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| Voici
les deux très beaux écrans titres d’Heretic,
avec à gauche la version shareware ou normale,
et à droite, la version complète enrichie
en protéines. |
1994.
Deux ans après le choc Wolfenstein
3D, un an après la révolution Doom,
qui sera confirmée par le Doomsday du 4 Octobre 1994
(jour de sortie mondiale de Doom
II), le doomlike ne jure que par l’action
militaire, fusil au poing. L’avenir du genre ne sera-t-il
donc limité qu’aux assauts musclés à
base de fusil à pompe ? Non ! Raven Software ne l’entend
pas de cette oreille, et se lance dans la bataille avec Heretic,
le doomlike des temps obscurs.
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| Les
diablotins rouges servent de menu fretin de base ;
pas très coriaces, ils ont tout de même
l’avantage de débarquer de n’importe
où en volant. |
Avec
un peu de recul, le projet Heretic était
aisément devinable. Rappelez-vous. Raven Software,
petite société américaine, s’est
spécialisée depuis ses débuts dans l’Héroïc
Fantasy, avec leur premier titre passé à la
postérité : Black
Crypt, ce monument du jeu de rôle sur Amiga.
Alors qu’ID Software travaille sur Doom,
Raven Software leur achète une version préliminaire
du moteur du jeu. Raven s'en sert alors pour le développement
de Shadowcaster, un croisement entre doomlike
et jeu de rôle sur fond de mutation physique, sorti
en 1993 sous licence Origin. Le concept se trouvait là.
Il ne fallait pas grand-chose pour que Raven Software renouvelle
l’expérience avec le moteur de Doom
finalisé, pour le compte d’ID Software, en tirant
parti des réussites et des erreurs de Shadowcaster.
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| Deux
environnements radicalement différents : à
gauche, la lave, dangereuse sauf pour les ennemis,
et à droite, la glace, très glissante,
sauf pour… vous avez compris. |
Heretic
va donc nous conter l’histoire de Corvus, un elfe qui
a survécu au massacre de son peuple par D’Sparil,
le premier des trois chevaucheurs de serpents qui sèment
l’apocalypse sur leur passage, et qui compte bien se
venger en annihilant celui-ci dans son antre sous-marine.
Le
concept étant de transposer l’expérience
Doom dans un univers
Heroic Fantasy, quelques aménagements techniques, principalement
d'ordre graphique, vont être nécessaires. Le
moteur du jeu reste dans le fond le même, mais l’arsenal
a bien entendu été adapté à la
situation. Chose amusante, je ne sais pas si Raven a délibérément
voulu ne pas bousculer les habitudes des joueurs, mais chaque
arme d’Heretic correspond, et ce presque
à l’emplacement près, à celle de
Doom.
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| Voici
deux exemples des vues haute et basse, qui provoquent
une déformation importante de l’environnement,
pas toujours en harmonie avec les éléments
bitmap présents à l’écran. |
Même
le démarrage de l’aventure se déroule
à l'identique, puisque le joueur commencera avec le
sceptre elfe (l’équivalent du pistolet) et un
bâton (équivalent aux poings de Doom).
Je vous rassure, on trouvera très vite de quoi se défendre
: dans l’ordre, l’arbalète (fusil), le
gant du dragon (gatling), le sceptre de l’enfer (fusil
à plasma), le bâton de phénix (lance-roquettes),
et le lance bouboules (BFG9000, ah non, tiens, pas là,
c’est plutôt une grosse arme inutile). Ah, j’oubliais
: le bâton pourra être remplacé par les
gants de force, plus jouissifs, qui se comportent exactement
de la même façon que la tronçonneuse doomienne.
Les munitions sont facilement reconnaissables, et abondent
littéralement dans les niveaux ou sur les ennemis.
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| Les
boss sont coriaces et violents ; une fois rencontrés
en fin d’épisode, ils apparaîtront
régulièrement dans les niveaux des épisodes
suivants ! |
Si,
pour les ennemis, la similitude semble moins flagrante, il
ne faut pas non plus s’attendre à de grosses
innovations. Les gargouilles et les golems servent d’ennemis
de base, mais on trouvera rapidement des squelettes géants,
des bestioles avec des sabres, des sorciers volants, des dragons-serpents
et des créatures marines. Ceci étant, les gargouilles
et les golems existent en une deuxième version dotés
d'une attaque à distance, alors que les squelettes
et les créatures marines ont deux types d’attaques
différentes.
Alors,
Heretic, simple mod pour Doom
? Les ch’tits gars de Raven Software ne seraient-ils
que des opportunistes ? Il y a sûrement une part de
vrai là-dedans, puisqu’Heretic
s’affirme, depuis le début, comme le pendant
médiéval fantastique de Doom,
sur le fond comme sur la forme. Néanmoins, quelques
détails vont permettre à Heretic
de se distinguer de son père : des pitites modifications
qui vont rendre le jeu jouissif et indispensable.
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| Heretic
ne cessera de surprendre le joueur par la qualité
et la beauté de ses niveaux : un soin tout
particulier a été apporté à
l’architecture et au design de chacun d’entre
eux. |
Premier
ajout non négligeable : l’inventaire. En plus
des sempiternelles clés de couleur et des munitions,
le joueur pourra ramasser divers objets utilisables lorsqu’il
en aura besoin : des sabliers, introduisant le concept inédit
de bombes à retardement ; le crâne ailé,
apportant l’option de vol ; l’œuf qui transforme
le menu fretin en poulet (!!), les fioles de vie, l’invisiblité,
les anneaux d’invincibilité, les torches pour
l’éclairage, la téléportation vers
le début du niveau… et l’incontournable
Tome of Power. Il s’agit d’un livre, couvert de
noir. Lorsqu’on l’active, il décuple la
puissance des armes en possession du joueur pendant un certain
laps de temps. Et là, on se sent un autre homme ! L’arbalète
tire trois carreaux au lieu d’un, le sceptre de l’enfer
balance une pluie de feu sur l’ennemi touché,
le bâton de phénix se transforme en lance-flammes…
même les gants de force pompent la vie des monstres
pour la redistribuer au héros ! Indispensable, le Tome
of Power double l’arsenal pour notre plus grand plaisir.
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| À
l’instar de Doom, chaque niveau est introduit
par sa localisation sur la très jolie carte
principale. |
Heretic
ne cesse de piéger le joueur dans des situations
difficiles et soudaines. |
Deuxième
ajout : le moteur permet maintenant d'orienter le point de
vue sur l'axe vertical. Ecrit comme ça, on se dit que
ce n’est pas grand-chose. C’est vrai. Mais c’est
quand même pratique sur des hauteurs, en contrebas,
et surtout lorsque l’on vole (une des innovations déjà
évoquées plus tôt). Jusqu'ici, seul Ultima
Underworld offrait cette fonction (ainsi que
d’autres innovations… mais je ne vais pas relancer
la polémique à ce sujet, il s’agit d’un
jeu de rôle).
Troisième
ajout : le vent et le courant dans l’eau (enfin, sur
l’eau), qui poussent ou repoussent le joueur dans certaines
zones, ainsi que les terrains glacés, qui font patiner
le personnage. OK, là encore, on ne peut pas parler
d’innovation technologique de première ordre,
mais Raven Software a tout de même bien réussi
ces effets. Ils s’inscrivent dans un ensemble architectural
poussé, qui donne à Heretic
cette consistance absente de Doom
II dans ses niveaux urbains, certes réussis
mais manquant sincèrement de réalisme. Ici,
les bâtiments jouissent d’une forte identité.
De véritables tours de défense crénelées
sont bâties, avec ponts, grottes, fortifications…
Le travail de construction des niveaux se voit et s’apprécie.
Même si certaines textures, notamment les mosaïques,
trahissent une forte pixélisation, l'harmonie de l'ensemble
renforce encore un peu plus l’atmosphère sombre
d’Heretic.
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| Le
Tome of Power rend chaque arme jouissive, que ce soit
le lance-flammes ou les gants vampiriques (à
droite combinés avec un anneau d’invincibilité).
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Les
trois épisodes proposés par Raven Software vont
donner au joueur du fil à retordre. Non seulement ils
sont littéralement infestés de monstres (bien
plus que dans Doom),
mais les niveaux sont gigantesques. Ainsi, le premier épisode
emmène le joueur dans sa contrée natale très
médiévale et fortifiée ; le second amorce
une descente vers des territoires souterrains bouillonnants
de lave sur une île volcanique ; le troisième
l’invite dans le dôme sous-marin de D’Sparil
lui-même.
On
le ressent très vite dès le début du
jeu :
Heretic est un titre pensé dans ses
moindres recoins et bénéficiant d’un travail
flagrant sur son gameplay. La difficulté est présente
et les niveaux complexes et très bien pensés.
Les éléments (objets, mécanismes...)
sont toujours distribués selon une disposition pensée
et testée, c’est évident. Enfin, et c’est
la grande loi d’Heretic, le jeu ne
donne jamais rien gratuitement. Les passages secrets ne sont
dans l'ensemble pas très difficiles à trouver,
mais l'obtention d'un objet déverse immédiatement
son lot de monstres, ou demande de sacrifier de la vie ou
un objet, comme l’option de vol.
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| Les
niveaux se révèlent complexes et très
aboutis. |
D’Sparil,
qui prend sa douche (merci le Tome of Power) ! |
Exclusivité
Pécé, Heretic ne connaîtra
pas d’autres portages, et c’est bien dommage.
Seule consolation : le jeu, édité tout d’abord
en shareware, sortira sous deux packages différents
: la version complète, avec ses trois épisodes,
et la version ultra-complète, sous-titrée ‘Shadows
of the Serpent Riders’, contenant deux épisodes
de plus (la jaquette représente d’ailleurs le
Tome of Power, tiens). Ensuite ? Il faudra lorgner vers deux
autres jeux. Le premier est sa suite scénaristique
directe, Hexen, qui
bénéficie de tous les avantages d’Heretic
en sachant les sublimer un peu plus. Le second, Heretic
II, est un jeu avec vue à la troisième
personne, le gameplay a donc été modifié.
Il reste Hexen II pour prolonger l’expérience
Raven Software, mais c’est une autre histoire…
Tonton
Ben, fervent fidèle d'Heretic.