L'Odyssey
En 1966, Ralph Baer,
ingénieur en chef chez Sanders Associates, commence à
travailler sur un projet qu'il a imaginé 15 ans auparavant,
alors qu'il n'était qu'un employé qui n'avait pas voix
au chapitre : un récepteur de télévision permettant
de jouer sur son écran à des jeux implantés dans
la machine. Avec d'autres techniciens, il construit un prototype nommé
"Brown Box" qui n'est rien d'autre que le premier jeu vidéo
de l'histoire (voir
l'article sur Ralph Baer).
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La Brown
Box. |
En 1971, Baer signe
des accords avec Magnavox, fabriquant Américain d'appareils
électroniques divers, dans le but de commercialiser l'engin.
L'industrie du jeu vidéo est née, Nolan Bushnell travaillant
au même moment sur Computer Space. En 1972,
Magnavox lance donc la première console de jeu capable de jouer
à plusieurs jeux différents stockés sur des supports
externes : l'Odyssey.
L'Odyssey résulte
directement du prototype de Ralph Baer, largement amélioré
toutefois par les ingénieurs que dirige ce dernier. L'Odyssey
est capable d'afficher des graphismes en noir et blanc, rendus plus
agréables par des cellophanes colorés à poser
sur l'écran. En réalité, les cartouches de jeux
vendues ne contiennent aucune donnée logicielle, mais simplement
des configurations de cavaliers permettant de paramétrer les
circuits internes de la console.
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Ralph
Baer, entouré de ses inventions. |
L'Odyssey ne
contient pas de micro-processeur (et pour cause : ceux-ci ne sont
apparus que deux ans plus tard), tous ses circuits sont analogiques.
Comme elle ne contient aucune mémoire, elle est livrée
avec des fiches de scores où le joueur reporte au stylo ses
records.
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Un score
pad de l'Odyssey. |
À l'occasion
de la sortie de
l'Odyssey, Magnavox dépose l'appellation de "home
videogame", ou jeu vidéo domestique, et lorsqu'Atari lancera
quelques années plus tard la VCS, la société
de Nolan Bushnell devra s'acquitter de droits d'auteur auprès
de Magnavox, et il en sera de même pour Mattel et l'Intellivision.
Auparavant, Magnavox gagne un premier procès contre Atari,
déclarant que Pong est une copie d'un des jeux de
l'Odyssey. Curieusement, peu avant son départ de Nutting
Associates pour fonder Atari, Nolan Bushnell, inventeur de Pong,
s'est rendu à une démonstration publique de l'Odyssey,
et a même signé de son nom le livre d'or de la cérémonie.
Ces dédommagements rapporteront plus d'argent que les ventes
de la console, qui n'est pas restée dans les mémoires
comme un succès foudroyant, loin s'en faut.
La
principale raison du démarrage difficile de l'Odyssey vient
d'une erreur de marketing : Magnavox est à l'époque,
dans l'esprit du public américain, un fabriquant de télévision
avant tout. De plus, l'Odyssey est, d'après la presse
spécialisée, la continuation d'un projet de "télévision
ludique". Aussi, pendant longtemps, beaucoup de gens croiront
qu'elle ne peut fonctionner qu'avec les téléviseurs
de la marque, cette rumeur n'étant certes pas démentie
par la politique commerciale de Magnavox, qui, dans un premier temps,
ne vend la console que dans les magasins à son enseigne (pratique
courante dans les années 70 / 80, souvenez vous des boutiques
Tandy, Philips, etc.). Toutefois, la console fera une carrière
honorable avec 100.000 exemplaires vendus, ce qui n'est pas mal pour
un produit complètement nouveau. Le fait qu'elle ait été
commercialisée ou non en Europe relève du mystère
absolu. On a retrouvé des publicités annoncant une sortie
Française chez ITT Shaub-Lorenz, mais aucun exemplaire n'a
pu être trouvé.
L'Odyssey 2 / Videopac G7000
Après l'Odyssey,
Magnavox, inspiré par le succès énorme d'Atari
avec la console Pong, se lance dans la fabrication de consoles
à jeu unique pour, en 1978, démarrer un nouveau projet
de console multi-jeu à cartouches. Le résultat est l'Odyssey
2. En 1979, Magnavox est devenu une filiale de Philips, qui va
commercialiser l'Odyssey 2 en Europe sous le nom de Philips
Videopac G7000. Quel que soit le nom sous lequel elle est
vendue, il est clair que l'Odyssey 2 est moins puissante
que la VCS 2600 lancée entre temps par Atari. À
cause du microprocesseur Intel 8048 cadencé à 1,78 Mhz
et de la RAM limitée à 2 Ko les jeux sont plus lents,
les graphismes en 128x64 16 couleurs moins détaillés,
et le son n'est doté que d'une seule voie, contre 2 pour la
2600.
Les graphismes de l'Odyssey
2 sont en fait des caractères pré-dessinés,
la console étant incapable d'afficher des pixels détachés
(bitmap), ce qui donne à tous les jeux un aspect similaire.
Pourtant, son processeur graphique est d'une bonne qualité
de fabrication, et l'affichage scintille beaucoup moins que celui
de l'Atari 2600, dont les ravages sur les tubes cathodiques
sont notoires (eh oui, ces vieilles rengaines, avec lesquelles vous
bassinaient vos parents, "ton truc, ça bousille la télé
!", étaient fondées en ce qui concerne la 2600).
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L'Odyssey 2
possède un atout de poids face à la 2600 :
son clavier. Les publicités américaines pour la console
le soulignent bien : "The keyboard is the key". Pourtant, les
joueurs s'en moquent totalement, plutôt refroidis par l'absence
totale d'adaptation de jeux d'arcade pour Odyssey (toutes
les licences sont trustées par Atari), et le rejet par les
développeurs externes à Philips de cette console qu'ils
jugent obsolète. Le clavier, en revanche, fait forte impression
sur les parents des acheteurs potentiels, avec l'apparence de sérieux
qu'il confère à l'Odyssey 2. Hélas,
il ne sera jamais utilisé convenablement. Les jeux éducatifs
sont les seuls à en faire usage. Toutefois, l'Odyssey 2,
aux USA, connaît un certain succès dans les premiers
mois de son exploitation, avant d'être, dès le début
des années 80, définitivement reléguée
par la VCS 2600 qui triomphe dans le monde entier.
La Videopac, quant à
elle, se plante totalement en France, mais marche correctement dans
d'autres pays Européens, et sera soutenue par Philips pendant
un certain temps. Elle connaîtra une exploitation mondiale sous
cette appellation, avec à la clé un succès fulgurant
au Brésil, et d'autres apparitions aux quatre coins du globe
sous différents noms. Une version améliorée,
équipée d'un moniteur, nommée Videopac G7200
sera même lancée en 1981.
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Q-Bert
et Attack of the Timelord! sur Odyssey 2. |
L'après Odyssey 2
En 1983, avec l'apparition
d'une nouvelle génération de consoles (Colecovision
et Vectrex), et
l'effondrement du marché du jeu vidéo, l'Odyssey
2 disparaît définitivement. Magnavox annonce la
développement de l'Odyssey 3, censée être
commercialisée sous le nom de Command Center. Le Command
Center est supposé être doté de plus de mémoire,
de meilleurs graphismes, d'un clavier plus performant que la membrane
de l'Odyssey 2, d'un synthétiseur vocal, et d'un modem
300 bauds. Il est même présenté au CES de 1983,
mais ne sera jamais commercialisé. Du moins, c'est ce que tout
le monde pense jusqu'en 1995, année où un collectionneur
Américain déniche un Command Center, accompagné
de 16 cartouches, dans un marché aux puces. En fait, le Command
Center a bien été commercialisé, dans certains
pays Européens, par Philips, sous le nom de Videopac G7400,
mais en 1983 et pendant quelques mois seulement, cette exploitation
ne s'étant soldée que par quelques ventes. Aujourd'hui,
le Videopac G7400 est une denrée très recherchée
des collectionneurs (américains surtout), et si vous en avez
un dans votre grenier, sachez que vous pourriez en tirer un bon prix.
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Philips ne s'aventure
à nouveau sur le terrain du jeu vidéo qu'en 1992, avec
le CD-I, système supposé
savoir tout faire (jeux, films interactifs, CD-Vidéo), mais
qui en définitive ne fait rien aussi bien que les systèmes
spécialisés dans chaque domaine et se solde par des
pertes monstrueuses.
Les jeux et accessoires de
l'Odyssey 2
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KC
Munchkin!, boîte et screenshot. |
Le point le plus remarquable
de la ludothèque de l'Odyssey 2 est que quasiment
tous ses jeux importants sont l'œuvre d'un seul homme : Ed Averett,
ancien commercial chez Intel reconverti dans la programmation, appelé
à la rescousse après que les premiers designers engagés
par Magnavox soient tombés à cours d'idée après
six mois de travail. Averett à crée, en dehors des tous
premiers et des tous derniers sortis, tous les jeux de l'Odyssey
2, ayant à son actif 24 titres écrits en 4 ans.
Le titre le plus connu
sur Odyssey 2 est KC Munchkin!, jeu supposé
concurrencer Pac Man
sans violer les lois sur les copyrights. Cela n'empêchera pas
Atari (détenteur des droits d'exploitation du jeu sur console),
d'attaquer Magnavox pour plagiat, et de gagner, obligeant Magnavox
à retirer de la vente son jeu le plus populaire, et portant
un autre très mauvais coup à l'Odyssey 2. D'autres
jeux pour Odyssey 2 s'avèrent être de bons titres
plutôt sympa à jouer, comme Killer Bees!,
Turtles!, Pick Axe Pete!, UFO!
et Attack of the Timelord! (pratiquement tous les
jeux de l'Odyssey 2 étaient affublés de ce
stupide point d'exclamation, et par ailleurs ils étaient numérotés
pour encourager l'acheteur à les collectionner).
En dehors des jeux développés
chez Magnavox, très peu d'éditeurs tiers sont venus
enrichir la ludothèque de l'Odyssey 2. Seul Parker
Brothers et Imagic figurent sur la liste des licenciés, en
raison des limitations de la console, et de son manque de succès.
Du reste, les jeux Parker Bros ne sont sortis qu'en Europe sur Videopac
G7000.
En fait, la plupart
des jeux sortis sur Odyssey 2 sont des clones limités
d'autres jeux, mais il faut noter tout de même la série
Master Strategy. Il s'agit de cartouches contenant
des extensions de mémoire, accompagnées d'accessoires
de jeu (plateau, dés, pièces, etc…), qui permettaient
de jouer à un jeu de société original avec l'appui
de la console. Ces jeux n'ont aucun équivalent, et s'avèrent
tous passionnants, même si l'action se passait plus sur le plateau
de jeu que sur l'écran. 3 titres seulement ont été
inclus dans la collection : The Quest For The Rings,
Conquest of The World, et The Great Wall
Street Fortune Hunt. Un quatrième, nommé Sherlock
Holmes Consulting Detective fut programmé mais jamais
commercialisé.
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Plateau
de jeu et jetons de The Great Wall Street Fortune Hunt. |
À la fin des
années 90, un fou de l'Odyssey 2 nommé John
Dondzilla s'est lancé dans le développement de nouveaux
jeux pour la console, et il fabrique lui-même les cartouches,
qu'il vend par l'intermédiaire de son site Internet (http://www.classicgamecreations.com).
On y trouve des titres tels que AMOK!, un clone de
Berzerk,
et l'Odyssey 2 Multicart, une cartouche contenant
les 61 titres existants pour la console.
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AMOK!
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Pour ce qui est des
accessoires, le seul qui ait vu le jour aux USA est "The Voice",
un module qui ajoutait des voix à certains jeux. En Europe,
d'autres accessoires furent commercialisés, comme le Videopac
C7010, une extension mémoire accompagnée d'un jeu
d'échec qui n'aurait pu fonctionner sur une cartouche normale,
le "Home Computer Module", un add-on permettant de programmer
le Videopac G7000 en Basic (Microsoft Basic en l'occurrence),
et le Computer Intro! qui permettait de programmer en assembleur.
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Le module
The Voice. |
Signalons pour l'anecdote
que la première Odyssey était dotée
d'un pistolet optique qui réagissait à la lumière
sur l'écran. Il suffisait de pointer une lampe de poche sur
votre télé, et le reflet de celle-ci faisait grimper
votre score ! Par ailleurs, le pistolet ne réagissait pas si
la lumière ambiante était trop forte. Pour finir, signalons
qu'il existe un émulateur d'Odyssey 2, OE2M, crée
par Dan Boris, et que les jeux se trouvent facilement, si l'expérience
vous tente.
Laurent