


Voir au préalable l'article sur Metal Gear Solid
Dans le microcosme des jeux vidéo, comme dans le cinéma dailleurs, il est des suites qui se contentent de reprendre un concept avec plus ou moins de bonheur, de copier bêtement leur prédécesseur, doffrir une nouvelle vision du sujet
Rares sont celles qui parviennent à dépasser leur aîné en reprenant point par point ce qui en faisait la richesse, et en en gommant tous les défauts. Au même titre que le brillant SSX3, lappliqué Donkey Kong country 2 (et encore, la folie du 1 ny était plus) ou larlésienne Half-life 2, la liste est longue, MGS 2 est de ceux là, voire même mieux : cest laboutissement dune carrière de développeur, dune vie de joueur (on va se calmer). Décrire avec des mots serait une gageure ce qui ne peut être compris dans sa pleine mesure quau moyen dune manette... je vais pourtant essayer de vous prouver quavec MGS 2, MGS tout court peut retourner six pieds sous terre !
Se battre, oui, mais pourquoi ?
Petit rappel pour ceux qui auraient loupé la première édition, parce que cest vraiment compliqué. Dans MGS, vous incarnez un sympathique cro-magnon du XXIè siècle, un poète qui sexprime avec ses poings et son flingue : Solid Snake, chargé de vider un entrepôt à ogives paumé en Alaska ainsi que la foule de squatteurs qui y ont élu domicile et menacent d'utiliser le Metal Gear Rex pour lacher une ogive nucléaire. Au cours de la mission, vous rencontrez le concepteur de Rex, Otacon, qui vous aidera à accomplir votre devoir. Vous trouverez également en sa nièce un précieux allié. Pour la petite histoire, sachez quau cours du jeu, on vous proposera de sauver soit lun soit lautre de ces deux personnages, et comme la galanterie naurait pas assuré un scénario décent, MGS 2 se base sur le postulat que vous avez laissé mourir la fille (qui soit dit en passant vous avait pris la tête tout au long du jeu).
Quelques années après cette aventure, des Metal Gear ont été développés par chaque grande puissance, comme le fut larme atomique en son temps. Solid et Otacon, conscients des risques que cela représente pour la bonne santé du monde, ont fondé une ONG chargée de militer contre la prolifération abusive de ce type darme. Une mission de routine est alors attribuée à Solid : infiltrer un tanker de lUS army afin de photographier un tout nouveau prototype de Metal Gear. Les commandes sont données au joueur après une scène dintroduction dans le plus pur style hollywoodien, à couper le souffle (même si on se croirait un peu dans un Steven Seagal). Vous êtes sur le pont du navire, seulement voilà, un imprévu
Le coup de poker de Hideo Kojima
Après le succès mondial de MGS, tout le monde attendait léquipe de Konami au tournant. Pour loccasion, cette dernière sest fendue dune communication très élaborée avec promesse à la fin du 1 dune suite, diffusion de vidéos montrant Snake en action, démo jouable offerte avec le jeu Zone of the Enders (un autre hit signé Kojima)
Il y avait cependant une surprise, et de taille : lidole toute fraîche (beaucoup ignoraient que Solid Snake avait 15 ans de carrière derrière lui) se voit très vite évincée. Son scénario de prise de photo tourne court (30 minutes environ), et la page est tournée au profit dun autre personnage : une bleusaille dénommée Raiden.

Autant dire tout de suite, au risque de gâcher le suspense, que ce nouvel arrivant est le seul point noir au tableau, tant il est bête et manche, mais il permet de voir Solid Snake en tant que PNC, ce qui apporte un plus à la légende. Je ne vous dirai ni à quoi sert Raiden, ni quel est son scénario, car cela 'spoilerait', donc chuuut !
Quoi dautre ?
Tout dabord, le gameplay na pas vraiment changé. En définitive on y exécute depuis 15 ans les mêmes action de base, celles qui ont fait la célébrité de la saga et créé un genre vidéo-ludique : l'action-infiltration. Une grosse innovation est cependant un système de visée en vue subjective redoutablement instinctif (cest rare sur console), ce qui représente un plus puisque cela pousse le jeu vers une utilisation plus systématique des armes à feu. Ensuite, on vous a rajouté deux-trois actions, en plus de toutes celles disponibles dans le 1, comme les tractions (un peu gadget) ou le roulé-boulé (très utile et redoutablement bien animé). Elles sintègrent dans le maniement de MGS1 qui a été considérablement assoupli : désormais, aucune erreur de manip nest imputable à la manette.


LIA a subi des changement importants, sans toutefois que les grandes lignes en aient été modifées. Les gardes sont toujours sensibles aux bruits, à la vue d'objets mouvants, aux traces de pas, et ils parlent toujours tout seuls. Par contre, lorsquils ont cru percevoir votre présence, il nhésitent pas à appeler par radio leur collègues histoire de patrouiller le secteur. De même, agressez-en un et vous aurez droit à la venue de ses petits copains. Et lorsquils auront décidé dêtre vraiment lourds, ils appelleront en renfort un homme équipé dun bouclier qui se chargera de protéger son pote pendant que celui-ci vous ajustera au fusil à pompe. Même si vous parvenez à fuir, la zone sera sous contrôle plus serré, aux depends votre marge de manuvre.
Par ailleurs, chaque cadavre que vous laissez derrière vous devra être entreposé quelque part. En effet, les corps ne disparaissent plus comme par magie. Vous devrez soit les traîner derrière vous, soit les cacher dans un casier après leur avoir fait les poches. Si vous ne le faites pas, un autre garde, qui trouvera son camarade (oui, j'oubliais : ils sont Russes) refroidi donnera lalarme. Cette phase rébarbative vous donnera loccasion de profiter des prouesses accomplies en matière de moteur physique par léquipe de Konami.


Il est aussi possible de braquer un ennemi. Il mettra les mains en lair et optera pour deux comportements au choix. Soit vous supplier de ne pas le tuer et vous jetter tout ce quil a sur lui, soit faire la grande gueule (« vas-y tue moi si tu oses » !). Vous serez alors obligé de lui tirer dans la jambe pour quil coopère. A la clé, des munitions, rations et surtout son dog-tag, c'est à dire sa plaque militaire que vous devrez collectionner pour débloquer des bonus. Au passage, je vous signale que maintenir un soldat en joue révèle de lexploit dans certaines situations, même en mode Easy : la quête peut donc être très longue
Le soldat braqué nest pas pour autant un niais, et il saisira la moindre ouverture pour reprendre la main : sil est possible de le mettre en joue avec un pistolet vide, ne vous avisez pas de tirer, car il comprendra que vous n'avez pas de munition et vous enverra quelques pruneaux bien placés. Il en est de même si vous détournez trop le regard de lui.
Vive le bourrinage
Une critique quon pourrait adresser à MGS 1 est le fait quon est tout le temps freiné dans ses désirs de carnage par un système de jeu des plus rigide. Ce défaut est corrigé dans le 2. Vous démarrez notamment le jeu avec un pistolet tranquilisant silencieux qui vous permet de faire feu à tout va sans attirer lattention. De plus, un système de localisation des dégâts a été ajouté, rendant plus jouissive la tuerie : cest un plaisir de se retrouver sur une plateforme bien à labri avec dans le champ de tir 6 ou 7 gardes quon snipe gentiment dans lorgane de son choix. Ce nouvel ajout est cependant à double tranchant, car les ennemis, selon que vous les touchiez en pleine tête ou dans la jambe avec le pistolet tranquillisant, nauront pas le même temps de réaction. Par exemple, un tir dans le pied laisse au garde le temps de se retourner, de vous voir, de communiquer avec sa radio, voire même de vous descendre avant de sévanouir. Cette donnée vous obligera donc à prendre votre temps pour ajuster votre adversaire, ce qui est dans les niveaux de difficulté élevée difficilement conciliable avec la pression imposée par les tours de garde à répétition et le grand nombre dennemis dans certaines situations.


Pour répondre au souci de précision quimpose ce nouveau système, un mode de visée à la première personne a été ajouté. On pouvait craindre une jouabilté désastreuse comme ce fut le cas dans bon nombre de FPS sur console, il nen est rien : votre personnage est immobile et vous navez donc quà vous préoccuper de la visée. Cet exercice est extrêmement agréable (car grandement facilité par ce choix ergonomique) la plupart du temps, et de ce côté encore, on ne peut que féliciter les développeurs.


Larsenal mis à votre disposition sest étoffé dans cet opus avec notamment lentrée du chouchou de tous les « terros » du monde entier : le AK 47. Sinon, toutes les anciennes armes ont été reprises, auxquelles on doit ajouter le sabre du ninja, un nouveau fusil dassaut remplaçant le Famas, un nouveau pistolet remplaçant votre sacro-saint Socom, des munitions tranquillisantes pour votre sniper et autres joyeuseries. Les accessoires ne sont pas en reste, puisque vous aurez en plus des classiques rations et tranquillisants, des lunettes thermiques (à la manière dun Splinter cell), des détecteurs de mines de différentes sortes, un kit de déminage, un micro directionnel et des bandages. Ces derniers se justifient par le fait que vous pouvez désormais souffrir dhémorragie (dans ce cas là vous répandrez une traînée de sang que les ennemis détecteront). Autre nouveauté, le AP sensor. Cest un capteur qui détecte les ennemis et vous indique leur distance par rapport à vous par les vibration de la manette : vital dans les niveaux de difficultés et les phases de jeu où vous ne disposez pas du radar.


Lintérêt des missions
Aucun doute ne doit être permis à ce sujet : si MGS faisait la part belle à lintrigue tortueuse et au scénario à rebondissements (catastrophes pour la plupart), MGS 2 enfonce le clou. Les liens avec le premier épisode sont clairement revendiqués comme partie intégrante du scénario, et lhistoire est un vrai chef duvre de conspirationnisme (même si on en reste à de la pure fiction). Un stade est atteint dans le jeu vidéo, celui qui le fait passer de divertissement au rang duvre cinématographique interactive, tant la mécanique narrative est bien réglée. La vision de Kojima transparaît dans chacun des clins dil, traits desprits ou comportements sappuyant sur la mythologie mise en place dans MGS premier du nom. En révéler trop serait du gâchis si vous ne connaissez pas le jeu. La contre-partie de ce travail narratif qui explore les limites du jeu vidéo en tant qu'outil de création de mondes virtuels, c'est que l'action est très souvent interrompue par des cinématiques.


Sur le plan du gameplay, MGS2 est un véritable bonheur et surpasse tout ce qui a été précédemment tenté en termes dimmersion et de réalisme : on fait corps avec le héros et le monde qui lentoure. L'absence de bugs d'affichage permet une intégration parfaite des personnages dans les décors. Snake et Raiden sont fluides et répondent au doigt et à lil : jamais lidéal de double virtuel naura été aussi proche dêtre atteinte. Pour preuve, on nimagine jamais d'autres mouvements que ceux proposés pour solutionner un problème rencontré dans le jeu.


La finition est poussée dans les moindres détails. A linstar du MGS1, on se trouve dans un véritable univers parallèle avec ses codes, ses habitants, leurs habitudes, leur routine. Des influences du jeu daventure-RPG sont même perceptibles au vu du nombre de missions que vous devrez accomplir, ainsi que de toutes les quêtes parallèles. Il est impossible de lister, comme on pouvait le faire dans le 1, toutes les bizarreries du jeu, les private jokes, les anomalies dans un univers qui pourtant est censé être idéalisé. Le vice est même poussé à lextrême lorsque vous devrez discrètement longer un mur pendant quun soldat vous surplombant se soulage dune envie pressante dans le vide, croyant que personne ne le regarde...
Si MGS2 - Sons of Liberty (qui fut une des première exclusivité PS2 à rencontrer un succès mondial) ne proposait que son mode aventure avec ses deux missions, on pourrait déjà le qualifier de légende du jeu vidéo. Mais sa version longue, jai nommé MGS 2 - Substance (sortie sur PS2, Xbox et PC) va encore plus loin.
Les add-ons à nen plus finir
Premièrement, Substance vous offre à un nombre incalculables de VR-missions. Elles se déroulent dans un univers cel-shadé non texturé, dont la couleur varie en fonction des heures de la journée. Comptez au bas mot une trentaine dheures pour toutes les boucler, sachant quelles vous proposeront des phases délimination, dinfiltration, de maniement des armes et de FPS (loupées pour ces dernières). Sy ajoutent les Alternatives Missions, se déroulant dans les différents niveaux du jeu, et proposant des challenges comme lélimination, le déminage ou le hold-up (braquer un certain nombre de gardes). Les plus compliquées pousseront le vice jusquà vous placer sans radar dans le noir, avec un sabre pour seule arme face à 10 gardes munis de lunettes infrarouges et armés de fusil à pompe. Comptez bien une quarantaine dheures, rien que pour vous farcir le cumul VR + Alternatives missions.


Pour les nostalgiques de Solid Snake (et surtout les très bons joueurs), les concepteurs ont implémentés 5 Snake Tales : des quêtes hors de tout contexte scénaristique où le but sera de prendre des photos ou de sauver Meryl par exemple, à la difficulté par moment inhumaine. Le rajout devient overdose devant le boss mode (no comment), le mode théâtre (revoir les excellentes cinématiques en changeant les personnages), le livre de Natascha Romanenko de MGS1, le mode skateboard (marrant trois minutes), ou encore le DVD bonus « Document of MGS » exposant les décors, personnages et musiques.
En conclusion
Même si on pourrait hurler au passage de brosse en lisant cet article, les faits sont là : MGS 2 est un jeu parfait. Y jouer revient à faire une expérience que peu de jeux ont proposé jusque là. Les réussites s'accumulent sur tous les plans : fun, technique (la version PS2 fait sortir ses tripes à la machine) et scénaristique.


On pourra seulement reprocher le manque de charisme de Raiden (un véritable appats à baffes) ainsi le fait quil faut absolument avoir connaissance de toute lhistoire du 1 pour profiter du jeu au maximum. En dehors de ça, il faut bien creuser pour trouver « ces mille petits détails sans importance qui auraient pu être mieux », ou plutôt faire preuve de mauvaise foi.
Le nirvana aurait pu être atteint lorsquon sait que la symbiose totale avec le 7ème art fut pensée pour le jeu Enter the Matrix. En effet, les frères Wachowski voulaient confier le développement de cet ambitieux projet à Kojima, vraisemblablement pour limplication du joueur dans ses jeux, pouvant prolonger des refléxions développées dans le film. Manque de bol, cest Atari qui a finalement décroché la licence et confié le développement dans un délai impossible à Shiny Entertainment. La suite, vous la connaissez...
Thomas V.