Thomson.
Certains ont la GX4000, moi j'ai Thomson.
La
mention de cette marque sur Grospixels évoque, à la reflexion, a
peu près tout et n'importe quoi si on pousse un peu le bouchon. "Thomson"
sur ce site, c'est un peu quand la politique rencontre l'informatique dans les
années 80. La politique, c'est aussi l'économie, et l'informatique,
c'est aussi les jeux vidéos. Dit comme ça, ca ressemble a un imbroglio
pas possible. Pour moi, Thomson, c'est un souvenir. Le premier contact avec ces
étranges claviers, ces mystérieuses bandes magnétiques, ces
énigmatiques "RUN" et "LOAD", et cette étrange
sensation de controler ce qui se passe sur un écran. Quand on inclinait
le stick a gauche, le personnage se déplaçait a gauche, et ca, c'était
phénoménal. Passé ce premier contact, je suis passé
au ST, aux consoles 8/16 bits, puis au PC... Y Serais-je passé sans Thomson
? Serais je sur Grospixels sans Thomson ? A la reflexion, surement pas. Si
vous êtes allés a l'école dans les années 80, vous
connaissez peut être les ordinateurs Thomson. En effet, le 25 janvier 1985,
le gouvernement Fabius, épaulé de Jean-Pierre Chevenement,
entreprend de former les sauvageons actuels aux nouvelles technologies :
"Il
s'agit d'initier à l'outil informatique tous les élèves de
toutes les régions de France. Les 11 Millions d'élèves de
nos établissements publics pourront désormais dans chaque commune,
avoir accès à l'ordinateur au cours de leur scolarité, afin
de permettre une meilleure égalité des chances. [...] Tout cela
veut dire concrètement que cette année 11 000 ateliers informatiques
seront installés dans les établissements scolaires comprenant chacun
plus de 6 micro-ordinateurs familiaux ou semi-professionnels, cependant que les
33 000 écoles de taille plus modeste recevront, elles, l'équipement
minimum d'un ordinateur Ainsi seront installés en 1985 120 000 micro-ordinateurs
supplémentaires pour un coût total, avec la formation, de près
de 2 milliards. Le fonctionnement devra être mis en place dès la
prochaîne rentrée."


Ils ne s'imaginaient surement pas etre sur grospixels un jour. La consécration,
enfin.
Ce
truc va couter 2 millliards de francs. Je dis "truc" parce que le plan
informatique pour tous (P.I.T) a vraiment été un semi-bide. Regardez
autour de vous aujourd'hui : a t'on réussi à former tout les élèves
de l'époque à l'ordinateur ? En fait, l'intérêt d'un
plan aussi couteux était franchement limité. La micro-informatique
de 1985 n'est pas l'informatique de 2004. Indispensable et omniprésente
aujourd'hui, elle n'était que balbutiante (oserais-je dire "experimentale
?) à l'époque. Vous me direz au contraire qu'elle était en
plein boom. En effet, pour les jeux vidéos, beaucoup y voient une époque
bénie. Mais pour un usage familial et personnel, l'intérêt
était moindre. Les traitements de texte sur micro ordis familiaux jouissaient
d'une popularité relativement limitée (quand aux tableurs et bases
de données n'en parlons pas). L'utilité principale des micro-ordinateurs
de l'époque, c'était le jeu et la programmation (en BASIC le plus
souvent). Autre probleme de poids : l'informatique, ca ne s'improvise pas. Surtout
à l'époque. Et la formation manquait.

Cette petite fille ne fera surement jamais un 10 "PRINT COUCOU "
Le
potentiel était bien sûr là pour autre chose. On pouvait voir
ce plan informatique pour tous comme une idée de génie visionnaire,
qui avait compris le rôle que jouerait l'informatique dans l'avenir, mais
concrètement, il consistait surtout à éduquer les élèves
à faire des "10 PRINT "COUCOU" | 20 GOTO 10" et a dessiner
des spirales en LOGO. Un plan lancé un peu trop tôt probablement.
J'ai parlé de "semi" échec car je serais bien mal placé
pour critiquer ce plan : l'informatique m'a été initiée peut
etre par quelques un des derniers avatars de ce plan informatique, ce qui fait
qu'il y avait un Thomson à la maison quand j'étais tout gamin. Je
suppose que malgré tout, dans de nombreuses familles, on a voulu ensuite
avoir un micro ordinateur pour faire plaisir au petit. On se forçait à
sourire en se disant que c'était super éducatif (alors qu'on sait
TOUS pourquoi le gamin voulait un micro).

Des générations d'infographistes te doivent tout.
Pas question de faire sur ce site de polémique politique, néanmoins
on attribue souvent également l'échec du PIT au choix de Thomson.
Thomson !
En septembre 1982, Thomson présente une étrange machine : un micro-ordinateur
français. Il
s'appelait le TO7, et il était vraiment pas mal du tout. L'alimentation
était intégrée, on pouvait le relier à la TV via une
Peritel, le clavier était AZERTY et toute la doc était en français...
autant d'éléments pour convaincre les français de s'y mettre
! Thomson parvient donc à vendre nombre de ses micros à l'Education
Nationale. Pour les particuliers, c'est plus compliqué, surtout quand les
vendeurs de micros de l'époque étaient plus spécialement
habitués à vendre des postes de TV. Le
TO7 avait beau être une bonne machine 8-bits et avoir eu un relatif succes
commercial, quelque chose clochait, n'inspirait pas confiance. Le TO7-70 faisait
pourtant presque jeu égal avec le Commodore 64, mais ce qui devait faire
la force des Thomsons fut sa perte.


WAAH !
Si
vous postez sur des forums étrangers et que vous mentionnez les ordinateurs
Thomson, on va vous regarder bizarrement. Et pour cause, le Thomson était
un ordinateur Franco-Français-Franchouillard-Cocorico-Camembert. Tout ce
qui tournait dessus était en langue française. Impérativement.
Logique, car la cible n'était pas les hardcore gamers de l'époque,
mais le grand public de l'époque. Je l'ai déja sous-entendu : le
succès d'un micro dans les années 80 se determinait en fonction
de ses jeux... Et en effet, de nombreux développeurs et éditeurs
n'ont pas voulu gaspiller du temps ou de l'argent à porter leurs jeux sur
un ordinateur qui aurait un mal fou à percer les frontières hexagonales
(tout juste en a t'on retrouvé quelques uns en Allemagne). Le PIT à
voulu imposer Thomson comme le "Micro-officiel de la famille française"
(je caricature), il a réussi, mais ce micro était fatalement voué
à être sectarisé. Rapidement,
plus personne n'y croit. Sauf Thomson qui multiplie ses efforts avec de multiples
déclinaisons de ses ordinateurs, certains étant vraiment performants,
mais avec, toujours, toujours, ce même défaut de s'adresser à
une base coupée du reste du monde. Le
manque de jeux de qualité programmés avec efforts va se faire ressentir
très vite, et Thomson commencera à être mis en difficulté.
En France, c'est surtout ce satané crocodile d'Amstrad qui va se tailler
la part du lion. Ah la vache ! Ils étaient bien les jeux sur Amstrad !
Sur Thomson aussi mais... si peu, si peu.. si peu... Et il y avait des défauts
techniques, aussi. Commençons
par le début. Regardez le TO7, premier micro Thomson à avoir vu
le jour. Je ne suis pas une star du hard(ware) mais je vais faire un effort pour
vous : TO7 ! Montre moi ce que t'as dans le ventre !
Ah
je vois ! Ton CPU est un 6809E à 1 Mhz ! Tu as 8ko de RAM dont 4 exploitable
et tu nous fais du 320*200*8 couleurs ! En 1984, ce n'était pas si mal.
Le 6809 était l'un des processeurs 8 bits les plus puissants, bien plus
que le Z80 ! Okay, TO7 ! Tu enfonces donc largement le Sinclair, mais pour le
reste tu vaux quoi ? Pas de panique ! Tu enfonces l'Oric ! Par contre ta RAM disponible
fera super pitié le jour où l'Amstrad et le C64 débarqueront,
genre, juste après. Mais fermons les yeux pour l'instant, ils ne sont pas
encore là. La machine se présente sous forme monolithique, comme
il en est l'habitude a l'époque. Sauf que l'achat du lecteur de disquette
5.25 pouces (de 80ko, ce qui était déjà ridicule !)
est séparé. Et oui, va encore falloir raquer !

Ca vous fait pas rever ca ?
Mais de toute facon,
qui en voudrait..... Absolument rien n'est sorti dessus. En gros tu es une bonne
machine mais tu es chère. Les années qui suivront verront des baisses
de prix super importante, à faire s'évanouir une Xbox. Et il y a
de quoi, parce que bon à 7000 francs la bécane... Ah ! Tu as un
port cartouche en standard ! Evidemment, il servira pas, ou presque pas (à
part pour la cartouche de Basic, non intégrée. RIDICULE). On imagine
que les ingénieurs de Thomson ont voulu en mettre un quand ils ont vu les
temps de chargement incroyablement long de leur lecteur de cassette... Coté
son : 1 voix sur 4 octaves. Oui c'est naze.


Le port cartouche, et sa cartouche (La seule qui serve)
Alors
bon, Thomson, tu as la puissance nécessaire à ton époque,
mais sur le terrain, qu'est ce que tu vaux ?
Et bien pas grand chose. On
dira ce qu'on veut des programmeurs français, l'essentiel des jeux sortis
sur TO7 ne valaient franchement pas grand chose tant ils étaient mal fichus.
Certains me sauteront à la gorge pour oser dire un truc pareil, mais sincerement,
meme sur Oric ou Sinclair le tableau général était plus glorieux.

Le thomson TO7 sans sa cartouche Basic : Un éventail de possibilités
(vive les télé/ordinateurs système !)
En fait, tout le
problème vient d'un grave défaut de jouabilité dans de nombreux
jeux, malheureusement programmés en BASIC, langage qui n'est guère
réputé pour sa rapidité d'éxécution. Si j'étais
de mauvaise foi, je dirai que c'est parce que ce BASIC a été conçu
par une petite société alors peu connue du nom de Microsoft,
mais non, je me le permettrai pas. Le Basic, ca reste du Basic. Pour les jeux,
ca craint. Du
coup, sur Thomson il y a eu plein de portages de tout plein de hits des salles
d'arcade : Ouais ! Enduro Racer sur Thomson et... Oh Mon Dieu ! Green
Beret ! Woohoo ! Génial non ? En fait, si vous arrivez à supporter
les 3000 heures de chargement (sacré lecteur cassette !), c'est la lenteur
du jeu qui vous tuera, genre, 2 images à la seconde. Je vous laisse imaginer
la jouabilité du truc. Si vous n'arrivez pas à imaginer, testez
les émulateurs. Du coup, les Oric et les Spectrum s'en sortent
bien mieux tout en étant moins puissant, et surtout moins chers.


Ah mon dieu.... Konami sur ton TO7


Sega aussi ! Autant Green Beret est relativement jouable, autant ça...
Et je vous parle meme pas de Yie Ar Kung Fu 2. Sisi, il est sorti. Non
non, il est grave nul car injouable. En
plus, la logithèque du TO7 ne sera guère très étoffée.
On notera tout de meme certains très très bons jeux développés
en assembleur 6809. Si vous vous souvenez du celebre "5eme axe", c'est
sur Thomson TO7 qu'il a débuté ! Ah ces graphismes et surtout cette
animation super fluide ! Il fallait voir courir le sprite du perso dont les mouvements
étaient presque aussi bien décomposés qu'un Prince
Of Persia ! Et ce scrolling ultra fluide ! Hallucinant !

Du pur bonheur sur TO7
Autres portages réussis, ceux d'Arkanoid
et de Boulder Dash (subtilement rebaptisé La mine aux diamants,
ah, francophonie...), ainsi qu'un clone de Lode Runner
(mysterieusement nommé Androides), et également du mythique
Sorcery (très inspiré de Cauldron).
Histoire de continuer à sauver l'honneur, on trouve une adaptation presque
identique a l'originale de L'Aigle D'Or, un clone de Donkey Kong
assez réussi du nom de Yeti (ca alors !), une version lente mais
jouable de Choplifter, un jeu d'échec,
euh, de l'époque du nom de Blitz et une sorte de Solstice
pas trop mal fichu du nom de Sortilèges.


Autres adaptations a succès sur TO7
Coté jeux de sports, c'est grave grave la honte. Je me souviens particulièrement
d'un certain Numéro 10 absolument injouable, avec la tronche de
Platini (alors tout à fait dans le coup) qui s'affichait à l'écran.
Surement l'origine de son déclin d'ailleurs. On y voyait s'affronter deux
équipes astucieusement nommées "Noirs" et "Bleus"
(heureusement on pouvait les renommer, ouf...). Il y'avait aussi une sorte de
Track & Field qui s'appelait Les dieux
du stade : Le jeu se déroulait aux jeux olympiques de Paris de 92 (hé
oui) et nous cassait les oreilles au début de chaque partie avec une reconstitution
immonde de la mélodie des Chariots de feu. Après il fallait
casser la manette en la secouant comme un malade pendant que le sprite se déplacait
à deux à l'heure.


Bah oui... (que fait ce joueur bleu loin derriere le but ?)
Le TO7 sauve donc l'honneur avec quelques jeux de qualité, mais avoir quelques
bons jeux ne suffit pas à compenser un reste assez médiocre, et
de toute facon en quantité insuffisante. Et surtout, bien que plus puissant,
son prix ne se justifie pas face à un Oric ou à un Sinclair qui
fait aussi bien, voir souvent mieux, avec une ludothèque plus étoffée
et surtout, surtout, un prix largement inférieur. Sans maitrise, la puissance
n'est rien, comme dit l'autre. Alors
après Thomson a sorti une évolution du bazar. Le TO7-70 avec 48
ko de RAM. Le voici donc presque aussi puissant qu'un C64, dommage, la ludothèque
est la meme et les jeux seront pas plus rapides pour autant.


Les TO7 sont sortis
en deux versions : clavier à gomme (les petites touches qui s'enfoncent
et restent collés, facon ZX81) et clavier mécanique (des vrais touches
qui font tac tac). Enfin Thomson, visionnaire, propose une extension MINITEL,
car selon Thomson la multiplication des réseaux, c'est l'avenir ! (ou comment
avoir tort et raison à la fois). Et puis le TO7, c'était aussi le
fameux Crayon Optique, d'une qualité douteuse et surtout qui envoyait des
décharges électriques en série, et qui servait à...
pas grand chose en fait. Le clavier était vachement plus pratique dans
la plupart des cas, mais bon, admettons... Le TO7, c'était aussi l'apprentissage
du LOGO et du Basic. Mais à un prix luxueux, toujours...
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