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Saphir
Année : 1986
Système : MO5
Développeur : Infogrames
Éditeur : Infogrames
Genre : Plate-forme / Action
Par LVD (10 avril 2006)

Aujourd'hui, je vais vous parler d'un jeu sur MO5. Non, ne riez pas. C'est vrai que comparé à un Commodore 64 (au hasard), la ludothèque Thomson (que ce soit TO7, MO5, ou apparentés) souffre d'un manque cruel de bons jeux... et même de jeux tout court. Je ne vais pas vous raconter l'histoire de ce micro en détails, Mickmils ayant déjà fait un dossier Thomson très complet sur Grospixels. Toutefois, on trouve quand même quelques perles; Saphir fait partie de ceux-là.

Mais Saphir a également une valeur affective assez importante à mes yeux. Remontons le temps jusqu'en 1985 (purée, 20 ans déjà !). Le Plan Informatique pour Tous est à l'origine d'un envahissement par des micros Thomson, dont le MO5, de nombre d'établissements scolaires français. Je ne sais pas si ce fut une chance ou pas pour moi, mais le directeur de mon école à l'époque (j'étais en CM1) était un fou d'informatique. L'ayant également eu comme professeur, j'en ai bouffé du micro ! On passait 30 à 40% du temps de cours dans la salle d'informatique, qui devait compter 2-3 Alice et une dizaine de MO5 (un ou deux TO7 aussi je crois). Je me souviens avoir noirci plusieurs cahiers où il fallait recopier des programmes en BASIC. Ce sont d'ailleurs là mes seules compétences en programmation à l'heure actuelle...

10 PRINT "PAPA"
RUN

Autant dire que quand j'ai touché un PC pour la 1ère fois au milieu des années 90, ça m'a fait un choc, ça avait beaucoup évolué ! Le MO5 donc, est à l'origine de ma première rencontre avec l'informatique d'une part, et les jeux vidéo d'autre part (question console, je n'ai découvert la VCS 2600 qu'en 1988.) Parce que bien sûr, on jouait pas mal aussi ! Assez rapidement, sous les conseils de Monsieur le directeur, mes parents décident de faire l'acquisition du tout nouveau MO6 qui vient de sortir (avec moniteur monochrome intégré, histoire de ne pas avoir à squatter la télé... La plupart des jeux, je ne les ai connus qu'en vert !) J'ai fait l'acquisition de quelques softs, entre autres grâce à un copain qui avait lui aussi un MO5 (oui, Guillaume Martin, c'est à toi que je pense (pas de délation sur le site, svp - NdD)). Je rappelle que de très nombreux jeux tournaient sur plusieurs plates-formes simultanément, et que donc, la plupart des logiciels MO5 fonctionnaient sur MO6 également. Saphir fut le dernier jeu que j'achetai, mais aussi très clairement celui sur lequel je passai le plus de temps. Ayant bousillé le lecteur de cassettes du micro à la fin des années 80, j'ai redécouvert le jeu par le biais de l'émulation il y a 2 ou 3 ans. J'ai également pu le "finir" (vous comprendrez les guillemets plus tard), et j'avoue que l'âge n'avait en rien altéré ses qualités.

La boîte du jeu (aucun rapport, comme souvent).

Perdu dans les mines.

Vous venez de perdre une grosse somme au jeu. Un vieil homme vous a raconté qu'il existait une mine abandonnée remplie de saphirs (en fait de saphirs, graphiquement, on dirait plutôt des diamants) : de quoi vous refaire une fortune ! Vous décidez de l'explorer.
Comme vous venez de le lire, Saphir est un jeu d'exploration qui se rapprocherait de Metroid (oui, le Metroid français existe, il s'appelle Saphir). Un jeu d'action-exploration donc. Car en effet, ces mines sont infestées de monstres en tous genres : araignées, chauves-souris, bâtons volants (?), clones maléfiques de Pac-Man, fantômes, étoiles... Et si ça ne suffisait pas, il y a aussi quelques pièges, comme les pics qui tombent du plafond. Pour parcourir tous les tableaux en une fois, il faut connaître le plan des mines quasiment par coeur. Apparemment, il existe 52 salles en tout. Saphir consiste en une suite de tableaux fixes (comme Zelda), la liberté de déplacement est presque totale (certains passages sont fermés à clé, il faut donc aussi ramasser les clés qui traînent un peu partout), et il faut récolter un maximum de diam... de saphirs. Et c'est tout.

Alors, comment qu'on joue ? Vous dirigez votre personnage (allez, appelons-le Robert), qui porte un masque à la Batman, dans les quatre directions (au clavier ou au joystick, au choix). Vous pouvez tirer au laser (je pense que c'est un rayon-laser), et poser des bombes (en appuyant sur une direction + tir en même temps). A noter la présence d'un étrange effet d'apesanteur - le personnage vole plus qu'il ne saute. Par ailleurs, tant que Robert est sur la direction haut, il ne retombe pas ; et lorsque vous relâchez la direction, il reste quelques secondes dans les airs. Les minutions sont limitées. Vous disposez donc d'une barre de vie, une barre d'énergie (le laser), et d'un nombre limité de bombes. Chaque usage de votre arme fera baisser votre barre d'énergie. Il n'existe aucune option qui permette de recharger; en revanche, les jauges remontent automatiquement au fil du temps. Lorsque vous êtes en danger, il vous suffit donc de patienter 2-3 minutes dans une salle vide afin de refaire le plein. Il en va de même pour les bombes.

Tirer sur la porte ne sert à rien. Ici, en revanche, il faut tirer à tout va!

On peut régler la difficulté au début de la partie (... après avoir chargé la cassette pendant 20 minutes!) Concrètement, cela correspond au degré de dommages infligés par les ennemis. En hard, on meurt très vite. Le jeu est dur. Pas infaisable, et sûrement bien moins corsé que nombre de jeux de l'époque, mais quand même difficile. Pourquoi ?

  • Les ennemis se tuent en un coup, mais il y en a dans presque toutes les salles, et ils sont parfois très nombreux (j'ai compté 34 ennemis dans le tableau le plus "chargé");
  • Les pics sont mortels et, pire, ferment le passage une fois tombés (on peut donc se retrouver bloqué, et il ne reste plus qu'à se suicider);
  • Les bombes. Elles servent à détruire des murs afin de libérer certains passages (nooon ??!!). Hélas, une fois déposées, il faut s'éloigner suffisamment pour ne pas être pris dans l'explosion (qui survient vite), sinon game over... Et comme on doit en utiliser souvent, avec les problèmes de joystick qui s'en mêlent, c'est une cause fréquente de décès. A noter qu'une certaine catégorie de monstres utilise des bombes elle aussi.
  • Le jeu n'octroie qu'une seule vie! Au premier trépas, c'est fini... Pas glop.

Une chose positive toutefois: les ennemis tués ne reviennent pas. La maniabilité est très correcte. Bon, ça reste un jeu programmé sur Thomson, hein, mais on a connu bien pire. Le titre de ce chapitre est "perdu dans les mines". Et pour cause: le jeu n'a (à ma connaissance) pas de fin. Outre le fait qu'il me semble impossible de faire les 52 salles d'affilée (à cause de pièges qui rendent tout retour en arrière sans espoir), j'ai exploré toutes les pièces et... rien. Pas de tableau final (ou alors il est super bien caché !) ni de boss. On est condamné à errer sans fin dans les mines... Si quelqu'un a réussi à obtenir une fin à ce jeu, qu'il me contacte, ça m'intéresse !!

Après ce passage, c'est voie sans issue... Dur! Oserez-vous prendre les saphirs ?

L'œuvre d'un homme.

Le soft est édité par Infogrames (un des trois éditeurs les plus prolifiques sur les micros Thomson avec Loriciels et Nathan) en 1986, mais programmé de A à Z par un certain Eric Szymkowiak (je n'ai pas trouvé d'autres réalisations de lui). Quiconque a pratiqué Saphir retiendra ce nom (imprononçable) car il est inscrit en bas de l'écran tout au long du jeu. C'était l'époque révolue où on pouvait faire son jeu tout seul dans son coin. Il convient de rendre hommage à Monsieur Szymkowiak, car à tous niveaux, Saphir est une réussite. Le jeu est plutôt beau (... pour du MO5), les couleurs sont assez bien choisies et les sprites parfois assez détaillés. Les décors sont variés ; on parle de mines, mais Robert traversera successivement jungle, donjons, grottes... L'animation est plutôt impressionnante (tout est relatif) dans le sens où lorsque votre héros retombe d'un saut, il fléchit les genoux pour se récupérer !

Comme dit plus haut, pas de problèmes majeurs de maniabilité. Par contre, il n'y a pas de musique (un jeu MO5 a-t-il déjà eu droit à des musiques ?), et les bruitages sont réduits à leur plus simple expression (le son du laser, et c'est à peu près tout). C'est un vrai plaisir que de parcourir les mines, toujours à la recherche de nouvelles salles qu'on aurait manquées. C'est en tous cas nettement plus motivant que la collecte des saphirs, qui ne sert qu'à faire grimper le score. Saphir possède également un éditeur de tableaux ! Mais pour une raison qui m'échappe, je n'ai jamais réussi à le faire fonctionner...

Divers écrans. En quatrième, l'éditeur de tableaux.

Remakes.

Comment jouer à Saphir en 2005 ? Les plus masochistes ne jureront qu'avec la cassette d'origine sur un vrai MO5 (ou MO6), et ses 20 minutes de chargement... Plus simplement (et rapidement !), via un émulateur. Mais il y a encore plus simple : en effet, un remake pour Windows est disponible ici (avec d'autres jeux MO5)! Le jeu est à peu près identique à l'original, toutefois les couleurs sont un peu différentes (plus vives sur MO5, c'est un comble !). Il existe également un remake amateur avorté sur... GBA ! Sans son et sans la possibilité d'attaquer (donc injouable). J'espère que ce projet reprendra un jour.

Version MO5. Version Windows (les couleurs sont délavées!)

Saphir n'est certes pas le jeu du siècle, mais c'est très clairement un des meilleurs, sinon le meilleur, soft du MO5, et il mérite qu'on s'y arrête à l'occasion.

Cadeau pour la route! Le plan du jeu (réalisé par mes soins). On remarquera la salle "Eric" (pour Eric Szymkowiak bien sûr), en bas à droite :

Cliquez sur l'image pour afficher le plan en plein écran.
LVD
(10 avril 2006)
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