Il
ne me serait jamais venu à l'esprit de me repencher, quelques années
après la fin de la console PC-Engine, sur L-Dis, shoot'em up somme toute
assez classique et pourtant de très grande qualité (... comme d'habitude
sur cette machine me direz-vous). Oui mais voilà, à force de rencontrer
des gamers d'horizons différents, il y a forcément des titres qui
reviennent dans les conversations et, à ma grande surprise, on y trouve
le nom de L-Dis. Alors,
« bien sûr, il y a Super Star Soldier »,
« Il y a Spriggan aussi ! ». Ah oui, Spriggan ! « Tu as déjà
joué à Super Long Nosed Goblin ? ». Bien sûr. « Et
Aldynes sur Supergraphx ? ». Ah non. Mince. « Et L-Dis ? ». Hé
hé, j'ai encore le CD chez moi !
L-Dis est un de ces shoots à priori mineurs qui, à force d'y jouer,
finissent par devenir inoubliables. À n'en pas douter, ce jeu, développé
par NCS/Masaya, fait partie des
pépites du shoot'em up sur console PC-Engine. L-Dis arrive en 1991. Le début des années 90 est marquée par une
déferlante de shoots ; 1991 voit, en effet, naître de nombreux titres
de grande qualité. Jugez plutôt : sur PC-Engine, Spriggan (Naxat
Soft), Super Long Nosed Goblin (a.k.a. Hanata-kadaka?!) de Taïto, Final
Soldier et Aldynes (SuperGraphx) de Hudon Soft ; sur Super
NES, U.N. Squadronde
Capcom et Super R-Type
de Irem; sur Megadrive, Verytex de Asmik; sur Amiga,
Agony de Art & Magic/Psygnosis...
Ajoutons qu'en arcade sortent Three
Wonders chez Capcom, ainsi que Thunder Cross 2 et Xexex chez Konami.
L'écran-titre.
Le premier niveau, déjà bien débile.
Cette année
voit aussi la sortie de la version 2 du lecteur de CD-ROM de la PC-Engine, le
Super CD-ROM² System. Ce nouveau périphérique permettra, grâce
à sa RAM plus conséquente, de développer des jeux plus complexes. L-Dis fait partie des derniers titres développés pour la première
version du lecteur de CD-ROM NEC ; il ne saurait donc rivaliser, au moins en qualité
visuelle, avec les monstres que furent Gate of Thunder, sorti un an plus tard
sur Super CD-ROM, ou Wings of Thunder, sa suite.

Malgré son air de chien battu, pas de pitié
! De nombreux ennemis vous prennent
à revers
(ici, un clône du vaisseau de R-Type).
« L-Dis ». Au fait qu'est ce que ça
peut bien vouloir dire ? L'abréviation de « Laser-Disc » ? Après quelques
recherches, je n'ai pas trouvé d'autres significations possibles. Pas très
original, non ? Mais comme on va le voir, l'originalité du soft n'est pas
du tout là... Elle n'est pas non plus dans l'ambiance du jeu proprement
dit. Tout le monde ici connaît la propension qu'ont eue les designers de
jeux NEC à booster par des dessins animés et autres fioritures l'ambiance
de leurs jeux sur CD-ROM. Ici,
surprise : le jeu s'annonce avec deux écrans seulement, qui vous narrent
le début d'une histoire assez bateau. Question dessin animé, on
est loin des shoot'em up comme Spriggan, Star
Parodia ou Hellfire, qui vous en mettent plein les yeux et les oreilles dès
le début.

Le niveau 2, dans un décor
urbain très japonais.
Je
ne peux d'ailleurs m'empêcher de vous narrer ici le début de l'histoire
de L-Dis - vous allez voir, c'est vraiment bateau mais mignon tout plein. Un garçon
et une fille encore au collège s'en vont faire des graffitis sur les murs
après (ou pendant ?) les cours. Alors qu'ils dessinent, une sorte de vortex
apparemment venu d'une autre dimension donne vie aux graffitis qui s'envolent,
et aspire la jeune fille devant les yeux exorbités de son camarade. Immédiatement,
l'image d'un(e) démon(e) apparaît, et un rire machiavélique
se fait entendre... N'écoutant que son courage, le jeune garçon
saute dans un vaisseau, et s'envole.
Deux exemples de boss.
Voilà
un shoot n'importe-nawak. Encore un, me direz-vous. La Nec s'est faite la spécialiste
de ce sous-genre bien particulier (cf. l'article
Les shoots délirants de la PC-Engine), dans la droite lignée
des Fantasy Zone et autres
Parodius. L-Dis est donc un gentil délire « à la japonaise » : ne comptez
pas sur moi pour vous en dire plus, car alors que l'on reconnaît sans doute
ici ou là des figures appartenant au folklore nippon, ils me sont totalement
étrangers ! Je me bornerai à dire que lorsque vous commencez à
jouer, le monde est saupoudré d'apparitions imaginaires, de monstres grimaçants,
de démons, de petits bulbes multicolores, de cris stridents, de machines
mignonnes, qu'il faudra shooter avec une réelle adresse et une grande maîtrise
de son vaisseau. Ce dernier a une forme de poisson rouge et possède les
attributs qu'on est tous en droit d'attendre au point de vue gameplay : vitesses
réglables, puissance du tir augmentant avec les options et, dès
le début de la partie, un choix entre trois types de tirs (armes A, B,
C). Le choix d'un type de tir va, inutile de le préciser, faciliter ou
compliquer la chose en fonction des passages ou des monstres que vous devrez affronter.

Le niveau 3, au cours duquel les choses sérieuses
commençent.
La
partie commence avec la ville en-dessous de vous. L'invasion bat son plein, et
vous survolez le toit des immeubles tandis que le décor défile.
L-Dis est un jeu de tir horizontal, et la maîtrise des concepteurs du jeu
saute immédiatement aux yeux : les collisions et les mouvements de sprite
sont gérés avec précision, les vagues d'ennemis arrivent
sans aucun temps mort, et chaque type d'arme impose une tactique qu'il faut rapidement
mettre en œuvre. Un délice de shoot ! À la moindre faute d'inattention,
vous êtes submergé.

Votre vaisseau et un vaisseau
annexe... sans commentaire.
Graphiquement,
les couleurs se situent dans des tons bien choisis et apaisants. Tout le soft navigue entre faux-semblants : graphismes cute mais barre mise très haut
au point de vue gameplay. L'ambiance est quant à elle quasi survoltée,
et les bruitages, de qualité, y participent : cris débiles des monstres,
petites voix qui annoncent les armes supplémenaires, gros bruits d'explosion
ou d'impact métallique qui tranchent avec l'apparente douceur des belligérants.

Le coup classique du boss-serpent. Visez
Autre coup classique: le vaisseau géant.
la queue...
Un shoot parodique, c'est aussi une sacrée galerie de personnages, et celle
de L-Dis est impressionnante : le bestiaire est vaste, rigolo et varié.
Mon monstre préféré restera toujours la moule de l'espace
(elle vole et est munie de faisceaux laser) qui engage le combat dos tourné
à votre vaisseau, et se surprend à ne pas vous voir arriver.

Une moule pas vraiment dans son assiette!
Beaucoup
d'humour donc. Mais là où L-Dis n'est pas vraiment drôle,
c'est dans sa difficulté. On peut dire que les concepteurs de NCS/MASAYA
nous ont concocté ici un véritable challenge. Malgré des
continues pratiquement infinis (après trois heures de jeu, on peut toujours
continuer), je dois bien l'avouer, je n'ai jamais réussi à dépasser
le troisième niveau (et pourtant je fais toujours de mon mieux pour qu'à
chaque article sur Grospixels, je puisse montrer l'intégralité d'un
jeu !). Apparemment, ce shoot'em up est long, très long. Gros hic : une
fois toutes vos vies perdues, vous recommencez au tout début du niveau
(même pas à la moitié), ce qui est horrible quand vous êtes
en train de combattre un boss de fin !
NdD: de mémoire, L-Dis, titre sous-estimé et pourtant incontournable
sur CD-ROM PC-Engine, comprend six niveaux distincts. Développé
par Masaya, habitué aux hits puisque déjà responsable de
quelques poids lourds comme Gynoug (Megadrive), Assault Suit Valken/Cybernator (SFC/Snes) ou la série des Langrisser (Playstation/Saturn), ce jeu regorge d'hommages à de nombreux
classiques du shoot. R-Type, Gradius ou Thundercross... Les fans sauront reconnaître
les nombreux clins d'œil qui parsèment L-Dis. La difficulté y est
effectivement élevée, mais pas insurmontable. Avec beaucoup (beaucoup)
de persévérance, une connaissance parfaite des niveaux ainsi qu'une
gestion appropriée de l'armement permettent de mener la mission à
bien. En accumulant les boucliers de protection, qui sont autant de vies supplémentaires
octroyées au joueur, il est tout à fait possible (et recommandé)
de terminer le jeu en une seule vie. La montée en puissance du vaisseau
est, en effet, tellement lente que la perte d'une vie équivaut, dans les
derniers niveaux, à devoir éteindre sa console de rage ou de désespoir
- ou des deux.
Des ambiances variées
: un souterrain, et un univers prenant place dans une dimension trouble...

Des
boss nombreux qui, dans la grande tradition des meilleurs shoot'em up, ne se
gênent pas
pour revenir!
Faisons
simple : L-Dis est fameux, tout simplement. Couleurs superbes, musiques et bruitages
sont très soignés (ce qui est souvent le cas sur NEC). Mais L-Dis est trop (NdD: très) dur. Mignon, délirant, mais trop (NdD:
euh... très) dur. Cette apparence trompeuse le réserve
aux joueurs véritablement fans et accros du shoot, à ceux qui ne
laisseront pas tomber le paddle au bout d'une demi-heure - ce qui est hélas
souvent le cas lorsque l'on joue à des jeux qui ont plus de dix ans (NdD:
l'accès au jeu est rendu plus difficile encore par la représentation
même des bonus d'armes persemant les niveaux : des rectangles de couleurs
renfermant des mots entièrement... en japonais! Difficile, dans pareilles
conditions, de rapidement faire la distinction entre un « Speed Up! »
et un « Power Up! » [couleur rose], ou un « Bomb » et un « Barrier »
[couleur jaune]. À n'en pas douter, le joueur novice, dans l'obligation d'affronter
à la fois des hordes de monstres belliqueux et la barrière d'une
langue indéchiffrable, aura fort à faire pour survivre lors de ses
premièrs parties.)
Une fois de plus, ce qui est précieux dans un soft est le dosage parfait
de sa difficulté, car c'est cette même difficulté qui nous
sert de mètre étalon pour l'évaluer, de quelque époque
qu'il soit. Une très grande facilité nous permet de l'explorer des
années après avec une larme à l'œil et une bienveillance
supérieure. Ce n'est pas le cas de L-Dis : des années après,
il donne du fil à retordre et demande qu'on s'y investisse totalement pour
l'apprécier à sa juste mesure. Sur le long terme, il s'agit en tout
cas d'un soft gagnant. Totalement cohérent avec le genre qu'il représente,
et absolument et définitivement original par son aspect graphique, L-Dis est une réussite.
Gregoss