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Rampage
Année : 1986
Système : Arcade, Amiga, Amstrad CPC, Apple II, Atari 8-bits, Atari ST, C64, Lynx, Master System
Développeur : Bally Midway
Éditeur : Bally Midway
Genre : Arcade / Action
Par chatpopeye (01 septembre 2014)

C'est durant l'été 1988 que je découvris le jeu dont il est question dans cet article. Je me trouvais alors aux États-Unis, à une époque où fleurissaient encore des bornes d'arcade à tous les coins de rue ou presque, et surtout des bornes d'arcade qui n'avaient pas encore été distribuées en France (ou en tout cas pas dans ma ville), ce qui m'avait d'ailleurs permis à mon retour de flamber auprès de mes camarades socialement désavantagés. Parmi les Vigilante, Dragon Ninja et autres Karnov inconnus jusqu'alors par chez moi se trouvaient des bornes un peu plus exotiques, telles 720° et sa trackball, Thunder Blade et son siège baquet... Ce fut néanmoins une autre borne qui exerça une sorte de fascination sur moi. Une borne qui comportait trois joysticks, et qui mettait en scène des monstres. Une borne sur laquelle trois personnes pouvaient jouer simultanément, avec chacune un personnage différent. Fin du fin, les personnages étaient supposés être des méchants ! Voilà qui était peu courant à l'époque, et une nouveauté pour moi.

Comment faire quand on est un développeur talentueux bridé par les limitations techniques de la machine sur laquelle on est censé développer ? C’est ce que se dit Brian Colin, ayant déjà travaillé sur des jeux comme Discs of Tron, Jump Shot ou SpyHunter lorsqu’il lui fallut concevoir un nouveau jeu sur le système d’arcade propriétaire de la compagnie Bally/Midway, système qui ne permettait pas l’utilisation d’arrière-plans animés. Tout au plus pouvait-on faire apparaître et disparaître des rangées de blocs rectangulaires. C’est alors que Brian eut l’idée d’immeubles s’effondrant sur eux-mêmes, une bouillie de pixels figurant la poussière, et, partant, de monstres à la King Kong s’attaquant à une ville. Rampage était né. Enfin presque. Brian Colin dut néanmoins aller directement voir le nouveau président de Bally/Midway pour obtenir l’accord de développer son jeu, mais j’en reparle un peu plus loin. Avec son compère programmeur Jeff Nauman, ils purent enfin développer l’un des jeux d’arcade les plus amusants des années 80.

L'écran d'accueil... et une présentation des créateurs et créatures.

Le souci avec les mutations, professionnelles ou non, c'est que ça vous tombe dessus quand on ne s'y attend pas. Suite à un incident radioactif, trois chercheurs ont muté et se sont transformés en monstres, que le joueur va pouvoir incarner : George, singe géant, inspiré directement de King Kong, Lizzie, lézarde géante, variante américaine de Godzilla, et Ralph, loup géant, peut-être un peu garou aux entournures. Trois joueurs peuvent jouer simultanément, avec le personnage de leur choix. Bien entendu, si deux joueurs seulement veulent jouer, par exemple avec George et Ralph, il n'y a pas de lézard...

Les trois compères vont alors se déchaîner sur de nombreuses villes des États-Unis et du Canada, et réaliser le fantasme ultime de l'apprenti-dictateur qui sommeille en nous, tout casser dans la ville. Tout. Et écraser les misérables humains qui osent venir nous déranger dans notre entreprise.

Un telex nous informe de la situation, tout en nous donnant un aperçu de ce à quoi ressemblaient les chercheurs avant l'incident. Et l'on constate qu'il n'y en avait visiblement qu'un qui bossait sérieusement. Mais bon, il faut continuer à financer la science avec nos impôts...

Je sens que je vais tout casser !

Le jeu est découpé en une centaines de tableaux différents, fixes, censés représenter une ville américaine, chacun étant composé d’un nombre variable d’immeubles. Et ces immeubles, il va falloir les détruire. Une fois détruits, on passe à la ville suivante. C’est simple comme bonjour, mais à moins d’aligner les piécettes et d’avoir une longue journée d’oisiveté devant soi, il est difficile d’arriver au bout de la centaine de villes, qui en plus se répètent cinq fois avant de repartir à zéro. Il est d’ailleurs dommage que, si les villes portent bien des noms de cités américaines (Joliet, Albuquerque, Detroit...), on n’y retrouve pas de buildings caractéristiques tels l’Empire State Building, la Willis Tower, ou bien la Bank of America Tower (ce qui est logique vu qu’elle n’a été construite qu’en 2009) et la Tupperware Tower (qui n’existe que dans mon imagination).

Il en sort de partout. Des bouches d'égouts jusqu'aux fenêtres.

Je vais tout casser, si vous touchez...

Nos trois larrons disposent d'une petite palette de mouvements. Ils peuvent se mouvoir sur le plan horizontal et peuvent effectuer de petits bonds, toujours en avant, jamais sur place. Pourquoi ? À cause de la mutation, sans doute. Ils ont également la possibilité de grimper sur les immeubles. Il s'agit d'ailleurs d'une nécessité, sans quoi, on ne peut rien casser, et le jeu perd tout intérêt et le joueur son temps et son argent. Enfin, les monstres peuvent donner des coups de poing devant eux, au-dessus d'eux, et devant leurs pieds. Chaque coup porté entraîne la destruction d'une partie du bâtiment, ou bien permet d'attraper un humain ou un objet du décor. Mais comme indiqué plus haut, il est impératif d'être agrippé à un bâtiment pour pouvoir lui occasionner des dégâts. Si vous êtes au sol, cela vous sera impossible, ce qui est assez singulier. Peut-être que les bâtiments ont muté eux aussi...

Dans Rampage, on peut casser tout ce qui se trouve à l'écran, que ce soient les immeubles, les véhicules ou les petit ponts de bois (qui ne tenaient plus guère que par un grand mystère et deux piquets tout droits). Cependant, au grand dam de Patriiiiick, on ne peut pas casser laaaaaaaa voie. Pour casser un immeuble, rien de plus simple. Il suffit de s'accrocher à l'un de ses côtés, de grimper un peu et de commencer à bourriner. Puis, il faut à nouveau grimper (ou descendre), frapper encore, changer de côté... Il est également possible de frapper sur l'immeuble voisin. Attention toutefois, lorsque l'immeuble est sur le point de s'effondrer, un nuage de poussière se forme à ses pieds. Il est alors grand temps de redescendre, ou mieux, de sauter. Sinon, votre créature fera une mauvaise chute, non sans s'être au préalable caché les yeux. Ces mutants, tous des lâches... S'il vous prend l'envie de grimper jusqu'au sommet, vous jouirez d'une vue imprenable sur la ville, mais c'est à peu près le seul avantage que vous en retirerez. Bien sûr, si un hélicoptère ou un avion vient à passer, vous serez aux premières loges pour le détruire, mais si vous vous approchez trop près du bord, vous perdrez l'équilibre, vous cacherez les yeux... Bref, vous connaissez la suite.

Ah ils ont l'air fier, nos monstres, une fois qu'ils ont tout cassé...

Casse tout pôv'con !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les autorités ne vous laissent pas détruire la ville sans réagir. Ainsi, les forces armées vont tout mettre en oeuvre pour vous faire comprendre que votre comportement nuit fortement à la réputation de la ville et risque d'être un sérieux frein à l'activité touristique. Et là, l’armée a déployé les grands moyens : fantassins, hélicoptères, tanks... Tous ces personnages vont vous tirer dessus dès l’instant où vous aurez commencé votre entreprise de démolition. Les balles des fantassins, bien que désagréables, sont toutefois moins dangereuses que les rafales des hélicoptères, voire des obus des tanks qui eux, en plus de vous faire légèrement reculer, vous ôtent une bonne portion de vie. Néanmoins, l’armée n’osera pas tirer sur vous si vous capturez et gardez dans votre patte un certain personnage, différent selon le monstre que vous incarnez. Si vous jouez avec George, tenir une jeune fille dissuadera l’armée de vous tirer dessus...pour Ralph, il s’agit d’un homme d’affaire. En désespoir de cause, certains soldats déposent une charge d’explosifs au pied des immeubles afin de les détruire avant que vous ne le fassiez. D’un côté, il faut reconnaître que ça vous facilite la tâche (même si cela ne vous rapporte aucun point), de l’autre, vous devrez veiller à ne pas rester bêtement perché sur ledit building au moment où celui-ci est en train de s’effondrer. Cette charge d’explosifs (ainsi que son poseur, c’est selon les goûts de chacun), peut être avalée par le personnage que vous dirigez. S’ensuit alors une petite animation bien plaisante dans laquelle votre monstre se transforme instantanément en cracheur de feu. Libre à vous ensuite de faire la quête parmi les badauds...Mais non ! On ne fait pas la manche, quoique les développeurs auraient pu ajouter cette quête annexe.

Toutes ces balles et ces chutes malencontreuses font donc naturellement baisser votre barre d’énergie. Mais il y a pire ! Si attraper une jolie demoiselle perchée à sa fenêtre et en faire son ordinaire est bon pour votre santé, à l’instar des fruits, manger un cactus avec son pot vous fera tousser, diminuera votre barre d’énergie, et vous dégoûtera de la nourriture mexicaine. De même, si vous tenez absolument à écrabouiller une télévision ou un néon, attendez que ceux-ci soient éteint, sous peine de vous prendre une châtaigne, fruit mortifère s’il en est. Si malgré tous vos efforts, votre barre de vie est vidée, un phénomène curieux se produit. Vous subissez une mutation inverse. Vous redevenez humain ! Un humain tout nu, car le jeu garde une certaine cohérence. Et vous voyez votre personnage, tout penaud, se diriger vers un bord de l’écran, en essayant de cacher ce qui doit l’être. Rampage se paye le luxe de vous faire vivre deux rêves (ou cauchemars) en un : déambuler tout nu dans une ville ravagée par un monstre géant. Enfin, lorsque vous êtes dans cet état, vous avez la possibilité de continuer la partie : votre humain se retransforme en monstre et repart à l’assaut de la ville. Mais si vous jouez à plusieurs, l’un de vos compères peut également décider de vous attraper et de vous gober, à charge pour vous ensuite, une fois le jeu terminé, de lui rappeler les règles élémentaires de la civilité.

Les cadres intermédiaires n’étaient pas emballés par l'idée du jeu, est c’est pour cela que Colin est allé directement voir le boss de Midway qui a accepté d’emblée. Ce qui choquait le plus les pontes de Midway, c’était non seulement la nudité des personnages redevenus humains, mais surtout le fait que l’on puisse gober son partenaire.

Sur l'image de droite, on aperçoit le petit Ralph qui, une fois redevenu tout rikiki, tente de s'en aller en évitant de se faire gober.

Casse le toit pôv'con !

Il faut bien avoir en tête que Rampage est un jeu écologique. Mais oui. Le monstre n’est pas celui que l’on croit, c’est la pollution, donc l’homme industrialisé. Nous sommes passés du monstre des années 30 à celui des années 70. C’était bien dans l’air du temps, il suffit de comparer les deux versions de King Kong (1933 et 1974). La deuxième version emprunte beaucoup au thème de l’écologie, avec une volonté de montrer Kong sous un aspect humain, de dénoncer la toute-puissance du pétrole qui conduit finalement l’humanité à sa perte... Bref, si l’on devait retenir une morale de Rampage, ce serait certainement : “Arrêtons de jouer avec la science, pauvres fous, ça risque de mal tourner et vous serez maudits jusqu'à la fin des temps.” ou quelque chose d’approchant et de mieux formulé.

Les principes du jeu, on l’a vu, sont assez simples et permettent déjà des parties endiablées et amusantes au possible. Mais comme si cela ne suffisait pas, les joueurs ont instinctivement développé une sorte de gameplay émergeant, encore qu’on peut supposer que ces actions détournées ont bel et bien dû être envisagées par les développeurs. Quand on joue à deux, on peut jouer au ping-pong en se renvoyant le tramway, on peut également s’amuser à faire sauter la bouche d’égout avant de l’envoyer valser, on peut jouer à sauter de toit en toit et à se pousser... Et bien évidemment, on peut passer la partie à se frapper dessus, ce qui n’aidera en rien nos protagonistes dans leur tâche, mais permettra de se défouler à peu de frais. Le fait de pouvoir frapper son coéquipier sera repris bien sûr plus tard, notamment dans Double Dragon, encore que dans ce dernier jeu, frapper son partenaire était souvent le résultat d’une maladresse (sauf dans le final, bien sûr). Et, contexte oblige, la tension qui se dégageait de la partie entraînait des protestations sincères du joueur “frappé” et des excuses de la part du joueur maladroit. Dans Rampage, non. Frapper son adversaire est un acte volontaire, et franchement amusant, si ce n’est mérité.

Toutes ces personnes aux fenêtres implorent une quelconque aide. Elles n'en feront pas moins un excellent souper.
Georges, pris de vertige, est sur le point de faire une mauvaise chute.

Les adaptations cassent-elles des briques ?

Je ne me suis pas amusé à tester toutes les versions sorties, d’autant qu’elles sont légions, notamment sur les machines étrangères, et que chaque machine ou presque a eu droit à sa version. Je me souviens néanmoins avoir passé du bon temps sur une version PC, ainsi que sur la version Master System, bien supérieure à la version NES, assez vilaine. La version Lynx est également intéressante, car outre qu’elle propose un personnage supplémentaire, un rat, la vision d’ensemble est assez différente Les personnages sont extrêmement gros par rapport aux autres versions, ce qui entraîne l’utilisation d’un scrolling pour pouvoir accéder à toutes les parties du tableau en cours. Alors que la version arcade ne comporte aucune musique (hormis quelques notes avant de débuter la partie), on en trouve sur quelques versions, notamment sur ST, Lynx et sur CPC. Pas de voix digitalisées, en revanche, sur quelque version que ce soit, alors que c’était un élément relativement fréquent sur les bornes Midway à l’époque. Enfin, Rampage est également un jeu que l’on retrouve souvent dans les diverses compilations sorties par Midway sur les consoles des années 2000. Vous jouerez ainsi à la version originale.

Versions Atari 7800 et Apple 2
Versions CPC et Lynx
Versions Sega Master System, Atari ST et ZX Spectrum

Casse, casse, cassera, la dernière restera...

Il a fallu attendre assez longtemps pour voir Rampage revenir sur le devant de la scène, plus précisément 1997 avec la sortie de Rampage World Tour sur bornes d’arcade, Nintendo 64, Playstation, Saturn, Game Boy Color et PC., puis 1999 avec Rampage 2 : Universal Tour (N64, Playstation et Game Boy Color) et 2000 avec Rampage Through Time (Playstation). Ces jeux diffèrent principalement de l’original par un nombre de personnages accru, ayant en plus des pouvoirs spéciaux , un scrolling horizontal là où Rampage se cantonnait à un tableau fixe, et la possibilité pour les monstres d’endommager les immeubles en faisant du trampoline sur le toit. Un dernier jeu, Rampage : Total Destruction, est sorti sur Gamecube et Playsation 2 en 2006, avant d’être porté sur Wii en 2007, le jeu utilisant alors de manière très imprécise d’ailleurs les contrôles spécifiques de la Wii. On retrouve les mêmes principes que les jeux précédemment cités, avec en plus la possibilité d’évoluer sur plusieurs plans. L’intérêt principal de ce jeu est surtout de proposer la version originale...
Enfin, une version “puzzle-game” voit le jour en 2001 sur Game Boy Advance, Rampage Puzzle Attack. Au total, près d’une quarantaine de monstres différents pourront être incarnés dans l’ensemble de la série.

Rampage World Tour, Rampage 2 (sur Game Boy Color) et Rampage : Total Destruction

À noter qu'il existe depuis peu un jeu de plateau Rampage, inspiré du jeu. C'est un jeu assez amusant, dans lequel on doit détruire des immeubles construits un peu à la manière des châteaux de cartes, en laissant tomber un monstre dessus ou en l'envoyant valser d'une pichenette. Donc, au cas où vous trouveriez vos parties de Go pas assez stimulantes intellectuellement, vous pouvez toujours essayer ce jeu de plateau. Vous trouverez plus de renseignements en suivant ce lien :
http://www.jedisjeux.net/open-the-box-rampage-article-360.html

Le jeu vaut-il que l'on passe à la casse ?

Vous l'avez compris, Rampage est un jeu extrêmement plaisant à pratiquer. Le jeu regorge de petits détails amusants, tels les objets électriques (télévisions, ampoules...) qui vous envoient une décharge si vous les attrapez alors qu'ils sont en fonctionnement, le grille-pain, dangeraux a priori, mais qui laisse apparaître une délicieuse tartine grillée si l'on prend le temps de réfréner ses tendances de glouton, les cactus en pot qui vous font tousser, les cabinets non-comestibles...

Lancer le jeu vous garantit de passer un bon moment, et si vous avez la possibilité d'y jouer à deux voire à trois, le plaisir n'en sera que plus grand. Dernière petite chose : à l’heure où j’écris ces lignes, l’excellent magazine Retro-Gamer a sorti son 131ème numéro, lequel comporte un dossier sur Rampage (sur ses suites plutôt). Ne venez pas m’accuser de copier ou je ne sais quoi. J’avais commencé à écrire l’article bien avant et ce sont eux qui ont délibérément choisi de me casser la baraque en sortant ce numéro en même temps.

chatpopeye
(01 septembre 2014)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- Retro Gamer n° 56 et 131
- www.arcade-history.com
- www.wikipedia.com
- www.klov.com
- www.thebasementarcade.com
- jeuxstrategieter.free.fr
- Les images des suites de Rampage proviennent de Moby Games :
www.mobygames.com
- Le site de Brian Colin et Jeff Nauman
www.gamerefuge.com/index.html
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