

"Bonjour, je suis Twinsen, le héros
de cette aventure. Pouvez-vous me voir sur la photographie là-haut
avec ma copine Zoé ? À côté de nous,
c'est mon fidèle ami, le Dino-Fly, et là c'est
un portrait de Sendell, notre déesse bienveillante, qui
insuffle la vie à tout. Grâce à sa médaille,
et aux pouvoirs magiques qu'elle m'a donnés, j'ai été
en mesure de sauver notre belle planète Twinsun. J'ai
eu à parcourir toutes les îles pour retrouver Zoé,
et empêcher notre monde d'être détruit. Le
terrible dictateur FunFrock avait l'ensemble de la planète
sous sa poigne... jusqu'à ce que j'intervienne. Au fait,
je suis fier de vous dire que Zoé et moi, nous attendons
un heureux évènement. Nous allons bientôt
avoir un petit garçon, nous nous pressons donc pour que
tout soit prêt. Notre monde vit dans la paix à
présent, tout est calme, et le soleil brille pour tous."
Vous
rappelez-vous de Little Big Adventure ? J'en avais fait
la chronique ici, il y a de cela quelque temps, en lui reprochant
notamment quelques défauts en matière de difficulté
et de maniabilité. Trois ans plus tard, Adeline Software
remet le couvert, uniquement sur PC cette fois-ci, avec une
aventure beaucoup plus audacieuse et bien plus vaste que son
prédécesseur ; mais ne mettons pas la charrue
avant les boeufs, et voyons un peu de quoi il est question...
Vers
l'infini, et au-delà !
L'histoire
de Little Big Adventure 2 prend place quelques mois après
la fin du premier opus, sur la planète Twinsun. Le tyran
Funfrock a été réduit à néant,
ses usines de clonage anéanties, ses rêves de gloire
annihilés. Tandis que les dernières traces du
règne du despote sont patiemment nettoyées, le
calme semble être revenu, et tous les habitants célèbrent
alors leur amour de la déesse mère Sendell, qu'ils
soient bouboules, grobos, lapichons ou quetschs. Zoé,
la femme de Twinsen, attend son premier enfant, et le père
passe toutes ses journées à préparer la
chambre qui accueillera le futur berceau. Sur l'île de
la citadelle, tout semble aller pour le mieux.
Ce
soir-ci, un violent orage éclate : éclairs de
feu et vents violents déchirent le ciel et les habitants,
agacés, cherchent refuge ci et là ; seuls quelques
rares courageux profitent de la pluie pour partir à la
chasse aux champignons.


Ce panier qui bouge, c'est un petit berceau ! -
Des arbres, ou des champignons ?
Cependant,
tandis que le Dino-Fly cherche à rendre visite à
son ami de toujours, voilà qu'un coup de grisou le frappe
en plein flanc ; et lui de tomber à pic non loin de la
maison du charmant couple. La blessure n'est pas mortelle, mais
elle empêche définitivement le dragon sacré
de voler. Un seul remède peut le remettre d'aplomb :
une potion jalousement cachée par les mages de l'île
du désert de la feuille blanche. Seulement, si tout était
si simple ! Le temps impossible empêche tout ferry de
prendre la mer tant que la tempête fait rage. Il n'y a
guère que le météorologue, grand sage lapichon,
qui peut faire quelque chose. Seulement, où reste-t-il
?
C'est
sur cet événement que débute l'histoire
de Little Big Adventure 2, persistant dans la lignée
de la "petite grande aventure" : et cette fois-ci, la mission
de Twinsen l'entraînera loin, bien loin de son foyer,
plus qu'il n'aurait pu l'imaginer... Mais avant de revenir sur
l'histoire à proprement parler, parlons plus en détail
du jeu en lui-même.
Normal,
discret, agressif, sportif, sportif... sportif ?
Le
jeu amène avec lui un grand nombre d'innovations, et
précisément celles que l'on attendait après
Little Big Adventure. Technologie grandissante aidant,
l'univers de Twinsen s'élargit puisque les extérieurs
sont gérés, cette fois-ci, en full 3D.
Adieu donc la perspective isométrique, qui ne prévaut
plus que pour les intérieurs, temples et maisonnées
! Si le jeu y gagne en profondeur et en relief, il tend en revanche
à perdre quelque peu de sa personnalité : les
textures se font moins travaillées, les bords des chemins
moins délimités ; il devient bien plus aisé
de sombrer dans un précipice, alors que l'on croyait
rester dans les sentiers balisés. C'est en revanche un
réel plaisir de se tenir sur le sommet d'une colline
et d'admirer la vue, puisque le jeu offre un horizon relativement
profond, et l'on peut sans souci apercevoir les montagnes et
les habitations situées au loin. Du reste, il convient
de préciser bien évidemment que les déplacements
se font avec bien plus de souplesse, et que la caméra
se gère très bien, évitant les affres bien
connues de disparition du personnage.


Je suis le Roi du monde ! - Youston,
we got a problem...
Les
intérieurs restent, comme il a été dit,
en 3D isométrique, avec toutes les qualités et
les défauts que cela implique et qui ont été,
du reste, déjà évoqués dans l'article
traitant du premier épisode. Signalons toutefois que
l'on "sent" l'écart technique, et que ces derniers sont
plus fins, plus détaillés et globalement plus
beaux, et se permettent d'afficher quelques effets bienvenus,
notamment de petits jets de vapeurs ou des tapis roulants. Bref,
un sans-faute concernant les graphismes qui gardent malgré
tout leur côté "artificiel" qui sied bien à
l'atmosphère du jeu.
Venons-en
à présent à la jouabilité. Et sur
ce point, j'avoue que mon avis reste toujours aussi mitigé.
L'on retrouve, c'est bien compréhensible, ce fameux écran
permettant de choisir une "attitude", entre normal, agressif,
sportif et discret. Si leurs attributions et leurs rôles
n'ont guère évolué depuis le premier opus,
il convient de signaler toutefois une différence de taille
: la présence d'une touche permettant de parler ou de
lire un écriteau quel que soit le mode sélectionné.
Ouf ! Nul besoin de revenir en attitude "normale" pour parler
à un quidam, l'on peut rester en mode "sportif" sans
problèmes. Associée, du reste, à la possibilité
de sauter avec prise d'élan (sans obligation, comme dans
Little Big Adventure, de marquer un temps d'arrêt),
cette invention redynamise profondément la mécanique
du jeu et le rend bien plus nerveux. Compte tenu du fait qu'il
est plus long que son prédécesseur, ce n'est sûrement
pas un mal.
En
revanche, l'on retrouve toujours ce fameux problème de
"balle magique" (et, plus tard, de "sarbacane" et même
de "pistolet laser"). Tuer les ennemis à l'aide de cette
arme est un vrai calvaire dans les donjons, mais dans les extérieurs
en trois dimensions, c'est tout bonnement impossible. Notamment,
une phase de jeu vous demande, au sortir d'un tunnel, d'affronter
deux gardes armés de piques qui se ruent à votre
rencontre dès votre apparition. N'essayez même
pas de les affronter au risque de mourir ou, pire, de vous faire
refouler à l'entrée de la baraque et de devoir
recommencer ce combat : il faut réussir à se faufiler
entre eux sans subir le moindre coup, ce qui vous demandera
de longs efforts. Signalons toutefois que les ennemis possédant
des armes à feu sont moins nombreux, tout du moins en
début de partie, pour notre plus grand bonheur. Cependant,
la jouabilité réserve encore quelques (mauvaises)
surprises ; et comme un coup, comme auparavant, se traduit par
un recul de quelques pas pendant lesquels votre personnage est
toujours vulnérable, on se surprend souvent à
choir dans une falaise ou à se retrouver bloqué
sous le feu ennemi sans rien pouvoir faire. L'on retrouve du
reste les mécha-pingouins, plus puissants que jamais,
un sabre qui permet de faire un carnage ainsi qu'un gant de
cuisine permettant de renvoyer certains projectiles ; si l'idée
est en soit intéressante, il est dommage de voir qu'il
ne sert finalement qu'à une seule et unique reprise.
C'est
alors qu'apparaît l'excellente idée du jeu. À
partir du troisième chapitre, il est possible, bien que
facultatif, de récupérer un bouclier consommant
de la magie, mais vous rendant insensible à n'importe
quel choc. Il ne faut surtout pas manquer de récupérer
cet objet ; sans cela, ne serait-ce que le dernier donjon s'avère
impossible à finir.


Bon, ben, quand faut 'y aller... - Bzz
bzz à vous, hommes de l'espace !
Bref,
l'on sent que de belles idées ont été amenées
sur la table. Globalement, elles rendent le jeu plus agréable
et la progression plus aisée ; mais l'on aurait voulu
bien plus, ne serait-ce qu'un timide système de lock,
dont l'absence se fait cruellement sentir parfois.
Nous
venons en paix !
J'ai
annoncé auparavant que l'aventure se poursuivait bien
au-delà de ce que Twinsen espérait, et c'est vrai.
Car une fois la tempête arrêtée grâce
aux talents du météorologue, c'est avec surprise
que l'on voit débarquer une soucoupe volante, peuplée
d'êtres intelligents. Humanoïdes à la tête
triangulaire, secondés par des manières de chiens
muselés, ils se disent venir d'une lointaine planète
nommée "Zeelich", et prétendent venir en paix.
Bien
entendu, c'est oublier le corollaire nécessaire d'une
intrusion de ce type, qui prétend que chaque apparition
d'extra-terrestres est nuisible. Il ne faudra guère longtemps
pour découvrir que ces aliens projettent d'envahir Twinsun
et d'enlever les mages de l'île du désert afin
de recueillir assez d'énergie magique pour propulser
le satellite naturel de la planète, la Lune d'Émeraude,
sur celle-ci ! Leurs raisons véritables sont au début
du jeu assez mystérieuses, et ce n'est qu'au fur et à
mesure que l'on apprend qu'un guide spirituel fou nommé
"Dark Monk", est à l'origine de tout cela : il prétend
que seul ce sacrifice permettra de redonner à Zeelich
son apparence d'origine ; jadis paradisiaque, elle est à
présent dévastée par la pollution et un
volcanisme agressif...


Il est pas beau, lui.
- Little Big Adventure 2,
un jeu électrique !
Au
cours de sa quête, Twinsen devra tout d'abord parcourir
l'île de la citadelle et celle du désert de la
feuille blanche afin de gagner en pouvoir (il sera notamment
élève de l'école de magie, sans doute la
partie la plus délicieuse du jeu), avant de trouver le
moyen d'infiltrer Zeelich dont la surface est recouverte de
fumée et de parcourir ses tréfonds rougis de lave
des suites d'un cataclysme centenaire. Le message du jeu se
double d'un semblant de pamphlet écologique, en demie-teinte
toutefois, qui permet de donner une once "d'humanité"
aux extra-terrestres. Malheureusement, si ce n'est au travers
de deux ou trois lignes de dialogue et d'une scène à
la fin du jeu, l'on perd ce but rapidement des yeux, et seul
compte la lutte contre ce forcené de Dark Monk.
De
la même manière que Twinsun, Zeelich est peuplé
de quatre races dominantes : les Sups, ces extraterrestres
à tête triangulaire, les Mosquitos, sorte
de grosse mouche bariolée, les Blafards, qui me
font penser à des blaireaux humanoïdes, et les Knartas,
qui ressemblent à de grosses saucisses. Bien que les
Sups soient des technocrates et les Knartas des ouvriers, ils
vivent tous deux à la surface de Zeelich ; les Blafards
se sont faits miniers, près du centre de la planète
; quant aux Mosquitos, ils vivent en simili-autarcie,
sur un archipel reculé, sous l'égide d'une reine-mère.
Chaque peuple vit ainsi dans une zone précise de Zeelich,
même si souvent ce sont les Knartas qui composent le gros
des troupes : les Sups semblent être des généraux
et des colonels, tandis que les deux autres races sont pacifiques.
Il est amusant de voir les relations complexes qu'entretiennent
ces peuples entre eux : les Sups sont autoritaires et assez
xénophobes, les Knartas sont bons travailleurs ; les
Blafards n'aspirent qu'à leur tranquillité, et
les Mosquitos sont des révolutionnaires endurcis.
Inutile
de dire qu'avec cela, le monde de Little Big Adventure
s'élargit conséquemment, pour le plus grand bonheur
du joueur.


Dark Monk, prophète ahuri. -
C'est une saucisse-party !
Passeur,
passeur, dans ton embarcation...
L'univers
du jeu reste, et c'est heureux ! très cohérent
: et c'est un véritable plaisir que d'arpenter l'île
de la citadelle et du désert de la feuille blanche quelques
sept ou huit mois après la fin du premier opus. Le Temple
de Bu a été reconverti en parc d'attractions à
la gloire de Twinsen, en sachant que les développeurs
ont gardé la structure du donjon : cela évoquera
pas mal de souvenirs. C'est, en vrac, le tenant de l'hacienda
qui vous refuse l'entrée au sauna féminin ou ce
documentaire vantant les nuits chaudes de Zeelich ; la nécessité
de trouver un traducteur automatique pour pouvoir comprendre
ce que disent les aliens, ou ces "mens in black" qui vous poursuivent
pour vous faire taire ; ces ennemis que l'on peut tuer en les
faisant tomber dans des pièges nous étant destinés,
ou encore cet ouvrier corse et paresseux que l'on peut grassement
payer pour récupérer un objet qui demanderait
bien des efforts, etc., etc. La musique reste bien inspirée,
avec notamment de charmants thèmes militaires pour la
planète Zeelich ou des relents d'orgue pour les temples
sacrés. Malgré tout, je la trouve en deça
de celle du premier opus : les thèmes restent moins en
tête, et l'on aurait aimé un peu plus de variété.
Force
est d'avouer également que certains aspects de l'aventure
m'ont quelque peu déplu. Tout d'abord, l'impossibilité,
passée la seconde visite du Zeelich, de faire marche
arrière et de revenir sur Twinsun ; le problème
de l'argent, que l'on n'obtient jamais et qui est toujours aussi
indispensable ; la nécessité, chez les blafards,
de glaner des gemmes judicieusement cachées sur chacune
des îles visitées (et bien cachées, du surcroît
!) pour pouvoir payer un passeur et ainsi accéder aux
autres archipels ; ainsi qu'un ou deux moments où l'on
ne sait absolument pas que faire, ni où aller, jusqu'à
parler à ce personnage en particulier qui nous aiguillera.
Ainsi, si l'aventure se veut plus longue et plus variée,
elle en devient par instants confuse : et si l'on pense avoir
le choix dans l'ordre des quêtes, ce n'est hélas
qu'une illusion, l'essentiel étant scripté. Dommage
; il eut été bienvenue de choisir quelque peu
son chemin.
Que
l'on ne s'y trompe pour autant ; Little Big Adventure 2
reste un jeu très agréable, long, difficile, intelligent.
Mais si les erreurs soulevées étaient pardonnables
pour une première tentative, il est en revanche dommage
de les revoir apparaître quelques trois ans plus tard.
Quelque peu anachroniques, elles entravent la marche du joueur
et le font pester souvent. Qu'ils ne renoncent, pourtant : il
serait idiot de s'arrêter à mi-chemin, tant le
soin amené à la réalisation globale est
remarquable.


J'adore ma toge de mage. - Les
blafards adorent la tarte à la luciole...
MTF,
Knarta dans l'âme.
Post-Scriptum
: On
m'a dit de vous dire...
Tant que j'y pense, des rumeurs concernant un troisième
opus peuvent encore se trouver ci et là sur la toile.
Même si la réapparition de Twinsen, quelque dix
ans après sa dernière aventure, semble pour le
moins inconcevable, je me force à y croire. Les rares
nouvelles glanées ci et là nous parlent d'une
aventure où l'on pourrait contrôler, en marge de
Twinsen, sa femme Zoé et leur fils Arthur. Rien d'autre
depuis ; mais je sais que Sendell veille...