Les graphismes vectoriels
En 1982, la société Smith Engineering conçoit la
Vectrex pour le compte de la General Consumer Electronics (GCE).
Il ne s'agit pas d'une console traditionnelle, et à ce jour aucun système comparable n'a
été produit. La Vectrex est une console qui utilise un affichage entièrement vectoriel
qui lui donne son nom.
Les graphismes à bases de vecteurs sont
apparus dès la fin des années 70 dans des jeux d'arcade tels qu'Asteroids,
Battlezone ou Tempest. La plupart des
jeux vidéo utilisent des graphismes composés de pixels, c'est à dire de points définis
par leurs coordonnées sur un repère qui couvre l'ensemble de l'écran. Les "vector
games" utilisent, eux, des vecteurs lumineux définis par leur origine, leur orientation et leur
longueur (leur norme, si je me souviens bien), ce qui signifie qu'avec quatre valeurs on peut définir
un segment qui, s'il était composé de pixels, représenterait plusieurs dizaines de
groupes de coordonnées. Autant dire que la charge du microprocesseur est considérablement
allégée par ce type d'affichage, qui rend donc possible des effets visuels délirants
tels que rotation ou zoom rapide, avec à la clé une animation très fluide qui compense
une certaine pauvreté graphique (aspect "fil de fer").
Visuellement, les graphismes vectoriels sont très différents des graphismes pixellisés.
En général monochrome (les vecteurs sont affichés en bleu, blanc ou vert sur fond
noir), ils plongent le joueur dans un univers composé de formes géométriques et de
lignes brisées, surtout propice à figurer le vide stellaire, ce qui explique que les plus
gros hits vectoriels aient été des jeux dont l'action se passe dans les étoiles. Bien plus tard, les principes de programmation initiés par les graphismes
vectoriels ont été améliorés, et les polygones ont vu leurs faces se remplir,
d'abord de couleurs unies, puis de textures, et leur univers acquérir une troisième dimension,
avec l'avènement des jeux 3d, dont les jeux vectoriels sont d'une certaine façon les ancêtres.
La Vectrex
Construite autour d'un microprocesseur 8-bits
Motorola 6809, la Vectrex est équipée de son propre moniteur monochrome 11 pouces vertical
qui la fait ressembler à un Macintosh de première génération peint en noir.
Pour compenser le manque de couleur de celui-ci, des cellophanes transparents et colorés sont livrés
avec chaque jeu, ce qui donne une illusion de couleur, et ajoute une sorte de cadre esthétique
à l'action.
La Vectrex, qui utilise des jeux sur cartouches, est livrée avec un
excellent jeu stocké sur des ROMs internes, Mine Storm, sorte de clone d'Asteroids (qui se lance
si la console est alummée sans cartouche insérée), et un joystick 4 boutons qui peut
être rangé dans un petit compartiment situé sous l'écran, ce qui donne à
la console un aspect compact fort appréciable, une poignée permettant de transporter le
tout (ceux qui pensait que Nintendo a tout inventé en seront pour leur frais). Si la console, à
cause de son écran qui est un vrai moniteur, est trop lourde pour être considérée
comme un système transportable, elle présente l'énorme avantage sur sa concurrence
de ne pas nécessiter l'usage d'un poste de télévision qui, au début des années
80, n'est pas forcément présent en plusieurs exemplaires dans tous les foyers.
Pole Position sur Vectrex
Sortie chez MB : Le bide
Peu avant le lancement de la console (Octobre
82), Milton Bradley rachète GCE, et devient distributeur de la Vectrex, qui va, dès sa sortie,
connaître une diffusion mondiale. Son prix aux USA est de 199$. A l'été 1983 elle
sort en Europe, mais en Mars 84 la production est arrêtée. La Vectrex ne se vend pas comme
MB l'espérait, et le coût incompressible de fabrication du moniteur dont elle est équipée
ne permet pas d'en faire chuter le prix suffisamment. A partir de
l'été 84, le marché du jeu vidéo va s'effondrer, emportant l'ensemble des
consoles établies sur le marché depuis longtemps dans sa chute, et bien sûr la Vectrex.
Milton Bradley finira par s'en débarrasser, revendant les droits au développeur original
de la console, Smith Engineering, qui aujourd'hui ferme gentiment les yeux sur l'exploitation, commerciale
ou non, de ce qui reste de matériel et de jeux disponibles pour la Vectrex, et sur son émulation.
Après la fin de la production de la Vectrex,
une société nommée Abel & Associates à racheté une partie des stocks
invendus pour les convertir en machines à sous, du genre qui prédit votre avenir contre
une pièce de monnaie en calculant votre biorythme, et autres choses du même style.
En 1988, la Vectrex a bien failli revenir d'entre
les morts lorsque, chez Smith Engineering, il fut considéré de la ressortir sous forme portable,
mais le prix de vente, estimé à plus de 100$, découragea la tentative, même
après la sortie de la Game Boy et son triomphe mondial l'année
suivante.
Les jeux et les accessoires
Web Warp
Il n'y a pas beaucoup de jeux Vectrex célèbres,
mais certains d'entre eux sont tout de même très bons, comme l'adaptation de Scramble, Web
Warp, Fortress of Narzod, Polar Rescue, ou Cosmic Chasm. Ce dernier à du reste été
adapté en jeu d'arcade, ce qui est le contraire de la démarche habituelle. La
version de Mine Storm livrée avec la console avait un bug qui faisait planter le jeu si l'on atteignait
le niveau 13. Il était possible de se faire envoyer gratuitement une cartouche avec une version
corrigée, nommée Mine Storm/II, mais il semble que bien peu de gens aient atteint ce fameux
13e niveau, à en juger par la rareté extrême de cette cartouche aujourd'hui.
Le 3D Imager
L'accessoire le plus intéressant qu'ait
connu la Vectrex est le 3d Imager, des lunettes permettant de voir les graphismes vectoriels en 3d et
en couleur. Utilisable seulement avec certains jeux, ce dispositif permettait de connaître des sensations
qui, encore une fois, n'ont pas d'équivalent sur une autre machine de l'époque.
Le stylo optique
La Vectrex fut aussi dotée d'un stylo
optique permettant d'écrire sur le moniteur. Ces deux accessoires, très peu vendus à
l'époque, sont bien sûr très recherchés aujourd'hui, surtout le 3d Imager.
La plupart des accessoires annoncés pour la Vectrex ne sont pas sortis,
en raison du manque de succès de la console. Un clavier était prévu, accompagné
d'une cartouche permettant de programmer en BASIC, mais on ne l'a jamais vu. Aux dire de CGE, la Vectrex
aurait pu faire une excellent micro-ordinateur, mais le moniteur vectoriel n'et pas la panacée
pour afficher des caractères. D'autres accessoires ont aussi été prévus, puis
abandonnés, comme une imprimante, un lecteur de disquettes, un modem, et même un écran
tactile, un prototype de ce dernier ayant été fabriqué. Un prototype de Vectrex en
couleur, déjà envisagé avant la sortie de la Vectrex monochrome, à été
montré au Classic Game Expo en 1999.
Berzerk
John
Dondzila, déjà coupable de nostalgie aggravée en fabriquant de nouveaux jeux
pour Odyssey 2, récidive en vendant par Internet des game-pads de console Sega Master System modifiés
pour pouvoir fonctionner avec une Vectrex, ce qui est une bonne nouvelle pour les gens qui en possède
une, dans la mesure où ceux fournis étaient peu solides, et qu'il est bien sûr impossible
de les faire remplacer. Quant à l'émulation, la Vectrex
répond bien sûr présent, avec des émulateurs tels que DVE, qui permet d'utiliser
des scans des cellophanes colorés pour un rendu très réaliste, et reconnaît
même le stylo optique, et MESS, qui semble l'émulateur Vectrex le plus en vue sur le net.
Les jeux sont aussi faciles à trouver, mais il faut bien admettre qu'aucun écran VGA ne
pourra jamais reproduire fidèlement le rendu des jeux vectoriels tels qu'ils apparaissaient sur
Vectrex. Tous ceux qui ont eu récemment l'occasion de voir fonctionner cette console ont reconnu
avoir eu du mal à croire qu'elle est sortie en 1982.
Conclusion
En raison de son caractère original, unique
en son genre, la Vectrex compte de nombreux fans qui lui vouent une sorte de culte, développent
des sites dédiés, des émulateurs, et mêmes de nouveaux jeux. Le plus actif
d'entre eux est bien sûr le précité John Dondzila, qui a commencé à
programmer de nouveaux jeux Vectrex en 1996 avec Vector Vaders, suivi de All Good Things, Spike Hoppin',
et Patriots. En 1999, il a même commis le premier jeu Vectrex de 64Ko, Vecmania, qui contient plusieurs
jeux sur une seule cartouche. D'autres fanatiques ont réalisé des versions de Frogger ou
Galaxian, faisant de la Vectrex la console de l'ère "classique" pour laquelle le plus
de nouveaux jeux sont sortis, avec bien sûr l'inévitable Atari 2600. Il est étonnant
de retrouver ces deux consoles côte à côte dans le cœur des nostalgiques, dans la mesure
où l'une a été un triomphe et l'autre à connu un échec commercial sans
appel.
Laurent