
Merci à
Dr Curween pour son aide
Il est plutôt
rare de se prendre une réelle baffe dans la tronche lorsqu'on joue à un jeu vidéo.
Duke Nukem 3d ajoute cette sensation à celles que connaît déjà le video-game
maniac en 1996. Alors que Doom fait figure de référence absolue en matière de FPS,
voilà que 3d Realms, - des anciens compères de Carmack et Romero du temps où ils
bossaient pour Apogee -, en ajoutant un troisième volet payant aux aventures de leur héros
Duke Nukem (les deux premiers Duke étaient des jeux de plateforme 2d sympas édités
en shareware par Apogee), balayent le Space-Marine et sa tronçonneuse à grands coups de
"Come get some…". Jamais on a vu jeu aussi violent, provocant, gore, bourré de référence
cinématographiques, politiquement incorrect, salace, gratuit, subversif et j'en passe. De l'anti-Disney
en concentré radio-actif !
Duke Nukem est un mercenaire très costaud qui manie aussi bien les armes que les insultes et les
billets tendus aux strip-teaseuses. Le jeu se joue grosso-modo comme Doom, avec toutefois pas mal d'innovations,
puisque le moteur 3d est nouveau, et supérieur à celui d'Id Software. C'est d'ailleurs le
seul du genre non crée par Carmack et son équipe qui ait à l'époque été
utilisé sur un grand nombre d'autres jeux, comme Redneck Rampage ou Shadow Warrior, par exemple.
Contrairement au Space-Marine de Doom qui a les pieds cloués au sol et les yeux rivés vers
le lointain, Duke peut sauter, regarder dans toutes les directions, se baisser, voire s'envoler grâce
à un système de propulsion par fusée ou faire de la plongée sous-marine. D'autre
part, même si le jeu tourne toujours sous DOS pur, Duke peut atteindre des résolutions SVGA,
jusqu'à 800x600, ce qui fait une radicale différence avec le 320x200 de Doom.
Le charme de
Duke ne s'arrête pas à sa technologie, car le jeu s'avère d'une variété
et d'un intérêt incroyables. Les niveaux sont des merveilles de conception, proposent des
décors crédibles comme une salle de cinéma, un immeuble, un supermarché ou
un parking souterrain et même un sex-shop géant, avec un souci du détail rarement
observé depuis. Des centaines de petites interactions avec le décor sont possibles, pas
indispensables à la progression mais qui contribuent à créer un univers si tangible
qu'il a été question un moment d'adapter Duke Nukem en film. Par exemple, il est possible
dans la salle de cinéma de pénétrer la cabine de projection et de lancer le film
sur l'écran, ou dans le sex-shop de se regarder quelques bribes de film porno dans une des cabines
de projection privées. Il est même possible d'uriner, de tirer la chasse ou de détruire
la cuvette des toilettes, histoire de se désaltérer dans la fuite d'eau qui s'ensuit.

Si vous passez devant un billard, tirez un coup de feu sur les billes, et elles se déplacent.
Si vous entrez (par erreur car ce n'est pas votre genre) dans un bar à prostituées, vous
pouvez leur offrir quelques billets (hélas vous n'aurez pas grand chose en échange, un bon
pied-de-nez aux petits machistes qui devront attendre GTA3 pour être comblés). Chaque tir
dans un mur, un cadavre, ou un élément de décor laisse une trace (Duke laisse même
ses empreintes de pas dans les mares de sang qu'il répand), chaque interaction entre les personnages
(qui ne sont pas en 3d, il faudra attendre Quake pour cela) entraîne des
résultats différents selon le cas. Si vous tuez un méchant sous une porte automatique,
celle-ci écrabouillera le cadavre en se fermant, puis en s'ouvrant étirera un long filet
de chair écrasée tel un chewing-gum. C'est totalement gratuit et dégoûtant,
mais c'est le genre de chose qui, en ces temps glorieux où les geeks ont encore le monopole du
bon goût vidéo-ludique, rend un jeu culte.
Mais je m'emballe
et oublie de vous raconter un peu l'histoire du jeu. Figurez vous que des aliens, parmi les plus hideux
et grotesques qu'on ait jamais vu dans un produit sous-culturel américain, ont décidé
d'alimenter leur planète en femmes lippues et siliconées, et que les plus chouettes qu'ils
ont trouvées viennent de notre bonne vieille Terre. A vous de renvoyer les vilains xénomorphes
dans leur buts, sachant qu'ils ont une fâcheuse tendance à se servir dans tous les lieux
de dépravation imaginables. Les armes dont vous disposez sont un pistolet, un fusil à pompe,
une sulfateuse, un lance-roquettes très efficace pour répandre des membres et des globes
oculaires dans tout le voisinage, ainsi que des armes plus originales comme le shrinker (qui réduit
vous ennemis à la taille d'un insecte, vous permettant de les écrabouiller du pied), le
freezer (qui les gèle, dans le but de les briser, toujours d'un coup de pied), des grenades à
déclenchement télécommandé (très efficace contre des aliens si stupides)
et le devastator, qui se passe de description. Ces armes sont toutes conçues pour être le
plus destructrices possibles et procurer un fun basé sur la démesure visuelle, à
une époque où le FPS ne revêt encore aucun aspect tactique.
Duke, pendant
l'action ne loupe jamais une occasion de sortir un bon mot en voix off, genre "It's time to kick ass
and chew bubble-gum, and I'm out of gum", ou les fameux "Come get some…", "Hail to the King
baby" etc… Même si Duke s'est vite vu dépasser par la concurrence en terme de graphismes
3d, cela ne nuit pas à son aura, restée intacte. Des années après sa sortie,
certains n'en sont toujours pas revenus, et n'attendent que la sortie de la suite prévue (intitulée
Duke Nukem Forever) pour changer de jeu. Un add-on intitulé Plutonium Pack est sorti peu après
le jeu, pour les faire patienter.


Version Mac
En dehors de
ses trois missions solos géniales, Duke Nukem 3d s'est aussi beaucoup fait apprécier des
joueurs en réseau, grâce à sa facilité de mise en œuvre et la parfaite adéquation
entre l'humour gras du jeu et l'ambiance des parties multi-joueur de son époque (loin de moi l'idée
de juger qui que soit). Par ailleurs, le jeu était à sa sortie livré avec un éditeur
de niveaux excellent, et comme pour tous les FPS c'est une foule de missions supplémentaires qui
sont venues augmenter la durée de vie du produit.
Le plus rigolo
est que devant le succès international du jeu, les consoles ont eu droit à leur portage
de Duke, edulcoré au passage. Il faut avoir essayé Duke Nukem 3d sur Playstation,
dans sa version tous publics, avec ce sang alien d'un vert parfaitement déculpabilisant... Par
ailleurs, le jeu a été adapté sur Megadrive, mais cette
version n'a pas été autorisée par 3D Realms. Elle est toutefois sortie illégalement
au Brésil (où la 16-bits Sega jouit d'une longévité à toute épreuve),
éditée par la société Tectoy. Une excellente version Saturn
est également à signaler, ainsi qu'une adaptation Game Boy Advance intitulée Duke
Nukem Advance.
Duke Nukem 3d
fait partie des jeux qui ne vieilliront jamais, même si ce cher Mr Gates s'est chargé de
le tuer en supprimant le redémarrage DOS de WinXP et Win2000 (nécessaire pour que le jeu
fonctionne). Voilà une arme vicieuse contre laquelle Duke n'est pas équipé pour se
défendre*. "Too bad…".
Laurent
* Heureusement,
les sites d'abandonwares les plus connus proposent tous des versions hackées du jeu fonctionnant
parfaitement sous Windows 98 et XP.