Aujourd'hui,
je vais vous parler d'un jeu sur MO5. Non, ne riez pas. C'est vrai que comparé
à un Commodore 64 (au hasard), la ludothèque Thomson
(que ce soit TO7, MO5, ou apparentés) souffre d'un manque cruel de bons
jeux... et même de jeux tout court. Je ne vais pas vous raconter l'histoire
de ce micro en détails, Mickmils ayant déjà fait un dossier
Thomson très complet sur Grospixels. Toutefois, on trouve quand même
quelques perles; Saphir fait partie de ceux-là.
Mais Saphir a
également une valeur affective assez importante à mes yeux. Remontons
le temps jusqu'en 1985 (purée, 20 ans déjà !). Le Plan
Informatique pour Tous est à l'origine d'un envahissement par des micros
Thomson, dont le MO5, de nombre d'établissements scolaires français.
Je ne sais pas si ce fut une chance ou pas pour moi, mais le directeur de mon
école à l'époque (j'étais en CM1) était un
fou d'informatique. L'ayant également eu comme professeur, j'en ai bouffé
du micro ! On passait 30 à 40% du temps de cours dans la salle d'informatique,
qui devait compter 2-3 Alice et une dizaine de MO5 (un ou deux TO7 aussi je crois).
Je me souviens avoir noirci plusieurs cahiers où il fallait recopier des
programmes en BASIC. Ce sont d'ailleurs là mes seules compétences
en programmation à l'heure actuelle...
10 PRINT "PAPA"
RUN
Autant dire que quand j'ai touché un PC pour la 1ère fois au milieu
des années 90, ça m'a fait un choc, ça avait beaucoup évolué
! Le MO5 donc, est à l'origine de ma première rencontre avec l'informatique
d'une part, et les jeux vidéo d'autre part (question console, je n'ai découvert
la VCS 2600 qu'en 1988.) Parce que bien sûr, on jouait pas mal aussi ! Assez
rapidement, sous les conseils de Monsieur le directeur, mes parents décident
de faire l'acquisition du tout nouveau MO6 qui vient de sortir (avec moniteur
monochrome intégré, histoire de ne pas avoir à squatter la
télé... La plupart des jeux, je ne les ai connus qu'en vert !) J'ai
fait l'acquisition de quelques softs, entre autres grâce à un copain
qui avait lui aussi un MO5 (oui, Guillaume Martin, c'est à toi que je pense
(pas de délation sur le site, svp - NdD)). Je rappelle que de très
nombreux jeux tournaient sur plusieurs plate-formes simultanément, et que
donc, la plupart des logiciels MO5 fonctionnaient sur MO6 également. Saphir
fut le dernier jeu que j'achetai, mais aussi très clairement celui sur
lequel je passai le plus de temps. Ayant
bousillé le lecteur de cassettes du micro à la fin des années
80, j'ai redécouvert le jeu par le biais de l'émulation il y a 2
ou 3 ans. J'ai également pu le "finir" (vous comprendrez les
guillemets plus tard), et j'avoue que l'âge n'avait en rien altéré
ses qualités.
La boîte du jeu (aucun rapport, comme souvent).
Perdu dans les mines.
Vous venez de
perdre une grosse somme au jeu. Un vieil homme vous a raconté qu'il existait
une mine abandonnée remplie de saphirs (en fait de saphirs, graphiquement,
on dirait plutôt des diamants) : de quoi vous refaire une fortune ! Vous
décidez de l'explorer.
Comme vous
venez de le lire, Saphir est un jeu d'exploration qui se rapprocherait de Metroid
(oui, le Metroid français existe, il s'appelle Saphir). Un jeu d'action-exploration
donc. Car en effet, ces mines sont infestées de monstres en tous genres
: araignées, chauves-souris, bâtons volants (?), clones maléfiques
de Pac-Man, fantômes, étoiles... Et si ça ne suffisait pas,
il y a aussi quelques pièges, comme les pics qui tombent du plafond. Pour
parcourir tous les tableaux en une fois, il faut connaître le plan des mines
quasiment par coeur. Apparemment, il existe 52 salles en tout. Saphir consiste
en une suite de tableaux fixes (comme Zelda), la liberté de déplacement
est presque totale (certains passages sont fermés à clé,
il faut donc aussi ramasser les clés qui traînent un peu partout),
et il faut récolter un maximum de diam... de saphirs. Et c'est tout.
Alors, comment
qu'on joue ? Vous dirigez votre personnage (allez, appelons-le Robert), qui porte
un masque à la Batman, dans les quatre directions (au clavier ou au joystick,
au choix). Vous pouvez tirer au laser (je pense que c'est un rayon-laser), et
poser des bombes (en appuyant sur une direction + tir en même temps). A
noter la présence d'un étrange effet d'apesanteur - le personnage
vole plus qu'il ne saute. Par ailleurs, tant que Robert est sur la direction haut,
il ne retombe pas ; et lorsque vous relâchez la direction, il reste quelques
secondes dans les airs. Les minutions sont limitées. Vous disposez donc
d'une barre de vie, une barre d'énergie (le laser), et d'un nombre limité
de bombes. Chaque usage de votre arme fera baisser votre barre d'énergie.
Il n'existe aucune option qui permette de recharger; en revanche, les jauges remontent
automatiquement au fil du temps. Lorsque vous êtes en danger, il vous suffit
donc de patienter 2-3 minutes dans une salle vide afin de refaire le plein. Il
en va de même pour les bombes.

Tirer sur la porte ne sert à rien. Ici,
en revanche, il faut tirer à tout va!
On peut régler
la difficulté au début de la partie (... après avoir chargé
la cassette pendant 20 minutes!) Concrètement, cela correspond au degré
de dommages infligés par les ennemis. En hard, on meurt très vite.
Le jeu est dur. Pas infaisable, et sûrement bien moins corsé que
nombre de jeux de l'époque, mais quand même difficile. Pourquoi
?
- Les ennemis se tuent en un coup, mais il y en a dans presque toutes les salles,
et ils sont parfois très nombreux (j'ai compté 34 ennemis dans le
tableau le plus "chargé");
- Les pics sont mortels et, pire, ferment le passage une fois tombés (on
peut donc se retrouver bloqué, et il ne reste plus qu'à se suicider);
- Les bombes. Elles servent à détruire des murs afin de libérer
certains passages (nooon ??!!). Hélas, une fois déposées,
il faut s'éloigner suffisamment pour ne pas être pris dans l'explosion
(qui survient vite), sinon game over... Et comme on doit en utiliser souvent,
avec les problèmes de joystick qui s'en mêlent, c'est une cause
fréquente de décès. A noter qu'une certaine catégorie
de monstres utilise des bombes elle aussi.
- Le jeu n'octroie qu'une seule vie! Au premier trépas, c'est fini...
Pas glop.
Une chose positive toutefois: les ennemis tués ne reviennent pas. La
maniabilité est très correcte. Bon, ça reste un jeu programmé
sur Thomson, hein, mais on a connu bien pire. Le
titre de ce chapitre est "perdu dans les mines". Et pour cause: le jeu
n'a (à ma connaissance) pas de fin. Outre le fait qu'il me semble impossible
de faire les 52 salles d'affilée (à cause de pièges qui rendent
tout retour en arrière sans espoir), j'ai exploré toutes les pièces
et... rien. Pas de tableau final (ou alors il est super bien caché !) ni
de boss. On est condamné à errer sans fin dans les mines... Si quelqu'un
a réussi à obtenir une fin à ce jeu, qu'il me contacte, ça
m'intéresse !!
Après ce passage, c'est voie sans issue...
Dur! Oserez-vous prendre les saphirs ?
L'oeuvre d'un homme.
Le soft est édité
par Infogrames (un des trois éditeurs les plus prolifiques sur les micros
Thomson avec Loriciels et Nathan) en 1986, mais programmé de A à
Z par un certain Eric Szymkowiak (je n'ai pas trouvé d'autres réalisations
de lui). Quiconque a pratiqué Saphir retiendra ce nom (imprononçable)
car il est inscrit en bas de l'écran tout au long du jeu. C'était
l'époque révolue où on pouvait faire son jeu tout seul dans
son coin. Il
convient de rendre hommage à Monsieur Szymkowiak, car à tous niveaux,
Saphir est une réussite. Le jeu est plutôt beau (... pour du MO5),
les couleurs sont assez bien choisies et les sprites parfois assez détaillés.
Les décors sont variés ; on parle de mines, mais Robert traversera
successivement jungle, donjons, grottes... L'animation est plutôt impressionnante
(tout est relatif) dans le sens où lorsque votre héros retombe d'un
saut, il fléchit les genoux pour se récupérer !
Comme dit plus haut, pas de problèmes majeurs de maniabilité. Par
contre, il n'y a pas de musique (un jeu MO5 a-t-il déjà eu droit
à des musiques ?), et les bruitages sont réduits à leur plus
simple expression (le son du laser, et c'est à peu près tout). C'est
un vrai plaisir que de parcourir les mines, toujours à la recherche de
nouvelles salles qu'on aurait manquées. C'est en tous cas nettement plus
motivant que la collecte des saphirs, qui ne sert qu'à faire grimper le
score. Saphir
possède également un éditeur de tableaux ! Mais pour une
raison qui m'échappe, je n'ai jamais réussi à le faire fonctionner...

Divers
écrans. En bas à droite, l'éditeur de tableaux.
Remakes.
Comment jouer
à Saphir en 2005 ? Les plus masochistes ne jureront qu'avec la cassette
d'origine sur un vrai MO5 (ou MO6), et ses 20 minutes de chargement... Plus simplement
(et rapidement !), via un émulateur. Mais il y a encore plus simple : en
effet, un remake pour Windows est disponible ici
(avec d'autres jeux MO5)! Le jeu est à peu près identique à
l'original, toutefois les couleurs sont un peu différentes (plus vives
sur MO5, c'est un comble !). Il existe également un remake amateur avorté
sur... GBA ! Sans son et sans la possibilité d'attaquer (donc injouable).
J'espère que ce projet reprendra un jour.
Version MO5. Version
Windows (les couleurs sont délavées!)
Saphir n'est
certes pas le jeu du siècle, mais c'est très clairement un des
meilleurs, sinon le meilleur, soft du MO5, et il mérite qu'on s'y arrête
à l'occasion.
LVD
Cadeau
pour la route!
Le plan du jeu (réalisé par mes soins). On remarquera la salle "Eric" (pour Eric Szymkowiak bien sûr), en bas à droite. Cliquez
sur l'image pour afficher le plan en plein écran.
