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Hi-Octane
Année : 1995
Système : PC, Playstation, Saturn
Développeur : Bullfrog
Éditeur : Electronic Arts
Genre : Jeu de Course / Action / Simulation
Par Tonton Ben (02 juin 2008)
Une présentation rapide mais efficace, et soignée de surcroît, pour un titre estampillé Bullfrog, ça ne se refuse pas !

Quel est le meilleur moyen de s’assurer un maximum de lecteurs sur Grospixels ? Très simple : il suffit de disserter sur un jeu Bullfrog. Avec une accroche comme ça, on est toujours à peu près sûr que les lecteurs vont cliquer par réflexe, tant cette firme a enchaîné les jeux culte. Et après Populous, Theme Park, Magic Carpet, Syndicate, quels sont les titres de la p’tite grenouille qui n’ont pas été évoqués ? Hi-Octane. Non, ne partez pas si vite, restez !

Les menus clairs font tourner sur eux-mêmes les circuits, variés, comme les véhicules, aux caractéristiques différentes.

Il est vrai que l’équipe de Peter Molyneux, habituée à nous surprendre avec des concepts les plus originaux qu’il nous ait été donné de voir dans le milieu, s’attaque ici à un style plutôt classique : la course de vaisseaux futuristes. On aurait pu s’attendre à la gestion économique d’une colonie de pingouins sur la banquise, ou à un simulateur de château d’eau (vous n’imaginez pas à quel point la vie d’un château d’eau est trépidante – ceci dit, moi non plus), eh ben non, juste un bête tournoi de machos de la vitesse. Ah. Bon, il doit y avoir un super scénario, alors ! Sauver la Terre en gagnant des ronds au moyen de courses illégales, afin de payer le carbu et les paquets de chips nécessaires au voyage interstellaire, avant que la planète n’explose ? C’est ça, hein ?

On commence à peine, et ils s’accrochent déjà, les rascals !
La vue intérieure est saisissante de vitesse.

Même pas. Constat affligeant de prime abord, Hi-Octane nous est livré sans intrigue. Rien. Que dalle. Nada. En d’autres termes, il s’agit juste d’une bête course de vaisseaux. J’ai l’impression de me répéter, mais de la part de Bullfrog, c’est franchement surprenant. Ah, si, on a quand même droit à une chouette introduction résumant assez bien l’esprit du titre et ses caractéristiques : courses, vitesse, violence et explosion. Allez, on est parti pour une découverte en profondeur de la bestiole. Au menu, training, course libre, et bien sûr, championnat ; rien que du très classique. Le jeu possède au total six circuits, qui sont disponibles dès le départ ; pas de courses à débloquer, pas de carotte pour le joueur.

Quelques roquettes bien senties, et un adversaire sur le carreau, un !
Là, par contre, je me fais allumer sévère à la gatling.

Et qu’est-ce qu’on met sur les circuits ? Bah des vaisseaux, pardi ! Au nombre de six, ils ont l’avantage de ne pas se ressembler, au point de proposer des formes et caractéristiques opposées. Ainsi, les maniaques de la vitesse pure peuvent opter pour l’Outrider, rapide, maniable, comme une coque de noix ; au contraire, les camionneurs dans l’âme vont se rabattre sur le Berserker, au design massif peu aérodynamique. Attention, car le choix de la monture ne va pas simplement déterminer l’accélération, la rapidité, et la maniabilité, mais également la résistance aux chocs. Car non seulement les collisions avec le décor ou les autres concurrents sont gérées, mais il est possible de se faire gravement endommager par les tirs ennemis. Entre nous, c’est ce qu’il manque à la Formule 1 pour redevenir attractive...

Les circuits sont truffés de pasages secrets automatiques, ou à déclenchement par roquette.
Il faut également chercher à monter un peu n'importe où au détour d'un virage pour des bonus.

Car tous les vaisseaux, y compris le vôtre, sont équipés de canons rotatifs, ainsi que de roquettes. Cependant, il faudra gérer les munitions : soit en ramassant les options adéquates présentes sur le circuit (et même dans des passages secrets), ou en s’arrêtant au stand, qui recharge autant les armes que le blindage, et surtout le carburant. La jauge de fuel est à surveiller, et des situations peuvent se renverser si les tactiques de courses ne prennent pas en compte les arrêts au stand. Les qualités de l’intelligence artificielle sont variables selon le niveau de difficulté, mais le challenge est souvent bien dosé : si les débuts sont faciles, les dernières épreuves demanderont au joueur de gros efforts de pilotage et de tactique pour s’assurer la victoire. Et là où Hi-Octane prend tout son sens, c’est avec l’option deux joueurs ! En mode splitté horizontal, deux joueurs peuvent s’affronter sur la même machine. Si la visibilité en pâtit un peu, le plaisir est là. Quant à l’option réseau, elle permet des affrontements survitaminés jusqu’à huit joueurs.

Les impacts sur le pare-brise signalent des tirs de mitraillette reçus.
Chaque virage sollicite le moteur qui offre de magnifiques perspectives renversantes.

Bon, on ne baigne peut-être pas dans l’originalité la plus folle, mais pour bien comprendre l’intérêt du titre, il s’avère nécessaire de le remettre dans son contexte : nous sommes en 1995, une époque où WipeOut, la référence dans le genre, vient à peine de sortir sur PlayStation, et nous sommes sur Pécé, parent pauvre des jeux d’arcade. En créant un jeu de ce genre sur une telle machine, Bullfrog vient combler un vide et répondre à une vraie demande, surtout lorsqu’ils se servent du moteur de Magic Carpet pour le réaliser.

Et là, le résultat est très fort : le moteur troidé, très convaincant dans l’impression de volume qu’il crée, tourne au poil même sur des machines modestes, et tire pleinement parti, comme avec Magic Carpet, des capacités du Pentium (pour les plus nantis), et ce en SVGA 640x480 ou en VGA 320x240. Le cadeau bonus consiste en l’utilisation des techniques de terraforming du moteur : certaines parties des circuits se modifient en temps réel, des passages s’ouvrent, d’autres se referment. Sur l’ambiance sonore, c’est musique techno et bruitages de destruction, un mélange détonnant qui colle tout à fait à l’action.

Joies du data-disk, trois circuits supplémentaires difficiles (le dernier est assez expérimental).
Sur le terrain, entre les ennemis et les passages étroits, il faut savoir manœuvrer.

Si Hi-Octane manque un peu de profondeur, et ne correspond pas exactement au catalogue habituel de Bullfrog, c’est sûrement parce que Peter Molyneux n’a pas participé au projet, ou peut-être aussi, comme le veut la légende, que ce titre aurait été développé en deux semaines histoire de faire patienter Electronics Arts jusqu’à Dungeon Keeper. Le jeu étant sorti à une époque où la troidé se cherchait encore, ses capacités techniques auraient dû le consacrer comme il se devait. Mais il a été considéré par la presse spécialisée comme un titre à l’objectif purement commercial, justifié par la rentabilité du moteur de Magic Carpet (ce qui en soi n’est peut-être pas faux, mais cette image lui a porté préjudice) ; et d’autre part, un gros concurrent, Slipstream 5000 (sorti la même année) lui a volé la vedette, en proposant un nombre de circuits plus fourni, et une gestion plus importante de la hauteur. Hi-Octane est donc passé rapidement à la trappe, et ce malgré un add-on gratuit mis à disposition rapidement, qui lui rajoutera le mode deux joueurs, trois circuits de plus, et des modes de jeux vraiment pertinents. Cette version améliorée sera même proposée rapidement et gratuitement dans les magazines, comme pour tous les bons jeux qui n’ont pas connu un très fort chiffre de ventes.

Le 9ème circuit est une grande ligne droite propice aux chassés-croisés musclés.
Le mode deux joueurs est excellent. Dommage que les affichages prennent autant de place !

Histoire également de rentabiliser le titre, Hi-Octane a été porté sur Playstation et sur Saturn ; le résultat est convaincant et adapté au support, malgré la concurrence directe de WipeOut. Évidemment, seule la résolution basse est proposée, mais après tout, qu’importe, puisque même dans ces conditions, le jeu procure de bonnes sensations. Et puis, pas cabots, Bullfrog a fendu les consoleux de la version complète avec les neuf circuits et les modes de jeu supplémentaires.

Les versions consoles n’ont pas à rougir de leurs conversions, très bien réalisées et gardant tout leur potentiel ludique (PSX à gauche, Saturn à droite).

Faisons donc taire la rumeur une bonne fois pour toutes, et acclamons bien haut Hi-Octane, qui se veut un vrai titre de course, et qui bénéficie, sur le plan de la réalisation et du fun, de la paternité Bullfrog. Si je vous dis en plus qu’il tourne à merveille en haute résolution avec Dosbox (parce que les potes à Molyneux, ils programment vraiment comme des bêtes), il n’y a aucune raison de ne pas vérifier tout ce que je viens de vous exposer, et de me rejoindre dans la réhabilitation d’un des meilleurs jeux de courses futuristes que j’ai vus sur Pécé.

Tonton Ben
(02 juin 2008)
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