Voici un jeu qui
ne me fout pas les glandes, et qui mérite de faire partie de mon monde.
Je ne lui dirai jamais de quitter le cercle de mes jeux préférés
ou qu'il doive se casser à cause de l'incommodité olfactive qu'il
peut me causer. Et je ne lui dirai pas de rester dans l'ombre de l'histoire vidéo-ludique...
Y'a
t-il eu beaucoup de jeux sur (ou inspirés par) des chanteurs populaires,
et français de surcroît ? Y'a t-il eut beaucoup de jeux sur ou inspirés
par Renaud Séchan ? A vrai dire je n'en sais rien (ndJC: on peut toujours
se remémorer MoonWalker (1990) mettant en scène Mickael Jackson,
ou dans une moindre mesure Moktar (1991) avec
Vincent Lagaf'. Le reste se limite généralement à du CD à
peine interactif pour fan inconditionnel), mais ce qui est sûr, c'est
que ce soft d'Infogrames est sans nul doute le seul rendant hommage à Renaud
et l'un des rares osant s'attaquer à un genre vidéo-ludique très
peu représenté et fort casse-gueule : le jeu vidéo réalisé
en l'honneur d'une personnalité médiatique.
En
tout cas, le succès de notre chanteur énervant national pendant
les années quatre-vingt se mêlant aux âges d'or du CPC et de
l'Atari ST, est pour moi un heureux télescopage, ce genre d'événements
à marquer d'une pierre blanche et qui resteront à jamais ancrés
dans ma mémoire de gamer... Bizarres années où il n'était
pas surprenant qu'un jeu comme Renaud 'Marche à l'Ombre' ait pu
voir le jour...
Je
vais parler principalement ici de la version CPC qui a longtemps été
la seule que je connaissais, je la traiterai en faisant un petit crochet par la
version ST. Il est à noter qu'il existe une version C64 ainsi qu'une adaptation
sur TO8, et que le jeu a même été exporté hors de la
France sous le nom Sidewalk.


Un écran du jeu
'Kessta'ta ????
Paragraphe un... tatatinnnn !
Il
fut un temps où le CPC était une sacrée machine. Pas pour
ses capacités, mais pour l'extraordinaire réaction en chaîne
qu'elle entraîna, celle de la conquête d'un grand public qu'elle parvint
à rapidement amadouer, bluffant et charmant comme une traînée
de poudre une foule de futurs aficionados du 'dixième art'.
Grâce à la machine d'Amstrad, c'est au moins ma façon de voir
les choses, une micro informatique familiale française venait d'émerger.
L'une des premières manifestation de cette réaction en chaîne
fut l'engouement des professionnels et le nombre d'informaticiens créatifs
qui ont pu travailler dessus... Parmi les héros d'alors, citons Serge et
Ludovic Hauduc et Jacques Hémonic d'ERE, Didier et olivier Guillon, les
créateurs de Sapiens, Alain Brégéon et Patrick Beaujouan,
les créateurs du Passager du Temps, ou encore Eric
Chahi. Chacun travaillait alors en indépendant, proposant son travail
à tel ou tel éditeur, libre de refuser ou pas des projets qui n'étaient
pas autant plombé par l'argent et la recette facile, tant de créativité
et de liberté potentielle laisse aujourd'hui songeur. Les noms qui se cachent
derrière 'Renaud - Marche à l'Ombre' sont ceux de Kamel Bala, à
la programmation, et Didier Chanfray aux graphismes. Ils font partie de cette
cohorte besogneuse et créative qui ont défriché les immenses
territoires ludiques que désormais nous connaissons bien...


Le carrefour
La cabine téléphonique
Ah Marcher cinq minutes avec toi, pi jouer au CPC... tant qu'en y'a...
Renaud
'Marche à l'Ombre' m'est apparu un jour de 1989 alors que je ne connaissais
pas le chanteur, et encore moins la chanson-titre, laissant ses compositions imprégner
les oreilles paternelles post-soixante-huitarde et m'enfonçant de mon côté
dans une overdose d'idéal numérique et futurologique, vénérant
Jean-Michel Jarre et Vangelis en croyant que le synthétiseur serait l'instrument
qui trônerait pour toujours en tant qu'aboutissement de siècles de
créations musicales. Ah que je me suis lourdement gourré devais-je
me dire à moi-même quelques années plus tard, le mal étant
réparé et Renaud Séchan ayant prit la place qu'il méritait
dans mon jugement esthétique et musical...
Rentrons
maintenant dans le vif du sujet. Comment se présente ce jeu qui est l'une
des petites réalisations dont beaucoup raffoleraient aujourd'hui d'en revoir
un remake flash quelque part sur le Web ? Tout d'abord il commence par un écran
d'intro qui nous offre à voir une image digitalisée très
réussie de Renaud, le tout avec la musique 'Marche à l'Ombre' qui
l'accompagne. Sur CPC, je trouve que ça a de la gueule. Sur Atari, le topo
est le même. Bien sûr les possibilités techniques du ST font
que c'est quand même plus beau et plus fin. Pourtant, le ST ne nous donnera
pas à voir des graphismes couleurs : Bande dessinée encre de chine,
c'est le look intemporel de ce jeu.


La version Atari ST
Des graphismes effectivements plus... beaux
Description du jeu... ah je veux !
En
appuyant sur une touche, après un temps de chargement, on entre dans le
vif du sujet, dans le jeu et là... Horreur ! La ruelle est sombre et crade,
les bourgeois s'endorment au loin comme des cons, et moi je suis le petit loubard
qui apparaît à l'écran, hyper vénère de m'être
fait détrousser de tous mes attributs virils, c'est à dires des
parties mécaniques qui composent ma mob !
Rapiécer une mobylette, en retrouver tous les éléments et
les remonter ! Partir à l'assaut de cette quête insensée dans
une banlieue qui, si elle n'est pas rouge, sera en tout cas bientôt tapissée
de sang , voilà un objectif dont l'originalité est à inscrire
au panthéon des intrigues vidéo-ludiques les plus audacieuses...
Tatatin ! D'autant plus que ce soir il y a le concert du chanteur énervant
et que j'ai promis à Françoise de l'y emmener, j'pourrai enfin me
la faire, il était temps surtout que Dédé est en train de
lui tourner autour pour me la piquer, y'a vraiment pas de justice dans ce triste
monde non mais c'est vrai quoi à la fin... Deuxième quête
insensée : gauler deux places pour le concert de Renaud. Quand on sait
que tous les billets ont été vendus, je me dit que ça va
pas être qu'une partie de plaisir...
Voilà pour le scénar, en béton ça va sans dire...
Ils sont tout aussi bétons les graphismes noir et blanc et tout plein de
personnalité qui servent de décor au jeu ; ils font d'ailleurs furieusement
penser aux bandes dessinées de Franck Margerin ou de Franquin ! C'est la
grande qualité du soft puisque ces graphismes mêmes s'ils s'avèrent
être peu nombreux sont incroyables de suggestion. Ils sont beaux, en toute
simplicité. Merci à Didier Chanfray de les avoir réalisés.
Pour information, ce graphiste possède un parcours qui force le respect
puisqu'il a oeuvré sur Hostages en 1988, Tintin sur la Lune
(1989) Nord et Sud (1990) et Alone
in The Dark (1992) le tout pour Infogrames. Il a ensuite travaillé
comme directeur artistique pour Adeline Team sur LBA en 1995 et LBA2
en 1997 puis pour Sega en 1999 sur Toy Commander.

Vue panoramique
Au
point de vue son, il n'y a par contre sur CPC aucune musique agrémentant
le périple du héros, à part une musique de fin qui est une
utilisation bis de la musique de Renaud que l'on entend pendant l'intro... le
reste sont quelques bruitages musicaux qui se font entendre ça et là
: une série de notes lorsqu'on se retrouve la gueule ensanglantée
contre le bitume, quelques bruits lors de l'acquisition de parties de mobylettes...
Ben oui, faut
dire que la version CPC ne compte en tout et pour tout que 138 ko de données
et, je n'ai pas vérifié, mais je suis sûr que la version Atari
est elle aussi très légère, même si vous l'avez compris,
tout est plus beau, plus agréable et plus appréciable sur le ST.
Qu'est c'que tu viens nous frimer la tête ?
C'esr
là le problème crucial inhérent à la place mémoire
de la machine : le jeu par son aspect ne sort pas du moule techniquement imposé
par le CPC, ou en tout cas il fait partie de ces jeux excellents qui n'offrent
qu'un seul voyage (et moins de liberté que par exemple Sapiens,
programmé quant à lui de manière à pouvoir offrir
au joueur la joie d'un trip vidéo-ludique aléatoire...).
Cependant
d'autres comme Sram, Orphée, La secte noire, Le
Passager du temps, pour ne citer qu'eux, sont à l'image de Renaud 'Marche
à l'Ombre' : le cadre du jeu est assez réduit, tout comme les possibilités
d'actions, prédéfinies et bien souvent restreintes. Il faut d'habitude
dans ce type de réalisation CPC interagir (un bien grand mot) avec tous
les personnages rencontrés, découvrir tous les objets dont chacun
aura une utilisation spécifique et bien sûr explorer toutes les pièces
que le jeu contient, ici des rues, afin d'arriver au bout.
La
marge de manoeuvre ? Quasiment nulle, les jeux comme Marche à L'ombre ne
pouvant se terminer que d'une seule manière, selon un schéma imposé,
ce qui n'enlève rien à leur charme ni à leur spécificité
mais oblige le joueur quand il veut se (re)plonger dedans à prendre des
notes circonstanciées des étapes qu'il devra passer... Mais qu'on
ne s'y trompe pas : ces jeux, Marche à l'ombre en tête, ont un charme
inégalable car ils font bel et bien partie d'une époque révolue
de l'artisanat du jeu vidéo. Avec leurs ambiances bizarres, inégales,
presque surréalistes tant les graphismes (la plupart du temps dus au mode
0 du cpc) nous offrent à voir des dessins presque maladroits, simplistes
à l'extrême, ou une musique tantôt inexistante, tantôt
stridente et inaudible, qui sont loin des représentations habituelles.
Pour peu que je me souvienne, j'étais déjà à fond
dans ce genre de jeux : au dessin minimaliste de la lande désolée
du Passager du Temps suppléait mon imagination pour que je puisse en deviner
les limites et l'atmosphère.
J'étais
déjà à fond dedans, immergé dans ces aventures uniques.
Car ce que ces mondes perdaient en capacité à retranscrire les décors
mêmes, ces graphismes malhabilement rendus à cause de l'indigence
technologique de cette période, ils y gagnaient en capacité d'être
incroyablement et pour toujours uniques. Un jeu reste un jeu oui, mais la 2D et
l'informatique d'alors pouvaient nous offrir la possibilité de nous frotter
à des mondes mystérieux, muets, tendant tantôt du côté
de l'art naïf, du cubisme ou de l'impressionnisme le plus dépouillé.
Des mondes sans sauvegardes, donc mortels et qui ne souffraient aucune maladresse
de la part du joueur.

Echec cuisant
J'vais t'apprendre un jeu rigolo :
Une
partie typique de Renaud - Marche à l'ombre se déroule comme suit
: tout d'abord, vous commencez dans une ruelle et l'horloge vous indique l'heure.
Le compte à rebours défile à vitesse grand V. Utilisant le
curseur Haut-Bas-Droite-Gauche, vous allez ainsi vous promener sur des écrans.
Une pression de la touche Haut vous permet de marcher tout le long du trottoir,
ce qui vous fait apparaître en tout petit à l'écran. Une pression
de la touche Bas vous fait apparaître au premier plan et vous permet de
vous diriger sur la carte dans cette direction. Il est à noter que la carte
de Renaud - Marche à l'ombre est l'une des plus fantasques et illogiques.
Sans un plan qu'il semble assez prise de tête de concevoir, impossible de
s'y retrouver.


Le carrefour
Le garage de Dédé & fils
A
chaque rencontre, une petite description du personnage que vous croisez se fait
via des écrans bleus et vous avez alors trois options : le gnon, la parlotte,
ou la fuite. Avec des personnages aussi inoffensifs que le baba cool crade, il
est impossible de se battre et fuir ne sert à rien. Avec les quelques hordes
de jeunes sauvageons qui peuplent nos villes et nos compagnes, il est parfois
utile de se rompre à l'art délicat du maniement d'opinel. D'autant
que ces salauds vous lâcheront à l'issue d'un combat une partie de
votre mob... Les combats se déroulent sur le trottoir. Votre sprite est
le même que lors des phases de déplacement et face à vous
un gros costaud s'avance pour cogner dur. Généralement, le combat
se gagne en appuyant le plus vite possible sur la barre d'espace tandis que les
jauges d'énergie (sous forme d'un bock de bière!) s'amenuisent petit
à petit. Il faut d'ailleurs aller la recharger au bistrot du coin mais
attention à une jauge vide et, une fois arrivé dans la rue du troquet,
la trouver barrée par une autre bande de jeune qui vous fende la gueule...
en deux (eh oui, les méchants réaparraissent automatiquement à
un endroit x du jeu dès que vous les supprimez à un endroit y).
Lors
de votre périple, vous pouvez passer à la casse. C'est dans cette
dernière que dédé le garagiste pourra vous vendre l'une des
roues de votre mob. Mob d'ailleurs que vous ne pourrez rappiécer que si
vous allez voir la délicieuse punkette de l'immeuble désaffecté.
Le baba crade est quant à lui un autre oiseau haut en couleur du petit
monde de Renaud - Marche à l'ombre. Il a un peu le look de notre chanteur
énervant, z'avez pas remarqué ? A moins que ce ne soit un étudiant
poil au dent, vu la farde qu'il se trimbale. Eh bien il sera d'une utilité
assez inextricable et contagieuse si je peux m'exprimer ainsi puisque c'est lui
qui vous dira où trouver le disquaire pour gauler les places du concert
(parfois vous arrivez à temps pour en acheter deux, parfois une, parfois
pas du tout...), ainsi que là où crèche miss Germaine, moi
qui croyait qu'elle habitait une chambre de bonne, quelque part dans le cinquième
à côté de la sorbo... bon d'accord j'arrête.


Le héros
Le babe crade
Des
personnages atypiques et sympathiques, le jeu en regorge plein. Bizarrement, votre
fiancée n'en fait pas partie... Elle est prête à se barrer
avec le premier venu, cette morue ! De manière systématique, une
fois arrivé 19h00, elle décide d'aller au concert avec Dédé.
Oui, le garagiste. Mais accuser ce dernier du vol de votre destrier ne sert strictement
à rien, ce qui nous prouve bien que les plus viles tragédies qui
se trament en ce bas monde ne trouvent pas d'échos assez sombre pour expliquer
la solitude et le dénouement de l'innocent victime devant les affres abyssaux
de... de... de quoi au juste ?
Quelque
fois je me met à rêver que c'est plutôt la punkette que j'emmène
sur ma bécane, au lieu que ça soit l'autre greluche... M'enfin bon,
qu'est ce que vous voulez, la vie est ainsi faite. D'ailleurs, en parlant de la
punkette, c'est la meuf d'un des chefs de bande, et lui proposer une passe n'est
pas des plus délicat puisque cela vous vaudra d'être systématiquement
attaqué par ladite bande en question. Enfin bon, il ne faut pas oublier
que nous avons affaire ici à un jeu vidéo typiquement masculin dans
le sens où la Femme, Les Femmes (à part peut-être Madame Thatcher),
sont la finalité de ce trip banlieusard.


Votre meuf
La punkette, une idée de l'idéal féminin
Conclusion :
Bien
franchouillard, décalé, Renaud-ien jusqu'au bout des cordes (le
pack du jeu comprenait même paraît-il un bandana !) et donc irrésistiblement
exotique pour la culture vidéo-ludique dans son ensemble (on s'en rend
pas compte, hein), tellement proche de nous et de nos envies de disséquer
un jeu d'aventure à l'ancienne (puisqu'on peut en deviner la structure),
ce jeu m'apparaît quelque fois comme le très lointain cousin de jeux
tels Shenmue. Comparaison stupide ? Peut-être
pas car qu'on enlève la 3D et les perfectionnements multiples d'un des
titres phares de Sega (intelligence artificielle, gestion des paramètres
temporels et rythmiques d'un monde qui peut parfois se passer du joueur) et l'on
se retrouve avec l'ossature d'un périple en milieu urbain, fait de rencontres
hautes en couleurs, de castagne endiablée, de dialogues savoureux, et d'une
recherche d'objets d'une importance capitale. Il est sûr que de Renaud-Marche
à l'Ombre à Shenmue il aura fallu rajouter des centaines de lieux,
des centaines de personnages et de dialogue et écrire des milliers de lignes
de code supplémentaire, mais le fond reste le même pour ce qui est
de l'impression de dénuement et d'aventure solitaire violente où
l'on doit forcer le destin à chaque carrefour...
Hein
? Comment ? Comment ça je fais plus du Renaud ? Kessta ta ? Tu m'cherche
? De toute façon le premier qu'est pas content avec mon utilisation du
parler de la France, j'lui apprendrai un jeu rigolo à grands coups de...
de...
- De chaînes de vélo ?
- De mob, s'teuplait...
La
solution du jeu (et bravo pour la carte ) :
http://www.emultoo.com/?d=solutions&p=amstrad_marchelombre
Sans
oublier, le lien des afficionados de Renaud... poil au dos :
http://www.sharedsite.com/hlm-de-renaud/
REMERCIEMENTS :
TobiasJones du site Atari : http://www.fr.atari.com
Phénix, Mig et Fagal de l'excellent site http://www.phenixinformatique.com
Chabre, du site http://emultoo.com
Atari Frog, /Doublec/ et Mickmils pour leurs infos complémentaires donnée
via le forum.
Gregoss