J'ai
appris à jouer aux échecs quand j'étais
tout gamin, avec mon père. On jouait sur la petite table
du salon, avec un échiquier pliable, et des pièces
en bois aux formes traditionnelles. J'y ai joué de temps
en temps, sans pratiquer plus que ça, sans essayer d'augmenter
mon niveau qui restait au ras des pâquerettes. Quand j'ai
eu une douzaine d'années, j'ai essayé de m'y mettre
plus activement, mais je ne trouvais plus personne avec qui
jouer. Et puis, quelques années plus tard, je me suis
acheté mon Amiga, et j'ai vu le test de Battle
Chess dans Tilt. J'ai trouvé l'idée motrice
du jeu excellente, j'ai donc décidé de me remettre
aux échecs, cette fois contre ma machine. Sans me faire
d'illusions : disons que je sais y jouer, mais je suis incapable
de développer une stratégie efficace.
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Les
images de la boîte. |
Qu'est-ce-que
qui distingue Battle Chess des autres jeux d'échecs ?
Une
simple chose : les pièces sont toutes animées.
Et toutes les prises donnent lieu à un combat entre les
pièces.
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L'écran
de présentation. |
Attention
: il ne s'agit pas d'un jeu de stratégie, avec des combats
aléatoires qui changeraient le déroulement du
jeu. Ici, comme aux échecs, quand une pièce en
prend une autre, la pièce prise disparaît de l'échiquier.
Il n'y a aucun hasard. Déjà, le concept d'un jeu
d'échecs animé est excellent en soi. Mais en plus,
les personnages et leurs animations sont extraordinaires. Commençons
par la présentation des pièces, pour que vous
compreniez bien les spécificités de chacune.
Le
pion, c'est un petit soldat, avec armure, casque, et
lance au poing.
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La
tour est à première vue une simple tour
en pierre... Mais attention : les apparences peuvent
être trompeuses... |
Le
cavalier n'a pas de cheval. C'est une version un peu
plus grande du pion, il est pourvu d'un bouclier et
d'une épée.
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Le
fou (en Angleterre, le bishop, l'évêque en français) est un ecclésiastique,
avec une tiare et un grand bâton. |
La
reine est une superbe créature, brune, grande,
avec tout ce qu'il faut là où il faut.
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Le
roi est quant à lui un vieillard voûté,
à la barbe fleurie, qui pèse sous le poids
des ans et de sa couronne. |
Bon,
déjà, je pense que si vous ne connaissiez pas
le jeu, vous devez être surpris en voyant ces images.
Les dessins sont surprenants, très détaillés
; chaque pièce a un look particulier très réussi.
Et on se détache visuellement des pièces traditionnelles.
D'autre part les pièces ne sont pas noires et blanches,
mais bleues et rouges, mais ça ne change absolument rien
au principe du jeu.
Mieux
: à la première animation, le spectacle commence
réellement.
-
Le petit pion avance courageusement.
- La tour se transforme en golem de pierre, et chacune de ses
enjambées fait trembler le sol.
- Le cavalier se déplace comme à la parade, sa
cape flottant derrière lui.
- Le fou avance de manière assez guindée.
- La reine ondule lascivement des hanches et ne fait aucun bruit
quand elle se déplace.
- Le roi, lui, on se demande s'il va arriver jusqu'à
la case choisie....
Le
maniement est des plus simples : un clic sur la pièce
à déplacer, et un clic sur la case de destination
choisie. Un déplacement interdit est tout simplement
impossible, puisque seules les cases accessibles selon les règles
des échecs peuvent être mises en surbrillance.
Un
vrai dessin animé !
Bon,
parlons maintenant des combats, qui font tout le sel de ce jeu.
Les premiers échanges sont toujours irrésistibles,
quand on découvre les passes d'armes. Je reconnais que
leur intérêt s'émousse un peu une fois qu'on
connaît les différentes combinaisons, mais je maintiens
que la première fois que vous verrez une prise de pièce
vous allez vraiment rigoler. Les combinaisons sont faciles à
calculer : Heu... voyons... chacune des 6 pièces peut
soit attaquer, soit être attaquée. Donc... heu...
Que les amateurs de statistiques s'en donnent à cœur
joie, moi j'ai trop mal à la tête. Les combats
se passent toujours de la même manière. La pièce
qui attaque passe dans le coin supérieur droit de la
case, et celle qui se fait prendre se pousse dans le coin opposé.
Ensuite, la bataille peut commencer ! Encore une fois, la pièce
du haut (qui prend) gagne toujours.
Certains
combats sont spectaculaires. Quelques exemples :
-
La reine se fait attaquer par une tour. Surprise, elle n'a pas
le temps de préparer une parade : la tour - le golem
- se rapproche de la reine, la soulève prestement, et
l'avale en 3 bouchées gloutonnes. Puis, repue, la tour
exprime bruyamment son contentement pour cet excellent repas.
-
Le combat entre 2 cavaliers est complètement calqué
sur une scène de Monthy Python and the Holy Grail.
Après quelques passes d'armes, le cavalier qui se fait
attaquer perd d'abord un bras. Malgré tout il continue
à se battre, mais il se fait couper l'autre bras. Il
essaie à tout prix de poursuivre le combat mais se fait
couper une jambe. Sautillant maladroitement sur sa dernière
jambe, il tente vainement de s'attaquer à son adversaire,
mais se fait couper l'autre jambe. Finalement, le cavalier-tronc
s'écroule sur le sol et disparaît.
-
Le roi qui attaque une reine en profite pour carrément
l'embrasser fougueusement. La reine qui d'abord se débat,
s'écroule ensuite sur le sol, vaincue par l'ardeur du
fringuant monarque.
-
Le pion qui attaque un cavalier : le combat le plus court. Le
pion donne un coup de pied en plein dans les heu, parties intimes
du cavalier, qui se tord de douleur et s'écroule sur
le sol.
Il
y en a plein d'autres, dont je ne me souviens pas. Mais les
combats étaient toujours tordants la première
fois qu'on les voyait. Avec le temps, on savait à quoi
s'attendre, mais même au bout de la cinquantième
fois, ils faisaient toujours sourire.
Et
au niveau technique ?
La
réalisation maintenant : graphismes fins et colorés,
animation soignée et efficace, sons parfaitement adaptés.
On ne peut absolument pas être déçu par
la qualité technique du jeu. On remarquera un tout petit
détail sans grande importance : les pièces ont
toutes la même taille, alors que l'échiquier est
en perspective, ce qui fait que les pièces qu'on voit
à l'arrière plan paraissent plus grandes. Mais
ça ne gêne en rien le déroulement du jeu.
Quand on veut accéder au menu, il faut laisser appuyé
le bouton droit : deux petits anges apparaissent alors de chaque
côté de l'écran, battant frénétiquement
des ailes, et supportant péniblement la barre de sous-menu,
qui ressemble à une tapisserie. On peut ensuite paramétrer
plusieurs paramètres, comme les joueurs (humain / ordinateur)
ou d'autres réglages. Le jeu est réalisé
avec un souci du détail humoristique remarquable : même
le curseur de la souris s'y met quand, pendant les temps de
chargement, il prend la forme du Penseur de Rodin
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Les
petits angelots qui battent des ailes. |
Le
plus simple niveau de jeu est suffisant pour que les débutants
comme moi ne soient pas trop dégoûtés.
Il m'est même arrivé de vaincre l'Amiga...
Le niveau le plus difficile est suffisant pour ceux qui maîtrisent
bien les subtilités des échecs. Aux niveaux
de difficulté élevée, l'ordinateur peut
mettre longtemps à se décider, ce qui est pénible
quand on attend. Il est toutefois possible de forcer l'ordinateur
à jouer (ce que je faisais sans arrêt) pour le
contraindre à moins réfléchir et gagner
du temps. On peut jouer en 2D. Dans ce cas, on se retrouve
en face d'un programme d'échecs standard de très
bonne qualité, possédant certainement moins
de bibliothèques d'ouverture que d'autres (notamment
à l'époque le superbe Chessmaster 2000),
mais encore une fois, ceci ne gênera à mon avis
que les grands maîtres ou les plus perfectionnistes.
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Le
jeu en 2D. |
Bien
sûr, en 2D, aucune animation, pas de dessin façon
BD des pièces, on se retrouve vraiment en face d'un
jeu d'échecs comme on en voyait des années plus
tôt sur les machines plus anciennes. Celui qui veut
se concentrer sur une partie sans se laisser distraire par
les animations pourra jouer de cette manière. Personnellement,
je ne vois pas l'intérêt : dans ce cas autant
justement jouer à Chessmaster 2000
!
On
peut aussi jouer à plusieurs. Bien sûr à
tour de rôle sur la même machine, mais aussi par
modem ou par câble null-modem. Je ne l'ai jamais fait,
et si je trouve que jouer à 2 sur 2 machines dans la
même pièce peut paraître un peu exagéré,
je pense que ça devait être marrant de jouer
contre un adversaire humain à plusieurs kilomètres...
Il est également possible de préparer un échiquier
(board setup) en plaçant diverses pièces à
l'endroit désiré, et de continuer ainsi. Ceci
est pratique pour faire l'étude d'un mat en 3 coups,
ou pour essayer (dans le cas de ce jeu) de voir telle ou telle
animation. Bref, un superbe jeu.
Et
la suite ?
Des
versions sont sorties ensuite sur d'autres machines : sur Atari
ST, PC en EGA (quelle horreur après avoir
connu la version Amiga !), puis en version VGA, ainsi
que sur C64 et Apple II. Deux ans plus tard,
Interplay a créé un jeu d'échecs chinois,
Battle Chess II: Chinese Chess, très
difficile à prendre en main sans documentation ou aide extérieure,
car les règles de ce jeu sont différentes de la
version que nous connaissons (par exemple, on déplace
ses pièces sur les lignes de l'échiquier et non
plus sur les cases). Là encore, les pièces étaient
animées et très bien dessinées, et les
combats dans le style de premier Battle Chess,
plus orientaux peut-être. J'avoue que je n'ai pas trop
pratiqué ce jeu, parce que je ne connaissais pas les
caractéristiques des pièces chinoises et je n'avais
pas la patience d'apprendre (je me faisais rétamer régulièrement,
alors ça ne m'arrangeait pas le caractère).
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Battle
Chess II...
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...
jeu d'échecs chinois. |
Il
y eut ensuite une version améliorée de Battle
Chess: Battle Chess 4000, sur PC,
en SVGA, spécialement créée sur
CD-Rom pour bénéficier d'animations plus nombreuses.
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Battle
Chess 4000... |
...
graphiquement bien plus élaborée. |
On
vit ensuite une compilation reprenant les jeux précédents.
Plus récemment, une version qu'on peut encore dénicher
dans la collection Soft Academy (à 5 euros) permet de
rejouer à ce jeu, avec des graphismes bien améliorés.
Ce Battle Chess tourne sous Windows XP, dans la résolution que vous pouvez voir ci-dessous :
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Battle
Chess : le remake "actuel". |
Dans
l'ensemble, les versions suivantes ne bénéficièrent
pas de l'effet de surprise. Le premier Battle Chess,
lui, fut une véritable claque à l'époque.
Bref, un superbe jeu.
Battle
Chess fut testé :
- dans le Tilt n°58 d'octobre 1988 (Hit, 19/20)
;
- dans le Gen4 n°6 de novembre 1988 (96%).
Battle
Chess reçut le prix suivant :
- le Tilt d'Argent 1988 pour le Meilleur
Jeu de Réflexion/Stratégie.
JPB