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Bill & Ted's Excellent Adventure
Année : 1991
Système : C64, Game Boy, Lynx, NES, PC
Développeur : Ryno, Steve
Éditeur : Atari
Genre : Aventure / Action
[voir détails]
Par camite (19 novembre 2003)

Autant il m'arrive sur d'autres sites (NdL : notamment l'excelllllllllent www.planetjeux.net) de me livrer à la masturbation intellectuelle ou de me prendre pour un esthète raffiné, autant je laisserai ici s'exprimer le fanboy qui sommeille en moi. Cette petite mise en garde cache une affaire d'importance : sortir de l'oubli un titre qui, dans une dimension parallèle à la notre, aurait très bien pu devenir un chef-d'œuvre incontournable. Comme tous les mauvais jeux, répliquerez-vous sournoisement. Ou comme tous les jeux Lynx, diraient certaines mauvaises langues. Qu'importe, ce jeu méritait infiniment mieux que le traitement lapidaire que lui a réservé, à l'époque de sa sortie, la presse spécialisée (du 70% en veux-tu en voilà dans des magazines où la moyenne mensuelle des notes tournent autour de 93%, « une bonne grosse daube » en langage technique). Jusqu'au jour où...

Un peu d'histoire

BATEA (appelons-le par ses initiales à partir de ce point) propose un périple à travers le temps. Commençons donc par un petit retour en arrière. Le 17 février 1989 sort dans les salles obscures américaines un film peu sobrement intitulé Bill & Ted's Excellent Adventure. À la caméra : Stephen Herek, qui a débuté comme monteur pour les productions Roger Corman avant de réaliser l'horrifico-rigolo Critters en 1985. Devant l'objectif, des inconnus du grand public comme Alex Winter ou George Carlin, mais aussi un certain Keanu Reeves. À l'époque, le futur Élu des frères Wachowski a joué dans la série TV Going Great et quelques seconds rôles pour le moins anecdotiques.

L'affiche du film et la jaquette du DVD

Le film raconte l'histoire de deux adolescents, Bill Preston (Winter) et Ted Logan (Reeves), qui doivent impérativement réussir un examen d'Histoire sous peine de sévères châtiments parentaux. Là-dessus débarque de l'an 2688 un type qui a conçu une machine à voyager dans le temps avec une... cabine téléphonique. Le brave homme leur apprend que leur échec inéluctable provoquera, par une réaction en chaîne, rien de moins que la fin du monde (ou quelque chose dans le genre). Ni une ni deux, voilà nos deux gaillards partis dans le passé pour réparer tout ça au contact de Socrate, Genghis Khan, Napoléon ou encore Jeanne d'Arc. Vous n'y comprenez rien ? Rassurez-vous, les scénaristes non plus ! Il s'agit clairement de déconner et de sortir des vannes bidifiantes régulièrement ponctuées d'expressions djeun's.

Le film remporte un certain succès aux États-Unis et devient une sorte d'objet culte pour les ados ricains. Hors de ses frontières originelles, il ne rencontrera pas le même engouement et restera même inédit dans certains pays, à commencer par la France. Difficile par conséquent de s'en rendre compte ici mais c'est bien ce film qui a lancé la carrière de Keanu Reeves, puisqu'il figurera par la suite aux génériques de My Own Private Idaho (Gus Van Sant, 1991), Point Break (Kathryn Bigelow, 1991), Dracula (Francis Ford Coppola, 1992), Little Buddha (Bernardo Bertolucci, 1993), Speed (Jan de Bont, 1994)... Pour bien situer la chose, citons les Wachowski lorsque Warner Bros. leur suggéra l'acteur pour le premier rôle de Matrix : « Keanu Reeves ? Bill & Ted's Excellent Adventure ? Peut-il faire ce dont nous avons besoin ? »

Du très grand spectacle, assurément.

Motivés par l'excellent accueil réservé à ce film bancal et sans prétention, Winter et Reeves rempilent dans une suite qui sort deux ans plus tard : Bill & Ted's Bogus Journey, réalisé par le débutant Peter Hewitt (qui termine aujourd'hui l'adaptation live de Garfield). Les deux héros y rencontrent cette fois-ci la Mort en personne et Pam « Jackie Brown » Grier se joint au générique. Cette suite, contrairement à son prédécesseur, a connu les honneurs d'une sortie en DVD zone 2 (directement dans les rayons « bas prix ») sous le très engageant titre Les Aventures de Bill et Ted.

Y a pas à dire, ça donne envie

Bon t'es bien gentil avec ton ciné mais le jeu alors ?

Succès au box-office signifie bien souvent adaptation vidéoludique dans la foulée. Des jeux sortent donc sur Commodore 64 (action semble-t-il), NES (3D isométrique à la Solstice ou Bomberjack-like, ce dernier non approuvé par Nintendo et vraisemblablement développé sans licence) et Game Boy (à priori portage de la version NES).

Les versions NES et Game Boy

Afin de profiter de la sortie de Bogus Journey, Atari met en chantier une adaptation du premier film pour sa portable féline. L'éditeur en confie la direction à Steve Ryno, habitué des « Special Thanks » sur d'autres productions Lynx (A.P.B., Hydra...) et devenu depuis producteur chez THQ (A Bug's Life) puis TDK (The Muppets sur Game Boy Advance). Autres habitués de la machine : le programmeur Al Baker (Pit Fighter, Hydra) ou le compositeur Matt Scott (sur les mêmes puis la versionSuperNES de Bubsy ou le récent Monster Jam d'Ubi Soft). Le design revient à Tom Fessler, dont l'Histoire n'a pas retenu grand chose à part son travail de designer sur Disney's Hercules de Virgin pour PlayStation (1997). Pas exactement des pointures, certes. Et pourtant...

BATEALynx s'inspire en réalité des deux films du diptyque. Les voyages temporels du premier et le méchant (Grim Reaper) du second, l'affreux ayant enlevé deux jeunes princesses au Moyen-Âge pour les emmener dans le futur apocalyptique de 2691. En bons réparateurs de paradoxes temporels, Bill et Ted partent dans leur cabine téléphonique mais atterrissent inexplicablement en Égypte, en 1700 avant Jésus Christ. Enfin pas de panique, les choses vont s'arranger, pour peu que l'on s'investisse dans l'aventure.

« L'aventure excellente » porte-t-elle bien son nom ?

Pour beaucoup, la réponse risque de surgir dès le tout début du jeu. Bill et Ted qui « topent » de leurs mains, la musique entraînante (quoique vite saoulante) qui démarre pile au même moment, le mot Excellent qui apparaît en prenant une bonne partie de l'écran, le look graphique complètement barré des deux persos, le zoom ultra rapide qui accompagne l'arrivée de la machine spatio-temporelle... De quoi entrer immédiatement dans l'ambiance assez décalée du titre. L'écran de présentation propose également de choisir entre Bill et Ted, ce qui n'a pas la moindre incidence sur le déroulement de l'aventure, ou encore d'entrer un mot de passe (accessible à tout moment dans l'écran de statut) qui pallie à l'absence d'une pile de sauvegarde. Notez enfin que deux joueurs peuvent vivre l'aventure simultanément avec deux Lynx reliées entre elles (intéressant pour se répartir les recherches).

Pour dire les choses simplement, le but du jeu consiste à sauter d'une époque à l'autre jusqu'en 2691. Or, pour « débloquer » de nouvelles époques, il faut alimenter la cabine téléphonique avec... des notes de musique éparpillées au gré du temps et des lieux. Encore un truc bizarre mais bon, Bill et Ted font partie d'un groupe de rock (du nom de Wyld Stallyns, hum) dans le film, donc pourquoi pas. Un certain nombre de notes finit par donner une page d'annuaire (cabine téléphonique, annuaire, tout ça tout ça) correspondant à une époque, mais certaines pages traînent carrément dans le décor, n'attendant que leur découverte. À ce stade, l'objectivité journalistique (oui, enfin...) m'oblige à signaler un problème récurrent par rapport à ces notes : d'une partie à l'autre, il arrive que quelques unes d'entre elles n'apparaissent pas. Le joueur butant pour le coup sur une véritable impasse temporelle, sans possibilité de poursuivre. Une séquence à la fin du jeu oblige même à ramasser les notes dans un ordre bien précis sous peine de blocage perpétuel, sans même en aviser le joueur. Énervant.

À ce propos, prévoyez quelques bonnes crises de nerfs lors de certains passages à base de « plates-formes qui disparaissent » (dans le manoir européen ou à San Dimas). À cet égard, BATEA devrait proposer un challenge intéressant pour tous les mythomanes qui terminent Metroid Prime « en un quart d'heure ». La jouabilité n'assure pas forcément, ce qui complique quelque peu les phases de réflexes, mais la conception même de l'aventure peut également opposer un minimum de résistance.

Le principe de « l'objet qui permet d'accéder à... »

Gageons que Steve Ryno a puisé une partie de son inspiration dans la série Zelda, puisque le gameplay de son jeu repose sur l'obtention d'objets à utiliser à tel ou tel endroit pour accéder à des zones auparavant interdites : clés, pièce d'or à donner à un garde, trésor à échanger contre un outil précis... et bien sûr les fameuses notes. Toujours dans le domaine musical, les seules armes du jeu résident dans les pouvoirs magiques que possèdent des... instruments : point de combats en temps réel (obligation d'éviter les ennemis et, heureusement vue la difficulté, vies infinies) mais la possibilité de chasser des hordes de créatures de zones stratégiques en poussant un petit air. Pas encore la pertinence d'Ocarina of Time en terme de création ludique mais l'utilisation de la musique prend une tournure réjouissante vers la fin du jeu, lorsque l'harmonica country vient rompre l'atmosphère pesante de l'apocalypse.

L'influence de la série créée par Shigeru Miyamoto se ressent par ailleurs dans quelques énigmes (comme la statue à Rome) ou dans le level design (la grande pyramide ou le manoir ressemble à des petits donjons). On trouve même un clin d'œil évident dans le cimetière (les fantômes qui sortent des tombes lorsqu'on les touche). Mais toutes ces recettes prennent une saveur particulière grâce au postulat général de départ : le voyage dans le temps. Il va en effet falloir jongler entre les époques pour résoudre certaines énigmes, à l'instar de ce que proposera plus tard Squaresoft dans Chrono Trigger (et toutes proportions gardées, bien sûr), genre récupérer en 60 avant Jésus Christ un objet qui servira en 1880. Hautement incohérent quand on y réfléchit deux secondes, mais le réalisme n'est pas, comme on l'a vu, la préoccupation première de l'univers de Bill & Ted.

Et l'air de rien, les liens entre les époques s'avèrent plus subtils qu'il n'y paraissent au premier abord. Il faudra même rectifier quelques changements occasionnés par votre passage dans l'Histoire, bien qu'à ce niveau le scénario manque fortement de profondeur et de solidité.

Série B majeure

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Il doit y avoir quelque chose de spécial avec les jeux d'aventure/action sur consoles portables. Mystic Quest sur Game Boy, par exemple, n'atteint sans doute pas les sommets de la création humaine mais son remake sur Game Boy Advance m'excite cent fois plus que n'importe quel projet en préparation sur PlayStation2. Et Link's Awakening... La pensée que l'on puisse mettre autant de choses dans une si petite cartouche, probablement. BATEA bénéficie de cet effet, mais a bien d'autres choses dans le ventre. Son côté BD, son univers rock'n roll, sa balade à travers le temps... Il convient en outre de garder à l'esprit que l'équipe de développement du jeu ne compte que cinq personnes (les quatre déjà cités auxquels s'ajoute le dessinateur Rick Incrocci, spécialisé dans les illustrations de livres pour enfants, dont un bon paquet en rapport avec La Bible). L'ensemble ne prétend donc nullement révolutionner quoi que ce soit, renforçant ainsi la sympathie déjà éprouvée face à ses qualités. Et si le temps suit son cours, il n'a pas encore totalement enseveli ces dernières au révélateur de la découverte sur émulateur.

camite
(19 novembre 2003)
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