Certains
noms, et certaines dates rappellent tout de suite à notre
mémoire de grands moments vidéo-ludiques. Allez,
un petit trivia, juste pour voir comme ça : ID
Software ? Doom.
1992 ? Wolfenstein
3D. Et sa suite ? Spear of Destiny !
Et bien non, perdu, SOD n'est que la version
commerciale (comprenez non shareware) de Wolf3D.
Sa vraie suite aurait dû s'appeler Wolfenstein
3D : Rise of the Triad. L'histoire n'a retenu
que le sous-titre.
 |
 |
Une très belle intro avec des
zoulis dessins ! |
L'écran
titre, flanqué de son avertissement parental. |
Un
peu d'histoire...
On
va essayer de ne pas embrouiller les esprits avec les explications
qui vont suivre. Wolfenstein
3D a été développé
par ID Software (John Romero,
John Carmack, Tom Hall...) et distribué par Apogee. Fort
du succès de ce titre, ID
est parti fonder sa propre boite d'édition du même
nom. Tom Hall, attaché à Apogee, n'a pas suivi
ses petits copains et a décidé de créer
la suite du soft sous la licence Apogee avec son équipe,
les Developers of Incredible Power, qui n'en avait malheureusement
pas les droits d'exploitation. ID
avait bien donné son accord à Tom Hall pour le
faire, mais le cahier des charges imposé étant
trop contraignant, ce dernier s'est libéré du
nom pour ne donner que Rise of the Triad.
 |
 |
Ahhhh,
la chasse au bazooka, le matin dans la brume... |
Tout
en finesse. |
Va
pourrir en enfer !
ROTT
met en scène l'escouade HUNT (High-risk United Nations
Task Force), partie en reconnaissance sur l'île de St-Nicola,
qui abrite une forteresse appartenant à une secte soupçonnée
d'activités malveillantes et illégales. Le problème,
c'est que l'équipe voit sa retraite coupée par
des unités militaires qui font exploser leur bateau.
La seule issue se trouve désormais dans le monastère
d'El Obscuro, la source du mal.
Réparti
en 4 épisodes de huit niveaux chacun, ROTT
propose un challenge relevé à travers des levels
gigantesques (2 à 3 fois plus grands que ceux de Wolf3D),
truffés d'ennemis coriaces et de pièges vicieux.
Bon, vous vous dîtes "OK, c'est un FPS de plus, complètement
submergé par la concurrence de l'époque, et totalement
dépassé à l'heure actuelle". Voui,
c'est pas faux. Mais ROTT a apporté
son lot de nouveautés.
 |
 |
On
ne peut pas faire plus explicite. |
Un échappé de Wolfenstein 3D ? |
La
fine équipe...
Le
soft démarre par le choix du héros à
incarner parmi cinq différents, avec des femmes et des
personnes de couleur, le genre de subtilité que l'on
ne reverra que dans Hexen.
Chacun d'entre eux possède ses caractéristiques
propres, fondées sur la résistance, la précision
ou la vitesse. Par contre, pas d'armes spécifiques à
chacun des membres, mais un système suffisamment original
pour être évoqué, même si, je dois
le reconnaître, il fut déstabilisant à l'époque.
ROTT
distingue deux types d'armes : les flingues, déclinés
en trois versions (pistolet simple, double pistolet et mitraillette),
qui ont des chargeurs de balle infinis. Et oui, on n'est jamais
à court de munitions ! La difficulté ne réside
pas dans l'approvisionnement de ses joujoux, mais dans le surnombre
de l'adversaire et sa coriacité. Pour y remédier,
la seconde catégorie s'offre à nous : les
lance-roquettes. Non, il n'y a rien de plus fin. Et on a le
choix, encore faut-il les trouver : tir simple, tête
chercheuse, double tir, multi tir, mur de flammes... Tout le
monde trouvera chaussure à son pied. Seule restriction :
on ne peut en posséder qu'une seule à la fois.
Cette limite se retrouve dans quelques FPS modernes, dont celui
le plus pratiqué en réseau à l'heure actuelle.
 |
 |
Je
suis...ton dieu... |
Donne
la papatte ! Bon chien... |
...dans
un monde de paix.
Différents
objets sont à récupérer, des bonus de différentes
valeurs, et quelques items de vie bien utiles. Des bonus sont
présents, aux effets dévastateurs : il est
possible de se transformer en chien, ou en dieu, les deux étant
invincibles et possédant leurs propres attaques. Il existe
aussi des malus, tout aussi efficaces : le mode "flipper",
et le mode "champignons hallucinogènes" (je
vous laisse deviner le résultat), ce dernier étant
vraiment impressionnant.
Un
couteau est à ramasser rapidement, il sert à sortir
des filets que lancent les moines ; de même, une
batte de base-ball permet de faire le ménage, surtout
avec son deuxième mode d'attaque ; et un masque
à gaz peut vous sauver la vie, face aux pièges
de gaz tendus par la secte. En parlant des pièges, on
notera aussi des attaques aux flammes, des tourniquets aux lames
de rasoirs acérées... Tout est fait pour vous
accueillir.
Les
ennemis ne sont pas en reste : du simple garde aux moines
fous, en passant par des robots surarmés, tout le monde
se fera un devoir de vous éliminer par tous les moyens.
Et certains sont surprenants : il n'est pas rare de voir
des ennemis faire semblant d'être mort, et se relever
dans votre dos pour vous abattre ! De même, certains
vous implorent de les épargner : faites-vous une
joie de les exploser d'un bon coup de roquette, le résultat
est spectaculaire (le jeu est classé ultra-violence comme
son prédécesseur). Des boss très originaux
viennent ponctuer les épisodes, et Oscuro, le méchant
de service, ne donne pas dans la facilité. Pour les plus
acharnés, la vraie fin est à découvrir
au moyen d'un objectif secret très ardu. Personnellement,
je ne l'ai jamais vue.
 |
 |
| Surtout
ne pas toucher les colonnes... |
Toi,
tu vas payer pour les autres. |
Massacre
en famille.
Concernant
le réseau, si Doom
a proposé les premières LAN à quatre joueurs
en combinaison verte, ROTT joue la compétition
féroce et monte, grâce à son système
pompeusement appelé "Comm-Batt" (qui servira
de terreau à l'interface réseau de Duke
Nukem 3D), la barre à onze joueurs !
Et les p'tits gars de DIP ne s'arrêtent pas là,
puisqu'ils proposent une pléthore de modes réseaux
très fous, avec les balbutiements du Capture the Flag,
un mode "j'ai plus de bonus que toi, va mourir !",
et même une chasse au lapin. Dommage que les cartes réseau
et les hubs n'étaient pas aussi abordables et répandus
qu'aujourd'hui, la plupart des joueurs n'ayant pu tester tout
ça qu'en un contre un, en null-modem. C'est tout de suite
moins fun.
Techniquement,
la faille de ROTT, c'est d'avoir subi les limites
techniques du moteur de Wolfenstein
3D, même s'il a été quelque
peu amélioré. C'est très flagrant sur le
level design, avec son côté très...cubique,
les murs étant tous à angle droit, et le tout
est sur un seul niveau, sans véritables escaliers. Dommage,
car le reste tient vraiment la route : tout est digitalisé,
les ennemis ont été filmés et intégrés
(Tom Hall tient le rôle d'Oscuro !), les robots proviennent
de figurines animées à la main, et les textures
sont réalistes, même si elles ne sont pas très
variées. Le moteur gère les lumières dynamiques
(la lumière baisse lorsque l'on détruit les sources
de lumières), et comme Ultima
Underworld, donne la possibilité (plus ou
moins automatique) de lever ou de baisser la vue. De plus, la
superposition gérée, au moyen de plates-formes
sur lesquels on peut monter, tout comme les ennemis, façon
Mario !
Ils peuvent mourir de cette façon. Les sons ne sont pas
en reste, explosions, voix digits des ennemis (Please... don't
shoot !), et des musiques dont les thèmes restent
en tête des années plus tard...
 |
 |
Le masque à gaz est indispensable
dans certains endroits. |
Des
passages parfois délicats... |
Encore ?
Encore ? Qui en veut encore ?
Le
challenge de ROTT est relevé, mais il
y a tellement de choses à y découvrir...Allez,
pour finir : une quinzaine sont à décrocher
à la fin de chaque niveau en fonction des actions :
"Republican Bonus" si vous récupérez
tous les lance-roquettes du niveau, "Bull in a China Shop
Bonus" si vous détruisez tous les bonus de vie du
niveau, "Curiosity Bonus" pour tous les passages secrets
découverts... Enfin, à cinq dates particulières
de l'année, si vous lancez le jeu, des clins d'oeil en
rapports apparaissent. La plus fameuse d'entre eux est le 25
Décembre, elle vaut le détour.
Rise
of the Triad fait partie à mon humble avis du
panthéon des FPS. Il a eu le défaut de sortir
en 1994, deux mois après Doom
II, et un mois avant Heretic,
alors forcément, ça ne laisse pas beaucoup de
place pour s'exprimer. Les habitués du shareware, ceux
qui ont vu passer Wolfenstein
3D, Keen Commander, Jill
of the Jungle et Duke
Nukem savent que le boulot de la team DIP sur leur
unique oeuvre a été fantastique, et qu'il a permis
de donner un autre aspect du FPS, moins sérieux et plus
innovant. Bravo les gars !
Tonton Ben,
aux prises avec la triade (yahhhhhhhh !!!)