Voilà un jeu qui alimentera la légende
Saturn pendant très longtemps... Radiant Silvergun est un des nombreux titres phares d'une console restée dans
la brume générée par l'agitation Plaiestéchonesque ; malheureusement, à défaut d'avoir
fait le succès de la Saturn, il restera seulement une raison de plus de regretter la fin prématurée de
l'inoubliable console de Sega...

Radiant Silvergun est l'oeuvre de Treasure, l'auteur de Gunstar
Heroes (qui avait contribué à prouver que la Megadrive n'avait rien à envier à la Super Famicom en matière d'effets spéciaux), développeur discret mais dont les jeux prennent souvent le statut de référence
dans leurs genres.
Le jeu est un classique shoot'em up vertical, comprenant une conversion du jeu
d'arcade originel et un mode spécifique pour la Saturn. Les graphismes marient à merveille des décors 2D
et des éléments 3D, profitant de la finesse propre à la 2D et des effets de profondeur dûs aux
polygones. Ainsi rencontrerez-vous par exemple des bosses (le pluriel de boss, ignare !) en 3D qui vous tourneront autour,
en passant au-dessus et en-dessous du vaisseau, le tout sur des fonds 2D magnifiques. Les polygones ont leurs défauts
habituels, mais ne nuisent pas à la beauté de l'ensemble : Radiant Silvergun est graphiquement somptueux. Et
ces images sont animées à la perfection ! Le défilement est rapide et les divers sprites (nombreux !)
vous canardent allégrement; on ne subit de ralentissements que lorsque qu'un boss énorme explose et en balance
plein l'écran, ou quand le décor de fond est invisible à cause des innombrables engins et projectiles
ennemis en mouvement...
La bande-son est particulièrement originale, et vous fera redécouvrir
vos oreilles ! On échappe ici aux classiques techno speed/hard-rock teigneux pour se délecter de créations
irréelles, collant bien à l'ambiance un peu mystique du soft.

Maintenant qu'on sait que RSG est techniquement irréprochable,
que dire du jeu proprement dit ? Il se distingue par son système d'armement : il n'y a pas de bonus à ramasser
comme dans la plupart des shoots. Le vaisseau dispose de 3 armes de base qui, combinées par 2, donnent 3 variantes,
ce qui porte donc le tout à un total de 6 armes différentes en fait, qu'on peut assigner à chacun des
6 boutons de facade du pad Saturn. Ces armes ont un champ d'action variable (certaines couvrent l'avant, d'autres sont latérales,
etc.), et il faudra acquérir le réflexe d'utiliser la bonne arme dans la bonne situation ; le changement d'arme
vous permet par exemple de shooter un ennemi très mobile sans le suivre comme un caniche (il est devant : arme de base;
il passe sur le côté : arme latérale, etc.). Ne croyez pas cependant qu'on peut rester immobile, il
en arrive de partout ! On passe son temps à bouger en changeant de bouton de tir, comme par exemple quand on se retrouve
enfermé entre les deux moitiés d'un vaisseau géant, que celui-ci s'amuse à tourner sur lui-même
et que des dizaines de petits robots marchant sur lui vous tirent dessus... Il arrive même qu'on arrête de tirer,
pour y voir plus clair dans ses déplacements, tellement il y a de sprites à l'écran ! Les collisions
du vaisseau sont très précises ; celui-ci n'est détruit que lorsque sa partie centrale (la « Hit Area »)
est touchée ; il est possible de frôler les décors ou les engins ennemis, ça fera juste quelques
étincelles à cause du frottement du métal (le détail qui tue, ça, les étincelles...).
Ceci autorise les faufilements les plus insensés (le vaisseau peut passer dans un trou de souris), à tel point
qu'au début on s'étonne d'avoir pu survivre à certaines situations ! Superflue en very easy, il est indispensable
de s'être habitué à cette précisison pour jouer correctement en very hard.
Reste la « Radiant Sword », une épée pouvant tourner
autour du vaisseau, pratique en confrontation rapprochée, et qui peut absorber l'énergie de certains tirs ennemis ;
elle se charge alors jusqu'à ce que la jauge soit pleine, ce qui permet de déclencher une grosse attaque surpuissante
: deux épées géantes que l'on claque l'une contre l'autre, dégâts garantis !
Radiant Silvergun est assez difficile, mais il est possible
de sauvegarder ses parties et de profiter des améliorations du vaisseau. En effet, si les armes ne sont pas « upgradables »
par le ramassage de bonus, elles gagnent néanmoins en puissance au fil des niveaux, selon l'utilisation que vous en
faites. Ainsi votre puissance de tir à la fin d'une partie est-elle supérieure à ce qu'elle était
au démarrage ; en reprenant cette sauvegarde pour les parties suivantes, vous commencerez le jeu avec un vaisseau plus
puissant qu'au tout début. En clair : si RSG vous semble trop dur, faites monter la puissance en very easy, puis tâtez
ensuite du mode very hard avec un engin surpuissant ! Les options permettent de choisir le nombre de continues et de vaisseaux,
vous pouvez donc aussi choisir de commencer en very hard sans vies ni continues en réserve... Il y a également
des fonctions cachées qui se débloqueront quand vous finirez le jeu dans les différents modes, et le
compteur de la « chasse aux chiens » (des petits chiens cachés un peu partout dans le jeu et détectables avec
le système de « lock »).
Le joueur acharné aura aussi à cœur d'améliorer
son « chain count ». Dans Radiant Silvergun, les ennemis ont des couleurs bien distinctes, et la destruction consécutive
d'ennemis de la même couleur est nommé une « chaîne ». Ce système pousse le joueur à détruire
en priorité les ennemis de la même couleur, pour ne pas « casser » sa chaîne, et bien entendu... le jeu fait
tout pour que le joueur la rompe. Il est fréquent de trouver un petit vaisseau bleu au milieu d'une nuée de
vaisseaux rouges, par exemple... C'est alors au joueur de faire preuve de dextérité et de précision dans
ses tirs (encore une occasion d'utiliser toute la variété de l'armement !). Le résultat est qu'on ne
bourrine pas, et on observe bien quel type d'ennemi se présente pour respecter un ordre, presque une stratégie
pour nettoyer l'écran tout en faisant les plus grandes chaînes possibles. Quand le shoot et la finesse se rencontrent...
Il est de plus possible de jouer à 2 ! Que demander
de plus ? Une cerise sur le gâteau : l'intro est un vrai dessin animé, pas une vulgaire cinématique en
images de synthèse ternes et froides, non, un joli D.A. fait à la main, avec des persos aux cheveux multicolores
et aux yeux de 20 cm ! ça fait du bien ! ^__^
Alors, le shoot parfait ? Pas sûr. On pourrait
lui reprocher d'être parfois plus une série de combats qu'un shoot débridé avec des centaines de
sprites ennemis abattus avant de rencontrer un boss... bon, c'est pas dramatique, mais la rencontre d'un boss n'est pas ce
qu'il y a de plus fun dans un shoot (le top étant le slalom entre 36000 sprites avec un scrolling ultra-rapide), or
on en rencontre beaucoup dans Radiant Silvergun... Autre petit chipotage : les habitués des engins ultra-rapides des
shoots NEC pourraient être surpris par la relative lenteur du vaisseau de RSG (surtout pour ceux qui joueraient sur
une console euro, en 50 Hz !), mais la sensation s'estompe rapidement car la vitesse est bien adaptée au jeu.
Ces deux petits détails ne suffisent pas à entamer le monument
qu'est Radiant Silvergun ; il mérite amplement qu'on se donne du mal pour le trouver (sans pour autant cautionner les
prix abusifs souvent pratiqués pour ce titre). On enragera juste un petit peu plus en pensant à ce qu'auraient
pu donner d'éventuels jeux Saturn développés en 2000, sachant que ce Radiant Silvergun datant de 1998
reste tout à fait présentable aujourd'hui...
Petitevieille