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Laissez-moi
vous parler de mes fantasmes ... |
(ça
commence avec lui.) |
Je
suis à la FNAC. Metal Gear Solid
5 vient de sortir. Hideo Kojima est en séance de dédicaces
: devant lui, une queue immense de fanboys, geeks, otakus, hardcore
gamers avec chacun leur exemplaire fraîchement acheté
et prêt à être griffé de la main de celui
qui est devenu pour beaucoup soit un des maîtres du jeu vidéo
à plusieurs niveaux de lecture, soit un réalisateur
de nanars à mi-chemin entre la superproduction de Michael Bay
pour le scénario, et les films de Max Pécas pour l'humour.
Je patiente, j'attends mon tour. Il vient rapidement, car j'ai fait
la queue depuis le matin et il est déjà 19h. La personne
devant moi passe, fait signer son exemplaire. Kojima a le regard fatigué.
Le fan s'incline, bredouille dans un japonais approximatif "Dhomo
aligateau.". Kojima s'incline approximativement lui aussi. "Melci
beaucu" tente-t-il de répondre. C'est à mon tour.
Je m'avance. Il me regarde. Je fronce les sourcils, et sors de ma
poche mon CD de Snatcher. Je le plaque devant lui.
Il me regarde stupéfait. Je grimpe sur la table derrière
laquelle il est installé. Je lui attrape le col d'une main,
de l'autre je le gifle frénétiquement !!! Je me mets
à hurler devant les fans qui n'interviennent pas, reconnaissant
en moi à travers le CD de Snatcher un pur
retrogamer, un vrai, un moustachu plombier qui s'apprête à
assouvir devant eux tous ce désir inassouvi. Je gifle ! Je
gifle ! Je gifle ! Je crie : "C'est pas bientôt fini ces
#@1#3 de Metal Gear Solid ? HEIN ?! C'est pas bientôt fini !
Et Snatcher, ça te ferait mal d'y retourner juste un petit
peu ?! Hein ?! Tu vas pas nous faire Penguin
Adventure 2 avant ça non plus tant que t'y es
?!". La sécurité arrive. Je me rends compte qu'elle
est entièrement composée de femmes, complètement
nues ! Elles se jettent sur moi, m'emmènent dans une pièce
séparée, m'arrachent mes vêtements et---
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(Dans
mon rêve il faisait beaucoup moins le malin) |
Bref.
Snatcher 2 n'est toujours pas sorti.
SORTIE A LA BONNE EPOQUE
Certaines
choses sont franchement étonnantes dans l'industrie du jeu
vidéo.
En grande partie parce que personne n'est d'accord sur ce qu'est,
au fond, un jeu vidéo. Le débat est aussi vieux que
Dragon's Lair, voire
aussi vieux que Zork ("Non
madame, ce n'est pas un jeu vidéo, c'est une fiction interactive.").
Certains titres franchissent tellement la barrière des genres
pour envahir le territoire des autres arts que pullulent sur certains
forums de hardcore gamers (souvent aussi acnéiques et obèses
que le retrogamer est gros et moustachu, oui, je me permets d'inventer
mes propres préjugés : par exemple, savez-vous que les
joueurs d'Out-Run peuvent
tirer des rayons lasers avec leurs mamelons ? Fermons-donc cette parenthèse),
pullulent donc, disais-je, les trolls en séries et débats
sur ce qui a le droit légitime de s'appeler « jeu ».
Parlez de MGS sur l'un de ces
sites et invariablement quelqu'un va vous répondra "Haha,
mais je croyais que l'on était sur un forum de jeu vidéo,
pas de film.". Heavy Rain ? Même combat.
Bien entendu, si c'est à peine interactif, c'est donc forcément
incroyablement mauvais et indigne d'intérêt.
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Snatcher
sur PC-8801 |
Quand
Snatcher, un jeu qu'il conviendra d'appeler selon
les standards actuels un "digital comic", sort en 1988 sur
PC-8801 (qui n'était pas un compatible PC comme son
nom ne l'indique pas, mais un ordi 8 bit japonais à base de
Z80) et MSX, le débat ne se
pose pas réellement. Et pour cause, nos amis nippons sont déjà
habitués à ce style de jeu où l'interactivité
n'est que toute secondaire et où l'objectif primordial est
de raconter les histoires les plus prenantes possibles, les illustrant
de graphismes 8-bits et en balançant un ou deux choix à
faire de temps en temps pour être sûr que le joueur ne
se soit pas endormi la tête contre le clavier avec la touche
entrée qui valide en permanence.
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Screenshots
de la version MSX (ici fan-traduite) |
Snatcher
a ainsi été édité d'abord sur Micro avant
de débarquer chez nous dans une version Mega-CD le
15 décembre 1994. C'est essentiellement ce portage que l'on
connaît, car il s'agit du seul à disposer d'une version
américaine.
Le jeu ressortira par la suite sur Saturn
et Playstation, avec quelques ajouts
mineurs pour lesquels Konami n'a pas jugé
nécessaire de nous fournir une traduction étant donné
le fulgurant succès de la version Mega-CD (et c'est
hélas, un sarcasme).
UNE INTRO QUI FAIT PEUR ET QUI FAIT DU BIEN
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(Ça
fait peur. Dans tout les sens du terme.) |
Comme
mentionné peu avant, Snatcher est un jeu très
vaguement interactif qui se rapproche autant de la bande dessinée/roman
que du jeu vidéo. Des jeux comme ça, on en a eu à
la pelle depuis que les micros savent afficher des images. Et du texte,
oui.
Snatcher a marqué les esprits néanmoins.
Alors pourquoi ? Parce que c'est l'une des premières Kojimades
"avant-qu'il-ne-soit-connu" ? Les fans de Snatcher
sont-ils au jeu vidéo ce que les hipsters sont à la
culture ? Je m'interroge, alors que j'insère avec fébrilité,
émotion et stress certain le jeu dans mon Mega-CD
et que Sonic me fait un coucou sur l'écran. Vais-je me laisser
pousser une frange, m'acheter un fixie, mettre mes chaussures sans
chaussettes, appliquer un filtre instagram à mes screenshots
et arpenter pendant des heures les galeries d'art moderne une fois
au bout de l'aventure ?
L'intro (visible
ici sur youtube) commence. Le jeu me rassure avec une belle voix
virile, devant une musique inquiétante et métallique,
annonçant un hommage aux hommes qui en ont. Désolé
les filles, sauf si vous en avez.
"Ce jeu est dédié a tout les cyberpunks qui
se battent contre l'injustice et la corruption chaque jour de leur
vie."
Je frissonne. Je ne me demande pas ce qu'est un "cyberpunk",
bien que je connaisse le GENRE "cyberpunk". C'est Japonais,
c'est Kojima, il faut s'attendre à un ou deux trucs bizarres.
Je me demande si en voyant cet hommage, un ou deux cyberpunks ont
pleuré derrière leur console en pensant à leur
quotidien de chasseurs de robot tueur.
En dix secondes, le jeu commence par me donner une mauvaise impression.
Dans les 10 minutes qui suivent, le jeu poursuivra cependant avec
l'une des intros les plus cools de l'histoire du jeu vidéo.
"Le 6 juin 1996, une arme biologique du nom de LUCIFER ALPHA
(rien que ça, ça fout les jetons) s’échappe
d'un centre de recherche de Russie, tuant 80% de la population mondiale.
Les zones contaminées deviennent inhabitables. Cet événement
a été surnommé : La Catastrophe."
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On reprend une inspiration.
"Mais l'humanité ne savait pas que son plus grand
danger était sur le point de venir. Cinquante ans plus tard,
une espèce de vie artificielle, mi-humaine mi-machine commence
à apparaître à Neo Kobe City. Ses représentants
tuent leurs victimes, prennent leur place dans la société
et ne peuvent être différenciés des personnes
qu'ils assassinent. Ils parlent, respirent, saignent et font même
caca. D'où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Sont-ils les éclaireurs
d'une invasion extraterrestre ou bien pire encore ? On ne sait pas,
et la population se contente juste de les appeler.... des SNATCHERs
!"
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J'vous jure, j'étais tellement pris dans le truc que je ne
me suis pas rendu compte que je n'avais plus de chips et que c'était
mes ongles que je bouffais depuis 2 minutes.
Si vous êtes un peu cinéphiles, vous l'aurez compris
en voyant les graphismes et en lisant ce résumé : ce
jeu est un hommage mélangeant Blade Runner et Terminator.
Généralement, quand on fait ce genre "d'adaptation
non-officielle", on doit s'attendre à une véritable
catastrophe. Mais l'intro, bien mise en scène, utilisant remarquablement
bien les capacités étendues du Mega-CD donne
un apriori positif. L'intro, se présente comme un générique
d'ouverture de film, dévoilant une Neo Kobe fortement inspirée
par le Los Angeles de Blade Runner, et surtout avec le morceau
jazz très ... hum, jazzy.
Ça
calme. Ça calme tout de suite. L’ambiance prend instantanément,
le joueur est immédiatement dans le bain. Le CD tourne depuis
8 minutes et on sait déjà que l'on a affaire à
un grand jeu.
On
nous présente ensuite notre personnage. Gillian Seed, un type
qui a une voix de canard et un imper, l'un des deux étant un
indice certain : c'est un détective privé. Il raconte
à son ex-femme qu'il est vaguement amnésique (elle aussi,
mais elle avait oublié, forcément) et que le seul mot
qu'il a en tête est .... SNATCHER ! Il a donc rejoint une unité
de police d'élite (sans passer par la case concours administratif,
c'est le futur cyberpunk, c'est le bordel !) dont la spécialité
est de traquer les Snatchers. Et tu sais pas quoi, chérie ?
Aujourd'hui c'est mon premier jour ! Salut !
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"T'inquiète
chérie, j'aurai tué tous les Snatchers d'ici à
ce que tu sois revenue de Séphora!" |
Une
voiture volante (parce qu'on est dans le futur) passe prendre Gillian
et l’emmène au QG des JUNKERS, qui ne sont pas comme
leur nom peut le faire penser des fans de kebab et de McDo, mais l'unité
de police en question. Gillian fait la connaissance de la secrétaire
(jeune, innocente, et probablement vierge parce que c'est une secrétaire
japonaise du futur), de Harry Benson le mécano, et de Benson
Cunningham (comme Karamazoff, aucun lien de parenté) son patron,
qui lui explique que son futur collègue, Jean-Jack Gibson (hommage
évident à l'auteur de Science Fiction, William Gibson,
et à Jean-Jacques Goldman) est en vadrouille sur la piste d'un
Snatcher, justement. Gillian n'a même pas le temps de prendre
un café qu'il se hâte de le rejoindre pour une enquête
qui bouleversera sa vie entière, car, comme tous les détectives
de fiction, cette enquête lui servira de prétexte idéal
pour se rabibocher avec son ex-femme, ou au pire, obtenir la garde
du chien.
"LA OU ON VA, ON N'A PAS BESOIN DE GAMEPLAY."
Dès que l'on prend le contrôle du jeu, il est
possible de se rendre compte des vocations contrariées d'Hideo
Kojima. Alors que ses premiers titres (oui, même Penguin
Adventure) étaient principalement une affaire
de gameplay, et que les nouveaux sont décriés car celui-ci
aurait été sacrifié sur l'autel des cinématiques
et de la technologie, Snatcher est en revanche sorti
à une époque où ces travers, si tant est qu'ils
en soient, auraient pu être évités ; il y avait
après tout foison, sur les ordis occidentaux, de jeux d'aventure
à la Space Quest
ou Leisure Suit Larry fondés
sur l'exploration et la recherche, et donc impliquant fortement le
joueur.
Snatcher,
lui, envoie carrément ce genre de gameplay se faire voir.
Soyons
francs et honnêtes : il n'y a d'ailleurs pas plus de gameplay
dans Snatcher que dans une bande dessinée
ou dans un livre. La preuve par les screenshots.
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Dans Snatcher, l'écran est toujours divisé
en deux. Une zone graphique, qui vous montre ce que voit votre personnage,
et la zone de texte. La zone de texte contient soit une description
ou un dialogue, soit une liste de verbes représentant la liste
d'actions possibles, afin justement d'afficher la description ou le
dialogue qui va bien. Cliquer sur LOOK vous donnera la liste des trucs
à examiner, cliquer sur INVESTIGATE donne à peu près
la même chose mais en plus fort puisque vous utilisez vos superpouvoirs
de fonctionnaire. TALK vous donnera la liste des sujets que vous pourrez
aborder dans la conversation. POSSESSIONS vous permettra d’interagir
avec vos, euh, oh et puis non je vais pas tout vous dire, devinez
un peu...
Avec
une interface pareille, vous l'aurez compris : il est franchement
impossible d'être bloqué bien longtemps dans Snatcher.
Dans le pire des cas, il suffira d'essayer toutes les options dans
tous les endroits et zou ! L'histoire avancera toute seule. Snatcher
est donc un jeu facile qui ne vous prendra pas la tête.
Et
c'est une bonne chose.
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Car,
et c'est un grand fan de ces jeux qui vous le dit, si les jeux Sierra
et LucasFilms de l'époque proposaient des gameplay nécessitant
vos neurones, cela se faisait au détriment de deux choses :
-le
scénario, souvent pas aussi complexe que cela.
-la
narration, saccadée quand elle n'est pas d'une lenteur moribonde
du fait des blocages dans l'aventure.
Ici,
toute l'histoire avance très vite. Le jeu dure entre 10 et
15 heures mais ce sont des heures bien remplies, sans le moindre temps
mort. On oublie donc rapidement le gameplay parfaitement creux du
jeu, pour se plonger dans l'histoire et dans l'ambiance. Et rapidement,
on se rend compte que malgré son côté simpliste,
Snatcher est un jeu très en avance sur son
temps.
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L'histoire,
effectivement à mi-chemin entre Blade Runner et Terminator
est l'une des mieux construites parmi tous les jeux sortis jusqu'alors,
et même jusqu'à aujourd'hui. Vous mènerez votre
petite enquête pour retrouver la trace de vos premiers snatchers,
suivant la moindre piste, puis vous interrogeant sur leur réelle
nature. Le jeu maintient un état de tension permanente, vous
emmenant parfois vers un interrogatoire musclé qui peut dégénérer
à tout instant jusqu'à une fausse piste (une séquence
du jeu "relativement" longue vous conduit à mener
l'arrestation d'un suspect qui se révélera un peu plus
tard innocent : elle vous tiendra en état d'alerte longuement
pour une simple raison...
Snatcher
annonce la couleur rapidement dans l'aventure. Oui, il y
a des mini-phases d'action, et comme dans tout jeu d'aventure, elles
sont parfaitement ratées et énervantes. Bizarrement,
mon expérience a été que celles-ci rendaient
l'aventure meilleure.
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Faites-lui
un bisou ! |
À intervalle régulier, mais pas non plus souvent, il
faudra dégainer son arme et tirer. Ces phases, compatibles
avec le laser gun de la Megadrive,
vous les ferez pourtant probablement au pad. L'écran est alors
divisé en une grille de 9 cases, et chaque fois qu'un truc
dépasse, vous devez lui tirer dessus comme un taré,
en espérant que la chose en question crève avant vous.
C'est souvent facile, mais parfois beaucoup moins.
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Vous
avez la possibilité de passer quelques coups de fil avec
votre visiophone... c'est le futur! |
En
quoi cela rend-il le jeu meilleur d'avoir une énorme faiblesse
dans son gameplay ? Ça tient en deux mots : Metal Gear.
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On
ne se serait pas déjà vus quelque part? |
Vous
me direz, je mélange tout, je suis fou. Pourtant non : il y
a bien un personnage du nom de Metal Gear dans Snatcher.
À l'origine, les deux jeux étaient censés se
dérouler dans le même univers, vous trouverez même
des petits clins d’œil aux premiers Metal Gear
dans Snatcher. Ici, le Metal Gear en question est
un petit robot doublé d'une intelligence artificielle qui vous
suit en permanence, commente vos actions, prend vos coups de téléphone
et se fout parfois ouvertement de votre gueule, ce qui est un grand
plaisir. Metal Gear est l'incarnation même du sidekick,
euh, désincarné. Vous êtes son Sam. Il est votre
Max. Sauf que Max n'est pas équipé d'un détecteur
de mouvement ou de système d'analyse perfectionné.
À plusieurs reprises, Metal Gear vous conseillera, alors que
le piste des Snatchers ou de toute autre personnage hostile est chaude,
de "Proceed with EXTREME caution", car ses détecteurs
de mouvement sont en alerte alors que l'endroit est apparemment désert.
À d'autres moments, il vous préviendra que l'individu
en face de vous est armé ou que son attitude trahit une possibilité
d'attaque imminente. Avec le temps, vous verrez que ce personnage
à la voix féminine et robotique parfaitement doublée
est clairement l'une des raisons principales qui font de Snatcher
un excellent jeu.
Vous prévenant ainsi de la possible imminence d'une phase de
gameplay pourrie dans les minutes ou secondes à venir, Metal
Gear vous met parfois dans un état de réelle tension.
Et ça, c'est carrément Meta comme disent les jeunes.
Je ne saurais dire si cela est volontaire mais le fait est que...
ça marche. Et ces phases de tirs ne durent pas si longtemps,
en plus.
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Préparez
vous à l'entendre souvent cette phrase ! Et pas
forcément à raison. |
Chose
amusante : Si Metal Gear dans Snatcher est un clin
d'oeil à, euh, la série Metal Gear, dans Metal
Gear Solid 4, Snake est également accompagné
d'un petit robot du nom de Metal Gear Mk2.
Metal
Gear Solid 4 fait donc référence à Snatcher,
qui ... fait référence à Metal Gear.
Et ça, c'est carrément balèze.
DES DIZAINES DE MEGA OCTETS D'AMBIANCE.
Et c'était tout de même beaucoup pour l'époque.
Snatcher,
ici testé en version Mega-CD doit l'essentiel de sa
qualité à sa technique parfaitement maîtrisée.
Nous ne sommes pas ici sur un titre cartouche, et cela se ressent
dès l'intro, ne serait-ce que par les musiques qui sont toutes
d'excellente composition et retranscrivent l'ambiance quel que soit
le lieu ou la situation.
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Le jeu exploite sans aucun doute les qualités de calcul et
d'affichage additionnelles qu'offre le Mega-CD. En dehors
de couleurs un peu flashy, on se croirait presque sur un titre PC
typique de l'époque des 486, voire des débuts de la
PS1 (plateforme sur laquelle le titre a pu sortir quelques
années plus tard sans trop rougir).
Mais
la technique n'est rien : le jeu a recherché son esthétique
Cyberpunk en s'inspirant ouvertement de Blade Runner, mais en sachant
également se créer une esthétique manga très
80's. Si ce mélange un peu bâtard laisse craindre le
pire, il n'en est rien. Snatcher a un univers maîtrisé,
et peut s'enorgueillir d'être l'un des meilleurs jeux cyberpunk
a être sorti.
Comme
si cela ne suffisait pas, en dehors de la musique, le niveau d'écriture
n'est pas en reste.
Il
est difficile de commenter le scénario sans spoiler comme un
goret, aussi je ne me risquerai pas à cette exercice. Je me
contenterai de vous indiquer que le jeu se décompose en trois
actes, chacun ayant une identité propre. Le premier vise à
l'élimination d'un couple de Snatchers, les circonstances vous
mettant de force sur leur trace. Le second s'attaque plus au cœur
du problème : l'origine des Snatchers et leur objectif.
Le troisième acte, dont je ne dirai rien sur les événements
qui y transparaissent, était absent de la version MSX,
tout simplement par manque de place sur les disquettes qui étaient
à l'époque une matière assez chère. Il
est très différent des deux premiers en ce qu'il est
parfaitement linéaire, peu interactif, et contient huit rebondissements
à la minute. Développé bien plus tard (même
si tout laisse à penser qu'il a été écrit
dès la version MSX), cette mise en scène parfaitement
critiquable et outrancière dans la cutscene nous ramène
de nouveau à Kojima et à ses contrastes. Et même
s'il est relativement médiocre, il ne l'est pas suffisamment
pour faire oublier les qualités des deux premiers.
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Oh
mon dieu, du savon, c'est affreux! |
Car
pendant des heures, vous passerez de traqueur à traqué,
à relever les moindres indices, à fréquenter
les bars glauques, explorer même parfois les égouts et
fouiller les résidences. Vous côtoierez femmes fatales
(dont votre ex, que vous pouvez joindre à tout moment comme
d'autres personnages par téléphone), crapules, collègues
de la police dans un thriller futuriste qui surprend pour une autre
raison : sa qualité d'écriture.
Disons-le
franchement : la place limitée à la lecture et la réserve
affichée face aux longs dialogues font que bien que la plupart
des jeux de l'époque, du moins sur console, avaient pour
certains de bons scénarios, la plupart étaient franchement
mal écrits. Phrases simplistes, dialogues caricaturaux. Si
cela s'est un peu amélioré ces dernières années,
je m'attendais à retrouver le même style d'écriture
dans Snatcher.
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Ces
deux scènes augmenteront votre rythme cardiaque pour
des raisons différentes |
Eh
bien non, même pas, le jeu assure même sur ce plan. Les
textes sont tous plus soignés les uns que les autres. Je ne
saurais dire si Kojima lui même est responsable de leur rédaction,
mais si c'est le cas, alors ce n'est pas une carrière dans
le cinéma qu'il a ratée, mais plutôt dans l'écriture.
On en revient presque à regretter le doublage un peu caricatural
et surjoué de la plupart des personnages (en dehors de l'excellente
voix attribuée à Metal Gear), et le titre mérite
véritablement d'être classé parmi les "romans
visuels interactifs", comme les jeux de ce genre sont parfois
appelés... Mais surtout, il convient de le placer en haut du
panier. Une fois Snatcher démarré,
difficile de décrocher. L'atmosphère vous enveloppe,
vous vous engouffrez dans l'histoire, et n'en ressortez que par une
conclusion qui semble arriver trop vite malgré une durée
de vie tout à fait honorable pour un titre du genre.
MAIS ENCORE !
Je
ne ferai pas ici un topo comparant toutes les versions de Snatcher.
Il serait inutile, car cette version Mega-CD est la seule
franchement accessible au commun des mortels.
Ceci étant, avant la version Mega-CD une autre version
de Snatcher est également sortie sur MSX
et vaut la peine que l'on s'y intéresse en passant. SD
SNATCHER.
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Comme son nom l'indique, c'est une version euh, SD, de Snatcher.
Les personnages y ont une tête disproportionnée et passent
leur temps, même pour les méchants, à faire des
têtes trop choupitoues. Mais les différences ne s'arrêtent
pas là : il s'agit radicalement d'un nouveau jeu. Le gameplay
devient celui d'un RPG carrément honnête, avec ses combats
au tour par tour et son exploration de "donjons". Le scénario
subit quelques variations par rapport à la version originale,
mais reste identique dans les grandes lignes. On est en revanche surpris
par l'acte 3, qui lui est radicalement différent de la version
Mega-CD tout en conservant pourtant de nombreux points communs.
Peut-être avons-nous là une pré-version de ce
que Kojima souhaitait faire à l'époque avant de se raviser
et d'explorer un style plus... directif.
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Comme dit plus haut, Snatcher n'aura jamais de véritable
suite (en dehors d'un radio drama). Il aura cependant une suite spirituelle
: Policenauts.
Le
jeu mériterait un article à lui seul. Je me contenterai
de dire que le gameplay est pratiquement identique à celui
de Snatcher. Sa différence principale réside
à sa source : là où Snatcher
est inspiré de Blade Runner, Policenauts,
lui, ressemble à une version futuriste de...
Oh et puis non je vous dis rien. Regardez juste ces screenshots. Les
personnages ne vous rappellent rien?
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Vous
n'êtes pas trop vieux pour ces conneries |
Oui
oui. Policenauts est une version cyberpunk de l'Arme
Fatale. Le jeu est encore une fois d'un très bon niveau,
même si je pense avoir été davantage captivé
par Snatcher. Policenauts est uniquement
sorti au Japon, mais une fan-traduction d'excellente qualité
est sortie il y a quelques temps. Si vous possédez le jeu original,
il vous suffit d'en faire des isos, de les patcher, et le tour est
joué dans votre émulateur ou sur votre PS1
pucée ! Et si vous avez aimé Snatcher,
vous auriez tort de vous priver.
Au-delà, on trouve peu de titres semblables à Snatcher
et Policenauts. Tout juste pourrais-je vous recommander
la série des Tex Murphy
et l'adaptation par Westwood de Blade
Runner...
..
Mais tout ça ne me rendra pas mon rêvé Snatcher
2.
Ni
mes femmes nues.
Mickmils