Avant de découvrir
ce jeu créé par Blizzard en 1996, je pensais que la souris de mon PC était comme
celle de feu mon Amiga chéri, à savoir un accessoire indissociable de l'ordinateur sur lequel
elle était branchée, les deux dispositifs (j'adore ce mot, vous ne pouvez pas savoir) étant
de même durée de vie d'un point de vue basique de fonctionnement matériel. Eh bien
non, autre temps autres mœurs, la souris rejoint le papier pour imprimante et les étiquettes de
disquettes au rang du consommable, et tout ça à cause d'un jeu dont les sollicitations des
boutons qu'il provoque n'ont d'équivalent que le mitraillage frénétique du video-game
maniac s'éclatant sur le bouton de tir pendant une partie de Galaga.
Diablo s'inspire vaguement de deux jeux antiques
qui remontent au temps où les PC n'étaient que des machines énormes et poussives
dont on se demandait pourquoi des gens pourtant intelligents les fabriquaient, à savoir Rogue et
son descendant NetHack, sortis respectivement en 1983 et 1985 et dont les origines réelles remontent
aux années 70 (voir l'article sur NetHack qui vous raconte tout ça
de manière bien moins réductrice que moi !). Ces jeux représentés en caractères
ASCII introduisaient le principe de la recherche d'objets magiques et d'armes visant à augmenter
les pouvoirs du héros, le tout dans une ambiance médiéval-fantastique qui privilégiait
le baston à tout va à l'approfondissement du scénario. Diablo ne fait que reprendre
le principe de ces deux classiques en y ajoutant la beauté des graphismes et de la bande sonore
que le PC de 1996 permet, ainsi que le mode multi-joueur qui à cette époque est déjà
en train de devenir une donnée primordiale.
La première impression qui saisit lorsque
l'on lance une partie et que l'on est invité à choisir une classe de personnage est plutôt
négative. Seulement trois classes sont disponibles, et qui plus est les plus "bateau"
: sorcier, guerrier ou voleur. Les paramètres du personnage (sexe, race etc…) sont, en dehors de
son nom, générés automatiquement. Voilà une bien drôle de façon
d'entamer un jeu qui au premier abord semblait être un RPG dans la lignée des Lands of Lore
et autre Eye of the Beholder, dans lesquels la création des personnages était une étape
du jeu à part entière. Diablo étant, à en croire les indications de la boîte,
destiné à être joué sur Internet, il paraît bien difficile à première
vue de se différencier des autre joueurs.


Version Mac (sur un PowerPC 9600)
Lorsque la partie démarre, les choses
deviennent plus claires. Il s'agit plus d'un jeu d'action que d'un RPG. L'interface est simple, efficace,
une des meilleures que l'on ait vue dans un jeu de ce type. Les graphismes, délicieusement anachroniques
mais superbes, sont en 3d isométrique dans la droite lignée des jeux d'aventure 16-bits
comme Cadaver, ou en remontant plus loin les productions de Ultimate (Knight
Lore, Alien 8, Gunfright...). Le maniement du personnage avec la souris déroute un peu au début,
mais s'avère vite instinctif et pratique. On clique sur un endroit ou un objet et le perso se dirige
dessus puis agit automatiquement : si c'est un objet intéressant il le ramasse, si c'est un ennemi,
il l'attaque, le bouton gauche actionnant l'arme de poing et le droit les sorts magiques. La première
claque que le joueur reçoit vient de la musique de Matt Uelmen, une des plus belles jamais entendues
dans un jeu vidéo, le genre que l'on peut écouter des heures durant sans se lasser (hélas
elle se limite au village, soit une portion très minoritaire du temps de jeu).
Le scénario de Diablo, riche et complexe,
se dévoile au fur et à mesure de la découverte de livres mystiques, ainsi que par
les conversations avec les personnages. Voici un exemple, en guise de résumé de l'histoire,
des textes cité dans ces livres : "Voici l'histoire de la bête de Hades et de ses trois
rejetons maudits. Il y avait une fois quatre démons qui vivaient ensemble quoique oubliés.
Un jour les anges les combattirent, car ils savaient qu'ils devaient être emprisonnés pour
ne plus nuire. Ainsi furent-ils enfermés...". L'histoire continue lorsqu'un noble aventurier
pénètre les donjons sous le village de Tristram pour y combattre le plus jeune des trois
frères, Diablo, avant qu'il ne se libère de sa prison et ne détruise le genre humain.
Diablo occupe environ 5 Mo d'espace disque, ce
qui est un record de légèreté sur PC pour un jeu de cette ampleur (l'essentiel du
contenu est lu depuis le CD). Les donjons s'étendent sur 16 niveaux, divisés en quatre groupes
: donjons, catacombes, cavernes et enfer. Chaque groupe propose un environnement graphique différent
et de nouveaux monstres à affronter. Le village de Tristram représente le repos du guerrier.
Il n'y a la aucun ennemi, juste un forgeron, un guérisseur, une sorcière et un mage qui
peuvent vous vendre des armes, potions, identification d'objets magiques ou autres ustensiles nécessaires
à votre quête, ainsi que quelques villageois qui vous raconteront l'histoire à laquelle
vous participez et vous donneront des quêtes secondaires à accomplir en échange de
récompenses.
Le joueur dispose de trois menus qui s'utilisent
sans cesse durant le jeu grâce à des touches de raccourci. L'inventaire, qui comprend l'équipement
du personnage, armes, armures, objets magiques divers, livres de sort etc. la feuille de caractéristique
avec tous les paramètres classiques d'un jeu de rôle, ceux-ci augmentant automatiquement
avec l'expérience, et enfin le menu des sorts, innombrables, différents pour chaque classe
de personnage, et d'usage très varié. Les armes s'utilisent avec le bouton gauche de la
souris, les sorts avec le bouton droit, ceux-ci étant généralement du plus bel effet
graphique. Les coups d'épée, de gourdin et autres armes de poing sont rendus avec une violence
et une patate jamais constatée dans un autre jeu (à part Diablo 2 !). On ne se lasse pas
de ratatiner des ennemis, d'autant que ceux-ci sont très nombreux, les phases de combat se rapprochant
de celles de Gauntlet (que certains considèrent comme le véritable
ancêtre de Diablo), c'est à dire que les ennemis vous encerclent et tentent de vous déborder
par leur nombre, et la meilleure solution est de se tenir à l'entrée de la pièce
où ils se trouvent et les éliminer un par un.
A noter que le plan des donjons est généré
aléatoirement, ainsi que la répartition des ennemis et objets, sans que jamais cela ne se
sente particulièrement (aucune incohérence, aucun blocage). De plus, à chaque nouvelle
création de personnage, tout est nouveau. En ce sens, on peut considérer que Diablo a une
durée de vie infinie, mais n'exagérons rien... Le seul vrai reproche que l'on peut lui est
faire est de se dérouler à 95% dans des sous-terrains (le village est très petit
et on ne peut explorer les forêts alentour), mais en 1996 les habitués du RPG n'y voient
aucun inconvénient. Il faudra attendre Diablo 2 pour parcourir des niveaux gigantesques en extérieurs.
Les graphismes sont superbement détaillés : chaque personnages parmi les quelques 200 races
présentes dans le jeu est une petite merveille d'animation dans chacune des phases de combat. Les
décors sont aussi très réussis, l'ambiance du jeu est dans l'ensemble cohérente
et donne envie de s'y plonger, d'autant plus que la jouabilité est si impeccable qu'on s'en lasse
difficilement, et les objets à découvrir semblent en nombre infini. Du point de vue réalisation,
on finira par ajouter que les voix des personnages (en Anglais uniquement), sont très convaincantes.
Diablo est dans l'ensemble un jeu qui en tous points révèle avoir fait l'objet d'une finition
impeccable et d'une très longue période de test, ce qui deviendra une marque de fabrique
pour Blizzard, une autre étant la faculté à rendre grand-public (et très rentables)
des styles de jeu très geek dans l'esprit.
Passons aux modes multi-joueur, qui sont l'autre
grand point fort du jeu. D'abord, en ce qui concerne le réseau local, Diablo permet d'installer
avec une seule version du jeu un réseau allant jusqu'à 4 joueurs, même si dans ce
cas les non-possesseurs du CD seront limités dans le choix des classes de personnages et les niveaux
accessibles. Mieux vaut donc que chacun possède le jeu pour pouvoir en profiter pleinement. La
grande réussite de Blizzard est plutôt Battle.net, son serveur de jeu multi-joueur (OGS)
sur Internet. Avec Diablo, c'est un plaisir. Le jeu s'occupe de tout, ça marche du premier coup,
et on se retrouve dans un forum de discussion bien conçu qui permet très facilement de trouver
des partenaires adaptés. Hélas, il s'avère que les personnages sont stockés
sur le disque dur des joueurs, ce qui rend très faciles toutes les tricheries imaginables. C'est
ainsi que les player-killers (PK), à savoir les joueurs qui ont cracké leur personnage pour
le rendre invincible, s'amusent à s'incruster dans toutes les parties et massacrer leurs petits
camarades. Même si Battle.net a beaucoup souffert de cette pratique, c'est dans l'ensemble une des
plus belles réussites dans le domaine du serveur de jeu multi-joueur. Diablo s'avère à
la longue le jeu le plus fun au monde en ligne, les différentes classes de personnage étant
parfaitement complémentaires dans le cas d'un jeu coopératif, qui est à mon goût
la meilleure façon de jouer en réseau.
En conclusion, Diablo est un classique indémodable,
surtout depuis que son successeur Diablo II est sorti, laissé un léger goût de "pas
assez" à ceux qui l'avaient attendu pendant 4 ans. C'est à partir de ce jeu que Blizzard
est devenu une institution culte du PC (ainsi que du Mac), titre amplement mérité à
en juger par leur productions subséquentes, rien que des chef-d'œuvres. On considère Diablo
comme le père fondateur d'un genre à part entière, le Hack'n'Slash, dont feront partie
beaucoup de jeux sur PC dans un premier temps, puis sur consoles - ce type de gameplay se révélant
aussi très plaisant avec un pad - avec des titres comme Record of Lodoss War (Dreamcast) et Baldur's
Gate Dark Alliance (PS2, GameCube, Xbox). En revanche, l'adaptation de Diablo sur PS1 n'est pas resté
dans les mémoires comme un succès éclatant, tant elle fut anecdotique à côté
du succès monstrueux de l'original.
Laurent