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Billy banlieue
Année : 1986
Système : Amstrad CPC
Développeur : Loriciel
Éditeur : Loriciel
Genre : Plate-forme
Par Lyle (19 mars 2004)

Il est aujourd'hui devenu presque banal pour les concepteurs d'inclure dans leurs titres des « jeux dans le jeu », ces petites digressions vidéo-ludiques qui permettent au joueur de se changer les idées l'espace d'un instant avant de reprendre le cours du jeu lui-même. Au milieu des années 80, en revanche, c'est encore loin d'être devenu une pratique commune : Billy la banlieue est certainement l'un des pionniers en la matière. Ce petit programme d'aventure repose en grande partie sur la présence de ses mini-jeux. Votre personnage est un punk évoluant dans le métro parisien. Votre objectif : claquer votre argent dans des bornes d'arcade et des machines à sous.

Mais alors que dans le beat'em all, le punk, cette figure urbaine typique des eighties, a toujours le mauvais rôle (voir Renegade, Crime Fighters, Final Fight...), il est ici une victime : Billy doit d'abord faire face à tous les dangers et les obstacles que compte la capitale, seule manière d'accéder aux bornes tant convoitées. Chaque problème a sa solution, le plus souvent sous la forme d'un objet. D'abord c'est une charmante demoiselle qui vous barre le chemin. Si vous ne lui rapportez pas le cœur qu'elle vous réclame, vous serez sanctionné d'une magistrale paire de baffes, déductible de votre précieux total d'énergie. Le saxophoniste, lui, attend son instrument de musique. Et le bouddha en pleine méditation ne disparaîtra que si vous lui offrez un vase.

Mais il y a aussi les confrontations pures et dures : œil pour œil, dent pour dent face au loubard armé d'un couteau, ou devant le flic prêt à dégainer si vous l'approchez d'un peu trop près. La rencontre est fatale si vous ne disposez pas de l'arme appropriée. Enfin, il reste les obstacles. N'oubliez pas de vous procurer un ticket pour franchir une barrière de métro, et prenez un bon élan pour sauter l'eau des égouts. Une fois maîtrisées, ces actions s'avèrent enfantines, Billy la banlieue n'étant pas vraiment un jeu d'action. Il faut faire preuve d'un peu de précision, pas vraiment de timing.

Une des vraies difficultés, du moins au début, c'est de trouver et de retrouver son chemin. Comme dans Sorcery, la structure de l'aire de jeu n'est pas totalement cohérente et il faut se fixer ses propres repères (et ce même si le jeu ne doit pas faire plus d'une trentaine d'écrans). Une fois débarassé des gêneurs, vous êtes près pour les réjouissances de l'arcade : un Space Invader (la borne la plus facile à trouver), puis un casse-brique et un jeu de course vu de dessus. Il est intéressant de noter que déjà à cette époque, ces jeux faisaient offices de classiques de l'arcade, statut que l'Histoire du jeu vidéo a pu conforter depuis. En somme, Billy la banlieue, c'est en quelque sorte du retrogaming avant l'heure.

Les répliques sont d'ailleurs assez réussies : fidèles aux originaux, fluides et jouables. Dommage, par contre, qu'il n'y ait pas de difficulté progressive une fois les jeux complétés. On recommence indéfiniment jusqu'à ce qu'on perde sa troisième et dernière vie. La machine à sous, type bandit manchot de casino, est l'énigme du jeu. À quoi sert-elle ? Personnellement, je n'ai jamais rien gagné avec, même en y mettant toute ma monnaie. D'après ce qu'on a pu un jour me raconter, elle permet de terminer le jeu : il faut s'y rendre après avoir complété au moins une fois chaque borne d'arcade, ce qui donne ainsi accès au jackpot. À confirmer...

Car le problème que pose le jeu, c'est justement de gérer ses nombreux aller-retours. On ne peut porter qu'un seul objet à la fois, et ces derniers sont disposés de manière à vous faire faire un maximum de chemin. Or, chaque déplacement fait rapidement diminuer l'énergie de Billy (qui peut toutefois être restaurée grâce aux quelques théières trouvées sur votre chemin). En fait, on s'aperçoit que pour avoir une chance de terminer le jeu, on n'a pas d'autre choix que de connaître par cœur l'itinéraire à effectuer sous peine d'être à court d'énergie. Un écueil fréquent dans les jeux CPC d'époque, notez...

Ce qu'on retiendra de Billy la Banlieue, c'est son côté témoignage à chaud des années 80, visible jusque dans la représentation de notre chère capitale avec ses affiches publicitaires, ses fréquentations, son « imagerie », le tout accompagné d'un thème rock joué en boucle qui sied parfaitement à la banane bleue de Billy. Comme quoi les jeux vidéo eux aussi peuvent être, à leur manière, révélateurs de l'esprit d'une époque !

Lyle
(19 mars 2004)
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