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Light Crusader
Année : 1995
Système : Megadrive
Développeur : Treasure
Éditeur : Sega
Genre : RPG
Par Jika (06 août 2012)

Si vous êtes en train de lire un article sur un site spécialisé comme Grospixels, alors il y a de fortes chances que le studio japonais Treasure ne vous soit pas inconnu. En effet, depuis sa fondation par des anciens de Konami en juin 1992, Treasure a enchaîné les jeux mythiques, et ce tout en diversifiant avec brio ses différentes productions. Ainsi, le studio a pu démontrer tout son talent en s'attelant à des genres bien distincts. Parmi les grands succès de Treasure, on retrouve des shoot them up comme Radiant Silvergun en 1998, Ikaruga en 2001 ou Gradius V en 2004, mais aussi des run and gun avec des titres comme Gunstar Heroes en 1993 ou Alien Soldier en 1995, ou même des jeux de plates-formes parmi lesquels on peut citer Dynamite Headdy en 1994 ou Wario World en 2003... Quand on regarde l'intégralité des productions Treasure, on comprend rapidement pourquoi ce studio jouit d'une telle popularité auprès des joueurs. On peut également s'apercevoir que tous ces titres partagent un goût certain pour l'action pure et les gameplays frénétiques. En effet, Treasure est très vite devenu un grand nom du jeu d'action, nerveux et survitaminé... Cependant, il existe un titre complétement à part dans l'histoire de cette compagnie. Un titre qui a permis à Treasure de s'éloigner quelques instants des shmups et des run and gun de légende qui firent sa renommée. Ce jeu-là, c'est Light Crusader, un Action RPG sorti en 1995 par un Treasure surfant sur le succès de ses premiers hits qui firent le bonheur des possesseurs de Megadrive (à savoir Gunstar Heroes en 1993, Dynamite Headdy et YuYu Hakusho Makyoutoissen en 1994, et enfin Alien Soldier en 1995). Première et unique excursion de Treasure dans le domaine du jeu d'aventure et du RPG, Light Crusader est un jeu complétement atypique dans l'histoire du studio.

Oubliez quelques instants les vaisseaux spatiaux, les grosses explosions et les aliens de l'espace !

Et les chevaliers aux 35 heures, c'est pour quand ?

Pour un chevalier, congés et RTT ne sont pas forcément monnaie courante... Et c'est précisément ce que vous allez découvrir en vous essayant à Light Crusader ! Dans ce jeu, vous incarnez Sir David Lander, le plus grand chevalier du royaume de Whitehood. Après avoir brillamment servi son roi, le roi Frédérick, Sir David est devenu un héros dont on chante les louanges aux quatre coins de Whitehood. Cependant, à force d'enchaîner les batailles et les quêtes épiques, Sir David commence à accuser le coup. Ainsi, afin de préserver son champion, le roi Frédérick demande à Sir David de partir se reposer dans le royaume de Green Rod. Par ailleurs, le roi de Green Rod, Weeden, souhaiterait s'entretenir avec lui. Appâté par ce repos qu'il convoite depuis quelques temps, notre héros part alors en direction du royaume lointain de Green Rod. Seulement voilà, les vacances qu'il espérait vont vite tourner court... Lors de son entretien avec le roi de Green Rod, Sir David apprend que le royaume est frappé par une étrange malédiction que personne n'arrive à expliquer. Les habitants de la région disparaissent les uns après les autres, et un climat de panique commence à s'installer. Sir David doit donc abandonner l'idée de se prélasser au soleil en coinçant sa bulle, car l'une des plus dangereuses quêtes auxquelles il a pu être confronté l'attend : il est l'heure pour le héros de Whitehood de résoudre le Mystère de Green Rod.

La séquence d'introduction de Light Crusader résume rapidement ce scénario très simpliste ayant pour seul but de lancer le joueur dans l'aventure. Petit détail amusant : cette scène met en avant le nom des personnes de Treasure ayant travaillé sur le jeu, à la manière d'un générique de film.

Votre enquête sur le mystère de Green Rod vous conduira dans les gigantesques galeries souterraines qui courent sous la ville, car c'est dans ce dédale labyrinthique que se trouvent les réponses que vous convoitez... En effet, la quasi-intégralité de votre aventure se déroulera dans ces sous-sols dans lesquels abondent d'innombrables pièges et ennemis. Très vite, vous vous rendrez compte que vous ne sortirez presque jamais de ces souterrains, étant donné que les seules raisons de revenir à la surface sont les membres de la famille royale de Green Rod qui peuvent parfois vous donner quelques informations, ou alors les boutiques de la ville vous permettant d'acheter de l'équipement et des ressources. Alors vous progresserez, inlassablement, dans les sous-sols de la cité, afin de libérer les citoyens de Green Rod tout en obtenant des informations à propos de ces enlèvements... En tout et pour tout, ce sont six niveaux qui vous attendent, sachant que chaque niveau est représenté dans le jeu par un étage du souterrain. Bien évidemment, plus vous descendrez profondément dans ces galeries, plus les pièges seront vicieux et plus les énigmes à résoudre seront complexes... La structure de Light Crusader peut du coup sembler familière pour les connaisseurs de Diablo (1997, Blizzard North) et de ses suites.

Voici vos seules raisons de revoir la lumière du jour : les échoppes (à gauche, la taverne) ou le palais royal (à droite, un entretien avec la reine).
C'est dans la pénombre des sous-sols de Green Rod que votre aventure se déroulera. De nombreux habitants de la ville attendent que vous les libériez.

Tout au long de votre quête, vous aurez à vaincre des créatures pullulant dans les souterrains grâce à votre épée. Mais vous pourrez également les terrasser en vous adonnant à l'art de la magie ! Light Crusader propose d'ailleurs un système de magie assez original. Au fur et à mesure de votre progression, vous récolterez des orbes magiques regroupés selon quatre catégories distinctes : les orbes de feu, les orbes d'eau, les orbes de vent et ceux de terre. En les combinant, ces orbes vous donneront accès à différentes magies plus ou moins puissantes, mais bien évidemment, les sorts les plus efficaces seront aussi les plus coûteux. En effet, chaque sortilège consomme lorsqu'il est lancé un certain nombre d'orbes, et là où les magies les plus rudimentaires demanderont pour être lancées un seul orbe, les sorts les plus impressionnants en nécessiteront deux, trois ou même quatre ! Par exemple, pour lancer la magie « Vent enflammé », il vous faudra utiliser un orbe de feu plus un de vent. Ce système plutôt original apporte du coup une bonne part de gestion au gameplay, vu que si le joueur utilise trop souvent les sorts les plus puissants parmi ceux à sa disposition, alors il épuisera rapidement toutes ses réserves d'orbes magiques... Malheureusement, si ce système est très bien pensé en théorie, le jeu exploite trop peu cette mécanique-là en pratique, l'épée représentant bien souvent la meilleure solution face à un ennemi donné. Ceci dit, les sorts de magie sont très efficaces contre les boss, alors n'hésitez pas à les utiliser lors de vos confrontations contre ces créatures-là.

Sir David récupère des orbes de magie. À vous les joies de l'alchimie !
Le menu vous permettant de combiner les orbes entre eux afin de lancer le sortilège de votre choix. Hélas, il n'existe aucun moyen de voir dans le jeu la liste des sorts à votre disposition (avec, pour chacun d'entre eux, les orbes demandés), ce qui rend l'utilisation de ces possibilités alchimiques très laborieuse.

3D isométrique et level design

Comme vous avez pu le constater en observant les quelques images qui ornent cet article, Light Crusader est un jeu utilisant la 3D isométrique. Ce mode de visualisation permettant de représenter en 2D un monde en trois dimensions a déjà fait ses preuves par le passé avec des jeux comme Landstalker (1993, Climax) ou Isolated Warrior (1991, Kid). Dans ces deux titres, la 3D isométrique est mise à profit afin de bâtir un gameplay demandant au joueur de prendre en considération les trois dimensions, la hauteur devenant un élément exploitable par le jeu. Light Crusader utilise aussi cette 3D isométrique afin d'offrir des donjons dont le level design a été pensé en prenant en compte cette dimension additionnelle. Ainsi, certaines salles des sous-sols de Green Rod présentent une structure demandant au joueur de bondir de plate-forme en plate-forme pour atteindre son objectif. Et c'est précisément cette faculté de sauter qui est au cœur même du gameplay de Light Crusader. Encore plus que le coup d'épée ou la magie, le saut est la capacité principale de Sir David. Vous devrez éviter des pics jonchant le sol, escalader des échafaudages, et même bondir d'un endroit surélevé à un autre pour triompher des énigmes et des pièges qui se mettront sur votre route. Du coup, Treasure a pu jouer sur cette verticalité rajoutée au level design afin de faire du plateforming une composante principale du gameplay de leur titre. Dans Light Crusader, vous passerez le plus clair de votre temps à bondir et à estimer la longueur de vos sauts. Étonnant pour un jeu que l'on classifie aujourd'hui en tant qu'Action Rpg...

Le level design de Light Crusader profite au maximum de la 3D isométrique. Du coup, la dimension « plate-forme » du gameplay crève rapidement les yeux.

Mais finalement, est-ce vraiment un Action RPG ? Aujourd'hui, bon nombre de sites Internet classent Light Crusader parmi les Action RPG de la Megadrive, au même titre que Landstalker justement, ou bien encore La légende de Thor (1995, Ancient) ou Soleil (1994, Nextech). Cependant, cette catégorisation paraît quelque peu abusive, surtout quand on s'aperçoit que la composante majeure du gameplay de Light Crusader est la plate-forme, comme nous l'avons vu auparavant. De plus, d'autres choix de game design renforcent encore cette impression... En effet, Treasure a choisi de délibérément occulter certains game systems fondamentaux des Action RPG. Par exemple, dans Light Crusader, vous n'aurez pas à directement gérer votre inventaire. Si vous subissez trop de dégâts, le jeu vous fera automatiquement consommer un élément de type « nourriture » pour regonfler votre barre de vie. Ici, le joueur n'est jamais appelé à précisément fouiller dans l'inventaire. Tout est automatique ! En ce qui concerne l'équipement, le constat est le même. Envie de consulter les attributs de vos différentes épées ? Hé bien, passez votre chemin : il n'y a ici aucun chiffre, aucune info, permettant de comparer deux éléments de votre équipement. Vous aurez à votre disposition un simple schéma vous indiquant la hiérarchie des épées, des armures et des gantelets (« cet élément est mieux que celui-là »). Quant à votre barre de vie, elle évoluera au fur et à mesure que vous récupérerez des « bulles de vie » dans les différentes salles que vous traverserez. Treasure a là-aussi fait le choix de simplifier la formule des Action RPG traditionnels en supprimant de l'équation les points d'expérience et les niveaux... Du coup, récapitulons : un gameplay essentiellement tourné vers la plate-forme, une gestion d'inventaire automatique, une évolution de personnage et d'équipement simplifiée à l'extrême, un scénario en retrait, une partie exploration inexistante (vu que le joueur ne sort presque jamais des souterrains)... Plus on joue à Light Crusader, plus on réalise que Treasure a voulu simplifier la formule des jeux d'aventure, afin d'arriver à un gameplay plus immédiat, moins basé sur des statistiques ou sur de l'observation, comme si le studio nippon avait voulu s'accaparer ce genre pour en faire quelque chose de plus proche des gameplays qu'il maîtrisait, à savoir ceux des jeux d'action. Ainsi, on se rend progressivement compte que Light Crusader n'est pas un Action RPG au même titre que Landstalker ou La légende de Thor. En réalité, il s'agit d'un jeu de plate-forme/aventure dont les sources d'inspiration se situent certainement plus du côté de Knight Lore (1984, Ultimate Play the game), de Solstice (1991, Software Creations) ou de sa suite, Equinox (1994, Software Creations).

Light Crusader n'est pas un Action RPG au sens traditionnel du terme. L'aborder en pensant jouer à un autre Landstalker serait une erreur !
La communication de Sega sur Light Crusader dans les magazines de l'époque.

Et finalement, Light Crusader, c'est bien ou pas ?

Pourquoi insister aussi longuement sur la non-appartenance de Light Crusader à la grande famille des Action RPG ? Tout simplement parce que juger le jeu de Treasure en le considérant comme un titre de cette catégorie-là serait ne pas lui rendre honneur. En effet, en tant qu'Action RPG, Light Crusader est un peu faible de par son scénario tout sauf trépidant et ses mécaniques de jeu très épurées. Cependant, si on garde bien à l'esprit ce qu'il est vraiment, on se rend compte que ce titre est pétri de qualités. Son level design inventif et ses pièges vicieux permettent de mettre en place des phases de plates-formes plutôt exigeantes. De plus, les énigmes qui parsèment l'aventure sont pour la plupart bien vues et plutôt malines. Certaines sont d'ailleurs assez délicates à résoudre, et votre capacité de réflexion et d'observation sera mise à rude épreuve. Alors finalement, on prend beaucoup de plaisir à guider Sir David dans ce labyrinthe, le mélange entre plateforming et puzzle fonctionnant à merveille. On pourra toutefois reprocher le manque d'intérêt des combats, les ennemis étant très peu variés et pour la plupart plutôt idiots, mais comme nous l'avons vu auparavant, ces confrontations contre les monstres des sous-sols de Green Rod passent très vite au second plan.

Même si les phases de plates-formes et de puzzle sont particulièrement inspirées, la 3D isométrique et les sauts « lunaires » de Sir David rendent la jouabilité lors de ces séquences-là légèrement délicate. Pas de panique cependant, car après quelques instants d'adaptation, on arrive sans problème à se faire aux contrôles.

Light Crusader est bel et bien un cas à part dans l'histoire de Treasure. Son gameplay atypique est en effet très différent de celui des autres productions du studio nippon. De plus, sa direction artistique finit de lui donner une allure vraiment particulière car contrairement aux autres productions Treasure, Light Crusader a un style graphique très occidental. Par moment, on jurerait voir un titre issu du catalogue micro du début des années 90, avec ces graphismes tout en retenu et ce style visuel tranchant fortement avec les jeux japonais de l'époque, dont l'esthétique était globalement plus débridée. On peut aussi remarquer que l'architecture des salles traversées ainsi que le bestiaire rencontré semblent être eux aussi plus européens ou américains que japonais. Ainsi, d'un point de vue artistique, Light Crusader peut tout à fait être rapproché de The Immortal (1990, Sandcastle), même s'il paraît moins sombre et plus coloré que ce dernier. Toutefois, si Light Crusader a une place toute particulière dans le catalogue de Treasure, il n'en demeure pas moins réussi que les autres titres du studio au niveau de sa réalisation. Le jeu est particulièrement joli, avec des graphismes très fins et élégants, et les musiques qui accompagnent les pérégrinations du joueur sont fantastiques... Light Crusader est un titre multipliant les contradictions les plus frappantes car, comme on a pu le voir, il s'agit d'un jeu japonais avec une direction artistique occidentale, qui plus est présenté comme un Action RPG alors qu'il n'en est pas vraiment un... Bien évidemment, des choix aussi tranchés ne pouvaient que provoquer des réactions très vives auprès du public et d'ailleurs aujourd'hui, certaines personnes encensent ce titre, alors que d'autres le trouvent tout au plus quelconque. Sachez d'ailleurs que Light Crusader se permet d'autres fantaisies au sein même de son histoire, et que des twists improbables ne manquent pas de déboussoler le joueur au cours de son périple. Je n'en dirai pas plus, afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais les derniers niveaux des souterrains sont... surprenants. Pour ma part, j'ai vu en Light Crusader une tentative de Treasure de casser les codes des jeux d'aventure pour en faire quelque chose de plus direct, de plus immédiat, bref, quelque chose plus dans l'esprit du studio. Et si cette tentative peut surprendre, j'y ai vu un jeu frais, original, et avec un parfum de Solstice ou de Knight Lore auquel je ne saurais résister.

Light Crusader est un titre plutôt court (moins de cinq heures pour le terminer), mais qui procure un vrai plaisir lorsque l'on s'y essaie. L'inventivité de Treasure fait des merveilles !

Annexes

- À sa sortie en 1995, Light Crusader reçut des critiques extrêmement positives.

« Sans être révolutionnaire, ce RPG n'en est pas moins original. Sa durée de vie et sa difficulté lui permettent de prétendre au titre de hit de la rentrée. » (93% - Christophe Pottier alias Wolfen, dans le Player One numéro 56, de septembre 1995)

« Un jeu de réflexion réalisé de main de maître avec juste ce qu'il faut d'action. » (92 % - Consoles + numéro 46, de septembre 1995)

« Le jeune chevalier David Lander a le plaisir de découper des monstres avec le sourire dans de jolis décors composés de toiles d'araignée et de foin, en résolvant plein d'énigmes, en poussant des pierres, des bombes, des barils de poudre pour ouvrir des portes ou se procurer des objets très précieux. Un jeu un peu facile mais très agréable et très prenant. » (88% - Yuriko Kagotani dans le Joypad numéro 45, de septembre 1995)

- Si vous avez l'envie de découvrir Light Crusader aujourd'hui et que vous n'avez pas une Megadrive sous la main, sachez que le jeu de Treasure est disponible sur Steam depuis le début de l'année 2011, ainsi que sur la Console Virtuelle de la Wii depuis décembre 2007.

- Les magnifiques musiques de Light Crusader sont signées Aki Hata, une artiste japonaise qui est à la fois compositrice et chanteuse. Après avoir composé les soundtracks de beaucoup de jeux Konami comme Probotector (1994, Konami) sur Megadrive ou encore Rocket Knight Adventures (1993, Konami), Aki Hata a travaillé avec Treasure sur des titres comme Dynamite Headdy ou YuYu Hakusho Makyoutoissen.

Aki Hata, dans son joli costume de fée.

- Un des personnages importants de Light Crusader s'appelle King Garriott. De là à voir un hommage appuyé à Richard Garriott, l'auteur de la série Ultima, il n'y a qu'un pas... Light Crusader est définitivement le plus occidental des jeux Treasure.

Jika
(06 août 2012)
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