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Strider
Année : 1989
Système : Arcade ...
Développeur : Capcom
Éditeur : Capcom
Genre : Arcade / Action
Par Laurent (05 août 2001)
Les Flyers du jeu. Merci site Arcade Flyer Archive ! Cliquez sur une image pour afficher une version plus grande.

Si vous pensez que Shenmue est le jeu japonais le plus acclamé de tous les temps, c’est que vous n’avez pas connu l’époque de Strider, ou que vous l’avez oubliée, car en comparaison de l’engouement suscité par ce jeu, le travail de Yu Suzuki n’a rencontré qu’une reconnaissance polie. Il faut dire qu’en 1989, l’occident commence seulement à vraiment découvrir la culture manga/anime. Il y a bien eu Goldorak et Albator des années 70, mais ceux-ci n’ont pas été jugés à leur juste valeur (pourtant, quand on les compare aux Pokémons... enfin je me comprends), et le statut sous-culturel de ces BD et dessins-animés dans leur pays d’origine est encore la principale donnée qu’on en retient.

Capcom est alors en plein gloire. Le phénomène Street Fighter n’en est qu’à ses débuts, et avant de se lancer à fond dans le baston 2d, cet éditeur a triomphé avec une série de beat’em all arcade très réussis et qui rivalisent de beauté graphique : Trojan, Bionic Commando, Black Tiger, s’ajoutent à des shoot’em’up (Dragon Breed, Carrier Airwing, UN Squadron, Side Arms) dont certaines similitudes graphiques (les couleurs, notamment) trahissent dans certains cas le partage d’un même hardware.

Mêlant le beat’em’ all, le shoot’em up et le jeu de plateformes, Strider représente l’apogée de cette période. Si les précédents titres de Capcom s’inspiraient, comme presque tous les jeux japonais de première génération, de la culture américaine, cette fois on nage en plein manga. L’action se passe en 2048, et vous être Hiryu, un Strider, sorte de guerrier d’élite, combattant aux quatre coins de la terre les forces d’un envahisseur nommé Grand Master Meio. Vous avez la capacité d’effectuer des bonds gigantesques dans le genre de ce que font les héros de San Ku Kaï, vous pouvez escalader à peu près n’importe quelle surface verticale et maniez le sabre avec une grande dextérité. Au cas où les choses se gâteraient, un petit robot viendra occasionnellement vous donner un coup de main. L’action est classique présentée ainsi, mais le résultat à l’écran est pour le moins étonnant. Le héros éblouit par ses qualités acrobatiques et la grâce avec laquelle il se déplace, adoptant une quantité énorme de postures différentes.

L’action est mouvementée, mais on ne passe pas exclusivement son temps à dégommer des ennemis. Le jeu accorde une grande importance au franchissement d’obstacles, demandant une maîtrise parfaite du maniement du héros et une bonne dose d’observation. En effet, il faut souvent faire preuve d’ingéniosité pour trouver le parcours le plus sûr. Un des points les plus innovants du jeu est que le décor défile dans toutes les directions et prend des virages imprévisibles. On parcourt une plaine de gauche à droite, puis soudain il faut escalader une paroi, puis ça repart vers la gauche etc... L’agencement des décors est conçu pour rendre ces revirements le plus souvent surprenants (on se retrouve même parfois en apesanteur avec la tête en bas et les commandes inversées).

Les ennemis déferlent de toutes parts, mais heureusement le sabre du héros fait une boucle autour de lui à chaque coup, ce qui permet de tuer un ennemi arrivé par derrière ou par dessus sans être touché. Le contact avec un ennemi ou un projectile entraîne une perte d’énergie, la réserve pouvant être agrandie en cours de jeu. En revanche, les décors, le plus souvent des plateformes volantes, réservent tout le long des 4 niveaux un nombre incalculable de chutes mortelles à éviter, ce qui est à la longue très énervant, et la principale source de difficulté du jeu. Trop souvent, on se retrouve à sauter dans le vide sans savoir si une plateforme va se trouver un peu plus bas. Ainsi, les pièges nécessitent pour la plupart d’être mémorisés, c’est à dire qu’il faut perdre une ou plusieurs vies pour les franchir. Vu l’ampleur du jeu, ça frise l’arnaque dans le cadre d’un jeu d’arcade, certes, mais après tout Strider est loin d'être un cas unique en cela.

Les décors représentent divers endroits de la Terre en commençant, très bonne idée, par les monuments de la Place Rouge de Moscou. Ensuite, ce sont des décors glacés, une jungle amazonienne encore plus hostile que celle de Diablo II et des combats sur des vaisseaux spatiaux géants qui attendent le joueur. À noter que le boss final du jeu, Grand Master Meio, apparaît dans la séquence de présentation du jeu, chose plutôt rare.

Strider à reçu l’année de sa sortie à peu près tous les prix qu’un jeu vidéo peut recevoir. On a parlé de meilleur jeu de l’année, voire de meilleur jeu de tous les temps, et la licence d’adaptation sur micros et consoles 16-bits s’est monnayée extrêmement cher, US Gold raflant la mise pour les micros 16-bits comme c’était souvent le cas à l’époque. Les pauvres programmeurs chargés d’essayer de concocter un ersatz d’un tel jeu surAtari ST ou Amiga ont dû s’arracher les cheveux ! Strider est tout le long une véritable débauche de sprites énormes, de scrollings différentiels à 3 plans, d’animations ultra-rapides, de musiques surchargées et de sons délirants, le tout avec cette inventivité décomplexée propre aux bons mangas. Tous les styles, toutes les époques, toutes les influences se télescopent : visuels futuristes, dinosaures, robots, arts martiaux, armes au laser, armes traditionnelles, décors fantaisistes ou réalistes. On trouve de tout dans ce jeu, avec pour seul dénominateur commun une volonté de surenchère visuelle et une cohérence artistique irréprochable. Les roms du jeu font 5,5 Mo (2 Mo zippées), ce qui est beaucoup pour un jeu d’arcade de l’époque, mais quand on joue, on se dit que c’est bien peu, d'autant que les voix digitalisées ne manquent pas.

C’est certainement cette overdose de graphismes, d’animations et de sons, le tout dans un style inhabituel qui a fait forte impression à la sortie du jeu, plutôt qu’une jouabilité en partie sabotée par la difficulté trop élevée et la confusion de l’action. Si l’on examine de près certains passages (chose totalement impossible dans le cours du jeu, hélas), on se dit que les graphistes de chez Capcom sont au choix des fous ou des génies. Prenons pour exemple le boss du premier niveau, situé à Moscou : vous arrivez dans une salle qui ressemble à une assemblée en hémicycle. Dans les tribunes des hommes, tous identiques avec un uniforme à la Russe orné d’une étoile rouge vous attendent. Soudain, ils se lèvent tous en même temps et leur corps fusionnent en une sorte de serpent géant vaguement robotique ! Sachez quand même que cette séquence totalement surréaliste, que Clive Barker a certainement dû apprécier s’il a pratiqué le jeu, ne dure pas plus d’une seconde et demie. Pendant le combat, vous devrez sauter sur la queue de ce serpent et user de toutes les capacités de saut acrobatique du héros pour ne pas tomber, puis vous en prendre à la tête de l'"animal". Cette phase, une des plus réussies que Strider propose, relève du jamais-vu dans un jeu vidéo de 1989, et chaque seconde du jeu, chaque instant réserve son lot de surprises visuelles du même genre.

L’émulation nous permet aujourd’hui de goûter tranquillement à toutes ces jolies choses, et on redécouvrira Strider avec plaisir même si la résolution de 384x224 affichée sur un moniteur de PC rend les choses un peu confuses. À l’époque, le jeu fut adapté sur ST et Amiga, puis C64, CPC et Spectrum par US Gold comme on l'a dit, et comme souvent avec cet éditeur le résultat relevait de l’imitation opportuniste et sans grand charme. En revanche, la version Megadrive développée par Capcom et éditée par Sega fut une superbe réussite, et les possesseurs de la 16-bits de Sega tenaient ce jeu parmi leurs meilleurs atouts. La version Master System, en revanche, n'a pas fait beaucoup parler d'elle. Signalons par ailleurs qu'un manga inspiré du jeu a été publié en parallèle de la sortie de celui-ci, entre mai et octobre 1988. Lorsque Strider a été adapté sur NES en 1989, toujours par Capcom, ce fut sous la forme d'un jeu d'action-aventure oubliant le gameplay frénétique de la borne d'arcade, et reprenant le scénario du manga en question.

La version ST d'US Gold, pauvre, lente et affichée dans une zone n'occupant que 50% de l'écran, et la superbe conversion sur Megadrive.

Strider a par la suite été un peu oublié, jusqu’à l’apparition de Hiryu dans le jeu de combat Marvel Vs Capcom. Le potentiel artistique du personnage a poussé Capcom a développer Strider 2, la suite de son hit, sortie en 1998 sur Playstation, ainsi qu’en version arcade avec le hardware Sony ZN-2, identique à celui de la PSX.

Strider 2 sur Playstation.
Laurent
(05 août 2001)
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