A410, avec 4 Mo de RAM.
- Archimedes A540
Identique au A410, mais la RAM est extensible à 16 Mo.
- Archimedes A3000-A3010
CPU ARM3 à 16 Mhz. L’unité centrale n’est plus séparée du clavier, comme sur
les ST et Amiga. C’est le dernier de la gamme à porter le nom d’Archimedes.
Archimedes A3010
- Acorn A5000
RAM extensible jusqu’à 16 Mo, 256
couleurs, CPU ARM3 à 25 Mhz avec mémoire cache.
Acorn RiscPC
- Acorn Risc
PC.
- RAM extensible jusqu’à 256 Mo.
- Design modulaire, permettant l’ajout de cartes d’extension sur l’unité de base.
- Son 16-bits
- Couleurs 32-bits.
Carte d'extension 486 pour RiscPC
L’Archimedes introduit donc la technologie RISC
dans la micro-informatique, bien avant le Power Macintosh, et fait montre d’une puissance et d’une vitesse
de calcul inégalables à l’époque de sa sortie. Cela ne suffira pas à lui faire
trouver sa place sur un marché dominé de façon écrasante par l’Amiga et l’Atari
ST, pourtant bien inférieurs techniquement.
Mr Doo (remake de Mr DO), Bubble Fair (remake de Pang) et Populous,
sur Archimedes
Côté jeux, pas beaucoup de titres,
mais signalons tout de même Zarch, de David Braben, toujours fidèle à Acorn, qui sortira
sur d’autres systèmes sous le nom de Virus. Une version de
Elite a aussi été réalisée sur Archimedes, qui, selon Ian Bell lui-même,
est la meilleure jamais sortie. En dehors de ces deux titres forts,
quelques jeux des Bitmap Bros, de Bullfrog ou de Hewson sortis sur ST et Amiga ont été adaptés
sur Archimedes.
Speedball II, Lemmings, Lotus Turbo Challenge 2 et Tower of Babel sur
Archimedes
Une légende prétend que chez Microsoft,
une partie des employés sont des fans de l’Archimedes très portés sur les jeux vidéo,
et qu’à l’époque du développement de Windows 3.1 la sortie de Lemmings, adapté
sur Archimedes, aurait provoqué un retard significatif de la sortie de la fameuse interface graphique
utilisateur (de sinistre mémoire). Quant au RiscPC, la sortie
de jeux pour cette plate-forme n’est pas encore de l’histoire ancienne, puisque les jeux PC les plus populaires
sont adaptés, encore aujourd’hui (mai 2001), sur RiscPC, environ 3 ans après leur sortie.
Un des titres les plus récents sortis est Heroes of Might&Magic 2.
Heroes of Might & Magic II sur RiscPC
Emulation :
Il existe, sur PC, un émulateur Archimedes
A440, sous DOS, et un autre, nommé ArcEm, fonctionnant sous Linux, et un autre nommé Archie
fonctionnant sous Windows.
Les stars de la "BBC Academy"
Les jeux ne sont pas la spécialité du BBC, dont le prix élevé le réservait
plutôt à une clientèle dite sérieuse, mais il est important de noter la cohorte
de développeurs de jeux prestigieux qui ont démarré leur carrière sur cet
ordinateur
David Braben et Ian Bell

Créateurs d’Elite (1984-Acornsoft), jeu de commerce spatial par excellence, sorti en premier lieu
sur BBC et qui plus tard a été porté sur des machines 8-bits plus en vogue comme
le C64 ou le Spectrum. Pour en savoir plus sur Elite, lisez l'article
sur ce jeu faites un tour sur la page web de Braben.
Elite
Geoff Crammond
Un autre britannique qui a marqué l’histoire
des jeux vidéo, avec des jeux comme Stunt Car Racer, F1 Grand Prix 1,2 et
3 ou The Sentinel. Geoff Crammond a développé sur la plupart
des ordinateurs qui ont bien marché depuis le début des années 80. Sa principale
particularité et de toujours travailler seul, malgré la complexité croissante des
titres qu’il développe. Sur F1 Grand Prix 3, sorti sur PC en 2000, il n’a passé la main
à une équipe de graphistes que peu de temps avant la sortie du jeu, afin d’y implémenter
le support de l’accélération 3d des dernières cartes graphiques à la mode.
Sentinel (version Archimedes)
Sur BBC, Crammond
a développé :
- Aviator : Un simulateur de vol en 3d "fil de fer"
- Revs : Les prémices de F1 GP, un des tous premiers jeu de formule 1 à proposer des sensations
de conduite réalistes.
- Revs 4 tracks : un add-on pour Revs ajoutant 4 nouvelles pistes au jeu, qui est un des tous premiers
add-in pour un jeu vidéo jamais commercialisés.
(voir aussi les article sur Revs et article sur Geoff Crammond)
Revs
Nick Pelling, alias Orlando, alias Orlando M.Pilchard
Ce développeur,
avant de se tourner vers l’Amiga, a converti d’excellente manières plusieurs jeux d’arcade sur
BBC :
- Arcadians : Un clone de Galaxian chez Acornsoft.
- Zalaga : Excellent remake de Galaga, édité par la propre société de Nick,
Aadvark Soft.
- Firetrack : Un shoot’em’up vertical
- Frak ! : Un jeu de plate-forme plus tard converti sur C64
Arcadians
Chris Roberts
Chris Roberts est le créateur de Wing
Commander, le tout premier jeu vidéo de l’histoire, si vous vous en souvenez bien, à avoir
donné l’envie aux joueurs de s’acheter un compatible PC (il fallait au moins ça). Encore une célébrité, donc, qui s’est d’abord fait la
main sur BBC, avec le jeu Stryker Run. Il s’agit d’un shoot’em’up
à scrolling horizontal ou le joueur peut piloter un hélicoptère ou un avion. Ce fut
le premier jeu à exploiter les 128 Ko du BBC B.
Martin Edmonson

Avec son complice Paul Howarth et
le musicien David Whitaker, il a crée, sur Amiga, Shadow of the Beast (Psygnosis), jeu d’une beauté
incomparable mais hélas presque injouable à cause d’une difficulté mal dosée,
qui a été suivi de deux suites, Beast 2 et Beast 3, jeux beaucoup plus intéressants
mais aux graphismes moins inspirés. Par la suite, avec son équipe de développement
nommée Reflections, il a aussi développé Destruction Derby 1 et 2 et Driver, toujours
chez Psygnosis, sur Playstation. Bien avant tout ça, on le retrouve sur BBC, avec deux jeux :
- Ravenskull : Un jeu d’arcade/aventure.
- Codename Droid : Stryker’s Run II : Un autre jeu d’arcade/aventure qui se présente comme l’embryon
de Beast.
Les deux images : Codename Droid
Conclusion
Une petite rétrospective du parcours d’Acorn
n’est pas inutile, pour montrer l’influence des jeux vidéo sur le déroulement de la carrière
d’un ordinateur, voire même d’une marque d’ordinateurs. Les
ordinateurs Acorn n’ont jamais manqué de puissance pour faire fonctionner de bons jeux, ni de bons
développeurs de jeux dévolus à leur cause. L’acharnement d’Acorn à présenter
ses machines comme des outils de travail, délaissant totalement le côté "entertainment",
est certainement à l’origine de leur manque de succès. Atari et Commodore, adoptant une
politique commerciale différente, n’ont pas commis la même erreur, et ont, pour un temps,
totalement dominé le marché sans que leurs produits n’aient été réellement
meilleurs.
Laurent
(merci à Xavier Tardy)