A la fin des années '70, le jeu vidéo se décline sous deux formes : les machines
d'arcade, avec des hits majeurs comme Space Invaders de Midway
(1978), Asteroids d'Atari (1979) ou Galaxian
de Namco (1979), et les machines de salon comme le VCS d'Atari (1977) ou
la Videopac de Philips (1978). La société Milton Bradley,
du nom de son fondateur (1836-1911), et inventeur de l'un des premiers jeux de société "The
checkered game of life", est bien implantée dans le marché des jeux traditionnels pour
la famille, avec notamment un best-seller : le Puissance 4 (1974). Soucieuse de ne pas se laisser distancer
par la révolution technologique qui s'abat sur le marché des loisirs, MB s'intéresse
de près à ces jeux électroniques qui, on s'en rend bien compte, risquent de supplanter
complètement les jouets et jeux traditionnels.

La MicroVision, dans sa belle boîte.
En 1978, MB frappe très
fort avec ce qui va devenir l'un des emblèmes les plus marquants de ce que peut donner les nouvelles
technologies au service du jeu : le Simon. Très vite, l'analyse des points forts de ce petit appareil
diabolique fait ressortir un élément intéressant : le Simon est transportable, on
peut l'emmener chez les copains, le ranger facilement et le ressortir à tout instant. Côtés
défauts : l'heure est à la représentation graphique, et au renouvellement des jeux.
Le Simon montre ses limites, et l'avenir semble décidément promis aux jeux vidéo.

La MicroVision, hors de sa belle boîte. A gauche la machine, au milieu la cartouche d'origine,
et à droite la housse de protection.
En 1979, Jay Smith, qui
sera connu plus tard en tant que créateur de la Vectrex (et qui finira également par être
distribué par MB), propose à MB un concept de console de jeu à cassettes interchangeables
portable : la MicroVision. MB se lance dans sa commercialisation pour Noël 1979, et entend bien profiter
du succès qu'ont connu les jeux électroniques LCD édités par Mattel depuis
quelques années, avec ce qui peut être considéré comme la première console
portable programmable à cartouches, un principe qui fera le bonheur de Nintendo avec la fameuse
Gameboy dix ans plus tard, en 1989.

Blitz, et Flipper.
La MicroVision se présente
ainsi sous la forme d'une console aux dimensions réduites : 24,5 cm de long sur 9,1 cm de large,
pour une épaisseur de 4,6 cm. On est encore loin du concept de console de poche, bien qu'avec un
partenariat avec les sacoches bananes, l'affaire aurait peut-être connu un succès plus large.
Et par bonheur, la mode des baggys (ces pantalons ultra-larges aux multiples poches, porté très
bas, le vêtement de base du skater moyen) ne s'est développé que bien plus tard :
avec son poids en charge de 450 grammes, il aurait pu causer bon nombre de chutes de froc malencontreuses.
Le pire a été évité.

Puissance 4, et Shooting Star.
Côté technique,
la bête se targue d'un processeur unique qui fait CPU et ROM, il s'agit selon les modèles
du Texas TMS 1100 ou du Signetics (source Intel) 8021, et qui est présent non pas dans la console,
mais dans chaque cartouche. L'affichage se fait par un écran LCD noir & blanc de 16x16 pixels.
Les cartouches de jeu, plutôt massives, s'encastrent sur le dessus de la console, et servent de
façade. La partie connectique se retrouve donc à nu, ainsi que l'écran LCD si aucune
cartouche n'est insérée. A ce propos, les façades des jeux possèdent une fenêtre
pour l'écran, sur laquelle sont peints différents éléments de jeu. De même,
le clavier de douze touches est exploité différemment selon les jeux, chaque façade
possédant des touches disposées spécifiquement. Le point central du contrôle
se trouve dans la mollette. Pour le son, un buzzer bien monocorde est intégré.

Bowling, et Casse Brique.
La console présente
également quelques spécificités surprenantes. Fonctionnant avec deux piles carrées,
la console n'en a pourtant besoin que d'une seule ; la seconde est censée servir de batterie de
secours. Le contraste de l'écran est réglable grâce à une fente à l'arrière.
Enfin, la console couine au bout d'un certain temps d'inactivité si elle est sous tension.
Livrée avec le
jeu pour lequel la console semble avoir été développée, Casse Brique, et d'une
housse de protection, la MicroVision ne comptera que huit titres dans sa logithèque française,
et cinq supplémentaires pour le marché américain. Malgré de fortes recettes
la première année, sa faible logithèque ne va pas encourager le public à investir
dans ce support. D'ailleurs, beaucoup de foyers ne vont pas profiter de la capacité de la Microvision
à accueillir plusieurs jeux ; en fait, la console restera très souvent associée au
fameux Casse Brique d'origine, le public n'étant familiarisé qu'avec les jeux électroniques
uniques, une tendance confirmée dès l'année suivante avec les fameux Game & Watch
de Nintendo. La MicroVision, une machine trop novatrice pour son époque ?

Super Casse Brique, et Bataille Navale.
Je garde un souvenir
ému de la MicroVision ; il s'agit en effet de ma première console, et au-delà, de
mon premier contact avec un jeu vidéo. L'histoire retiendra la console de MB comme la première
portable moderne de l'histoire des jeux vidéo. Personnellement, j'y vois le casse brique le plus
difficile que j'ai jamais rencontré !

La collection complète française de votre serviteur !
MB MicroVision #1 : Casse Briques
(Blockbuster) 1979
Livré avec la console,
le Casse Brique correspond au jeu n°1 de la gamme MicroVision. Les trois premiers boutons du panel
permettent de gérer le nombre de vies (3/5/7), la vitesse du jeu (normale/élevée),
et la taille du pad (2/3 briques). Une fois le bouton Start enfoncé, on contrôle le pad à
l'aide de la mollette afin de renvoyer la balle vers le mur composé de 3 rangées de briques.
Un peu trop véloce, ce jeu se révèle très fun, mais également très
difficile. La vitesse évolutive atteint rapidement des sommets, et rattraper la balle demande des
réflexes de mutant ! Exaspération suprême, à chaque nouvelle tentative, la
balle est lancée avec une trajectoire hasardeuse, il n'est pas rare de se prendre des aces. Mais
voilà, le Casse Brique, c'est toujours une vraie drogue, même lorsqu'il est réduit
à sa plus simple expression, on ne peut s'empêcher d'y revenir.
MB MicroVision #2 : Bowling
(Bowling) 1979

Jouable à un ou
deux joueurs, Bowling, comme son nom laisse l'entendre, va nous faire revivre les grandes sensations des
parquets cirés pleins de quilles et de boules à trois trous. Sur une partie de dix manches,
la boule descend la rampe de lancement et défile automatiquement en bas de l'écran ; en
appuyant sur la flèche, le joueur déclenche le tir. Il n'y a certes pas d'effets, mais les
règles de calcul du bowling sont ici respectées, et tenter le strike ou même le spare
n'est pas toujours chose aisée. Sans prétention, ce jeu se révèle finalement
très amusant à deux.
MB MicroVision #3 : Shooting Star
(Star Trek Phaser Strike) 1979

Portant le nom évocateur
de Star Trek Phaser Strike aux Etats-Unis (MB perdra la licence vers la fin de la MicroVision, ce qui
entraînera une réédition du jeu sous le nom Phaser Strike aux U.S.), Shooting Star
propose de controler un canon pour détruire des cibles mouvantes à l'écran. Le canon
peut être positionné à gauche, au milieu ou a droite du bas de l'écran, ce
qui influe sur l'angle de tir. Les cibles, plates et de tailles variables, descendent inexorablement vers
le bas de l'écran. Shooting Star est un jeu beaucoup trop simple pour être exaltant, on en
fait trop rapidement le tour, même avec le traditionnel paramétrage de la vitesse et de la
taille des cibles.
MB MicroVision #4 : Flipper
(Pinball) 1979

Malgré la mention
indiqué sur la boîte du jeu où l'on vous garantit de « retrouver toute l'atmosphère
d'une salle de jeux » (MB ne recule devant aucun argument marketing), la cartouche flipper est loin
de procurer les mêmes sensations que son homonyme des bars et cafés. En fait, il s'agit tout
simplement de la deuxième variante du Casse Briques ! Mais au lieu de viser un mur, il faut ici
taper les quatre bumpers avec la bille, à l'aide de la sempiternelle raquette du bas d'écran.
Voici un bel exemple de recyclage de jeu ; même la fabrication de la cartouche n'a pas du coûter
trop cher, puisque les boutons sont exactement les mêmes que ceux du Casse Briques, et gèrent
les mêmes options. Néanmoins, ce jeu s'avère assez amusant et moins frustrant que
son homologue, puisque la vitesse de la bille n'augmente pas pendant la partie.
MB MicroVision #5 : Puissance 4
(Connect 4) 1979

Le classique de chez MB
a bien sûr été porté sur MicroVision, et il faut bien admettre que ce titre
est particulièrement adapté à ce genre de support. Seul ou à deux, le but
est toujours d'aligner quatre pions successifs (pleins ou demi-pleins, selon le camp) horizontalement,
verticalement, ou diagonalement. Les dimensions du plateau du jeu de société original ont
été respectées, à savoir sept cases de long sur six de haut. Attention, l'ordinateur
est redoutable !
MB MicroVision #6 : Bataille Navale
(Sea Duel) 1980

Personnellement, j'aurais
tellement aimé retrouver une conversion du hit de 1967 de chez MB. Mais ce n'est pas le cas, la
faute sûrement au nombre de pixels trop réduits. Ah non, la Bataille Navale (ou le Touché
Coulé, mon préféré), ça se joue sur un damier de 10 cases sur 10, techniquement,
on y était ! Alors ? Et bien, on n'y est pas, ici, l'on joue uniquement avec un croiseur face à
un torpilleur. C'est maigre. L'idée est de programmer ses déplacements et ses tirs, dans
les quatre directions, pendant que l'adversaire, ordinateur ou humain, fait de même. Et après,
on déroule le tout. Voilà. Un système bien complexe pour un résultat qui se
fonde totalement sur le coup de bol, mais avec peu de moyens, alors que le support aurait pu accueillir
bien mieux.
MB MicroVision #7 : Blitz
(Alien Raiders) 1981

Blitz est un jeu de tir
largement inspiré de titres d'arcade bien connus, il était d'ailleurs question au début
chez MB d'acquérir la licence Space Invaders, mais l'idée n'a finalement pas été
retenue. Le but est de se défaire d'ennemis qui avancent inexorablement vers le joueur, en ligne,
et à vitesse variable (ça vous rappelle quelque chose ?). Trois éléments vont
corser l'affaire. Tout d'abord, le module du joueur n'est pas contrôlable et parcourt des allers-retours
le long du terrain de jeu (en vertical, car les ennemis progressent de droite à gauche), et il
va falloir être bien synchro pour tirer au moment précis où le module et l'ennemi
sont alignés. Ensuite, la longueur des tirs laser sont modulables grâce à la molette,
et il est absolument nécessaire d'envoyer un tir d'exacte longueur vers les ennemis pour les détruire,
la difficulté étant d'estimer cette longueur (à exacte distance de l'ennemi, ni trop
courte, ni trop longue). Enfin, les tirs coûtent de l'énergie, une consommation variable
selon la longueur des tirs, énergie qui peut être réapprovisionnée tous les
huit ennemis détruits. Un jeu bien fait, mais à la difficulté trop élevée.
MB MicroVision #8 : Super Casse Briques
(Super Blockbuster) 1982

Dernier jeu sorti en France,
avec pour l'occasion une belle boîte argentée, Super Casse Brique est une version avancée
du Casse Brique classique. Si l'idée de base reste la même, à savoir bousiller un
mur, le joueur possède désormais le sien en dessous de la raquette, en lieu et place du
vide, et doit ainsi faire le ménage en haut tout en évitant de détruire le sien.
Comme le vide n'existe plus, la bille rebondit en bas comme en haut, accélérant la destruction
du mur du bas. Plus jouable que son prédécesseur, Super Casse Brique ne voit la vitesse
de sa bille accélérée qu'à chaque mur adverse détruit, et non plus
avec les rebonds.
Les versions américaines
Nous avons déjà
évoqué quelques petites différences entre Shooting Star (VF) et Star Trek Phaser
Strike (VO), ce ne sont pas les seules. D'un point de vue général, le packaging n'est pas
du tout le même entre les versions américaines et françaises. Les boîtes américaines
se présentent horizontalement, avec un graphisme spécifique à chaque jeu, très
funky, et à la place de la photo du produit ; à croire que le français aime bien
être rassuré sur ce qu'il achète. Mais il s'avère aussi que les cartouches
américaines sont différentes des nôtres : pas de distinction de couleur de plastique
(elles sont toutes grises), mais par contre, elles possèdent un graphisme d'étiquette (qui
correspond à celui des boîtes) différentes. Il en est de même pour les peintures
de vitres, ainsi que pour les boutons, qui ne sont pas découpés et flexibles comme en France,
mais pleins, et sûrement moins fragiles. La plupart de leurs symboles, souvent assez obscurs chez
nous, n'existent pas chez eux, leur fonction étant écrite en anglais dessus (Player, Speed,
Go &). Dans l'ensemble, les cartouches américaines sont plus attrayantes visuellement, mais
le programme reste rigoureusement le même.
Vous trouverez ci-dessous
les cinq jeux supplémentaires ; notez que Super Casse Brique est une exclusivité européenne,
il n'a pas été édité aux Etats-Unis.


Mindbuster (1979)
Vegas Slots (1979)
Un bandit manchot, voilà
ce qui manquait à la console ! Même si l'intérêt de ce genre de passe-temps
sur une console semble limité (si seulement elle pouvait cracher les thunes !), à part peut-être
pour les toxicos interdits de casino, Vegas Slots a au moins le mérite de détendre un peu.
Pas de réflexes de mutant, on appuie sur un bouton, et ça défile.


Baseball (1980)
Après le vice,
la vertu du sport ! D'après ce que j'ai pu lire sur le sujet, le jeu semble se contrôler
à peu près de la même façon que le Bowling.
Cosmic Hunter (1981)
Un jeu de shoot, pas très
facile à trouver de nos jours.


Barrage (1982
?)
Bon, celui-là,
c'est finalement plus une rumeur qu'autre chose. Il y a bien cette image de boîte de jeu qui circule
sur le ouèbe, mais Barrage est en fait un projet non abouti. Le prototype existe peut-être,
mais bon &
Super Blockbuster (1982
?)
Même chose pour
le pendant américain de Super Casse Briques. Fake ou proto ?
Une ch'tite dernière pour la route
?
Allez, pour le plaisir
: la MicroVision apparaît dans le flim Vendredi 13, 2ème partie : Le tueur du Vendredi !
Voici ci-dessous l'image tirée de la scène de gloire de la grosse console portable. Pour
la pitite histoire, les protagonistes affirment jouer aux jeux Football et Hockey. Celles
et ceux qui ont suivi ce dossier jusqu'au bout auront compris que ces jeux n'existent pas...

Regardez le visage ravi de cette jeune donzelle ! La MicroVision, pour emballer sec, elle assure
!
Tonton Ben