Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
Crash'n Burn
Année : 1993
Système : 3DO
Développeur : Crystal Dynamics
Éditeur : Crystal Dynamics
Genre : Jeu de Course
Par Marc G. (22 avril 2005)

Note : ne pas confondre avec le jeu Crash'n Burn de Eidos sorti en décembre 2004 sur Xbox et PS2.

Mon précieux

Aux yeux de la plupart d'entre nous, certains softs revêtent une aura quasi mythique. Cela peut-être dû à une réalisation hors normes, un concept génial ou tout simplement au fait d'être le seul et unique titre valable sorti sur un support fraîchement commercialisé. Pour ma part, le programme évoqué ici rentre dans cette dernière catégorie. Il n'en mérite pas moins notre attention. Ceci dit, installons-nous maintenant dans la machine à remonter le temps et voguons jusqu'au mois d'octobre 1993, le 22 plus précisément. De cette sulfureuse époque, les heureux acquéreurs de la 3DO Panasonic FZ-1, sortie sur le sol américain au prix exorbitant de 700$, se souviennent encore probablement du jeu proposé en bundle avec la machine : Crash'n Burn. Entre les simulations de navettes spatiale à base d'archives de la N.A.S.A. (Space Shuttle), les rééditions de jeux d'échec (Battlechess) et les encyclopédies océaniques (Ocean Below) commercialisées à la même époque, "Accident et Brûlure" fait réellement figure de locomotive pour ce nouveau venu sur le marché. Il est vrai que ce dernier, dominé par le tandem Nintendo/Sega (et NEC dans une bien moindre mesure), est en attente d'une "révolution" : 5 jeux de baston par mois, 3 de plates-formes par semaine et 1 de course tous les 3 jours forment en effet l'ordinaire du joueur (j'exagère à peine). Contrairement à ce que l'on peut penser, tout n'est cependant pas perdu pour autant. Si les nouveaux concepts se raréfient, la technologie avance et permet certains changements dans la continuité : les jeux d'aventure commencent à ressembler à de véritables films (Sherlock Holmes), ceux d'action prennent une vue subjective (Wolfenstein) et ceux de course se glorifient d'une dimension supplémentaire (Megarace).

Si le software est présent lors de la sortie du produit, il n'en va pas de même pour ce qui est de l'intérêt ludique. Une première fournée très décevante pour une machine de cette envergure.

Des débuts prometteurs

Je suis sûr que vous connaissez au moins un de leurs jeux : Gex, Pandemonium, Legacy of Kain, Slam'n Jam et bien d'autres encore figurent sur leur carte de visite. La société est passée sous la coupe d'Eidos Interactive en septembre 1998 pour la modique somme de 28 millions de $.

Tout le monde le sait, un nouveau système n'est rien sans software. Fort de cet adage, les machines proposées par Matsuchita et consorts s'entourent d'une foule d'éditeurs, principalement occidentaux. Parmi eux, Crystal Dynamics. Cette structure, créée en 1992 et basée en Californie, dirigée par Strauss Zelnick, un vétéran du cinéma, adopte immédiatement une politique d'innovation en se mettant à concevoir sur ce qui semble être le nouveau standard du futur. Grâce à ce profil des plus novateurs, la société trouve rapidement un allié de poids en la personne de Panasonic.

Strauss Zelnick, ancien de la Fox et de Vestron Inc., prend les commandes de Crystal Dynamics en 1993. Grâce à son positionnement avant-gardiste, la société négocie la mise en bundle de son programme le plus avancé : Crash'n Burn. C'est sous sa houlette que les 3 premiers jeux de la firme sont commercialisés sur 3DO : Crash'n Burn, Total Eclipse et The Horde.

Cette dernière, désireuse de commercialiser sa plate-forme multimédia avant l'échéance fatidique de fin d'année, a en effet décidé d'inclure un logiciel dans son package. Si les projets en cours de développement se révèlent relativement nombreux, ceux arrivant à terme se comptent sur les doigts d'une main. Le jeu du développeur américain se trouve cependant être de ceux-ci. Pour enfoncer le clou, il s'annonce des plus attrayants...

Une profondeur de jeu attendue

Virtua Racing de Sega, déjà sorti en arcade et en cours de portage sur Megadrive, Megarace de Cryo sur PC et Stunt Race FX/Wild Trax, en développement chez Argonaut pour le compte de Nintendo, sur SNES... Comme on le voit, les courses de voitures ont le vent en poupe en cette année 1993.

Durant cette période, les jeux de course font figure de véritable vitrine technologique pour les machines d'arcade et de salon. Sega, Cryo, Argonaut et bien d'autres s'engouffrent dans la brèche afin d'offrir aux joueurs des sensations jusqu'alors inconnues. Certains d'entre eux auraient cependant mieux fait de s'abstenir...

Grâce aux processeurs et co-processeurs sans cesse plus puissants, les jeux de voitures ont véritablement pu évoluer. Contrairement à leurs prédécesseurs qui se contentent d'un affichage 2D en proposant une vue du dessus (F1 Circus de Nichubitsu sur PC-E), une pseudo-3D (Out Run de Sega en arcade, micros ou consoles) ou encore une 3D isométrique (RC Pro-Am de Rare/Nintendo sur NES), ceux-ci proposent maintenant une réelle dimension supplémentaire : le joueur peut enfin goûter à l'immersion dans un univers 3D, précalculé ou non.

Ce jeu représente un tremplin pour la compagnie américaine. Il est aussi censé faire office de vitrine technologique pour la machine. Une mission dont il s'acquitte avec brio.

L'apocalypse selon Dynamic

Le premier titre de Crystal Dynamics emmène l'intéressé dans un futur post-apocalyptique, plus précisément en 2044 : cette année voit la planète ravagée par une formidable explosion nucléaire et grâce à on ne sait trop quel miracle, quelques humains arrivent à s'en tirer. Leur principale préoccupation n'étant pas de secourir leur prochain, ils se mettent en tête d'organiser de fantastiques courses de voitures. D'immenses circuits aux dénivelés plus sinueux les uns que les autres sont donc rapidement mis en chantier à proximité de ce qui fut naguère de grandes métropoles. Ces champs de ruines se voient donc décorés de magnifiques et grandioses tracés accessibles à une poignée de pilotes émérites. Dans ce prodigieux scénario, probablement inspiré par les plus grands nanars américains ou italiens, le joueur fait naturellement partie de ceux-ci.

Pour la cinématique d'introduction, la fenêtre peut sembler réduite mais il ne faut pas oublier que l'on en est qu'aux balbutiements de ce style de représentation. Sur le moment, j'en suis quand même resté sur le cul.

Après cette courte présentation et la sélection du type de partie (mode "Rally" ou "Tournament"), on découvre rapidement l'éventail des 6 personnages que l'on se propose de nous faire incarner. Chacun d'entre eux dispose évidemment de son véhicule favori, celui-ci variant en vitesse, accélération ou résistance.


Voici les 6 abominables trognes proposées ainsi que leur véhicule. Nous avons donc, de gauche à droite et de haut en bas : Fang et sa Hammerhead, Drugger et sa Vortex, Tasman Twix et sa Caretaker, Max Amillion et sa Assassin, Kilan et sa Sniper et enfin, Rocker et sa Flatliner. Le choix s'avère des plus délicats. Notons la vidéo de présentation des pilotes, kitchissime et ringarde à souhait.

Un environnement bien pourvu

Le choix du bolide réalisé, on peut enfin passé à la sélection du circuit. Celle-ci s'effectue au travers de 5 types aux noms des plus évocateurs ("Crash Couse", "Whiplash", "Shockwave", "Firestorm" et "Wasteland") comprenant chacun 5 circuits de difficulté croissante.

Il y a 5 types de compétition comprenant chacune 5 circuits, ce qui nous donne au moins 25 courses. Cela peut paraître conséquent mais le peu de différences entre les diverses arènes rend le tout assez monotone.

Ceci fait, les hostilités peuvent commencer. Après un départ en trombe, la première déception s'installe déjà : impossible d'atomiser les adversaires durant les 10 premières secondes. Hé oui, comble du raffinement, le joueur est équipé d'un équipement plus dévastateur que jamais : mines, lasers, missiles, rien n'est oublié. On s'aperçoit rapidement que cet arsenal est plus que nécessaire pour allumer les désaxés aperçu lors du choix des pilotes et les drones lâchés dans ces arènes futuristes.

Que cela soit en vue externe ou interne, les divers renseignements sur le véhicule et la position des adversaires apparaissent toujours aussi lisiblement. À noter ma fulgurante vitesse, nettement plus pratique pour la netteté des photos. À droite, la petite boutique des horreurs : chaque accessoire est représenté par une vue et une petite animation 3D. Vraiment classe.

Malheureusement, comme on a pu l'apercevoir au paragraphe précédent, le véhicule est soumis à une certaine capacité de résistance. Les bougres s'en donnant à coeur joie, les réparations au stand, gérées de manière succincte il est vrai, peuvent quelquefois s'avérer providentielles tant les 3 tours requis paraissent parfois n'en plus finir. Terminons simplement en signalant que l'évolution de l'engin est aussi prise en compte, une récompense pécuniaire étant offerte à la fin de chaque course, celle-ci variant selon la position et le nombre d'adversaires mis au tapis. La somme ainsi gagnée peut être ensuite réinvestie via le magasin d'accessoires, toute la panoplie étant à portée de portefeuille : lasers, missiles, boucliers, pare-brise polarisé... Il y en a vraiment pour tous les goûts mais surtout pour toutes les bourses.

Une réalisation aux petits oignons

Comme vu précédemment, si Crash'n Burn ne présente pas de concept révolutionnaire, il n'en propose pas moins une réalisation de très haut niveau, jusqu'alors inconnue aux machines de salon. Le passage à la génération 32-bits se fait enfin sentir. Le domaine bénéficiant de la meilleure progression est indubitablement celui du graphisme qui marque a jamais de son empreinte indélébile les rétines les plus aguerries : les couleurs explosent dans tous les sens, les pixels se font invisibles et supportent des textures variant selon les différents environnements rencontrés sur le terrain... En bref, une véritable tuerie oculaire.

De la boue, de l'huile, de l'eau : non seulement la nature du terrain se voit modifiée au fil du circuit mais en plus, le level design est extrêmement fouillé. Grâce à ce dernier, le pilote flirte avec les sommets ou se voit entraîné dans les plus profonds ravins. Notons le changement de comportement du véhicule selon le revêtement rencontré. Venons-en maintenant à l'animation qui se révèle être tout bonnement ébouriffante de rapidité et de fluidité, l'ensemble étant soigné dans les moindres détails : vitesse de défilement lors des compétitions, présentation des engins, des accessoires... une incontestable réussite. Le seul manquement de cet aspect se déclare durant le changement de vue pendant les courses, un arrêt de l'animation proprement dite se faisant alors sentir.

Les différents paramètres pris en compte par le logiciel : rétroviseur, vitesse, type et nombre de munitions restantes, état de la carrosserie, nombre de tours effectués, position sur le circuit et classement général.

Pour la partie sonore, tout est, comme toujours dans ce domaine, une histoire de goût. Pour ma part, les mélodies de style "rockabilly", si elles sont de qualité CD, ne m'ont franchement pas emballé. Quant aux bruitages, ils sont d'un classicisme à toute épreuve. Soulignons cependant l'excellence des dialogues digitalisés lors des séquences filmées. Après cet étalage de louanges sur la partie technique, je ne dirais qu'un mot sur la jouabilité : catastrophique. J'ai naturellement tendance à exagérer mais le maniement tient malheureusement plus de la caisse à savon que de la simulation hyper pointilleuse.

Conclusion

Pour un premier essai, il faut avouer que la société californienne signe ici une œuvre majeure et inoubliable pour les bienheureux l'ayant fréquentée. Malgré les faiblesses de son scénario, ses bruitages en demi-teinte et sa jouabilité faiblarde, Crash'n Burn se rattrape grâce à sa plastique fantastique. Avec sa multitude d'accessoires, sa trentaine de circuits aux dénivelés vertigineux et son animation quasiment sans faille, il ne peut que réjouir les fanatiques de jeux d'arcade. Il reste pourtant un de ces titre tape-à-l'œil qui se voit incapable d'accaparer l'amateur sur le long terme (une faiblesse généralement inhérente au genre), son absence de mode 2 joueurs se faisant aussi cruellement sentir. Mais n'est-ce pas là tout ce qui lui est demandé ? Notons encore qu'il se trouve être l'une des rares exclusivités du standard et qu'il se verra attribuer la mention "titre d'or" (écoulé à plus de 100.000 exemplaires) au 3DO Games Awards de 1995. Une récompense amplement méritée pour ce précurseur de Wipe Out et consorts, que l'on ressort toujours avec grand plaisir.

Marc G.
(22 avril 2005)
- Si le sujet vous a intéressé, nous vous suggérons les articles suivants -

F-zero, la série - L'analyse

Hi-Octane

Pod
Un avis sur l'article ? Une expérience à partager ? Cliquez ici pour réagir sur le forum
(10 réactions)