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Le
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Merci au site Arcadez Flyer Archive ! |
Si
vous pensez que Shenmue
est le jeu japonais le plus acclamé de tous les temps, c’est
que vous n’avez pas connu l’époque de Strider,
ou que vous l’avez oubliée, car en comparaison de l’engouement
suscité par ce jeu, le travail de Yu Suzuki n’a rencontré
qu’une reconnaissance polie. Il
faut dire qu’un 1989, l’orient commence seulement à vraiment
découvrir la culture manga/anime. Il y a bien eu les Goldorak
et Albator des années 70, mais ceux-ci n’ont pas été
jugés à leur juste valeur (pourtant, quand on les compare
aux Pokemons… enfin je me comprends), et le statut sous-culturel
de ces BD et dessins animés dans leur pays d’origine est encore
la principale donnée qu’on en retient. Capcom est alors en
pleine gloire. Le phénomène Street
Fighter n’en est qu’à ses débuts, et avant
de se lancer à fond dans le baston 2D, cet éditeur a
triomphé avec une série de beat’em’up d’arcade
plus ou moins réussis mais qui rivalisent de beauté
graphique : Trojan,
Bionic Commando, Black
Tiger, s’ajoutent à des shoot’em’up (Dragon
Breed, UN Squadron, Side Arms)
dont certaines similitudes graphiques (les couleurs, notamment) trahissent
le partage d’un même hardware.
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Mêlant
le beat’em’all, le shoot’em’up et le jeu de plates-formes,
Strider représente l’apogée de cette
période. Si les précédents titres de Capcom s’inspiraient,
comme presque tous les jeux japonais de première génération,
de la culture américaine, cette fois on nage en plein manga.
L’action se passe en 2048, et vous être Hiryu, un Strider, sorte
de guerrier d’élite, combattant aux quatre coins de la Terre
les forces d’un envahisseur nommé Grand Master Meio. Vous avez
la capacité d’effectuer des bonds gigantesques dans le genre
de ce que font les héros de San Ku Kaï, vous
pouvez escalader à peu près n’importe quelle surface
verticale et maniez le sabre avec une grande dextérité.
Au cas où les choses se gâteraient, un petit robot viendra
occasionnellement vous donner un coup de main. L’action est classique
présentée ainsi, mais le résultat à l’écran
est pour le moins étonnant. Le héros éblouit
par ses qualités acrobatiques et la grâce avec laquelle
il se déplace, adoptant une quantité énorme de
postures différentes.
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L’action
est mouvementée, mais on ne passe pas exclusivement son temps
à dégommer des ennemis. Le jeu accorde une grande importance
au franchissement d’obstacles, demandant une maîtrise parfaite
du maniement du héros et une bonne dose d’observation. En effet,
il faut souvent faire preuve d’ingéniosité pour trouver
le parcours le plus sûr. Un des points les plus innovants du
jeu est que le décor défile dans toutes les directions
et prend des virages imprévisibles. On parcourt une plaine
de gauche à droite, puis soudain il faut escalader une paroi,
puis ça repart vers la gauche etc… L’agencement des décors
est conçu pour rendre ces revirements le plus souvent surprenants
(on se retrouve même parfois en apesanteur avec la tête
en bas et les commandes inversées).
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Les
ennemis déferlent de toutes parts, mais heureusement le sabre
du héros fait une boucle autour de lui à chaque coup,
ce qui permet de tuer un ennemi arrivé par derrière
ou par dessus sans être touché. Le contact avec un ennemi
ou un projectile entraîne une perte d’énergie, la
réserve pouvant être agrandie en cours de jeu. Par contre,
les décors, le plus souvent des plates-formes volantes, réservent
tout le long des 4 niveaux un nombre incalculable de chutes mortelles
à éviter, ce qui est à la longue très
énervant, et la principale source de difficulté du jeu.
Trop souvent, on se retrouve à sauter dans le vide sans savoir
si une plate-forme va se trouver un peu plus bas. Ainsi, les pièges
nécessitent pour la plupart d’être mémorisés,
c’est à dire qu’il faut perdre une ou plusieurs vies pour les
franchir. Vu l’ampleur du jeu, ça frise l’arnaque dans le cadre
d’un jeu d’arcade, certes, mais après tout Strider
est loin d'être un cas unique en cela.
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Les
décors représentent divers endroits de la Terre en commençant,
très bonne idée, par les monuments de la Place Rouge
de Moscou. Ensuite, ce sont des décors glacés, une jungle
amazonienne encore plus hostile que celle de Diablo
II et des combats sur des vaisseaux spatiaux
géants qui attendent le joueur. À noter que le boss
final du jeu, Grand Master Meio, apparaît dans la séquence
de présentation du jeu, chose plutôt rare.
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Strider
a reçu l’année de sa sortie à peu près
tous les prix qu’un jeu vidéo peut recevoir. On a parlé
de meilleur jeu de l’année, voire de meilleur jeu de tous les
temps, et la licence d’adaptation sur micros et consoles 16-bits
s’est monnayée extrêmement cher, US Gold raflant la mise
pour les micros 16-bits comme c’était souvent le cas
à l’époque. Les pauvres programmeurs chargés
d’essayer de concocter un ersatz d’un tel jeu sur Atari
ST ou Amiga
ont dû s’arracher les cheveux ! Strider est
tout le long une véritable débauche de sprites énormes,
de scrollings différentiels à 3 plans, d’animations
ultra-rapides, de musiques surchargées et de sons délirants,
le tout avec cette inventivité décompléxée
propre aux bons mangas. Tous les styles, toutes les époques,
toutes les influences se télescopent : visuels futuristes,
dinosaures, robots, arts martiaux, armes au laser, armes traditionnelles,
décors fantaisistes ou réalistes. On trouve de tout
dans ce jeu, avec pour seul dénominateur commun une volonté
de surenchère visuelle et une cohérence artistique irréprochable.
Les roms du jeu font 5,5 Mo (2 Mo zippées), ce qui est beaucoup
pour un jeu d’arcade de l’époque, mais quand on joue, on se
dit que c’est bien peu, d'autant que les voix digitalisées
ne manquent pas.
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C’est
certainement cette overdose de graphismes, d’animations et de sons,
le tout dans un style inhabituel qui à fait forte impression
à la sortie du jeu, plutôt qu’une jouabilité en
partie sabotée par la difficulté trop élevée
et la confusion de l’action. Si l’on examine de près certains
passages (chose totalement impossible dans le cours du jeu, hélas),
on se dit que les graphistes de chez Capcom sont au choix des fous
ou des génies. Prenons pour exemple le boss du premier niveau,
situé à Moscou : vous arrivez dans une salle qui ressemble
à une assemblée en hémicycle. Dans les tribunes
des hommes, tous identiques avec une uniforme à la russe ornés
d’une étoile rouge vous attendent. Soudain, ils se lèvent
tous en même temps et leur corps fusionnent en une sorte de
serpent géant vaguement robotique ! Sachez quand même
que cette séquence totalement surréaliste, que Clive
Barker a certainement dû apprécier s’il a pratiqué
le jeu, ne dure pas plus d’une seconde et demi. Pendant le combat,
vous devrez sauter sur la queue de ce serpent et user de toutes les
capacités de saut acrobatique du héros pour ne pas tomber,
puis vous en prendre à la tête de l'"animal".
Cette phase, une des plus réussies que Strider
propose, relève du jamais-vu dans un jeu vidéo de 1989,
et chaque seconde du jeu, chaque instant réserve son lot de
surprises visuelles du même genre.
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L’émulation
nous permet aujourd’hui de goûter tranquillement à toutes
ces jolies choses, et on redécouvrira Strider
avec plaisir même si la résolution de 384x224 affichée
sur un moniteur de PC rend les choses un peu confuses. À
l’époque, le jeu fut adapté sur ST
et Amiga, puis C64,
CPC et Spectrum
par US Gold comme on l'a dit, et comme souvent avec cet éditeur
le résultat relevait de l’imitation opportuniste et sans grand
charme. Par contre, la version Megadrive
développée par Capcom et éditée par Sega
fut une superbe réussite, et les possesseurs de la 16-bits
de Sega tenaient ce jeu parmi leurs meilleurs atouts. La version Master
System, en revanche, n'a pas fait beaucoup parler d'elle. Signalons
par ailleurs qu'un manga inspiré du jeu a été
publié en parallèle de la sortie de celui-ci, entre
mai et octobre 1988. Lorsque Strider a été
adapté sur NES
en 1989, toujours par Capcom, ce fut sous la forme d'un jeu d'action-aventure
oubliant le gameplay frénétique de la borne d'arcade,
et reprenant le scénario du manga en question.
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La
version ST d'US Gold, pauvre, lente et affichée dans
une zone n'occupant que 50% de l'écran,
et la superbe conversion sur Megadrive. |
Strider
a par la suite été un peu oublié, jusqu’à
l’apparition de Hiryu dans le jeu de combat Marvel Vs Capcom.
Le potentiel artistique du personnage a poussé Capcom a développer
Strider 2, la suite de son hit, sortie en 1998 sur
Playstation, ainsi qu’en version arcade avec le hardware
Sony ZN-2, identique à celui de la PSX.
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Strider
2 sur Playstation. |
Laurent