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Diablo 2
Année : 2000
Système : Mac, Mac OS X, PC
Développeur : Blizzard North
Éditeur : Blizzard Entertainment
Genre : Action / RPG
Par Laurent (27 septembre 2000)
La boîte du jeu, avec l'extension incluse.

Avertissement : cet article a été écrit sur la base d'une centaine d'heures de jeu passé sur la version commerciale initiale de Diablo 2 et son add-on Lord of Destruction, essentiellement hors-ligne et avec trois personnages dont un seul a été poussé à des niveaux élevés. Il reflète mon opinion telle qu'elle était trois mois après la sortie du jeu. Je sais parfaitement que par la suite, et des années durant, ce jeu a fait l'objet d'améliorations via des patches, maintenant un intérêt constant chez des millions de joueurs, qui l'ont exploré de manière bien plus approfondie que je ne l'ai fait.

Garçon ! La suite !

Quand Diablo est sorti en 1996, il était commun de penser que le jeu de rôle (sur micro) était mort, enterré, voire bientôt oublié. Diablo, même s'il ne s'agissait pas d'un jeu de rôle traditionnel, prouva le contraire avec ses centaines de milliers d'exemplaires vendus. On peut raisonnablement penser que sans le chef-d'œuvre de Blizzard, des hits tels que Baldur's Gate ou Darkstone n'auraient pas vu le jour.

Quatre ans plus tard, la suite de Diablo est enfin sortie. En dehors de Quake3, aucun jeu PC n'a autant fait parler de lui avant sa sortie. Les rumeurs les plus folles ont circulé, des guildes de joueurs se sont montées avant même que Blizzard ne lance le bêta-test, des milliers de sites dédiés ont été créés alors parfois que leurs auteurs ne disposaient d'aucune information certifiée. Tout cela est plutôt banal, mais il faut noter que la majeure partie des rumeurs étaient infondées, et le jeu s'avère très loin des délires que l'on a pu observer, notamment sur le net, ce qui ne l'a pas empêché d'être un des plus gros succès de l'histoire du jeu sur micro.

En effet, même si Diablo II est indéniablement un grand jeu, même si les 380F (58€, prix assez élevé pour un jeu PC) qu'il coûte à sa sortie sont largement amortis par sa durée de vie, force est de constater qu'il s'agit de la continuité de Diablo, c'est à dire que contrairement à la plupart des suites de jeux vidéos développées, son but n'est pas d'envoyer aux oubliettes le premier épisode ni d'en proposer une copie conforme, mais plutôt d'en pousser le principe à l'extrême. Diablo II ne renie pas Diablo, on sent à tout moment du jeu que ses auteurs revendiquent fièrement leurs parti-pris. Vous n'avez pas aimé Diablo ? Vous détesterez Diablo II. Blizzard s'en contrefiche, après tout, qui n'aime pas Diablo ?

Ainsi, alors que quatre ans durant des fans ont rassemblé des informations sur la révolution que Diablo II devait constituer, le jeu prend à contre-pied toutes les prévisions. Il avait été dit qu'il serait sur le fond un authentique jeu de rôle, plus étoffé encore que Baldur's Gate, que l'action ne serait pas répétitive, que les NPC seraient innombrables et les dialogues très fouillés, que le scénario ne serait pas linéaire, que le seul premier des quatre chapitres égalerait en taille la totalité de Diablo, que les graphismes tout en 3D feraient oublier tout ce qui s'est fait auparavant, que les cartes d'accélération 3D seraient prises en compte par le moteur graphique, que le jeu serait étalé sur 6 CD et j'en passe. Toutes ces allégations sont complètement fausses. Qui les a répandues ? Certainement pas Blizzard, qui semble avoir été dépassé par les évènements. On peut même penser que le jeu a pris un peu de retard à cause de ça...

Le scénario de Diablo II poursuit l'excellente histoire développée dans le premier épisode. Après que Diablo ait été une première fois vaincu et renvoyé dans sa prison infernale, le héros qui l'a terrassé est revenu de son combat affecté d'étranges troubles du comportement qui prouvent qu'à présent, c'est lui qui est possédé par le puissant démon. Après son départ du village de Tristram, des monstres sont apparus qui ont massacré tous les habitants et fait prisonnier le mage Cain, précieux allié du joueur dans ce nouvel opus. Les frères de Diablo, Mephisto et Baal, ragaillardis par la victoire indirecte de leur frangin, en ont profité pour s'échapper de leurs prisons respectives et établir en différents endroits du monde une sorte d'enfer sur terre peuplé de créatures immondes qui massacrent les humains.

Au fur et à mesure du déroulement du jeu et des différentes quêtes, la suite de l'histoire se révèle. Le joueur sera amené à libérer trois villages envahis par les démons, combattre Mephisto, Baal, ainsi que plusieurs de leurs lieutenants, et à descendre en enfer lors du quatrième chapitre pour y affronter un Diablo considérablement plus puissant et majestueux que lors de sa première apparition. La création du personnage correspond à la philosophie "RPG light" de Diablo, sauf que cette fois, le joueur choisit sa classe parmi 5 possibilités (contre 3 dans Diablo) : Nécromancien, Amazone, Barbare, Paladin et Sorcière. Voilà des classes qui sortent des sentiers battus et promettent des personnages polyvalents.

À partir de ce point, Diablo II ne se distingue vraiment de son aîné que par son gigantisme. L'interface est la même, se contentant d'intégrer quelques nouveautés comme l'arbre des aptitudes qui remplace le livre de sorts en y apportant une plus grande variété de pouvoirs magiques passifs, d'attaque, de défense etc. Ces aptitudes sont différentes pour chaque classe de perso, ce qui était moins sensible dans Diablo. Il est possible d'assigner des touches de raccourci à huit sorts différents, et cela s'avère très pratique dans les passages difficiles. Dans chaque village (un pour chacun des quatre chapitres), il y a une caisse ou l'on peut déposer de l'or et des armes, bienvenue mais trop petite pour changer vraiment les conditions de jeu. C'est là, comme on va le voir, la première des nombreuses nouveautés de Diablo II qui, par manque d'ambition sinon de finition, se révèlent au final inutiles.

Le personnage peut courir, innovation très pertinente dans la mesure où l'étendue des décors extérieurs est - sur ce plan la promesse est tenue - énorme. Parmi les nouveautés, il est aussi possible d'engager des alliés (un à la fois, au village seulement), mais ceux-ci se font trop facilement tuer et encore une fois cette bonne idée n'est qu'un gadget sans grand intérêt. Comme les décors (qui sont générés aléatoirement à chaque création de personnage) sont très grands, des waypoints ont été introduits. Il faut les atteindre pour les activer, et ensuite pouvoir s'y téléporter directement depuis le village.

Attention, opinion très personnelle en approche : le point le plus discutable de Diablo II est son système de sauvegarde. Les attributs et les objets du joueur sont automatiquement sauvegardés à chaque changement, pas de problème de ce côté là. Par contre, là où ça se gâte, c'est que si le joueur quitte la partie, tous les monstres qu'il a tués sont régénérés. C'est à dire que si vous voulez vous rendre à un endroit situé loin d'un waypoint, vous ne devez surtout pas interrompre la partie (ou avoir une panne de courant (et pas d'onduleur (comme c'est mon cas))), car vous devrez tuer de nouveau tous les ennemis rencontrés sur le parcours, ce qui est parfois long et harassant (notamment dans le troisième chapitre, une immense forêt tropicale infestée de centaines de créatures). Dans le premier Diablo, toute action était acquise une fois pour toute en sauvegardant, ce qui donnait une impression de continuité (les zones déjà visitées étaient "sécurisées" et les ennemis morts restaient affichés). Ici, le joueur qui ne joue que par périodes courtes passe donc son temps à refaire sans cesse les mêmes choses. Seule l'expérience du perso s'accumule, et la résistance des ennemis est réajustée en fonction (de manière parfaitement équilibrée, Blizzard oblige), ce qui provoque une montée en puissance globale du jeu. Si on n'est pas fan de "grosbillisme" une grande part de la cohérence et de l'immersion s'envole, et l'augmentation de durée de vie induite paraît suspecte. Et si on l'est, le jeu bât tous les records de répétitivité, confine à l'obsessionnel.

La mort du héros entraîne la perte d'une partie de son or, et le voilà débarrassé de tout son équipement, au village, obligé de retrouver son propre cadavre pour pouvoir récupérer le contenu de son inventaire (en un seul pack, heureusement). Parfois, cela peut être difficile si la zone est très hostile, mais de toute façon, si le joueur quitte la partie, au prochain chargement son corps apparaîtra au milieu du village, sans qu'aucun équipement n'ait disparu. Encore un illogisme de conception qui contrarie et fait qu'il est impossible d'être coincé ou de perdre son équipement du début à la fin du jeu. Ce n'est pas si mal après tout, mais croyez-le, la quête principale de Diablo II est très longue mais trop, beaucoup trop facile.

En dehors de ces critiques, ce deuxième volet apporte de très nombreuses heures de plaisir, surtout si on essaie de le finir avec chacun des personnages proposés. Les graphismes, en 640x480 (ce qui a fait grincer pas mal de dents après les délires annoncés) sont fins et détaillés mais très pixelisés sur un écran 17 pouces. Le moteur graphique est à peine, mais vraiment à peine plus évolué que celui de Diablo. Un ersatz de 3D a été introduit dans les décors, qui n'est rien d'autre qu'un scrolling différentiel n'ayant pour effet que de cacher l'action lorsque les personnages passent derrière un arbre par exemple. Les monstres et héros sont toujours très colorés et détaillés, et leur animation est excellente.

En dépit de graphismes pas vraiment supérieurs, Diablo II est beaucoup plus gourmand en configuration que son aîné. Un K6-2 à 350 MHz (config très courante à l'époque de la sortie du jeu) s'avère tout juste suffisant en Glide, et en Direct3D c'est un désastre, alors que le premier Diablo se contentait d'un Pentium 75 et n'utilisait aucune accélération graphique. La suite de l'évolution des PC a par la suite démontré que même avec une machine surpuissante, le jeu sera toujours entâché de saccades intempestives dues à ses accès disque incessants. À ce propos, Diablo II occupe 1 Go d'espace disque, contre 5 Mo pour Diablo !

La jouabilité de Diablo II est excellente. Les personnages sont tous très intéressants à manier et faire évoluer, et surtout différents même si leur polyvalence permet d'exploiter l'ensemble des aspects du jeu avec un seul perso. Les sorts sont géniaux, et magnifiquement représentés. Les armes et objets, innombrables, apportent au jeu la richesse souhaitée, bien qu'on cherche encore l'interactivité avec les NPC décrite avant que le jeu ne sorte (il n'y a même pas de phases de dialogues, on se contente d'écouter parler les personnages rencontrés). En fait, la plupart du temps, Diablo II apporte strictement les mêmes sensations que Diablo, en proposant un délire visuel plus conséquent, et beaucoup plus de choses à faire dans les décors extérieurs, l'action ne se limitant pas aux donjons. Les cinématiques sont sublimes (le mot est faible), et permettent de suivre l'histoire qui s'avère à la longue riche et complexe.

Tout comme Diablo, Diablo II offre un mode multi-joueur destiné à en faire un classique. Une nouvelle version de Battle.net, le serveur de Blizzard dédié, a été mise au point. Enfin, mise au point, il faut le dire vite car en fait les premiers joueurs à s'y être essayés ont été confrontés à un véritable enfer de lags, de bugs et autres déconnexions intempestives. Les choses se sont arrangées par la suite, et Diablo II est devenu le standard du jeu online que l'on espérait, et ce pour de longues années.

Lord Of Destruction

Après la sortie de Diablo II, la sortie d'un add-on est apparue non pas comme un bonus mais comme une nécessité, tant le jeu regorgeait d'aspects contrariants. Blizzard était attendu au tournant, et son statut d'éditeur/développeur intouchable en avait pris un coup. En 2001 est donc apparu Diablo II - Lord of Destruction, vendu environ 60% du prix d'un jeu PC normal, et qui comprend deux nouveaux chapitres ainsi que deux nouvelles classes de personnages (l'assassin et le druide, toujours très polyvalents et inhabituels). En terme de durée de jeu, on a là environ la moitié de ce que représentait Diablo II, ce qui est considérable, mais cet add-on présente en plus l'avantage énorme de donner un coup de jeune au moteur graphique. La résolution passe en 800x600 (à une époque ou les pécéistes jouent presque tout le temps en 1024x768), ce qui augmente la qualité visuelle dans des proportions surprenantes mais hélas n'améliore ni la fluidité ni la tolérance envers les petites configurations.

Il est possible de refaire les 4 chapitres du Diablo II original en bénéficiant de ce nouveau moteur graphique. Le jeu devient vraiment très beau, cette résolution légitimant de façon éclatante l'usage exclusif de la 2D (des hack'n'slash tout en 3D sont sortis depuis Diablo, mais pour des raisons évidentes aucun ne se permet une telle profusion de personnages à l'écran). Les deux chapitres sont excellents, et nantis de cinématiques d"introduction absolument extraordinaires, qui dans un tout autre style n'ont rien à envier à celles des épisodes récents de Final Fantasy.

Cet add-on redresse fort honorablement la barre, mais la principale source de controverse, à savoir la non-sauvegarde du statut des ennemis (ou leur "respawning", si vous préférez), est hélas toujours là.

Conclusion

Disons que Diablo II doit, pour ne pas décevoir, être considéré comme rien d'autre que la suite de Diablo. Pas de révolution du jeu vidéo en perspective, mais un excellent produit, bien réalisé, très riche, remarquablement équilibré malgré sa richesse (les centaines d'armes, objets et attributs magiques ont tous une utilité et aucun ne provoque de changement trop brutal dans la difficulté) et qui procure assez de fun pour que le joueur retrouve les sensations du bon vieux Diablo, un des jeux vidéo les plus passionnants et éclatants jamais produits. Malgré ses défauts, le nouveau style de Blizzard a gardé son statut de référence incontournable, et les hack'n'slash, qu'ils soient de conception occidentale ou japonaise, continuent de pomper allègrement les meilleures idées de l'original qui du coup garde toute son aura de précurseur.

Laurent
(27 septembre 2000)
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