Il est aujourd'hui devenu presque banal pour les concepteurs d'inclure dans leurs
titres des « jeux dans le jeu », ces petites digressions vidéo-ludiques
qui permettent au joueur de se changer les idées l'espace d'un instant
avant de reprendre le cours du jeu lui-même. Au milieu des années
80, en revanche, c'est encore loin d'être devenu une pratique commune :
Billy la banlieue est certainement l'un des pionniers en la matière.
Ce petit programme d'aventure repose en grande partie sur la présence de
ses mini-jeux. Votre personnage est un punk évoluant dans le métro
parisien. Votre objectif : claquer votre argent dans des bornes d'arcade et des
machines à sous.

Mais
alors que dans le beat'em all, le punk, cette figure urbaine typique des eighties,
a toujours le mauvais rôle (voir Renegade, Crime Fighters,
Final Fight...), il est ici une victime : Billy
doit d'abord faire face à tous les dangers et les obstacles que compte
la capitale, seule manière d'accéder aux bornes tant convoitées.
Chaque problème a sa solution, le plus souvent sous la forme d'un objet.
D'abord c'est une charmante demoiselle qui vous barre le chemin. Si vous ne lui
rapportez pas le cœur qu'elle vous réclame, vous serez sanctionné
d'une magistrale paire de baffes, déductible de votre précieux total
d'énergie. Le saxophoniste, lui, attend son instrument de musique. Et le
bouddha en pleine méditation ne disparaîtra que si vous lui offrez
un vase.

Mais
il y a aussi les confrontations pures et dures : œil pour œil, dent pour dent
face au loubard armé d'un couteau, ou devant le flic prêt à
dégainer si vous l'approchez d'un peu trop près. La rencontre est
fatale si vous ne disposez pas de l'arme appropriée. Enfin, il reste les
obstacles. N'oubliez pas de vous procurer un ticket pour franchir une barrière
de métro, et prenez un bon élan pour sauter l'eau des égouts.
Une fois maîtrisées, ces actions s'avèrent enfantines, Billy
la banlieue n'étant pas vraiment un jeu d'action. Il faut faire preuve
d'un peu de précision, pas vraiment de timing.

Une
des vraies difficultés, du moins au début, c'est de trouver et de
retrouver son chemin. Comme dans Sorcery, la structure
de l'aire de jeu n'est pas totalement cohérente et il faut se fixer ses
propres repères (et ce même si le jeu ne doit pas faire plus d'une
trentaine d'écrans). Une fois débarassé des gêneurs,
vous êtes près pour les réjouissances de l'arcade : un Space
Invader (la borne la plus facile à trouver), puis un casse-brique
et un jeu de course vu de dessus. Il est intéressant de noter que déjà
à cette époque, ces jeux faisaient offices de classiques de l'arcade,
statut que l'Histoire du jeu vidéo a pu conforter depuis. En somme, Billy
la banlieue, c'est en quelque sorte du retrogaming avant l'heure.

Les
répliques sont d'ailleurs assez réussies : fidèles aux originaux,
fluides et jouables. Dommage, par contre, qu'il n'y ait pas de difficulté
progressive une fois les jeux complétés. On recommence indéfiniment
jusqu'à ce qu'on perde sa troisième et dernière vie. La machine
à sous, type bandit manchot de casino, est l'énigme du jeu. À quoi
sert-elle ? Personnellement, je n'ai jamais rien gagné avec, même
en y mettant toute ma monnaie. D'après ce qu'on a pu un jour me raconter,
elle permet de terminer le jeu : il faut s'y rendre après avoir complété
au moins une fois chaque borne d'arcade, ce qui donne ainsi accès au jackpot.
À confirmer...

Car
le problème que pose le jeu, c'est justement de gérer ses nombreux
aller-retours. On ne peut porter qu'un seul objet à la fois, et ces derniers
sont disposés de manière à vous faire faire un maximum de
chemin. Or, chaque déplacement fait rapidement diminuer l'énergie
de Billy (qui peut toutefois être restaurée grâce aux quelques
théières trouvées sur votre chemin). En fait, on s'aperçoit
que pour avoir une chance de terminer le jeu, on n'a pas d'autre choix que de
connaître par cœur l'itinéraire à effectuer sous peine d'être
à court d'énergie. Un écueil fréquent dans les jeux
CPC d'époque, notez...

Ce
qu'on retiendra de Billy la Banlieue, c'est son côté témoignage
à chaud des années 80, visible jusque dans la représentation
de notre chère capitale avec ses affiches publicitaires, ses fréquentations,
son « imagerie », le tout accompagné d'un thème rock
joué en boucle qui sied parfaitement à la banane bleue de Billy.
Comme quoi les jeux vidéo eux aussi peuvent être, à leur manière,
révélateurs de l'esprit d'une époque !
Lyle