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M'enfin !
Année : 1986
Système : Amstrad CPC
Développeur : Ubisoft
Éditeur : Ubisoft
Genre : Aventure
Par Lyle (21 juin 2002)

« 18 janvier. Il était dix ou onze heures du soir. Dans le bureau surchauffé, on mettait fiévreusement la main à la mise en page de Spirou. Lebrac débouchait sa bouteille thermos lorsqu'une détonation la fit exploser dans sa main en même temps que toutes les vitres de l'étage (...). Le petit garage où le gaffophone avait été entreposé n'existait plus. Il n'y avait qu'un tas de gravats, d'où une souris mal réveillée s'échappa pour se perdre dans l'obscurité d'un soupirail (...). Nous avons pu reconstituer une partie du drame : l'eau, en gelant, avait exercé une pression sur les parois du gaffophone. Celles-ci, affaiblies par les galleries des fourmies avaient cédé. L'instrument s'était désintégré d'un coup, avec pour conséquence une onde sonore qui avait démoli le garage et toutes les vitres du voisinage. » (Extraits du « petit monde du gaffophone », par Prunelle).

Préambule explicatif pour les non-gaffophiles. Parmi les nombreuses inventions farfelues de Gaston Lagaffe, on trouve un instrument de musique fort heureusement unique au monde : le gaffophone, sorte de harpe maladroitement sculptée par son inventeur et munie d'un énorme pavillon assurant la dispersion d'un son si ignoble qu'il défie les lois fondamentales de l'accoustique. C'est bien simple, il suffit d'en pincer ne serait-ce qu'une seule corde pour provoquer l'effondrement des murs et plafonds environnants, et l'on compte par dizaines les catastrophes causées par l'utilisation de l'engin. Au hasard des planches de Franquin, le gaffophone a devasté des forêts de sapins, fait s'écrouler les locaux de la rédaction du journal Spirou, ou détruit les canalisations et les installations électriques de toute une ville.

Alors comme il faut bien que cela cesse au bout d'un moment, un des membres de la rédaction s'est secrètement chargé de supprimer l'invention infernale. Oui, mais qui ? Et où ? Et avec quel outil ? M'enfin ! reprend la principe du Cluedo en l'enrichissant légèrement et en le transposant dans l'univers de Franquin. Les étages de la rédaction remplacent la grande maison bourgeoise, le colonel Moutarde s'appelle M.Boulier et la clé anglaise fait place au ciseau à bois. La principale différence, c'est le nombre de participant. Deux personnages seulement peuvent mener l'enquête, Gaston et l'agent Longtarin, à deux joueurs humains ou contre l'ordinateur. Ils sont en concurrence et, contrairement au jeu de société, ils ne peuvent échanger la moindre information.

Avant de faire des propositions, il faut d'abord trouver les personnages suspects et les armes. Il suffit d'entrer dans une pièce pour éventuellement trouver un des personnages et pour ce qui est des armes, il faut les découvrir soi-même en inspectant les pièces avec un curseur représentant une loupe. En général, on les trouve dans des tiroirs ou des placards. Inspecter les lampes ou les appareils électriques n'est pas seulement inutile, c'est aussi risqué : avec sa loupe on a vite fait, en bon gaffeur, de faire sauter les plombs et de perdre un tour. Une fois les personnages et armes recensés, on peut commencer à faire des suppositions, en procédant par élimination et en prenant des notes grâce au carnet prévu à cet effet. Enfin, on est bien sûr tributaire du lancer de dès qui détermine notre liberté de mouvement dans les couloirs de la rédaction d'une pièce à l'autre.

M'enfin ! restitut assez fidèlement l'univers du gaffeur le plus sympathique de la BD franco-belge. Les clins d'œil aux planches sont assez nombreux, comme les lettres géantes de l'enseigne « SPIROU » au grenier ou l'état de la documentation. Tous les locaux et tous les personnages principaux de la rédaction y sont. Le jeu mérite encore aujourd'hui qu'on s'y attarde, ne serait-ce que le temps de quelques parties. On se rend cependant vite compte des limites du concept : les outils sont souvent à la même place, les personnages souvent dans les mêmes pièces et parfois, d'une partie à l'autre, le coupable et l'arme du crime sont exactement les mêmes.

M'enfin ! reste une amusante curiosité comme on en faisait au milieu des années 80.

Lyle
(21 juin 2002)
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