Avertissement : cet article a été écrit sur la base d'une centaine d'heures
de jeu passé sur la version commerciale initiale de Diablo 2 et son add-on Lords of Destruction,
essentiellement hors-ligne et avec trois personnages dont un seul a été poussé à
des niveaux élevés. Il reflète mon opinion telle qu'elle était environ un
an après la sortie du jeu. Je sais parfaitement que par la suite, et des années durant,
ce jeu a fait l'objet d'améliorations via des patches, maintenant un intérêt constant
chez des millions de joueurs, qui l'ont exploré de manière bien plus approfondie que je
ne l'ai fait.
Quand
Diablo est sorti en 1996, il était commun de penser que le jeu de rôle (sur micro) était
mort, enterré, voire bientôt oublié. Diablo, même s'il ne s'agissait pas d'un
jeu de rôle traditionnel, prouva le contraire avec ses centaines de milliers d'exemplaires vendus.
On peut raisonnablement penser que sans le chef-d'œuvre de Blizzard, des hits tels que Baldur's Gate ou
Darkstone n'auraient pas vu le jour.
Quatre ans plus tard, la suite de Diablo est enfin sortie. En dehors de Quake
3, aucun jeu PC n'a autant fait parler de lui avant sa sortie. Les rumeurs les plus folles ont circulé,
des guildes de joueurs se sont montées avant même que Blizzard ne lance le bêta-test,
des milliers de sites dédiés ont été créés alors parfois que
leurs auteurs ne disposaient d'aucune information certifiée. Tout cela est plutôt banal,
mais il faut noter que la majeure parties des rumeurs étaient infondées, et le jeu s'avère
très loin des délires que l'on a pu observer, notamment sur le net, ce qui ne l'a pas empêché
d'être un des plus gros succès de l'histoire du jeu sur micro.
En effet, même si Diablo II est indéniablement un grand jeu,
même si les 380f (58€, prix assez élevé pour un jeu PC) qu'il coûte à
sa sortie sont largement amortis par sa durée de vie, force est de constater qu'il s'agit de la
continuation de Diablo, c'est à dire que contrairement à la plupart des suites de jeux vidéos
développées, son but n'est pas d'envoyer aux oubliettes le premier épisode ni d'en
proposer une copie conforme, mais plutôt d'en pousser le principe à l'extrême. Diablo
II ne renie pas Diablo, on sent à tout moment du jeu que sesa autenrs revendiquent fièrement
leurs parti-pris. Vous n'avez pas aimé Diablo ? vous détesterez Diablo II. Blizzard s'en
contrefiche, après tout, qui n'aime pas Diablo ?
Ainsi, alors que quatre ans durant des fans ont rassemblé des informations sur la révolution
que Diablo II devait constituer, le jeu prend à contre-pied toutes les prévisions. Il avait
été dit qu'il serait sur le fond un authentique jeu de rôle, plus étoffé
encore que Baldur's Gate, que l'action ne serait pas répétitive, que les NPC seraient innombrables
et les dialogues très fouillés, que le scénario ne serait pas linéaire, que
le seul premier des quatre chapitres égalerait en taille la totalité de Diablo, que les
graphismes tout en 3d feraient oublier tout ce qui s'est fait auparavant, que les cartes d'accélération
3d seraient prises en comptes par le moteur graphique, que le jeu serait étalé sur 6 CD
et j'en passe. Toutes ces allégations sont complètement fausses. Qui les a répandues
? certainement pas Blizzard, qui semble avoir été dépassé par les évènements.
On peut même penser que le jeu a pris un peu de retard à cause de ça...
Le
scénario de Diablo II poursuit l'excellente histoire développée dans le premier épisode.
Après que Diablo a été une première fois vaincu et renvoyé dans sa
prison infernale, le héros qui l'a terrassé est revenu de son combat affecté d'étranges
troubles du comportement qui prouvent qu'à présent c'est lui qui est possédé
par le puissant démon. Après son départ du village de Tristram, des monstres sont
apparus qui ont massacré tous les habitants et fait prisonnier le mage Cain, précieux allié
du joueur dans ce nouvel opus. Les frères de Diablo, Mephisto et Baal, ragaillardis par la victoire
indirecte de leur frangin en ont profité pour s'échapper de leur prison respective et établir
en différents endroits du monde une sorte d'enfer sur terre peuplé de créatures immondes
qui massacrent les humains.
Au fur et à mesure du déroulement du jeu et des différentes
quêtes, la suite de l'histoire se révèle. Le joueur sera amené à libérer
trois villages envahis par les démons, combattre Mephisto, Baal, ainsi que plusieurs de leurs lieutenants,
et à descendre en enfer lors du quatrième chapître pour y affronter un Diablo considérablement
plus puissant et majestueux que lors de sa première apparition. La création du personnage
correspond à la philosophie "RPG light" de Diablo, sauf que cette fois, le joueur choisit sa classe
parmi 5 possibilités (contre 3 dans Diablo) : Nécromancien, Amazone, Barbare, Paladin et
Sorcière. Voilà des classes qui sortent des sentiers battus et promettent des personnages
polyvalents.
A
partir de ce point, Diablo II ne se distingue vraiment de son aîné que par son gigantisme.
L'interface est la même, se contentant d'intégrer quelques nouveautés comme l'arbre
des aptitudes qui remplace le livre de sorts en y apportant une plus grande variété de pouvoirs
magiques passifs, d'attaque, de défense etc. Ces aptitudes sont différentes pour chaque
classe de perso, ce qui était moins sensible dans Diablo. Il est possible d'assigner des touches
de raccourci à huit sorts différents, et cela s'avère très pratique dans les
passages difficiles. Dans chaque village (un pour chacun des quatre chapitres), il y a une caisse ou l'on
peut déposer de l'or et des armes, bienvenue mais trop petite pour changer vraiment les conditions
de jeu. C'est là, comme on va le voir, la première des nombreuses nouveautés de Diablo
II qui, par manque d'ambition sinon de finition, se révèlent au final inutiles.
Le personnage peut courir, innovation très pertinente dans la mesure
où l'étendue des décors extérieurs est - sur ce plan la promesse est tenue
- énorme. Parmi les nouveautés, il est aussi possible d'engager des alliés (un à
la fois, au village seulement), mais ceux-ci se font trop facilement tuer et encore une fois cette bonne
idée n'est qu'un gadget sans grand intérêt. Comme les décors (qui sont générés
aléatoirement à chaque création de personnage) sont très grands, des waypoints
ont été introduits. Il faut les atteindre pour les activer, et ensuite pouvoir s'y téléporter
directement depuis le village.
Attention, opinion très personnelle en approche : le point le plus
discutable de Diablo II est son système de sauvegarde. Les attributs et les objets du joueur sont
automatiquement sauvegardés à chaque changement, pas de problème de ce côté
là. Par contre, là où ça se gâte, c'est que si le joueur quitte la partie,
tous les monstres qu'il a tués sont régénérés. C'est à dire
que si vous voulez vous rendre à un endroit situé loin d'un waypoint, vous ne devez surtout
pas interrompre la partie (ou avoir une panne de courant (et pas d'onduleur (comme c'est mon cas))), car
vous devrez tuer de nouveau tous les ennemis rencontrés sur le parcours, ce qui est parfois long
et harassant (notamment dans le troisième chapitre, une immense forêt tropicale infestée
de centaines de créatures). Dans le premier Diablo, toute action était acquise une fois
pour toute en sauvegardant, ce qui donnait une impression de continuité (les zones déjà
visitées étaient "sécurisées" et les ennemis morts restaient affichés).
Ici, le joueur qui ne joue que par périodes courtes passe donc son temps à refaire sans
cesse les mêmes choses. Seule l'expérience du perso s'accumule, et la résistance des
ennemis est réajustée en fonction (de manière parfaitement équilibrée,
Blizzard oblige), ce qui provoque une montée en puissance globale du jeu. Si on n'est pas fan de
"grosbillisme" une grande part de la cohérence et de l'immersion s'envole, et l'augmentation
de durée de vie induite paraît suspecte. Et si on l'est, le jeu bât tous les records
de répétitivité, confine à l'obsessionnel.
La
mort du héros entraîne la perte d'une partie de son or, et le voilà débarrassé
de tout son équipement, au village, obligé de retrouver son propre cadavre pour pouvoir
récupérer le contenu de son inventaire (en un seul pack, heureusement). Parfois, cela peut
être difficile si la zone est très hostile, mais de toute façon, si le joueur quitte
la partie, au prochain chargement son corps apparaîtra au milieu du village, sans qu'aucun équipement
n'ait disparu. Encore un illogisme de conception qui contrarie et fait qu'il est impossible d'être
coincé ou de perdre son équipement du début à la fin du jeu. Ce n'est pas
si mal après tout, mais croyez-le, la quête principale de Diablo II est très longue
mais trop, beaucoup trop facile.
En dehors de ces critiques, ce deuxième
volet apporte de très nombreuses heures de plaisir, surtout si on essaie de le finir avec chacun
des personnages proposés. Les graphismes, en 640x480 (ce qui a fait grincer pas mal de dents après
les délires annoncés) sont fins et détaillés mais très pixelisés
sur un écran 17 pouce. Le moteur graphique est à peine, mais vraiment à peine plus
évolué que celui de Diablo. Un ersatz de 3d a été introduit dans les décors
qui n'est rien d'autre qu'un scrolling différentiel n'ayant pour effet que de cacher l'action lorsque
les personnages passent derrière un arbre par exemple. Les monstres et héros sont toujours
très colorés et détaillés, et leur animation est excellente.
En dépit de graphismes pas vraiment supérieurs, Diablo II est beaucoup plus gourmand en
configuration que son aîné. Un K6-2 à 350 MHz (config très courante à
l'époque de la sortie du jeu) s'avère tout juste suffisant en Glide, et en Direct 3d c'est
un désastre, alors que le premier Diablo se contentait d'un Pentium 75 et n'utilisait aucune accélération
graphique. La suite de l'évolution des PC a par la suite démontré que même
avec une machine surpuissante, le jeu sera toujours entâché de saccades intempestives dues
à ses accès disque incessants. A ce propos, Diablo II occupe 1 Go d'espace disque, contre
5 Mo pour Diablo !
La jouabilité de Diablo II est excellente.
Les personnages sont tous très intéressants à manier et faire évoluer, et
surtout différents même si leur polyvalence permet d'exploiter l'ensemble des aspects du
jeu avec un seul perso. Les sorts sont géniaux, et magnifiquement représentés. Les
armes et objets, innombrables, apportent au jeu la richesse souhaitée, même si on cherche
encore l'interactivité avec les NPC décrites avant que le jeu ne sorte (il n'y a même
pas de phases de dialogues, on se contente d'écouter parler les personnages rencontrés).
En fait, la plupart du temps, Diablo II apporte strictement les mêmes sensations que Diablo, en
proposant un délire visuel plus conséquent, et beaucoup plus de choses à faire dans
les décors extérieurs, l'action ne se limitant pas aux donjons. Les cinématiques
sont sublimes (le mot est faible), et permettent de suivre l'histoire qui s'avère à la longue
riche et complexe.
Tout comme Diablo, Diablo II offre un mode
multi-joueur destiné à en faire un classique. Une nouvelle version de Battle.net, le serveur
de Blizzard dédié, a été mise au point. Enfin, mise au point, il faut le dire
vite car en fait les premiers joueurs à s'y être essayés ont été confrontés
à un véritable enfer de lags, de bugs et autres déconnexions intempestives. Les choses
se sont arrangées par la suite, et Diablo II est devenu le standard du jeu online que l'on espérait,
et ce pour de longues années.
Lords Of Destruction
Après
la sortie de Diablo II, la sortie d'un add-on est apparue non pas comme un bonus mais comme une nécessité,
tant le jeu regorgeait d'aspects contrariants. Blizzard était attendu au tournant, et son statut
d'éditeur/développeur intouchable en avait pris un coup. En 2001 est donc apparu Diablo
II - Lords of Destruction, vendu environ 60% du prix d'un jeu PC normal, et qui comprend deux nouveaux
chapitres ainsi que deux nouvelles classes de personnages (l'assassin et le druide, toujours très
polyvalents et inhabituels). En terme de durée de jeu, on a là environ la moitié
de ce que représentait Diablo II, ce qui est considérable, mais ce add-on présente
en plus l'avantage énorme de donner un coup de jeune au moteur graphique. La résolution
passe en 800x600 (à une époque ou les pécéistes jouent presque tout le temps
en 1024x768), ce qui augmente la qualité visuelle dans des proportions surprenantes mais hélas
n'améliore ni la fluidité ni la tolérance envers les petites configurations. Il est
possible de refaire les 4 chapitres du Diablo original en bénéficiant de ce nouveau moteur
graphique. Le jeu devient vraiment très beau, cette résolution légitimant de façon
éclatante l'usage exclusif de la 2d (des hack'n'slash tout en 3d sont sortis depuis Diablo, mais
pour des raisons évidentes aucun ne se permet une telle profusion de personnages à l'écran).
Les deux chapitres sont excellents, et nantis de cinématiques d"introduction absolument extraordinaires,
qui dans un tout autre style n'ont rien à envier à celles des épisodes récents
de Final Fantasy.
Ce add-on redresse fort honorablement la barre, mais la principale source de controverse, à savoir
la non sauvegarde du statut des ennemis (ou leur "respawning", si vous préférez),
est hélas toujours là.
Conclusion
Disons que Diablo II doit, pour ne pas décevoir, être considéré comme rien
d'autre que la suite de Diablo. Pas de révolution du jeu vidéo en perspective, mais un excellent
produit, bien réalisé, très riche, remarquablement équilibré malgré
sa richesse (les centaines d'armes, objets et attributs magiques ont tous une utilité et aucun
ne provoque de changement trop brutal dans la difficulté) et qui procure assez de fun pour que
le joueur retrouve les sensations du bon vieux Diablo, un des jeux vidéo les plus passionnants
et éclatants jamais produits. Malgré ses défauts, le nouveau style de Blizzard a
gardé son statut de référence incontournable, et les hack'n'slash, qu'ils soient
de conception occidentale ou japonaise, continuent de pomper allègrement les meilleures idées
de l'original qui du coup garde toute son aura de précurseur.
Laurent