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Battle Chess
Année : 1988
Système : Amiga, Apple IIGS, Atari ST, C64, Mac, PC
Développeur : Interplay
Éditeur : Electronic Arts
Genre : Réflexion
[voir détails]
Par JPB (03 octobre 2003)

J'ai appris à jouer aux échecs quand j'étais tout gamin, avec mon père. On jouait sur la petite table du salon, avec un échiquier pliable, et des pièces en bois aux formes traditionnelles. J'y ai joué de temps en temps, sans pratiquer plus que ça, sans essayer d'augmenter mon niveau qui restait au ras des pâquerettes. Quand j'ai eu une douzaine d'années, j'ai essayé de m'y mettre plus activement, mais je ne trouvais plus personne avec qui jouer. Et puis, quelques années plus tard, je me suis acheté mon Amiga, et j'ai vu le test de Battle Chess dans Tilt. J'ai trouvé l'idée motrice du jeu excellente, j'ai donc décidé de me remettre aux échecs, cette fois contre ma machine. Sans me faire d'illusions : disons que je sais y jouer, mais je suis incapable de développer une stratégie efficace.

Les images de la boîte du jeu.

Qu'est-ce qui distingue Battle Chess des autres jeux d'échecs ?

Une simple chose : les pièces sont toutes animées. Et toutes les prises donnent lieu à un combat entre les pièces.

L'écran de présentation.

Attention : il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, avec des combats aléatoires qui changeraient le déroulement du jeu. Ici, comme aux échecs, quand une pièce en prend une autre, la pièce prise disparaît de l'échiquier. Il n'y a aucun hasard. Déjà, le concept d'un jeu d'échecs animé est excellent en soi. Mais en plus, les personnages et leurs animations sont extraordinaires. Commençons par la présentation des pièces, pour que vous compreniez bien les spécificités de chacune.

Le pion, c'est un petit soldat,
avec armure, casque, et lance au poing.
La tour est à première vue une simple
tour en pierre... Mais attention : les
apparences peuvent être trompeuses...
Le cavalier n'a pas de cheval. C'est une
version un peu plus grande du pion, il est
pourvu d'un bouclier et d'une épée.
Le fou (en Angleterre, le bishop,
l'évêque en français) est un ecclésiastique,
avec une tiare et un grand bâton.
La reine est une superbe créature, brune,
grande, avec tout ce qu'il faut là où il faut.
Le roi est quant à lui un vieillard voûté,
à la barbe fleurie, qui pèse sous le poids
des ans et de sa couronne.

Bon, déjà, je pense que si vous ne connaissiez pas le jeu, vous devez être surpris en voyant ces images. Les dessins sont surprenants, très détaillés ; chaque pièce a un look particulier très réussi. Et on se détache visuellement des pièces traditionnelles. D'autre part les pièces ne sont pas noires et blanches, mais bleues et rouges, mais ça ne change absolument rien au principe du jeu.

Mieux : à la première animation, le spectacle commence réellement.
Le petit pion avance courageusement.
La tour se transforme en golem de pierre, et chacune de ses enjambées fait trembler le sol.
Le cavalier se déplace comme à la parade, sa cape flottant derrière lui.
Le fou avance de manière assez guindée.
La reine ondule lascivement des hanches et ne fait aucun bruit quand elle se déplace.
Le roi, lui, on se demande s'il va arriver jusqu'à la case choisie...

Le maniement est des plus simples : un clic sur la pièce à déplacer, et un clic sur la case de destination choisie. Un déplacement interdit est tout simplement impossible, puisque seules les cases accessibles selon les règles des échecs peuvent être mises en surbrillance.

Un vrai dessin animé !

Bon, parlons maintenant des combats, qui font tout le sel de ce jeu. Les premiers échanges sont toujours irrésistibles, quand on découvre les passes d'armes. Je reconnais que leur intérêt s'émousse un peu une fois qu'on connaît les différentes combinaisons, mais je maintiens que la première fois que vous verrez une prise de pièce vous allez vraiment rigoler.

Les combats se passent toujours de la même manière. La pièce qui attaque passe dans le coin supérieur droit de la case, et celle qui se fait prendre se pousse dans le coin opposé. Ensuite, la bataille peut commencer ! Encore une fois, la pièce du haut (qui prend) gagne toujours.
Certains combats sont spectaculaires. Quelques exemples :

- La reine se fait attaquer par une tour. Surprise, elle n'a pas le temps de préparer une parade : la tour - le golem - se rapproche de la reine, la soulève prestement, et l'avale en 3 bouchées gloutonnes. Puis, repue, la tour exprime bruyamment son contentement pour cet excellent repas.

Le repas gargantuesque de la tour.

- Le combat entre 2 cavaliers est complètement calqué sur le film Monthy Python and the Holy Grail. Après quelques passes d'armes, le cavalier qui se fait attaquer perd d'abord un bras. Malgré tout il continue à se battre, mais il se fait couper l'autre bras. Il essaie à tout prix de poursuivre le combat mais se fait couper une jambe. Sautillant maladroitement sur sa dernière jambe, il tente vainement de s'attaquer à son adversaire, mais se fait couper l'autre jambe. Finalement, le cavalier-tronc s'écroule sur le sol et disparaît.

Le combat épique des cavaliers.

- Le roi qui attaque une reine en profite pour carrément l'embrasser fougueusement. La reine qui d'abord se débat, s'écroule ensuite sur le sol, vaincue par l'ardeur du fringuant monarque.

Le roi. Qui embrasse goulûment la reine.

- Le pion qui attaque un cavalier : le combat le plus court. Le pion donne un coup de pied en plein dans les heu, parties intimes du cavalier, qui se tord de douleur et s'écroule sur le sol.

LE coup qui tue.

Il y en a plein d'autres, dont je ne me souviens pas. Mais les combats étaient toujours tordants la première fois qu'on les voyait. Avec le temps, on savait à quoi s'attendre, mais même au bout de la cinquantième fois, ils faisaient toujours sourire.

Et au niveau technique ?

La réalisation maintenant : graphismes fins et colorés, animation soignée et efficace, sons parfaitement adaptés. On ne peut absolument pas être déçu par la qualité technique de Battle Chess. On remarquera un tout petit détail sans grande importance : les pièces ont toutes la même taille, alors que l'échiquier est en perspective, ce qui fait que les pièces qu'on voit à l'arrière plan paraissent plus grandes. Mais ça ne gêne en rien le déroulement du jeu.

Quand on veut accéder au menu, il faut laisser appuyé le bouton droit : deux petits anges apparaissent alors de chaque coté de l'écran, battant frénétiquement des ailes, et supportant péniblement la barre de sous-menu, qui ressemble à une tapisserie. On peut ensuite paramétrer plusieurs paramètres, comme les joueurs (humain / ordinateur) ou d'autres réglages.
Le jeu est réalisé avec un souci du détail humoristique remarquable : même le curseur de la souris s'y met quand, pendant les temps de chargement, il prend la forme du Penseur de Rodin !

Les petits angelots qui battent des ailes.

Le plus simple niveau de jeu est suffisant pour que les débutants comme moi ne soient pas trop dégoûtés. Il m'est même arrivé de vaincre l'Amiga... Le niveau le plus difficile est suffisant pour ceux qui maîtrisent bien les subtilités des échecs. Aux niveaux de difficulté élevée, l'ordinateur peut mettre longtemps à se décider, ce qui est pénible quand on attend. Il est toutefois possible de forcer l'ordinateur à jouer (ce que je faisais sans arrêt) pour le contraindre à moins réfléchir et gagner du temps.

On peut jouer en 2D. Dans ce cas, on se retrouve en face d'un programme d'échecs standard de très bonne qualité, possédant certainement moins de bibliothèques d'ouverture que d'autres programmes (notamment à l'époque le superbe Chessmaster 2000), mais encore une fois, ceci ne gênera à mon avis que les grands maîtres ou les plus perfectionnistes.

Le jeu en 2D.

Bien sûr, en 2D, aucune animation, pas de dessin façon BD des pièces, on se retrouve vraiment en face d'un jeu d'échecs comme on en voyait des années plus tôt sur les machines plus anciennes. Celui qui veut se concentrer sur une partie sans se laisser distraire par les animations pourra jouer de cette manière. Personnellement, je ne vois pas l'intérêt : dans ce cas autant justement jouer à Chessmaster 2000 !

On peut aussi jouer à plusieurs. Bien sûr à tour de rôle sur la même machine, mais aussi par modem ou par câble null-modem. Je ne l'ai jamais fait, et si je trouve que jouer à 2 sur 2 machines dans la même pièce peut paraître un peu exagéré, je pense que ça devait être marrant de jouer contre un adversaire humain à plusieurs kilomètres...

Il est également possible de préparer un échiquier (board setup) en plaçant diverses pièces à l'endroit désiré, et de continuer ainsi. Ceci est pratique pour faire l'étude d'un mat en 3 coups, ou pour essayer (dans le cas de ce jeu) de voir telle ou telle animation.

Et la suite ?

Des versions sont sorties ensuite sur d'autres machines : sur Atari ST, PC en EGA (quelle horreur après avoir connu la version Amiga !), puis en version VGA, ainsi que sur C64 et Apple II.

Deux ans plus tard, Interplay a créé un jeu d'échecs chinois, Battle Chess II : Chinese Chess, très difficile à prendre en main sans documentation ou aide extérieure, car les règles de ce jeu sont différentes de la version que nous connaissons (par exemple, on déplace ses pièces sur les lignes de l'échiquier et non plus sur les cases). Là encore, les pièces étaient animées et très bien dessinées, et les combats dans le style de premier Battle Chess, plus orientaux peut-être. J'avoue que je n'ai pas trop pratiqué ce jeu, parce que je ne connaissais pas les caractéristiques des pièces chinoises et je n'avais pas la patience d'apprendre (je me faisais rétamer régulièrement, alors ça ne m'arrangeait pas le caractère).

Battle Chess II...
... jeu d'échecs chinois.

Il y eut ensuite une version améliorée de Battle Chess: Battle Chess 4000, sur PC, en SVGA, spécialement créée sur CD-Rom pour bénéficier d'animations plus nombreuses.

Battle Chess 4000...
... graphiquement bien plus élaborée.

On vit ensuite une compilation reprenant les jeux précédents.
Plus récemment, une version qu'on peut encore dénicher dans la collection Soft Academy (à 5 euros) permet de rejouer à ce jeu, avec des graphismes bien améliorés. Ce Battle Chess tourne sous Windows XP, dans la résolution que vous pouvez voir ci-dessous :

Battle Chess : le remake "actuel".

Dans l'ensemble, les versions suivantes ne bénéficièrent pas de l'effet de surprise. Le premier Battle Chess, lui, fut une véritable claque à l'époque. Bref, un superbe jeu.

Battle Chess fut testé :
- dans le Tilt n°58 d'Octobre 1988 (Hit, 19/20) ;
- dans le Gen4 n°6 de Novembre 1988 (96%).

Battle Chess reçut les prix suivants :
- le Tilt d'Argent 1988 du Meilleur jeu de réflexion/stratégie.

JPB
(03 octobre 2003)
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