
L’affiche
du jeu, qui reprend celle du film mais en modifiant
légèrement l’accroche ('All Game' remplace
'All Cop').
Detroit. Murphy. OCP. Data East. Si vous avez vécu les années
80, ces mots devraient vous dire quelque chose. Sinon, sachez que
l’on va parler de la rencontre improbable entre un monument
du cinéma et un géant des salles d’arcade. Nous
allons parler de RoboCop de Data East. J’en prendrai
pour un dollar !
Peter
Weller est RoboCop. Inoubliable malgré des conditions
de tournage compliquées (comme tous les rôles en
armure,
demandez à Anthony Daniels qui a joué C-3PO dans
Star Wars).
RoboCop, c’est d’abord l’œuvre
de Paul Verhoeven, surnommé le Hollandais violent
par le magazine Première. Sorti en 1987, ce film raconte
l’histoire de l’officier de police Alex Murphy de
la police de Detroit, dans un futur proche et sombre où
la ville américaine est la proie du crime et de la violence.
Le cartel OCP (Omni Consumer Product), un conglomérat
militaro-industriel fabricant entre autres des prothèses,
robots et armements, gère la police de Detroit et veut
créer Delta City, la ville du futur qui remplacera Detroit.
Pour
ce faire, l’OCP veut fabriquer le policier parfait, «
un policier qui fonctionne 24 heures sur 24, qui n'a besoin ni de
manger ni de dormir, doté d'une grande puissance de feu et
des réflexes adéquats ». Le numéro 2 de
l’OCP, Dick Jones, présente son candidat, le robot ED-209,
une machine à deux pattes gigantesque et surarmée lors
d’une démonstration à sa direction qui tourne
mal (le cobaye simulant un voyou est criblé de balles malgré
sa reddition). Bob Morton, un jeune cadre ambitieux, en profite pour
placer son projet RoboCop : un androïde créé à
partir d’un policier fraichement décédé.
Le policier Alex Murphy ayant fraîchement été
abattu par le terroriste Clarence Boddicker, il est le candidat rêvé
pour son projet. Ramené à la vie grâce à
la science et la robotique, sa mémoire effacée, il devient
RoboCop, l’ultime policier dans un corps cybernétique.

Dick
Jones (Ronny Cox, magistral) en parfaite enflure, et l’ED-209
derrière.
Doté d’une force sans pareille, programmé
selon quatre directives principales (être au service des
citoyens, protéger les innocents, faire respecter la
loi, interdiction de s'attaquer à un membre de l'OCP),
et armé d’un puissant pistolet, il est réaffecté
dans son commissariat pour mener à bien sa mission de
maintien de l’ordre. Mais est-on sûr que la mémoire
de Murphy a bien été effacée ? Que reste-t-il
de Murphy dans RoboCop ?
Enorme
carton au box-office, RoboCop est un film ambigu
comme sait si bien les réaliser Paul Verhoeven, lui qui
réalisera par la suite Total Recall
et Starship Troopers. Sous ses apparences de
film de vigilante bourrin fascisant, se cache une satire féroce
de la société américaine sous l’ère
du Président Reagan, et des dérives de la réponse
policière musclée face aux problèmes d’une
société en perdition. Detroit est sale, sans avenir
pour ses citoyens, et RoboCop représente la déshumanisation
de l’autorité, un thème déjà
vu dans Judge Dredd (le comic, hein, pas le
flim). Paul Verhoeven saupoudre ses films d’humour noir,
et RoboCop n’y fait pas exception : fausses
pubs télés consuméristes, émissions
télés navrantes, et répliques cinglantes
sont au menu, le tout ficelé dans un spectacle gore et
malsain. Un joyau du cinéma des années 80, à
voir absolument.

The
Future of Law Enforcement ! Notez le Au
début, RoboCop prend plaisir à latter du vilain
“Licensed from Ocean Software”. aux
poings.
Et donc, en 1988, Data East obtient l’autorisation d’adapter
le film en arcade. N’y cherchez pas une quelconque adaptation
engagée, RoboCop en arcade, c’est
un run and gun, pardon, un walk and gun au
premier degré. Mais bien fichu.
Data
East, souvenez-vous, avait sorti la même année
Bad Dudes Vs Dragonninja, qui à part porter un nom
ridicule, est surtout connu pour être un vrai jeu d’arcade
rafraîchissant, une relecture de Vigilante et
Shinobi, mais à deux, et avec une très bonne
réalisation. Ni une ni deux, les ptits gars de Data East reprennent
le moteur de Bad Dudes, et proposent leur RoboCop. Le
jeu sera d’ailleurs proposé en kit d’évolution
pour les bornes de Bad Dudes, les transformant en RoboCop.
Et
là, l’action s’arrête, la cuisse de
RoboCop ... ça
va dégommer sec à tous les étages !
s’ouvre, son flingue apparait…
Et les similitudes entre les deux titres sont flagrantes. La
taille des sprites est la même, on retrouve les indicateurs
de temps, de score, de vie… les quelques modifications
graphiques de ces éléments ne peuvent masquer
la filiation. Le déroulement du jeu n’y fait pas
exception : RoboCop doit se battre, avec ses
poings, contre des vagues de petites frappes qui déboulent
de tous les côtés ; un coup suffit à chaque
fois pour s’en débarrasser.
Et
d’un coup, dans le premier niveau, l’action s’arrête
en plein milieu d’une rue, après avoir affronté
un motard un peu pénible : RoboCop sort sa grosse pétoire
(je parle de son flingue). Et là, on bascule dans une autre
dimension. Changement de gameplay, il s’agit désormais
de bien viser. Dans un style qui rappellera Sunset Riders (sorti
quelques années plus tard), l’homme boîte de conserve
pourra dégommer les malfrats vicieusement postés aux
fenêtres, en hauteur, ou derrière des caisses, le joystick
permettant de viser horizontalement, verticalement, mais aussi en
diagonale (haute). Au corps-à-corps, il envoie toujours sa
patate fulgurante (je parle de ses poings), mais l’on est clairement
passé d’un Bad Dudes à un Contra
ou un Rolling Thunder.

Première
rencontre avec l’ED-209 ! Ouille ! De
temps en temps, on viendra délivrer des jeunes femmes.
Rolling Thunder, justement, semble avoir là aussi servi
de modèle : l’animation de RoboCop est assez bien
fichue (on est tout de même loin de la perfection de Rolling
Thunder, mais il y a eu un effort de fait), les ennemis sortent
de nulle part, et souvent de portes dérobées, l’action
se passe souvent sur deux plans verticaux. RoboCop, lui, peut ramasser
des power up pour obtenir diverses améliorations : tirs multiples,
puissance de feu accrue, en nombre limité. Sa barre de vie
peut être augmentée selon votre score lors des tableaux
bonus, une séance de tir d’entraînement au commissariat.
Il y a décidément beaucoup de similitudes avec des titres
comme Sunset Riders ou Gun Force, sortis pourtant plus
tard. RoboCop aurait-il servi de modèle ?
La
réalisation du jeu est propre, sans plus. Tout au long des
sept stages que comporte le jeu, les graphismes sont corrects, on
y retrouve les éléments principaux du film, le thème
musical principal est aisément reconnaissable, et on a même
droit à des voix digitalisées. Des boss retors viendront
vous barrer la route, comme l’ED-209, bien entendu, mais aussi
des choses plus originales, comme une camionnette de vilains, une
grue… et quelques ED-209 supplémentaires, à la
limite de l’indigestion.
Dans
les locaux de l’OCP, il y a beaucoup de Ne
riez pas, ceci est un boss de fin. Boîte de conserve
monde. contre
tas de feraille...
L’action n’est pas très rapide, en même
temps, RoboCoop (l’homme-robot qui traque les
vilains prix – merci Les Nuls !), ce n’est pas non
plus un foudre de guerre. Il avance à deux à l’heure,
ce qui le rend très vulnérable face à l’abondance
des tirs ennemis. Soyez conscients que RoboCop
est un jeu dur, avancer tête baissée ne vous permettra
pas de voir la fin du premier niveau, car une poignée
de coups encaissés vous fera perdre une vie, et recommencer
à un checkpoint. Il faut bien faire attention à
se repositionner, éliminer toute forme de menace avec
une certaine dextérité. Le masque de dégât
des ennemis est assez large, on peut viser légèrement
à côté sur les tirs en diagonale et toucher
sa cible. Petite manœuvre d’esquive, l’homme-ferraille
peut sauter, enfin, sautiller, ce qu’il ne peut pas faire
dans le film original (il ne peut pas nager non plus, ni se
gratter les orteils, mais bon on s’en fout un peu).
A
deux reprises, une séance de tir viendra Certains
méchants volent très haut.
égayer l’action.
Très
présent dans les salles d’arcade, RoboCop est
un titre sympathique qui a été adapté par Ocean
(qui détient originellement les droits d’adaptation)
avec plus ou moins de bonheur sur de nombreux supports : Amiga,
Atari, Commodore 64,
Apple II, Pécé,
MSX, NES,
CPC, ZX
Spectrum… et Gameboy.
Cette dernière version est peut-être la plus réussie,
en tout cas, c’est un excellent titre sur la console portable
de Nintendo. Une telle foison de versions est peut-être la preuve
de son succès, ou d’une tentative assez lourde de vouloir
le vendre à tout prix en surfant sur le succès du film
original.
Tonton
RoboBen, l’homme-robot-chroniqueur au service du cartel
OGP (Omni Grospixels Products).